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Philippe de Cabassolle

vendredi 14 avril 2017, par ljallamion (Date de rédaction antérieure : 23 mars 2017).

Philippe de Cabassolle (1305-1372)

Régent et chancelier du royaume de Naples-Recteur du Comtat Venaissin-Légat pontifical-Évêque de Cavaillon puis évêque de Marseille-Patriarche de Jérusalem-Cardinal avec le titre de cardinal-prêtre de Saints Pierre et Marcellin-Cardinal évêque de Sabine de 1368 à 1372

Philippe de Cabassolle Cardinal évêque de SabineIssu d’une famille de hauts fonctionnaires provençaux, son père Isnard de Cabassolle avait été viguier [1] d’Arles et son oncle Jean professeur de droit civil.

Entré tout jeune chez les franciscains [2], il fut ordonné prêtre en 1317, à l’âge de 12 ans. Il devint chanoine du chapitre de la cathédrale de Cavaillon [3] le 22 mars 1328, puis passa à la cathédrale d’Apt [4] où il fut fait archidiacre [5] le 26 août 1330 et prévôt [6] le 18 septembre 1331.

Remarqué à Apt par la famille de Sabran, il fut recommandé à Robert d’Anjou , roi de Sicile et comte de Provence. Dès 1333, à Naples, il fut chargé de diriger la chancellerie de la reine Sanche.

Un an plus tard, le 17 août 1334, il était nommé évêque de Cavaillon et le roi Robert le désignait comme tuteur de sa petite-fille Jeanne de Naples. Le 19 janvier 1343, sur son lit de mort, le souverain lui donnait la charge de Régent de son royaume.

Inquiet de la tournure des évènements napolitains, Clément VI chargea Pétrarque d’une ambassade au cours du mois de septembre 1343. Arrivé sur place, le poète constata que le Royaume était comme un navire que ses pilotes conduisaient au naufrage, un édifice ruiné soutenu par le seul évêque de Cavaillon.

Pétrarque avait connu l’évêque de Cavaillon, en 1337, lors de sa première installation à la fontaine de Vaucluse [7] où le prélat possédait une résidence. Le poète, qui lui dédia son “De Vita Solitaria,” considérait que ce diocèse était un bien petit évêché pour un si grand homme.

Le poète était souvent l’invité de l’évêque qui lui offrait à boire du “Falerne de Bourgogne”. Devenu cardinal de Sabine, Cabassolle resta toujours l’intime du poète vauclusien. Celui-ci s’en félicita quand, en 1374, il nota : Monseigneur de Sabine est le seul qui, depuis 34 ans, soit resté à mon égard dans les mêmes sentiments et n’ait jamais varié sinon de mieux en mieux.

Déjà, en 1338, l’évêque de Cavaillon avait rédigé les statuts du Comtat Venaissin [8]. Le 17 novembre 1362, Urbain V désigna cet homme d’expérience comme recteur du Comtat.

Au cours de son rectorat, il eut l’immense tâche de faire barrage aux mercenaires qui menaçaient les États pontificaux. Agissant en fin politique, le 30 novembre 1363, le recteur signa une alliance défensive avec Foulques d’Agoult, Sénéchal de Provence, Raoul de Louppy, gouverneur du Dauphiné, et la Savoie.

Elle fut utile puisqu’en 1364, il dut faire face au retour des Tard-Venus [9], en 1365, aux menaces des Grandes Compagnies [10] de Bertrand Du Guesclin, et, en 1367, aux armées de Louis d’Anjou, conduites par le même Du Guesclin, qui envahirent la Provence et menacèrent le Comtat. Il s’en tira chaque fois avec réussite et efficacité.

Aussi, lors de son retour à Rome en 1367, Urbain V le nomma Vicaire au temporel pour le Gouvernement des États d’Avignon, du Comtat Venaissin et des terres adjacentes. Philippe de Cabassolle fut très certainement l’un des plus grands, sinon le plus grand, des recteurs comtadins.

Urbain V ne pouvait qu’honorer un administrateur aussi efficient. Le 18 août 1361, il le nomma patriarche de Jérusalem. Ce fut à ce titre que, le 4 mai 1365, il présida le concile d’Apt conjointement avec les archevêques d’Arles, d’Embrun et d’Aix. Si le patriarche considérait Apt comme sa seconde cité, il resta administrateur du diocèse de Cavaillon jusqu’au 23 septembre 1366 date à laquelle il devint évêque de Marseille, charge qu’il occupa jusqu’au 9 décembre 1368.

La pourpre cardinalice lui fut remise lors du consistoire du 22 septembre 1368. Cardinal-prêtre au titre des Saints Marcellin et Pierre, il fut dénommé le cardinal de Jérusalem. Il entra à la Curie le 4 juin 1369 et reçut le titre de cardinal-évêque [11] de contemporaine, les cardinaux-évêques sont choisis par le pape parmi les cardinaux des deux autres ordres (cardinaux-prêtres et cardinaux-diacres), Sabine le 31 mai 1370.

