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Oliva ou Oliba de Besalù

lundi 25 juin 2018

Oliva ou Oliba de Besalù (971-1046)

Comte de Berga-Comte de Ripoll-Évêque de Vic

Né à Besalú [1], il est célèbre notamment pour avoir instauré une trêve de Dieu en 1027.

Troisième fils du comte Oliba 1er dit Cabreta et de Ermengarde d’Empúries, fille de Gausbert d’Empúries, comte de Roussillon [2] et d’Empúries [3].

Oliva naît dans une famille parmi les plus importantes de la Catalogne du 10ème siècle puisque son père Oliba Cabreta est comte de Cerdagne [4], de Conflent [5], de Berga [6], de Ripoll [7] et de Besalú.

En 988 Oliba Cabreta, s’étant laissé convaincre par Romuald de Ravenne qu’il a rencontré à l’abbaye Saint-Michel de Cuxa [8], se démet de ses titres et part avec lui pour se retirer à l’abbaye du Mont-Cassin [9]. Il transmet ses domaines à ses trois fils. Guifred obtient les comtés de Cerdagne et de Conflent, Oliva ceux de Berga et de Ripoll et Bernard dit Taillefer celui de Besalú.

Oliba exerce sa fonction de comte de Berga et de Ripoll de 988 à 1002. Il est également associé à son frère Guifred de 993 à 994 pour la gestion de la Cerdagne, du Conflent et du Capcir [10].

En août 1002, Oliva a 31 ans. Il décide de renoncer à ses titres et cède le comté de Berga à son frère Guifred et celui de Ripoll à son frère Bernard. Il intègre l’ordre bénédictin au monastère de Ripoll [11]. En 1008 après la mort de Seniofré, Oliva est choisi pour être le nouvel abbé. Quelques mois plus tard, la même année, il est également nommé abbé de Saint-Michel de Cuxa. Il entame alors une série d’actions destinées à promouvoir une discipline plus austère dans ses monastères.

Sa notoriété allant grandissant, en 1009 il devient provisoirement abbé de la nouvelle abbaye de Saint-Martin du Canigou [12] et y applique les mêmes préceptes. D’autres monastères suivent également l’exemple, parmi lesquels ceux de San Felíu de Guixols [13] et de Sant Serni de Tavèrnoles [14].

Oliba dépense l’essentiel de son énergie à défendre les droits et les biens de l’église contre les assauts répétés des seigneurs locaux. En 1011 il obtient une audience au Vatican du pape Serge IV qui publie alors une série de bulles au bénéfice des monastères d’Oliva. Ces bulles réaffirment le rôle du pape en tant que représentant de Dieu sur Terre et à ce titre comme protecteur des terres possédées par les divers monastères ou abbayes. Toute agression contre ces territoires équivaut donc à une agression contre l’autorité du pape.

La Catalogne de la fin du 10ème siècle est une zone frontière entre l’Islam et la chrétienté. Par l’accès direct à la science arabe, les monastères catalans constituent d’importantes collections de manuscrits qu’ils font copier dans leur scriptoria [15]. Ceux-ci en tirent un important prestige culturel, qui les situent alors à l’avant-garde de l’Europe. Entre tous ces monastères catalans, le scriptorium le plus important est celui de Ripoll.

Le pape Sylvestre II, qui introduit en Europe la numérotation arabe, le concept du zéro et l’astrolabe, a eu accès à ces connaissances grâce aux collections du monastère de Ripoll. Oliva encourage fortement la copie de ces manuscrits et sous sa direction le nombre de volumes triple pour atteindre un total de 246 documents en 1046.

Sous le mandat d’Oliva les bâtiments de l’abbaye Saint-Michel de Cuxa subissent d’importantes transformations. Il fait construire un déambulatoire autour du presbytère avec trois absidioles. Il fait également édifier une tour-lanterne au-dessus du maître-autel ainsi que la crypte de la Nativité, la chapelle de la Trinité et les deux clochers lombards dont l’un s’est écroulé au 19ème siècle.

