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L’histoire pour le plaisir

Alexandre Danilovitch Menchikov

jeudi 19 octobre 2017

Alexandre Danilovitch Menchikov (1672-1729)

Homme politique-Gouverneur général de Saint-Pétersbourg-Prince du Saint-Empire en 1707-Duc de Cosel-Duc de Ingermanland en 1707

Né à Moscou, dans une famille modeste, d’un père artisan pâtissier, il est pâtissier lui-même à la fin des années 1680. Dès sa jeunesse, il fréquente assidûment le quartier allemand de la capitale où il fait la connaissance de François Lefort , qui le présente au jeune Pierre 1er. Les deux hommes deviennent vite amis et participent ensemble à des beuveries homériques. Pierre le fait entrer dans le régiment Preobrajensky [1], qu’il vient de créer pour en faire sa garde personnelle.

En 1689, Pierre prend officiellement le pouvoir qu’il remet aussitôt à sa mère Natalia Narychkina . Il préfère vivre sa vie de jeunesse mouvementée avec Menchikov et des autres compagnons de débauche.

Lorsqu’il reprend définitivement le pouvoir, en 1694, ils deviennent ses collaborateurs les plus dévoués et Menchikov est son favori.

Très vite, Menchikov se distingue par son ambition démesurée, son goût du luxe et son dévouement pour son maître. Pour arriver à ses fins, il n’hésite pas à utiliser la corruption. Il devient ainsi extrêmement riche.

En 1697, il accompagne Pierre et sa Grande Ambassade lors de son long voyage d’études et de connaissances à travers l’Europe.

En 1700, éclate la guerre du Nord avec la Suède [2] qui va durer jusqu’en 1721. Menchikov s’y illustre en démontrant de bonnes capacités militaires. Comme Pierre, il n’assiste pas à la bataille de Narva [3]. Par contre, il se distingue lors de l’offensive russe en Ingrie [4] en 1702. Il est l’un des commandants des troupes qui assiègent la forteresse de Nöteborg [5], à l’angle du lac Ladoga [6] et de la Néva [7]. La prise de cette place, rebaptisée Schlüsselbourg, est importante car elle donne désormais accès à la Baltique. C’est quelques kilomètres plus loin, la même année, que Pierre fonde Saint-Pétersbourg [8], future capitale.

En 1706, Menchikov est à la tête de l’armée qui bat les Suédois à Kalisz [9] en Pologne. Pierre l’y avait envoyé pour soutenir Auguste II contre Stanislas Leszczynski , qui lui avait ravi la couronne de Pologne. Cette victoire n’aura cependant pas de lendemain pour l’ancien roi polonais.

En 1707, Menchikov reçoit le commandement des troupes cosaques. En 1709, Pierre l’envoie en Ukraine y châtier les Cosaques mécontents qui, sous les ordres de l’hetman [10] Ivan Mazepa , ont pris le parti de Charles XII de Suède. Il s’empare de Batourine [11] où il fait massacrer toute la population. Puis il se dirige vers Poltava [12] où l’attend Pierre et les autres généraux. Lors de la bataille de Poltava, où le roi suédois est écrasé, c’est lui qui commande l’aile gauche de l’armée russe.

Devenu maréchal, ses opérations prennent plus d’importance. Il conquiert la Courlande [13] en 1710. En 1713, il fait campagne en Poméranie [14]. À la fin de la guerre, la Baltique est russe de la Carélie [15] à la Pologne.

Parallèlement à ses activités militaires, Pierre le charge aussi d’autres fonctions. Ainsi, en 1718, c’est Menchikov qui préside la commission d’enquête sur les agissements d’ Alexis Pétrovitch , soupçonné de trahison.

En janvier 1725, Pierre 1er meurt sans désigner de successeur. Menchikov prend parti pour sa veuve Catherine , son ancienne amante. Elle est couronnée impératrice en partie grâce à lui. C’est à cette époque qu’il détient le plus de pouvoir, Catherine lui abandonnant la direction du gouvernement.

Sous son conseil, elle crée le Haut conseil secret. Présidé par Menchikov et comprenant cinq autres membres [16], il a priorité sur le Sénat et le Saint-synode [17] pour diriger les destinées de l’État.

Menchikov voit aussi à assurer son avenir et celui de sa famille. Il convainc Catherine de désigner Pierre , fils d’Alexis Petrovitch, comme successeur. Il fiance l’héritier à sa fille Maria. Lorsque l’impératrice meurt à son tour, en mai 1727, il est désigné tuteur du nouvel empereur Pierre II, qui le nomme généralissime.

