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L’histoire pour le plaisir

Jean-Baptiste Morin

jeudi 8 mars 2018

Jean-Baptiste Morin (1677-1745)

Compositeur français

Il est considéré comme le créateur de la cantate [1] française. Il naquit à Orléans sur la paroisse Saint-Euverte, dans un milieu de tisserands.

La famille de son père était originaire de Vihiers [2]. Le futur compositeur apprit la musique à partir de 1683-1685 environ, en tant qu’enfant de chœur dans la maîtrise de la collégiale Saint-Aignan d’Orléans [3], sous les ordres du maître de musique, le prêtre et chanoine Olivier Trembloit ou Tremblais, Tremblay.

Vraisemblablement, les élèves étaient au nombre de 6, tous des garçons le nombre de places étant fixe et ne variant que très rarement. On formait les jeunes gens pour chanter la voix de dessus [4] dans le chœur de l’église. Aucune femme n’était admise dans la musique des chapitres ecclésiastiques, en France comme ailleurs.

Il est possible que le jeune musicien ait commencé par chanter dans le chœur là aussi professionnel de l’église Saint-André-des-Arts [5]. Le curé de cette paroisse, Nicolas Mathieu , faisait donner des concerts dans lesquels on entendait beaucoup de musiques italiennes ou italianisantes, nouvelles à Paris. Des motets [6] composés par Morin y furent entendus.

Vers l’an 1700, peu après qu’il eut produit ses premiers motets, il créa ou contribua à créer une nouvelle forme, d’abord conçue à l’imitation de l’Italie et essentiellement profane : la cantate française. L’idée qui amena la naissance de cette nouvelle forme s’était développée au Café Laurent, où gens de lettres, artistes et savants de la jeune génération se côtoyaient. On doit les premiers livrets de cantates au poète Jean-Baptiste Rousseau . La mode se répandit ensuite très vite.

À partir de 1701 vraisemblablement, Morin devint Ordinaire de la Musique du nouveau duc d’Orléans Philippe, futur régent du royaume, protecteur des arts et compositeur. Il avait aussi rencontré Jean de Serré de Rieux . Ce conseiller au Parlement de Paris était poète et grand amateur, surtout de la musique italienne.

Le jeune orléanais fut attaché au parlementaire et vécut avec lui et sa famille jusqu’en 1713 dans l’Hôtel de Seré au 33 de la rue des Francs-bourgeois, dans le quartier du Marais, à Paris. Il suivra le poète dans ses adresses parisiennes jusqu’à ce que celui-ci s’installe entre 1721 et 1722 dans son château de Rieux [7], près de la commune de Tillé [8] et de Beauvais [9].

En octobre 1707, les deux hommes produisirent ensemble La Chasse du Cerf, Divertissement chanté, sorte d’opéra en un acte.

Dès le printemps 1719 Morin fut nommé maître de la chapelle [10] et de la chambre de l’abbaye royale de Chelles [11], non loin de Paris. La nouvelle abbesse était Marie Louise Adélaïde d’Orléans , fille de Philippe II, devenu régent.

En 1726, Morin fit graver, pour cette abbaye bénédictine du diocèse de Paris, un Processional en deux volumes, dans lequel on trouve différentes pièces de plain-chant, commun ou composé par Henry Du Mont , Guillaume-Gabriel Nivers, et par d’autres. Une grande utilité de cet ouvrage est de développer des indications d’interprétation très précises ; une autre grande originalité est que Morin agrémente certaines pièces d’un accompagnement vocal en faux-bourdon ou avec basse continue. On y trouve aussi ses propres compositions.

À partir de 1731, après le départ subit de la princesse, l’ancien surintendant de la musique de l’abbaye vécut à Paris dans une aile du Palais Royal [12], avec le claveciniste Toussaint Bertin de la Doué et sa famille.