En 1017, à la suite de l’intervention décisive d’Ermessende de Carcassonne, dont il est un ami proche et le conseiller, Oliva est nommé évêque auxiliaire de Vi  [16]. Après la mort de l’évêque Borrell en 1018, Oliva devient l’évêque en titre. Par la suite, Ermessende de Carcassonne, veuve de Raymond Borrell , fait appel à Oliva comme intermédiaire dans une affaire l’opposant au comte Hugues 1er d’Empúries. Ce dernier lui réclame un alleu [17] situé à Ullastret [18]et obtient un procès. Cependant, les juges tranchent en faveur d’Ermessende qu’ils désignent comme la propriétaire légitime de l’alleu. Hugues 1er envahit alors militairement le territoire litigieux. La médiation d’Oliva à ce moment permit de résoudre le conflit et la comtesse put récupérer son bien.

Oliva lance en 1018 la construction du nouveau siège du diocèse de Vic et la cathédrale Saint-Pierre [19]. De style roman, sa construction n’est terminée qu’en 1046 mais elle est consacrée dès 1038 par son neveu et archevêque de Narbonne, Guifred de Cerdagne. .

Afin de pouvoir fonder le monastère de Monserrat [20], Oliva doit arriver à obtenir les droits de propriété sur le territoire de la montagne de Montserrat et comprenant les églises des alentours. Jadis la propriété de Suniaire 1er de Barcelone, fils de Guifred le Velu , ceux-ci ont été cédés à l’abbé César, du monastère de Sainte-Cécile, fondé en 945 sur la montagne. Oliva obtient en 1011 une bulle du pape Serge IV affirmant que la montagne est désormais la propriété du monastère de Ripoll. Malgré tout, les comtes de Barcelone ignorent la décision.

En 1022 Oliva, devenu évêque, revient auprès de la cour comtale à Barcelone pour réclamer son bien. Le 29 juin, enfin, Ermessende et Berenguer Ramon 1er se rendent à Ripoll pour reconnaître officiellement le titre de propriété du monastère de Ripoll sur la montagne de Montserrat. Oliva peut alors organiser l’envoi d’une communauté de moines à Sainte-Cécile pour préparer la fondation du nouveau monastère, effective en 1025.

En 1027, Oliva lance la trêve de Dieu avec le synode d’Elne [21], puis en 1033 un synode à Vic, son propre diocèse. Il introduit une notion temporelle : les exactions et combats sont interdits le dimanche.

À Vic, la trêve se définit comme protection des chrétiens pendant les périodes liturgiques, et relève du seul clergé contrairement à la paix qui relève du comte et de l’évêque.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en catalan intitulé « Abat Oliba »

Notes

[1] Le comté de Besalú est un des comtés catalans du Moyen Âge créé sans doute en 988. Il recouvrait un territoire dont les limites recoupaient approximativement le territoire de l’ancien pagus de Besalú et faisait partie à l’origine de la Marche d’Espagne. Il s’organisait autour de la ville de Besalú et s’étendait alors sur la Garrotxa et une partie du Ripollès, jusqu’à Agullana et Figueres, et l’Alt Empordà, le Banyoles et le Gironès. En 1111, à la suite de la disparition du dernier représentant de la dynastie comtale de Besalú, le comté est intégré dans les domaines du comte de Barcelone, Raimond Bérenger III, s’intégrant au territoire de la principauté de Catalogne.

[2] Le comté de Roussillon est une ancienne principauté féodale située dans les Pyrénées orientales. Le comté de Roussillon serait né à l’époque wisigothique comme une subdivision administrative du royaume wisigoth. Ses limites correspondaient à la civitas Ruscinonensis antique (d’où il tient son nom), c’est-à-dire l’actuel département des Pyrénées-Orientales sans la Cerdagne ni le Capcir. Probablement détruit par l’invasion arabe de 721, le comté renaquit au moment de la reconquête carolingienne, et fut intégré à la Marche d’Espagne, puis au marquisat de Gothie. Le Roussillon est alors aux mains de comtes nommés ou reconnus par le pouvoir impérial, mais cette tutelle se fait moins forte au cours du 9ème siècle, et après la fin de la dynastie carolingienne, il est considéré comme un bien patrimonial qui passe au tout début du 10ème siècle aux mains de la dynastie d’Empuries. À ce moment, son territoire se réduit à la partie orientale de l’actuel département des Pyrénées-Orientales. La capitale de ce comté est d’abord Château-Roussillon, puis la ville de Perpignan. Le comté reste dans les mains de cette dynastie jusqu’en 1172, à la mort du comte Girard II de Roussillon, qui lègue son comté à son parent et suzerain le roi Alphonse II d’Aragon.