Son arrogance va être la cause de sa chute. Le prince Alexis Dolgorouki, nouveau membre du Haut conseil secret, intrigue auprès de Pierre II et parvient à le persuader de sa malhonnêteté.

Le 20 septembre, il est arrêté et déchu de tous ses titres. Ses biens sont confisqués. Après un court procès, il est déporté avec sa femme et ses enfants à Beriozovo [18] en Sibérie occidentale. Il y décède dans la pauvreté le 2 novembre 1729.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Michel de Saint Pierre, Le Drame des Romanov, Laffont, 1968.

Notes

[1] Le régiment Préobrajensky ou régiment de la Transfiguration est le plus ancien et l’un des plus prestigieux régiments de la Garde impériale russe. Il est intimement lié à l’histoire de l’émergence de l’Empire russe, de la fin du 17ème siècle au 19ème siècle. À ce titre, il incorpore une forte charge symbolique. Au cours des 18ème et 19ème siècles, l’adhésion était réservée aux jeunes aristocrates russes ayant fait preuve de loyauté envers le gouvernement impérial et le tsar.

[2] La grande guerre du Nord est un conflit qui opposa une coalition menée par le tsarat de Russie à l’Empire suédois entre 1700 et 1721 et qui se déroula dans le Nord de l’Europe centrale et en Europe de l’Est. Les chefs initiaux de l’alliance anti-suédoise étaient Pierre 1er, Frédéric IV de Danemark et Auguste II de Saxe-Pologne-Lituanie. Frédéric IV et Auguste II furent respectivement sortis de l’alliance en 1700 et 1706 avant de la rejoindre en 1709. George 1er de Brunswick-Lunebourg (Hanovre) rejoignit la coalition en 1714 pour le Hanovre, et en 1717 pour le Royaume-Uni ainsi que Frédéric-Guillaume 1er de Brandebourg-Prusse en 1715. Charles XII de Suède menait l’armée suédoise et s’était allié aux Holstein-Gottorp, à de nombreux magnats polonais et lituaniens menés par Stanislas Leszczynski et des cosaques ukrainiens sous le commandement de l’hetman Ivan Mazepa. L’Empire ottoman accueillit temporairement Charles XII et intervint contre la Russie.

[3] La bataille de Narva est une bataille survenue au début de la grande guerre du Nord, le 30 novembre 1700 à Narva, au nord-est de l’Estonie. L’armée suédoise, commandée par le roi Charles XII, qui n’a pas encore 18 ans, y a remporté une victoire totale sur l’armée russe de Pierre le Grand.

[4] L’Ingrie est une région historique située dans la Russie actuelle, au bord du golfe de Finlande, entre le sud du lac Ladoga et le fleuve Narva.

[5] Chlisselbourg est une ville de l’oblast de Léningrad, en Russie, dans le raïon de Kirovsk. La forteresse, qui a précédé la ville de plusieurs siècles, a d’abord été un fortin en bois nommé Orechek (ou Orekhov), construit en 1323 par le grand prince Iouri de Moscou en sa qualité de prince de Novgorod, au nom de la République de Novgorod. Elle défendait les approches de Novgorod au nord et l’accès à la mer Baltique. La forteresse est située sur l’île d’Orekhovets.

[6] Le lac Ladoga est le lac le plus étendu d’Europe (17 700 km²), le deuxième de Russie après le lac Baïkal et le 15ème dans le monde par sa superficie.

[7] La Neva est un fleuve de Russie occidentale, long de 74 km seulement. Elle coule du lac Ladoga à la mer Baltique (golfe de Finlande), dans laquelle elle se jette à Saint-Pétersbourg, par un delta profondément transformé par l’urbanisation (la ville comprend aujourd’hui 42 îles).

[8] Saint-Pétersbourg, est la deuxième plus grande ville de Russie par sa population. Elle fut fondée en 1703 par le tsar Pierre le Grand dans une région disputée depuis longtemps au royaume de Suède. Après la mort de Lénine en 1924, la ville est rebaptisée Léningrad.

[9] Kalisz est une ville de Pologne. La ville est chef-lieu du district de Kalisz (powiat) dans la voïvodie de Grande-Pologne.

[10] Hetman est un titre désignant historiquement le commandant en chef des armées du Grand-duché de Lituanie et du Royaume de Pologne. Ce titre sera conservé dans le cadre de l’entité née de leur union, la République des Deux Nations.