Il participa à la fin décembre 1370 au conclave qui élit Grégoire XI. Le Souverain Pontife le mit tout de suite en charge d’une légation en Ombrie, Toscane et Campanie avec le titre de Vicaire Général de Bologne. Il avait à ses côtés pour le conseiller Guillaume de Gascogne, évêque de Sienne, et comme Capitaine Général des armées pontificales Amanieu de Pomiers, chevalier du diocèse de Bazas [12], dit le Vieux Gascon.

Mais l’âge empêchant le cardinal de Sabine d’agir à sa guise, il fut suppléé le 19 mai 1371 par le cardinal Pierre d’Estaing . Il décéda le 27 août 1372 à Pérouse [13]. À sa demande, il fut d’abord inhumé dans la chartreuse de Bonpas [14]. De nos jours, son tombeau se trouve dans l’église paroissiale de Caumont-sur-Durance [15] dans le Vaucluse.

Philippe de Cabassolle écrivit en 1355 un “Libellus hystorialis Marie beatissime Magedelene” [16]. Cette œuvre est particulièrement intéressante car elle contient des renseignements inédits sur l’auteur et les souverains qu’il a servis. Il représente surtout un précieux document sur les origines et les premiers temps du sanctuaire provençal de sainte Marie-Madeleine à Saint-Maximin dans le Var où fut construit un couvent et une basilique dédiés à la sainte. L’auteur y révèle également son profond attachement à la dynastie angevine de Naples.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Victor Saxer, « Philippe Cabassole et son Libellus Hystorialis Marie Beatissime Magdalena », dans André Vauchez et Girolamo Arnaldi (dir.), L’État Angevin, pouvoir, culture et société entre xiiie et xive siècles,

Notes

[1] Juge qui, dans le midi de la France, faisait les mêmes fonctions que les prévôts royaux dans les autres provinces.

[2] Moines de l’ordre mineur de frères laïcs mendiants fondé par saint François d’Assise en 1209, sur les principes rigoureux de l’humilité totale et de la pauvreté extrême. Les franciscains ont une mission de prédication itinérante. Au 13ème siècle, l’ordre se divise, malgré les tentatives de conciliation de saint Bonaventure, entre les adeptes de la règle de pauvreté originelle et les spirituels, qui jugent la mission d’enseignement incompatible avec la misère matérielle. Malgré ces dissensions, et les diverses branches qui en découlent, les franciscains poursuivent une lutte active contre les hérésies et se répandent rapidement au travers de la chrétienté. Les franciscains portent une robe brune avec une corde pour ceinture (ce qui leur a valu le nom de cordeliers), habit des pauvres de leur temps. A la fin du 13ème siècle, il existe déjà 1500 maisons de franciscains. L’ordre franciscain s’est diversifié en trois courants : les frères mineurs, les frères mineurs conventuels et les frères mineurs capucins. Il existe aussi un tiers ordre de laïcs. Les franciscains sont partis en mission dans le monde entier.

[3] La cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Véran de Cavaillon est une ancienne cathédrale catholique romaine. Elle fut durant plusieurs siècles le siège épiscopal du diocèse de Cavaillon, aujourd’hui incorporé à l’archidiocèse d’Avignon. Elle est dédiée à la Vierge Marie et à saint Véran, évêque de Cavaillon et patron des bergers.

[4] La cathédrale Sainte-Anne d’Apt, placée durant tout le Moyen Âge sous le double patronage de Notre-Dame et Saint-Castor, est la cathédrale de l’ancien diocèse d’Apt. Située dans la ville d’Apt, elle est classée monument historique depuis 1846. C’est l’une des plus anciennes églises d’Occident à avoir mis en honneur le culte d’Anne, l’aïeule du Christ. Déjà, au cours du 12ème siècle sa fête y était célébrée le 26 juillet au cours d’un office à neuf leçons.

[5] Un archidiacre est un vicaire épiscopal à qui l’évêque confie certaines fonctions administratives pour un groupe de paroisses.

[6] Un prévôt est un fonctionnaire pouvant occuper plusieurs rôles. En France le royaume a été divisé en prévôtés au 11ème siècle. Le prévôt pouvait être un agent du roi domanial qui s’occupait des finances, de la justice et de l’administration et de l’ordre public sur une telle zone géographique. Le prévôt était surtout un officier de justice subalterne (ses décisions peuvent être changées par les baillis et sénéchaux) qui jugeait notamment en appel les jugements civils seigneuriaux.