De 1704 à 1713, Ballard [13] avait déjà publié quatre autres airs du musicien orléanais, dans ses fameux Recueils d’airs sérieux et à boire. Les deux derniers (ceux de 1712 et 1713) furent peu après gravés dans un recueil de douze airs à boire de Morin, qui fait suite à un second Divertissement, L’Himen et l’Amour, Epithalame en 1714.

En 1734, Serré de Rieux publia un recueil de poèmes, dédié au roi Louis XV , “Les Dons des Enfans de Latone”, à la fin duquel on trouve six Nouvelles Fanfares de chasse, de Morin. Le Poème sur la musique de 1714 y figure en bonne place. Il est présenté dans une version actualisée. Le parlementaire l’avait écrit pour tenter de calmer la polémique et donner son point de vue dans une des principales querelles esthétiques de son temps. Il y proposait de réunir la musique italienne et la musique française. On constate aussi que les opéras italiens de Haendel , produits à l’époque où Morin exerçait à Chelles, étaient très appréciés par les deux hommes.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de histoire de « Le Cantus firmus dans le Regina cæli de Jean-Baptiste Morin (1677-1745) », dans : Itinéraires du Cantus firmus. X. Le Cantus firmus : Universalité. Bilans et Épilogue de la Collection « Itinéraires du Cantus firmus » (Études réunies et présentées par Edith Weber, Professeur émérite à l’Université Paris-Sorbonne), Presse de l’Université de Paris-Sorbonne, 2014

Notes

[1] Une cantate est une composition vocale et instrumentale qui comporte plusieurs morceaux. Elle porte généralement sur un thème qui peut être profane (cantata da camera) ou sacré (cantata da chiesa), mais à la différence de l’opéra, elle ne comporte aucun aspect théâtral ni dramatique.

[2] dans le Maine-et-Loire actuellement

[3] La collégiale Saint-Aignan est une église française située dans le centre de la ville d’Orléans (quartier Bourgogne), sur la rive nord de la Loire, dans le département du Loiret. En 1562, durant les guerres de religion la collégiale Saint-Aignan est pillée par les Huguenots, partisans du réformateur Jean Calvin, qui s’emparent d’une châsse en or pour en faire de la monnaie. Cinq ans plus tard, ils démantèlent une grande partie de la collégiale. En 1563, les reliques de saint Aignan sont jetées sur un bûcher par les huguenots alors maîtres de la ville, plus qu’à moitié acquise à leur cause ; l’édifice est incendié et brûle en partie. Quelques ossements du saint, calcinés, sont sauvés par un choriste du chapitre, Jehan Minereau, de Gien. Sans reliques d’un saint protecteur, l’église perd une grande partie de sa force et de sa crédibilité, et le musicien se serait donc trouvé dans une situation professionnelle précarisée. Une fois la paix rétablie en 1570, les chanoines érigent un mur à l’ouest des transepts, pour isoler la nef, trop endommagée et inutilisable. Puis, en 1619, Louis XIII finance la restauration du retable actuel. Le chapitre de chanoines disparaît à la Révolution française, en novembre 1790.

[4] soprano

[5] L’église Saint-André-des-Arts dite dans les premiers temps Saint-André-de-Laas, puis Saint-André-des-Arcs, était une église, située sur la place du même nom dans le 6ème arrondissement de Paris. Bâtie de 1210 à 1212, sur une partie du Clos de Laas, elle aurait été élevée sur l’emplacement d’une antique chapelle dont aucune trace archéologique n’est venue confirmer l’existence (Saint-Andéol à Paris). Entièrement refaite et agrandie en 1660. Elle était sous le patronage de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés jusqu’en 1345, date à laquelle les religieux la rétrocèdent à l’Université.