[3] Le comté d’Empúries, en espagnol Ampurias, était une principauté catalane du Moyen Âge. Son territoire recouvrait une partie de l’actuel Empordà. Le comté d’Empúries, qui tire son nom de la ville antique d’Empôrion, a été créé vers le début du 9ème siècle par démembrement du comté de Gérone. Le comté était alors divisé en deux pagi ou territoires, celui de Peralada au nord et celui d’Empúries propre au sud. Ces deux pagi devinrent par la suite des comtés distincts, mais furent toujours dirigés par les mêmes comtes. Pendant tout le 9ème siècle, le comté fut administré par des comtes voisins, comtes de Barcelone ou de Roussillon. À partir de 862 le comte Sunyer II unifia sous sa tutelle les comtés d’Empúries-Peralada et de Roussillon. Il fonda une dynastie comtale appelée à durer, la maison d’Empúries. Jusqu’en 991, mort du comte Gausfred 1er, le comté fut uni à celui de Roussillon. À cette date néanmoins les deux fils du comte se partagèrent les comtés : à Hug revint Empúries et à Guislabert le Roussillon. Les deux frères conservèrent toutefois des possessions dans le comté voisin, afin sans doute de garantir la paix entre les deux dynasties. Cet arrangement semble avoir garanti une certaine paix tout au long du 11ème siècle. La situation évolua au début du 12ème siècle avec l’accroissement de la puissance des comtes de Barcelone ; en 1118 le comte Raimond-Bérenger III de Barcelone hérita des comtés de Besalú et de Cerdagne et doubla ainsi la taille de ses possessions. Il força le comte d’Empúries Pons II Hug d’Empúries à lui prêter serment de fidélité et à rompre l’alliance avec le Roussillon.

[4] Le comté de Cerdagne est un ancien fief féodal situé dans la partie orientale des Pyrénées. Le comté de Cerdagne fut constitué au début du 9ème siècle. À l’origine charge temporaire, la fonction de comte devint héréditaire à la fin du même siècle. Guifred le Velu fut le premier comte héréditaire de Cerdagne ; de lui sont issus les comtes de Barcelone, futurs rois d’Aragon.

[5] Le comté de Conflent était un comté catalan du Moyen Âge faisant partie de la Marche d’Espagne. Il est situé dans l’actuel Roussillon. Il correspond historiquement à la vallée de la Têt (Tet en catalan) et ses alentours entre Rodès et Mont-Louis (Montlluís). En amont, c’est la Cerdagne (Haute Cerdagne), en aval, le Ribéral (Riberal). Sa capitale est Prades (Prada). Le Conflent est dominé par le Canigou (Canigó).

[6] Le comté de Berga comprenait l’actuelle comarque de Berguedà, sans la Vall de Lillet. Son origine remonte à l’ancien pagus de Berga, une démarcation existant sûrement au temps des Wisigoths et des romains, qui coïncidait déjà avec le territoire de l’antique tribu ibère des bergistans ou bergussis. Au début, le pagus de Berga faisait partie du comté de Cerdagne.

[7] Ripoll est une commune de la comarque du Ripollès dans la province de Gérone en Catalogne (Espagne).

[8] L’abbaye de Saint-Michel de Cuxa est un monastère bénédictin situé au pied du Canigou, sur la commune de Codalet dans les Pyrénées-Orientales. Il fait partie de la province espagnole de la congrégation de Subiaco (confédération bénédictine).

[9] L’abbaye territoriale du Mont-Cassin est une église particulière (ecclesia particularis) de l’Église catholique située comme son l’indique, sur le mont Cassin dans la commune de Cassino en Italie.

[10] Le Capcir est une région historique et géographique des Pyrénées-Orientales, en France, dont la capitale historique est Formiguères. Il fut rattaché à la France par le traité des Pyrénées. Son territoire correspond approximativement à la très haute vallée de l’Aude.

[11] Le monastère de Santa Maria de Ripoll est un monastère bénédictin situé à Ripoll, dans la province de Gérone en Catalogne (Espagne). Il s’agit de l’un des principaux complexes roman de la région.

