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Yazdgard 1er dit Ulathim ou le pêcheur

dimanche 21 février 2016

Yazdgard 1er dit Ulathim ou le pêcheur

Roi sassanide de Perse de 399 à 420

Agathias indique que Yazdgard est le fils de Shapur mais il ne précise pas clairement s’il s’agit de Shapur II ou de Shapur III ou d’un autre Shapur.

Yazdgard 1er ne cherche pas à tirer profit des multiples difficultés que rencontre Arcadius, le premier empereur romain d’Orient, avec les Visigoths [1] qui pillent la Grèce, les Huns [2] et la peste qui sévit autour de sa capitale. En 408, à la veille de sa mort à l’âge de 31 ans, Arcadius, dans son testament, confie formellement le sort de son fils et héritier Théodose II, âgé de 7 ans, à Yazdgard 1er

Sous son règne, les chrétiens accroissent leur influence en Perse, forment en 410 une Église semi-officielle à la suite d’un concile tenu à Séleucie-Ctésiphon [3], et adoptent le Symbole de Nicée [4].

Certaines cités comme Nisibis [5] deviennent entièrement chrétiennes, sous l’influence de l’évêque Maruthas. En effet, Yazdgard souhaite s’émanciper des mages zoroastriens [6], des magnats [7] nobles et de leur influence. Les Romains l’apprécient autant que les Perses le détestent.

Ancien ambassadeur de l’empereur Arcadius, Maruthas réussit grâce à ses talents de médecin à obtenir du roi au concile de Ctésiphon la confirmation de Mar Isaac comme Catholicos de Séleucie et Ctésiphon.

L’évêque et le roi nomment ensuite d’un commun accord son successeur en la personne de Mar Ahhaï . Mais lorsque Abdas de Suse se voit adjoindre à Maruthas, âgé, celui-ci ruine le crédit des chrétiens auprès de Yazdgard par la destruction d’un temple de Zoroastre.

Le roi entre dans une colère violente lorsqu’il voit son autorité remise en cause par l’évêque Abdas qui refuse de rebâtir ce temple. Il décide de détruire toutes les églises de Perse, ce qui dégénère en persécutions durant les quatre dernières années de son règne.

C’est à cette époque que débute la carrière de Mihr Narseh Sūren , issu de la grande maison des Souren et qui exercera la fonction de hazarpat [8] jusque sous le règne de Yazdgard II .

Aux frontières de l’empire à l’ouest, en 414, le roi d’Arménie Vram Châhpouh meurt en laissant le trône à un enfant de dix ans. Yazdgard relâche alors un dénommé Khosrov que son prédécesseur avait enfermé dans la forteresse d’Oblivion, afin de le placer sur le trône de ce pays. Mais ce dernier décède peu après et Yazdgard décide de placer alors son propre fils Shapour à la tête de l’Arménie.

À la frontière Est, à la fin de son règne, les Hephtalites [9], qui ont réussi à évincer les Kouchans [10], constituent désormais un royaume puissant qui s’étend sur les deux versants de l’Hindou Kouch [11], présageant des difficultés pour ses successeurs.

Yazdgard 1er meurt peu après au Khorassan [12], dans les montagnes près de Nishapur [13], sans doute assassiné par des nobles persans.

Son fils aîné Shapour, qui régnait sur le royaume d’Arménie, accourt pour revendiquer l’héritage mais il est lui aussi mis à mort par les mêmes nobles qui appellent au trône un parent éloigné, Khosro l’Usurpateur . Ce dernier ne réussit pas à se maintenir car un autre fils de Yazdgard 1er, Vahram V , parvient à se rendre maître du royaume avec l’appui du roi arabe d’Al-Hira [14].

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Éphrem-Isa Yousif, Les chroniqueurs syriaques, L’Harmattan, Paris, 2002

Notes

[1] Les Wisigoths ou Tervinges étaient un peuple germanique issu des Goths. Les Wisigoths sont ceux qui, migrant depuis la région de la mer Noire, s’installèrent vers 270-275 dans la province romaine abandonnée de Dacie (actuelle Roumanie), au sein de l’Empire romain. Les Wisigoths migrèrent à nouveau vers l’ouest dès 376 et vécurent au sein de l’Empire romain d’Occident, en Hispanie et en Aquitaine.

[2] Les Huns sont un ancien peuple nomade originaire de l’Asie centrale, dont la présence en Europe est attestée à partir du 4ème siècle et qui y établirent le vaste empire hunnique.

