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Yazdgard III

mercredi 28 mars 2018

Yazdgard III

Souverain d’Iran (Perse) de la dynastie des Sassanides

Petit-fils de Khosro II et de Chîrin , fils du prince Shâhriar et d’une concubine noire. Lors du massacre des princes royaux perpétré par Kavadh II, il est sauvé de la mort par sa grand-mère et caché en province dans le Fars [1].

Avec l’aide du général Rostam Farrokhzad , il s’empare de la capitale Ctésiphon [2] à l’âge de 16 ans. Le début de son règne le 16 juin 632 est la date initiale de l’ère qui porte son nom [3]. Il règne en concurrence avec son cousin Hormizd VI jusqu’à l’assassinat de celui-ci en janvier 633.

Dès 633/634, il doit faire face à l’invasion des Arabes musulmans qui ont déjà razzié l’Irak au cours de la période de conflits dynastiques des années 628/632. Ses généraux sont vaincus dans plusieurs batailles, dont Rostam Farrokhzad en 635 à Qâdisiya [4], non loin de Hira [5], ce qui entraîne la perte de la capitale Ctésiphon en 637, puis une séries de défaites la même année lors des batailles d’Ahvāz, Jalula, Rām Hurmuz et la conquête du Khouzistan [6] par les Arabes.

En 641/642, la défaite de Firuzān à la bataille de Nihāvand entraîne la perte de la Médie [7], et le roi Yazdgard III doit se réfugier dans le sud de ses États. Deux nouvelles défaites de ses troupes, commandées par Shahrvarāz Jādhuyih à Ispahan [8] en 642 puis en 643 lors de la bataille de Wāj Rudh par le dynaste [9] arménien Varaz-Tiroç II Bagratouni, qui entraîne la perte de Rayy [10], l’obligent à fuir dans l’est de l’empire.

Alors que les dynastes locaux du Tabaristan [11] concluent des trêves avec les Arabes, il se réfugie à Merv [12] dans l’extrême-est de l’empire, auprès du mazbân Mâhôe où il est assassiné à l’automne 651.

Son corps, jeté dans une rivière et repêché par des paysans, est identifié et inhumé par Élie, l’évêque chrétien nestorien [13] de Merv.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Clément Huart & Louis Delaporte, L’Iran antique : Élam et Perse et la civilisation iranienne, Albin Michel, coll. « L’Évolution de l’Humanité », Paris, 1952

Notes

[1] Le Fars ou Pars est une des trente provinces d’Iran, au sud-ouest du pays. Sa capitale est Chiraz.

[2] Ctésiphon est une ancienne ville parthe, située face à Séleucie du Tigre, sur la rive gauche du Tigre, à 30 km au sud-est de la ville actuelle de Bagdad, en Irak. La ville s’étendait sur 30 km².

[3] ère de Yazdgard, qui marque le début du calendrier des Pârsî

[4] La bataille d’al-Qadisiyya ou Cadésie est une bataille qui eut lieu vers 636 entre les califes bien guidés et l’Empire sassanide dans le cadre de la conquête musulmane de la Perse. Les années qui suivent la mort de Mahomet en juin 632 voient l’expansion arabe au Proche-Orient, notamment en Mésopotamie (l’actuel Irak). La conquête de la Mésopotamie se fait aux dépens des Sassanides, fondée par Sassan prêtre (ou mage) zoroastre dont le petit-fils Ardashîr 1er abat le dernier roi de parthie en 224-226. En 634, les Perses réussissent à repousser une première armée d’invasion forte de 30 000 hommes. Aux alentours de l’année 636, Rostam Farrokhzād, conseiller et général de Yazdgard III, mène 80 000 soldats au-delà de l’Euphrate à la bataille d’al-Qâdisiyya. Certains l’ont critiqué pour sa décision de faire face aux Arabes sur leurs propres territoires aux abords du désert et ont dit que les Persans auraient pu tenir s’ils étaient restés sur la rive opposée de l’Euphrate.

[5] Al-Hîra est une ville d’Irak située sur la rive droite de l’Euphrate à 18 km au sud-est de Nadjaf. C’est à l’origine un campement militaire. Des populations arabes poursuivent une migration vers le Proche-Orient depuis des siècles. La population locale, principalement araméenne (Beth Aramayè), comporte bien avant l’islam de bonnes proportions d’arabes. L’un des premiers royaumes arabes en dehors de l’Arabie s’établit à Al-Hîra. La dynastie locale des Lakhmides, vassale des Sassanides depuis Shapur II, a pour mission de protéger l’empire Sassanide des incursions des autres tribus arabes. Elle devient la capitale des Lakhmides au 5ème et 6ème siècles. Al-Hira est longtemps manichéenne, et serait à l’origine de l’expansion de cette doctrine dans la péninsule arabique. Al-Hîra est longtemps chrétienne, au moins fortement christianisée, par l’activité missionnaire. Elle a ses anachorètes et certains saints, comme Siméon le Stylite. Elle est le siège d’un évêché de l’Église de l’Orient. La tradition raconte que l’écriture arabe s’y est développée. Les rois Lakhmides ne sont pas chrétiens, sauf exception. Ils deviennent chrétiens nestoriens vers 594. L’empereur Sassanide Vahram V prend le pouvoir avec le soutien du prince Lakhmide Al-Mondir en 420. En 542, Khosro 1er de Perse arrête le général byzantin Bélisaire à Callinicum au sud d’Emèse, mais avec l’aide d’Al-Hîra. L’empire byzantin crée sur le territoire de la Syrie actuelle un autre royaume arabe concurrent d’Al-Hîra, le royaume des Ghassanides. Les deux royaumes se font la guerre pour le compte de leur suzerain respectif. En 602, Khosro II renverse Numan III prince d’Al-Hîra et annexe ses territoires à l’empire. En 633, La ville se rend facilement aux troupes musulmanes commandées par Khâlid Ibn al-Walîd, qui épargne la ville contre le paiement d’un tribut. Plus tard la ville perd de son importance, concurrencée par Koufa, à 6 km au nord est, où s’installe la garnison permanente des conquérants.