[12] L’abbaye Saint-Martin du Canigou, est un monastère de moines bénédictins fondé au 10ème siècle par Guifred II, comte de Cerdagne. Sise sur les hauteurs du petit village de Casteil, dans le département français des Pyrénées-Orientales (66) en région Occitanie (France), elle fut supprimée lors de la Terreur en 1791, mais reprit vie au début du 20ème siècle.

[13] Sant Feliu de Guíxols est une commune de la comarque de Baix Empordà dans la province de Gérone en Catalogne (Espagne). Le monastère bénédictin, construit au 10/11ème siècle fut remanié plusieurs fois, il abrite aujourd’hui le musée d’art et d’histoire de la ville

[14] Le monastère Saint-Saturnin de Tabérnolas (en catalan Sant Sadurní ou Sant Serni de Tavèrnoles) est un monastère roman situé dans la commune de Les Valls de Valira (comarque de l’Alt Urgell, province de Lérida, Catalogne). Le monastère pourrait être une fondation épiscopale de l’époque wisigothique ; l’évêque d’Urgell était parfois abbé de Saint-Saturnin. Néanmoins, ses origines ne sont pas clairement établies, dans la mesure où il est certain qu’après la réforme bénédictine, survenue vers l’an 800, les moines ont produit de faux documents afin d’obtenir des bénéfices, notamment une bulle soi-disant émise par le pape Léon III. Félix d’Urgell y a étudié, est devenu abbé du monastère en 776, puis évêque d’Urgell en 782, charges qu’il a conservées jusqu’à sa déposition en 799 pour hérésie (le félicianisme, considéré comme une variante de l’adoptianisme, et condamné lors du concile de Francfort, en 794). En 815, le monastère reçoit des donations de la part du comte d’Urgell et de Cerdagne. Les moines de Saint-Saturnin fondent le monastère Saint-Sauveur de la Vedella vers 830. En 1019, le monastère Saint-Laurent de Morunys passe sous la tutelle de Tabérnolas, l’évêque Armengol d’Urgell nommant le même abbé pour les deux monastères. À son apogée au 11ème siècle, les possessions de Saint-Saturnin s’étendent de la comarque de Berguedà à l’Andorre, en passant par le Pallars et la Cerdagne ; le monastère possède également des terres en Castille et en Aragon.

[15] Le mot scriptorium est un mot latin dérivé du verbe scribere qui signifie « écrire ». Ce nom désigne l’atelier dans lequel les moines copistes réalisaient des livres copiés manuellement, avant l’introduction de l’imprimerie en Occident.

[16] Le diocèse de Vic est une Église particulière de l’Église catholique en Espagne. Son siège est la cathédrale Saint-Pierre de Vic. Érigé au 5ème siècle, il est un des diocèses historiques de Catalogne. Il couvre une partie de la province de Barcelone et est suffragant de l’archidiocèse de Tarragone.

[17] Un alleu est une terre possédée en propriété complète, opposé aux fiefs ou aux censives impliquant une redevance seigneuriale. Il s’agit donc d’une terre ne dépendant d’aucune seigneurie foncière. Selon la loi salique (72e titre), le mot alleu exprime les fonds héréditaires par opposition aux acquêts. Sous les Carolingiens, l’alleutier doit la dîme à l’Église et l’aide militaire au souverain si celui-ci est attaqué, car seul le roi se déclare seigneur de tous les alleux. À la suite du délitement de l’ordre carolingien en raison du développement de la féodalité à partir du 10ème siècle, l’alleu désigne un bien possédé en pleine propriété, sans seigneur et le plus souvent hérité

[18] Ullastret est une commune de la province de Gérone, en Catalogne, en Espagne, de la comarque du Baix Empordà.

[19] La cathédrale Saint-Pierre est une cathédrale située dans la ville de Vic, dans la communauté autonome de Catalogne en Espagne. Par ses différents styles, elle résume une grande partie de l’Histoire architecturale européenne, depuis le style roman jusqu’au néoclassicisme, en passant par la gothique et le baroque. Elle est le siège du diocèse de Vic.

[20] L’abbaye Santa Maria de Montserrat est une abbaye bénédictine autonome située sur le massif montagneux de Montserrat en Catalogne (Espagne). L’abbaye fait partie de la province espagnole de la congrégation de Subiaco, au sein de la confédération bénédictine. Ce lieu de pèlerinage s’impose dès le Moyen-Âge comme le premier sanctuaire marial de Catalogne.

[21] dit concile de Toulouges, 1027