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Dionysios ou Denys d’Héraclée

samedi 30 juillet 2016

Dionysios ou Denys d’Héraclée (vers 351-306 av. jc)

Tyran d’Héraclée du Pont

Il profita de la décadence des Perses, après qu’ils eurent perdu contre Alexandre le Grand la bataille du Granique [1]. Il n’avait osé s’agrandir mais il ne les craignit plus quand il les vit engagés dans une guerre où la fortune se déclara pour les Macédoniens.

Il se trouva bientôt déchu des espérances qu’il avait fondées sur l’affaiblissement de la monarchie persane. Il eut plus de sujet de redouter le vainqueur, qu’il n’en avait eu de craindre la Cour de Perse.

Ceux qui avaient été bannis d’Heraclée [2] recoururent à la protection d’Alexandre, et le trouvèrent si favorable à leurs intérêts, que peu s’en fallut que pour l’amour d’eux il ne détrônât Denys. La chose n’aurait pas manqué d’arriver, si Denys n’avait esquivé le coup par mille souplesses politiques, parmi lesquelles il faut compter son application à s’attirer la bienveillance de Cléopâtre de Macédoine, sœur d’Alexandre.

Il se vit délivré d’inquiétude en apprenant la mort d’Alexandre. Cette nouvelle, à force d’être agréable, lui pensa faire tourner l’esprit. Perdiccas après la mort d’Alexandre n’eut pas de moins bonnes intentions pour les exilés d’Heraclée ; de sorte que Denys se vit obligé de nouveau à recourir à mille artifices, afin de conjurer la tempête qui le menaçait. Mais cet embarras fut de courte durée, parce que Perdiccas fut bientôt tué.

Depuis ce temps là, les affaires de Denys allèrent toujours en prospérant, à quoi son mariage avec Amastris en 322 av. jc le servit beaucoup.

D’abord disciple de Zénon de Cition, il se convertit ensuite à l’hédonisme [3] à la suite d’une maladie qui l’amena à contester la thèse stoïcienne [4] de l’indifférence à la douleur. La vie voluptueuse que mena alors Denys le fit devenir si gras, qu’il ne faisait presque que dormir ; et son assoupissement était si profond, qu’il n’y avait point d’autre moyen de l’éveiller que de lui ficher de longues aiguilles dans le corps : à peine pouvait-on en venir à bout par cette voie.

Denys avait honte de sa grosseur, et c’est pour cela que lorsqu’il donnait audience, ou lorsqu’il rendait justice, il se mettait dans quelque armoire, qui faisait qu’on ne lui voyait que le visage. Quelques bannis d’Heraclée l’appellent le gros pourceau dans l’une des comédies de Ménandre.

Il mourut âgé de 55 ans dont 30 de règne, étouffé par la graisse. Ses sujets le regrettèrent beaucoup, car il les avait traités avec douceur.

Il laissa sa femme tutrice de ses enfants, et régente de l’état. C’est elle qui fit bâtir la ville d’Amastris [5], sur la côte de Paphlagonie [6].

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article du Dictionnaire historique et critique par Mr Pierre Bayle, sixième édition, à Basle, chez Jean Louis Brandmuller, 1741.

Notes

[1] La bataille du Granique oppose en mai 334 av. jc pour la première fois l’armée macédonienne à l’armée perse sur les rives du fleuve Granique (actuel Biga Çayı en Turquie). Alexandre le Grand remporte une victoire contre les satrapes perses qui lui ouvre les portes de l’Asie Mineure. Cet affrontement est la première d’une série de trois victoires des Macédoniens contre les Perses.

[2] Héraclée du Pont ou Héraclée Pontique était une ville grecque de Bithynie située sur le Pont-Euxin. Elle a fait place à l’actuelle ville de Karadeniz Ereğli (Ereğli de la Mer Noire) dans la province de Zonguldak en Turquie. Située à environ 200 km à l’est du Bosphore, la ville fut fondée vers le 6ème siècle av. jc (-560/-558) par des colons de Mégare et de Béotie et fut nommée d’après Héraclès, dont les Grecs pensaient qu’il pénétra dans les Enfers via une grotte par laquelle l’Achéron les rejoignait. La ville devint rapidement prospère et établit ses propres colonies, dont Callatis, Chersonèse et Cidros - suscitant la convoitise de la Bithynie et de la Galatie voisines. Alliée de Rome en 185 av.jc, elle souffrit grandement des guerres de Mithridate. Prise et détruite par le proconsul Marcus Aurelius Cotta en 73av.jc, puis reconstruite, elle ne recouvra jamais sa prospérité d’antan.

[3] L’hédonisme est une doctrine philosophique grecque selon laquelle la recherche du plaisir et l’évitement du déplaisir constituent l’objectif de l’existence humaine.

[4] Le stoïcisme est un courant philosophique occidental issu de l’école du Portique fondée entre 304 et 301av.jc à Athènes, par Zénon de Cition. Le stoïcisme a par la suite traversé les siècles, subi des transformations (notamment avec Chrysippe de Soles en Grèce et à Rome avec Cicéron, Sénèque, Épictète, Marc Aurèle), puis exercé diverses influences, allant de la période classique en Europe (en particulier au 17ème siècle, chez René Descartes) jusqu’à nos jours. Un des points qui distingue le stoïcisme des autres courants philosophiques issus de l’époque hellénistique est sa psychologie dont les postulats sont à la base des thérapies cognitivo-comportementales modernes

[5] aujourd’hui Amasra, en Turquie

[6] La Paphlagonie est une région historique de l’Asie Mineure située sur la côte nord, entre la Bithynie et le Pont, et bornée au sud par la Galatie. Elle avait pour capitale Amastris (Amasra) et comme villes principales Gangra (Çankırı) et Sinope (Sinop).