[7] Fontaine-de-Vaucluse est une commune française située dans le département de Vaucluse. le cartulaire de Saint-Victor de Marseille contient un acte daté de 979, par lequel cet évêque, avec le consentement du roi Conrad le Pacifique et du comte Guillaume 1er le Libérateur, installe quelques moines dans la Vallée Clause où était enterré l’évêque Véran. Ce monastère fut ruiné au début du 11ème siècle, puisqu’en 1034, Clément, évêque de Cavaillon, constatant l’état de cet établissement (antiquitus constitutum) décida de confier à Isarn, abbé de Saint-Victor, sa restauration. Cette donation s’accompagna d’une mense constituée de moulins sur la Sorgue. À partir de 1339, Vaucluse fut le séjour privilégié de Pétrarque.

[8] Le Comtat Venaissin, ou Comtat, est un ancien État qui faisait partie des États de l’Eglise. Il a été fondé au Moyen Âge en 1274 et a été totalement dissous le 14 septembre 1791. Aujourd’hui c’est une partie de l’actuel département français de Vaucluse en couvrant presque son entièreté, entre Rhône et Durance, mont Ventoux et Dentelles de Montmirail, comprenant les villes de Carpentras, Vaison-la-Romaine, L’Isle-sur-la-Sorgue et Cavaillon. Avignon était par ailleurs une cité-État depuis son rachat en juin 1348 par le Pape Clément VI.

[9] Le nom de Tard-Venus est le nom donné aux bandes de routiers qui ravagèrent le Lyonnais dans les dernières années du règne du roi Jean II le Bon.

[10] Les compagnies de mercenaires recrutées du 12ème siècle au 14ème siècle, privées d’employeurs pendant les périodes de paix, se regroupaient en bandes appelées grandes compagnies, et vivaient au détriment des populations. Ces mercenaires étaient alors désignés comme « routiers » car appartenant à une « route » (« troupe » en français de l’époque).

[11] Un cardinal-évêque est un cardinal titulaire d’un diocèse suburbicaire. Même si, à l’époque moderne, la plupart des cardinaux sont aussi évêques, le titre réfère uniquement à ceux qui se voient attribuer l’un des sept diocèses suburbicaires situés autour de celui de Rome. À l’époque mais jadis un évêque pouvait être créé directement cardinal-évêque.

[12] Bazas est une commune du Sud-Ouest de la France, située dans le département de la Gironde. Capitale du Bazadais, ancien évêché, elle conserve une importante parure monumentale héritée en partie du Moyen Âge et symbolisée par la cathédrale Saint-Jean-Baptiste.

[13] Pérouse, en italien Perugia, est une ville italienne, chef-lieu de la province de même nom et capitale de la Région Ombrie. Pérouse se situe sur une acropole collinaire d’une altitude moyenne de 493 m autour de laquelle se développe le centre historique qui est en grande partie entourée par les murs étrusques et médiévaux. Au 9ème siècle elle devient une propriété des papes avec l’accord de Charlemagne et de Louis le Pieux. La cité continue toutefois pendant des siècles à mener une vie indépendante, guerroyant contre les cités et territoires voisins de Foligno, Assise, Spolète, Todi, Montepulciano... Les papes ont parfois trouvé asile dans les murs de Pérouse. L’administration papale y a aussi organisé les conclaves qui ont élu Honorius III en 1216, Honorius IV en 1285, Célestin V en 1294 et Clément V en 1305. Cependant Pérouse se montra toujours réticent à l’égard des papes. Ainsi, lors de la rébellion de Rienzo en 1347, la cité ombrienne envoya dix ambassadeurs au tribun romain et résista vigoureusement aux légats du pape venus la soumettre.

[14] La chartreuse de Bonpas est un monument historique classé datant du 12ème siècle, située dans la commune de Caumont-sur-Durance en Vaucluse, au bord de la Durance.

[15] Caumont-sur-Durance est une commune française, située dans le département de Vaucluse. Le premier seigneur médiéval du lieu fut Isnard, vicomte de Cavaillon. En 958, il s’était emparé du prieuré Saint-Symphorien, qui dépendait de l’abbaye Saint-Symphorien d’Autun et de son vicus qui portait le nom de Magna. Il fut excommunié. Ce qui n’empêcha point ses descendants de posséder encore ce domaine en 1088. Simplement les habitants, pour préserver leur sécurité, avaient délaissé Magna et s’étaient retranchés sur le Calvus Mons (le Mont Chauve), qui donna son nom au nouveau village. Un bac permettant de traverser la Durance est attesté en 1166, au lieu-dit Maupas (mauvais passage, en raison de la dangerosité du passage de la Durance). Il appartenait à la chartreuse de Bonpas. Le fief resta en indivis entre les différents titulaires du comté de Provence (maisons de Toulouse et de Barcelone) durant les 12ème et 13ème siècles. Il passa ensuite aux Giraud Amic, branche cadette de la maison de Sabran, puis à la maison des Baux. Pour cette famille, à la fin du 14ème siècle, la dernière Dame de Caumont, fut Alix des Baux, nièce et pupille de Raymond de Turenne

[16] Vie de sainte Marie-Madeleine