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L’histoire pour le plaisir

Théodoros Rechtouni

lundi 29 février 2016

Théodoros Rechtouni (mort en 656)

Marzban d’Arménie de 643 à 645-Prince d’Arménie de 646 à 655

En 628, il soutient la candidature de Kristapor II d’Apahounik comme patriarche arménien, mais ce dernier s’aliène une partie de la noblesse et est déposé en 630.

Après la victoire de l’empereur Héraclius sur la Perse sassanide, l’Arménie est déchirée entre les conflits des différents chefs de familles. Ceux-ci se liguent contre le marzban [1] Davith Saharouni et le déposent en 638. Il n’y a pas de prince pour lui succéder, chaque nakharar [2] dirigeant ses terres de manière indépendante. L’un des seuls nakharark à comprendre le danger arabe et à s’y préparer est Théodoros Rechtouni.

En effet, après avoir perdu la bataille d’al-Qadisiyya [3] en 636, les Perses ne peuvent plus résister à la poussée musulmane et leur empire est occupé en une quinzaine d’années. Les premiers raids arabes contre l’Arménie commencent en 640 et ont lieu chaque année.

La défense du pays est confiée à Théodoros Rechtouni et à Procope, mais les deux hommes ne s’entendent pas et se séparent. Théodoros défait les Arabes en 640, tandis que Procope est battu.

Le 6 octobre 642, une armée arabe prend Dvin [4], massacre 12 000 habitants, et revient avec 35 000 captifs. Théodoros échoue en tentant de les surprendre et de les défaire.

En 641, à la mort du patriarche Ezra ou Ezr , Théodoros fait élire Nersès III . En 643, l’empereur Constant II le nomme généralissime en chef des armées arménienne et probablement prince d’Arménie.

En 645, Varaz-Tiroç II Bagratouni, un précédent marzban qui a été exilé en Afrique, revient en Arménie et Théodoros et Nersès III, connaissant sa valeur, se déclarent en sa faveur. L’empereur accepte de le faire prince d’Arménie, mais Varaz-Tiroç meurt peu après. Cherchant à neutraliser la noblesse arménienne, la cour byzantine nomme Smbat V Bagratouni , le fils de Varaz-Tiroç, et Théodoros comme princes d’Arménie, et ceux-ci luttent de concert contre les Arabes avec un certain succès.

Constant II tente alors de ramener l’Église arménienne au rite orthodoxe et envoie en Arménie un docteur en théologie, David de Bagravand, pour proposer une formule d’union. Le concile qui réunit évêques et nakharark à Dvin vers 648-649 rejette cette formule, et l’empereur, irrité, destitue Théodoros pour le remplacer par Smbat et demande aux deux nakharark de rejoindre les armées byzantines en Cilicie [5] en vue d’une campagne contre les Arabes.

Théodoros refuse de s’y rendre et envoie son fils Vard Rechtouni, qui abandonne les troupes byzantines au bord de l’Euphrate, lesquelles sont taillées en pièces par les musulmans. Pour éviter la colère de Constant, Théodoros se rallie au calife Uthman en 653, suivi par une grande partie de la noblesse arménienne.

Constant II réagit et entre en Arménie à la tête d’une armée de cent mille hommes, rejetant un ultimatum du calife. La plupart des nakharark et le patriarche Nersès III se désolidarisent de Théodoros et rendent l’hommage à l’empereur.

Théodoros emprisonne les envoyés byzantins et se replie dans l’île d’Aghtamar [6], sur le lac de Van [7], où l’empereur est impuissant à le faire prisonnier.

Constant occupe Dvin, nomme Mouchel III Mamikonian comme prince d’Arménie et entreprend de convertir la population. Il quitte ensuite le pays en laissant un gouverneur byzantin, Maurianos.

Théodoros sort alors de sa retraite et se rend à Damas où le calife lui confie une armée, qui lui permet d’éliminer les Byzantins et de se faire reconnaître prince par les nakharark. Mouchel Mamikonian fait sa soumission et renonce à son titre de prince d’Arménie. Mais l’hiver 654 arrive et les soldats arabes, peu habitués aux rigueurs du froid, ne peuvent combattre, ce qui permet aux Byzantins de reconquérir une partie de l’Arménie, autour de Dvin.

Au printemps 655, Maurianos est surpris par une armée arabe et s’enfuit en Géorgie, pendant que les Arabes pillent les principales villes arméniennes. Théodoros est exilé par le calife à Damas et y meurt l’année suivante.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Christian Settipani, Continuité des élites à Byzance durant les siècles obscurs. Les princes caucasiens et l’Empire du vie au ixe siècle, Paris, de Boccard,‎ 2006,

Notes

[1] Le marzpanat ou marzbanat est le système de gouvernement instauré par les Sassanides en Arménie, en vigueur de 428 à 646. À sa tête est installé un marzpan ou marzban (« gouverneur »).

[2] Le nakharar est un satrape héréditaire en Arménie. Ce titre est de premier ordre au sein de la noblesse arménienne antique et médiévale. Durant cette période, l’Arménie est divisée en larges domaines, propriétés d’une famille noble et gouvernés par l’un de ses membres, auquel les titres nahapet (« chef de famille ») ou tanuter (« maître de maison ») sont donnés. Les autres membres d’une famille de nakharar gouvernent à leur tour des portions plus petites du domaine familial. Les ’nakharark’ jouissant d’une grande autorité sont reconnus comme ishkhans (princes).

[3] La bataille d’al-Qadisiyya, ou Kadésiah, ou en français : la bataille de Cadésie est une bataille qui eut lieu en 636 entre les Arabes musulmans et les Perses sassanides dans le cadre de la conquête musulmane de la Perse. Les années qui suivent la mort de Mahomet en juin 632 voient l’expansion arabe au Proche-Orient, notamment en Mésopotamie (l’actuel Irak).

[4] Dvin ou Dwin est une ancienne capitale de l’Arménie. Elle est située sur le territoire de l’actuelle communauté rurale de Dvin, dans le marz d’Ararat.

[5] La Cilicie est une région historique d’Anatolie méridionale et une ancienne province romaine située aujourd’hui en Turquie. Elle était bordée au nord par la Cappadoce et la Lycaonie, à l’ouest par la Pisidie et la Pamphylie, au sud par la mer Méditerranée et au sud-est par la Syrie. Elle correspond approximativement aujourd’hui à la province turque d’Adana, une région comprise entre les monts Taurus, les monts Amanos et la Méditerranée.

[6] Akdamar est une île de Turquie orientale (auparavant, Arménie occidentale), sur la côte est du lac de Van. Sur cette île se situait une des anciennes capitales du Vaspourakan. Elle fut le siège catholicossat arménien d’Aghtamar, catholicossat de l’Église apostolique arménienne indépendant entre 1113 et la fin du xixe siècle, dont il ne subsiste que l’église Sainte-Croix, récemment restaurée et convertie en musée.

[7] Le lac de Van ou lac Van est le plus grand lac de Turquie, (auparavant d’Arménie Occidentale) ; il est situé à l’extrême est du pays, sur le haut plateau arménien et est partagé entre la province de Van et celle de Bitlis. C’est un lac salé d’origine volcanique sans débouché qui reçoit l’eau de nombreux petits cours d’eau qui descendent des montagnes environnantes. Il fait 120 km de long, 80 km de large et 171 m de profondeur en moyenne (451 m de profondeur maximale). Sa superficie est de 3 755 km², et son altitude de 1 640 m.