[6] e Khouzistan est une des 30 provinces d’Iran. Elle est située au sud-ouest du pays, aux confins de l’Irak et du Golfe Persique. Sa capitale est Ahvaz.

[7] À l’époque hellénistique, la Médie tombe sous le contrôle des Grecs, et est incluse après les conflits opposant les Diadoques dans les territoires contrôlés par les Séleucides, après avoir été un temps dominée par Antigone le Borgne. L’ancien général Atropatès qui dirigeait le contingent mède de l’armée perse à la bataille de Gaugamèles, se rallie par la suite à Alexandre le Grand et devient satrape du nord de la Médie, qui devient la Médie Atropatène, futur Azerbaïdjan, qu’il parvient à rendre autonome du pouvoir séleucide. La capitale de ce royaume se trouvait à Gazaca. Après plusieurs décennies d’indépendance, le roi Artabanzanes doit conclure un traité de vassalité avec Antiochos III en 220 av.jc. Cette région reste peu hellénisée, à la différence du sud de la Médie, centré autour d’Ecbatane. Plusieurs villes nouvelles y sont fondées par les souverains séleucides, et l’ancienne Rhaga est renommée Europa. Un satrape local, Molon, se révolte en 220 contre Antiochos III, qui le défait. Entre 163 et 160, c’est un autre satrape de Médie, Timarque, qui se révolte contre Démétrios 1er Sôter, et réussit à prendre le pouvoir en Babylonie, avant d’être finalement soumis. Les révoltes qui secouent le royaume séleucide vers 150 profitent au roi parthe Mithridate 1er qui prend alors la Médie, ainsi que l’Atropatène. Après plusieurs décennies de luttes, le pouvoir des Arsacides est finalement assuré en Médie, en dépit des attaques des nomades orientaux, Scythes ou Tokhariens. La région est réorganisée administrativement, et la ville de Rhaga/Europa est renommée Arsacia.

[8] Ispahan ou Isfahan est une ville d’Iran, capitale de la province d’Ispahan. Elle est située à 340 kilomètres au sud de la capitale, Téhéran. Ispahan a été capitale de l’empire perse sous la dynastie des Safavides entre le 16ème siècle et le 18ème siècle.

[9] Un petit souverain régnant sous la dépendance d’un souverain plus puissant.

[10] Rayy, Ray ou Rey actuellement Chahr-e-Rey autrefois Ragâ dans l’Avesta, Ragès dans la Bible, Rhagès sous Alexandre le Grand puis Europos pour les Séleucides et nommée ensuite Arsacia par les Parthes arsacides. Ville de la province de Téhéran, située à 10 km au sud de la ville de Téhéran dans le district de Shahrak-e Rah-Ahan du district 20.

[11] Le Mazandaran ou Mazandéran appelé autrefois Tabaristan est une province du nord de l’Iran, délimitée par la Mer Caspienne au nord. Le Mazandéran était une partie de la province d’Hyrcanie au temps de l’Empire perse.

[12] Merv autrefois satrapie de Margiane, était une ville de l’Asie centrale, sur la route historique de la soie. Ses vestiges sont situés aujourd’hui près de la ville de Mary au Turkmenistan. La ville a connu plusieurs refondations au cours d’une histoire millénaire et a connu divers noms comme « Mourou » à l’époque Achéménide, puis « Alexandrie de Margiane » (ville fondée par Alexandre) et enfin « Antioche de Margiane » sous les macédoniens. Ce fut un important évêché du christianisme nestorien entre le 6ème et le 14ème siècle. En 651, le dernier roi perse sassanide, Yazdgard III, fut assassiné à Merv. Merv fut un temps, capitale des Seldjoukides avant leur avancée vers l’Iran. Ce fut une ville de haute culture, renommée pour ses 10 bibliothèques, et Yaqout al-Rumi y resta deux ans, peu avant sa destruction par les Mongols en 1221.

[13] Doctrine hérétique de Nestorius qui reconnaissait les deux natures du Christ, humaine et divine, mais en niait la consubstantialité ; de ce fait même, l’hérésie niait que la Vierge puisse être appelée « Mère de Dieu ». Malgré sa condamnation par le concile d’Éphèse (431), le nestorianisme gagna la Perse, puis l’Asie, jusqu’à l’Inde et la Chine. Au 12ème siècle époque de son apogée, l’Église nestorienne comptait quelque 10 millions de fidèles. Aujourd’hui, seuls subsistent quelques dizaines de milliers de fidèles, principalement en Iraq et aux États-Unis, la majorité des nestoriens ayant rallié l’Église catholique à partir du 18ème siècle