[11] Batouryn est une petite ville de l’oblast de Tchernihiv, en Ukraine. Batouryn connaît une première heure de gloire en devenant la capitale de l’hetmanat cosaque en 1669. Sa prospérité culmine à la fin du 17ème siècle, sous l’hetman Ivan Mazeppa. En 1708, cependant, pendant la grande guerre du nord opposant les Suédois et leurs alliés cosaques aux Russes, la ville est complètement détruite et Pierre le Grand transfère la capitale à Hloukhiv. De 1750 à 1764, Batouryn redevient capitale de l’hetmanat et le comte Razoumovski, le dernier hetman cosaque, y fait construire plusieurs édifices baroques.

[12] La bataille de Poltava (ou Pultawa) eut lieu le 8 juillet 1709 entre l’armée de Pierre 1er de Russie et les troupes de Charles XII de Suède avec l’appui des cosaques d’Ukraine du hetman Ivan Mazepa dans le cadre de la Grande guerre du Nord. La victoire russe décisive a fait perdre à la Suède son rang de grande puissance militaire.

[13] Le duché de Courlande ou duché de Courlande et Sémigalie est une région historique de la Lettonie, recouvrant la Sémigalie (ou Zemgale) et le Kurzeme (ou Courlande) actuels. C’est en tant qu’État indépendant, sous la forme de duché de Courlande (1561-1795), que cette région est la plus connue. Elle a même été une petite puissance coloniale (Tobago, Île James). Elle entre ensuite dans le gouvernement de Courlande, parfois improprement appelée province de Courlande, administrée par l’Empire russe.

[14] La Poméranie est une région côtière au sud de la mer Baltique, située en Allemagne et en Pologne entre et sur les rives des fleuves Vistule et Oder atteignant la rivière Recknitz à l’ouest.

[15] La Carélie est une ancienne province de l’Est de la Finlande. La province marquait la frontière orientale du royaume de Suède lors de sa période de plus grande extension (16 et 17ème siècles). Elle était bordée à l’est par la Savonie et l’Uusimaa, au nord par une section peu peuplée de l’Ostrobotnie, correspondant aujourd’hui au Kainuu. En 1635, la province est fusionnée avec la Savonie pour former le län de Viborg et Nyslott (aujourd’hui Vyborg et Savonlinna). La Suède atteint peu après son apogée, et contrôle la quasi-totalité des terres peuplées par les Caréliens. Mais à la suite de la fondation de Saint-Pétersbourg et de la volonté de Pierre le Grand de tourner la Russie vers l’Europe, la Russie met toute son énergie à repousser vers l’ouest la frontière bien trop proche de la nouvelle capitale. C’est la grande guerre du Nord, terminée en 1721 par le traité de Nystad, qui voit toute la Carélie méridionale passer sous contrôle russe. Le reste de la Carélie, ainsi qu’une bonne partie de la Savonie, suivra dès la fin de la guerre russo-suédoise de 1741/1743 et le traité d’Åbo.

[16] le comte Fédor Apraxine, le comte Piotr Andreïevitch Tolstoï, le prince Dmitri Mikhaïlovitch Golitsyne, le comte Gavriil Golovkine et le baron Andreï Osterman

[17] Dans les Églises orthodoxes, le Saint-Synode ou « concile » permanent est l’institution collégiale au sommet de la hiérarchie religieuse. En 1721, suite aux réformes religieuses du tsar Pierre le Grand, le Saint-Synode est devenu le principal organe d’administration de l’Église orthodoxe russe, privée de patriarche. Composé d’évêques, de prêtres et du haut-procureur (ober-prokuror) nommé par l’empereur, il devait diriger les affaires ecclésiales d’une façon collégiale.

[18] Beriozovo ou Berezovo est une commune urbaine du district autonome des Khantys-Mansis, en Russie, et le centre administratif du raïon Beriozovski. À sa fondation, en 1593, Beriozovo fut d’abord une place forte qui devint par la suite la ville de Berezov ou Beriozov. La ville doit surtout sa célébrité au fait qu’elle servit de lieu d’exil et de détention à de nombreux personnages célèbres de la noblesse russe. Le prince Alexandre Menchikov, favori de Pierre le Grand et de Catherine 1ère, y est mort en exil en 1729. En 1730, son ennemi et rival le prince Dolgorouki y fut interné avec sa famille. En 1742 le général Ostermann y fut envoyé avec sa femme et y mourut en 1747.