[3] Séleucie du Tigre est une ville antique ruinée située en Irak, en face de Ctésiphon et à 35 kilomètres environ de Bagdad. Elle fut une des plus grandes cités de Mésopotamie à la fin de l’Antiquité, s’inscrivant dans l’histoire entre Babylone et Bagdad. Fondée par le successeur d’Alexandre le Grand, Séleucos 1er Nicator, elle devint rapidement une très grande ville et un centre commercial incontournable. Après son passage dans l’empire des Arsacides, elle resta fortement marquée par ses origines grecques, ce qui lui donnait une place à part dans l’empire et qui ne doit pas cacher le caractère très cosmopolite de l’agglomération. Souvent disputée par les Romains, la grande cité déclina au troisième siècle, concurrencée par la fondation voisine de Coche par les souverains sassanides.

[4] Le symbole de Nicée est une profession de foi chrétienne qui en résume les points fondamentaux. Il fut promulgué lors du concile de Nicée de 325 et complété lors du concile de Constantinople de 381 : de là l’expression « symbole de Nicée-Constantinople » qui sert parfois à la désigner. L’essentiel des affirmations du symbole de Nicée est partagé par les confessions chrétiennes majoritaires, à savoir le catholicisme, l’orthodoxie et la plupart des églises issues du protestantisme.

[5] Nusaybin Nisibe ou encore Nisibis est une ville du sud-est de la Turquie située dans la province de Mardin, à la frontière turco-syrienne. Elle est un haut lieu de l’histoire du christianisme de langue syriaque. C’est l’ancienne Antioche de Mygdonie.

[6] Le zoroastrisme est une religion (non-biblique) mais monothéiste où Ahura Mazdâ est seul responsable de l’ordonnancement du chaos initial, le créateur du ciel et de la Terre. Le zoroastrisme est une réforme du mazdéisme, réforme prophétisée par Zarathoustra, dont le nom a été transcrit en Zoroastre par les Grecs. Cette réforme est dite classiquement être intervenue au cours du 1er millénaire av. jc. mais les indices s’accumulent pour la faire remonter au millénaire précédent.

[7] Un magnat était un membre des familles nobles dominantes dans certains pays (Pologne, Hongrie, Lituanie, etc.). Du latin médiéval magnates, « les grands ».

[8] c’est-à-dire vizir

[9] Les Huns blancs, sont un peuple nomade, nommé Hephthalites par les Grecs. On les rattache généralement aux autres peuples appelés Huns. Ils ont joué un rôle important dans l’histoire de l’Asie centrale, de la Perse et de l’Inde.

[10] Les Kouchans, Kouchanes, Kouchan, Kushan ou Kusana, sont un peuple indo-européen, fraction des Yuezhi, qui créa un empire kouchan centré autour de l’Afghanistan, du Pakistan et de l’Inde du nord. Celui-ci prospéra, selon certains, entre le 1er siècle et le 3ème siècle de l’ère chrétienne, mais la chronologie est encore débattue

[11] L’Hindu Kush ou Hindou Kouch est une chaîne de hautes montagnes en Afghanistan et au Pakistan.

[12] Le Khorassan est une région située dans le nord-est de l’Iran.

[13] Nishapur, Nichapour ou Neishabur est une des principales villes de la région du Khorassan, en Iran.

[14] Al-Hîra1 est une ville d’Irak située sur la rive droite de l’Euphrate à 18 km au sud-est de Nadjaf. L’un des premiers royaumes arabes en dehors de l’Arabie s’établit à Al-Hîra. La dynastie locale des Lakhmides, vassale des Sassanides depuis Shapur II, a pour mission de protéger l’empire Sassanide des incursions des autres tribus arabes. Elle devient la capitale des Lakhmides au 5ème et 6ème siècles. Al-Hira est longtemps manichéenne, et serait à l’origine de l’expansion de cette doctrine dans la péninsule arabique. Al-Hîra est longtemps chrétienne, au moins fortement christianisée, par l’activité missionnaire. Elle a ses anachorètes et certains saints, comme Siméon le Stylite. Elle est le siège d’un évêché nestorien. La tradition raconte que l’écriture arabe s’y est développée. Les rois Lakhmides ne sont pas chrétiens, sauf exception. Ils deviennent chrétiens nestoriens vers 594