[6] Un motet est une composition musicale apparue au 13ème siècle, à une ou plusieurs voix, avec ou sans accompagnement musical, courte et écrite à partir d’un texte religieux ou profane. Ce genre musical à deux voix atteignit son apogée à la fin du 12ème siècle, avec l’école de Notre Dame de Paris et ses maîtres, Léonin et Pérotin. Le motet a remplacé le conduit. Au début du 16ème siècle, le motet s’enrichit grâce à Josquin Desprez et atteint son apogée avec Palestrina. Le nombre des voix était le plus souvent de quatre, mais pouvait atteindre six, huit, et même douze. À l’extrême, le motet Spem in alium de Thomas Tallis ne compte pas moins de 40 voix indépendantes. En France, le motet fut illustré, notamment, par Henry Du Mont et Pierre Robert, sous-maîtres de la Chapelle de Louis XIV ; sous l’égide de Louis XIV, Lully, puis Delalande, inaugurèrent le « grand motet » ou « motet à grand chœur », équivalent de l’antienne (anthem) des Anglais et de la cantate des Allemands.

[7] Rieux est une commune française située dans le département de l’Oise

[8] Tillé est une commune française située dans le département de l’Oise

[9] Au 17ème siècle, sous les épiscopats d’Augustin Potier et de son neveu et successeur Nicolas Choart de Buzenval, Beauvais fut un foyer d’étude et de piété. Le premier légua à sa cathédrale une importante bibliothèque d’imprimés. Le second, assisté du chanoine Godefroy Hermant, fit de l’évêché et du séminaire de la ville un centre du jansénisme. L’historien Louis-Sébastien Le Nain de Tillemont, notamment, fut élève du séminaire et du chanoine Hermant. En 1664, une manufacture royale de tapisserie fut installée à Beauvais, devenue alors une importante « ville drapante » du royaume. Plus de la moitié de ses habitants travaillent alors dans le textile. Ses productions sont célèbres dans toute l’Europe et d’autres artisans bénéficient de cette renommée. La Manufacture atteint son apogée sous la direction artistique de Jean-Baptiste Oudry, au 18ème siècle. Bientôt, apparaît sur le marché « l’indienne », une cotonnade imprimée qui va rapidement fournir du travail à des centaines d’ouvriers sans toutefois détrôner le commerce de la laine.

[10] Un maître de chapelle, à l’origine maître de musique, ou dans les pays allemands Kapellmeister, ou encore maestro di cappella en Italie, désigne une personne chargée, dans un cadre religieux chrétien, d’enseigner et de faire entendre la musique avant tout liturgique, et de composer des partitions polyphoniques essentiellement des motets au sein de la « chapelle musicale » d’une église.

[11] L’abbaye de Chelles est une ancienne abbaye royale autrefois située à Chelles. Fondée à l’époque mérovingienne (7ème siècle) par la reine sainte Bathilde, épouse de Clovis II, cette abbaye bénédictine de femmes a subsisté jusqu’à la Révolution française. Elle fut fermée en 1790, puis vendue en 1796 comme bien national et détruite. Les éléments subsistants ont été intégrés à la Mairie de Chelles.

[12] Construit par Richelieu en 1628, le Palais-Cardinal, légué au roi Louis XIII en 1642, un an avant sa mort, sert de résidence à Louis XIV enfant pendant les troubles de la Fronde et devient le Palais-Royal. Donné en apanage à Philippe d’Orléans en 1692, il devient le palais des Orléans. Le Régent y réside. Le futur Philippe Égalité y réalise en 1780 une grandiose opération immobilière conduite par l’architecte Victor Louis, en encadrant le jardin de constructions uniformes et de galeries qui vont devenir pendant un demi-siècle, par leurs cafés, restaurants, salons de jeu et autres divertissements, le rendez-vous à la mode d’une société parisienne élégante et souvent libertine. La fermeture des maisons de jeu y mettra fin en 1836. Restitué aux Orléans en 1814, mis à la disposition du roi Jérôme sous le Second Empire, il est affecté à partir de 1871 à différentes administrations de la République. Il abrite aujourd’hui le Conseil d’État, le Conseil constitutionnel et le ministère de la Culture.

[13] imprimeurs du roi pour la musique