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L’histoire pour le plaisir

Étienne Baluze

lundi 16 mars 2015

Étienne Baluze (1630-1718)

Historiographe-Éditeur-Bibliothécaire et juriste français

Né à Tulle [1], après des études au collège des jésuites de sa ville natale, il part à Toulouse où il est admis au collège saint Martial [2], fondé en 1359 par le pape limousin Innocent VI. Il y poursuit des études de droit à l’université, notamment sous la direction de Antoine Dadine d’Auteserre et s’insère rapidement dans les cercles savants de la ville, dans l’entourage de l’archevêque de Toulouse, Charles de Montchal .

En 1652, il publie son premier ouvrage, “Antifrizonius”, où il critique méticuleusement l’ouvrage de Pierre Frizon, “Gallia purpurata” en 1638, sur l’histoire des cardinaux français. Il rentre quelque temps dans sa ville natale, où il exerce peut être le métier d’avocat, avant de devenir, en 1656, le secrétaire de l’archevêque de Toulouse, Pierre de Marca, et de s’installer à Paris. L’archevêque, qui réside une partie de l’année dans la capitale, lui confie une partie des travaux savants qu’il conduit depuis plusieurs années, notamment son travail sur la Catalogne, la "marca hispanica", dont Baluze se chargera de l’édition posthume.

En 1665, il soutient à la Sorbonne neuf thèses de droit canonique pour l’obtention du baccalauréat et il est désormais docteur en droit canon. En 1667, il devient bibliothécaire de Colbert, qui lui avait fait obtenir l’année précédente une gratification royale de 1 200 livres par an. En 1689, il devient professeur de droit canon au Collège des lecteurs royaux [3].

L’activité savante de Baluze concerne essentiellement l’édition des pères latins de l’Église et des auteurs chrétiens du Moyen Âge. Il publie les œuvres de Lactance, Césaire d’Arles, Salvien de Marseille, Vincent de Lérins, Loup de Ferrières, Agobard de Lyon, Réginon de Prüm, Cyprien de Carthage ainsi que l’histoire des institutions médiévales, il publie une édition qui fit longtemps autorité des capitulaires des rois francs des années 742 à 922. Il se lance dans l’édition des actes des conciles qui avaient été oubliés dans le recueil des pères Labbe et Cossart publiés à Paris en 17 volumes en 1671/1672, publie les lettres du pape Innocent III. Il complète ces travaux par l’édition de documents divers, réunis en volumes de "Mélanges" [4], dont il publie 7 volumes entre 1678 et 1715. Il édite également les diverses biographies médiévales des papes de la période d’Avignon

En 1695, le cardinal de Bouillon , qu’il avait connu durant ses études à la Sorbonne dans les années 1660, lui demanda, ainsi qu’à Dom Jean Mabillon, le fondateur de la diplomatique, et à Dom Thierry Ruinart , d’évaluer l’authenticité de documents du 13ème siècle émanant des archives du chapitre de Brioude, qui pouvaient permettre aux La Tour de faire remonter les origines de leur famille au 9ème siècle en la rattachant aux anciens ducs d’Aquitaine par les comtes bénéficiaires d’Auvergne.

C’est une époque de surenchère entre les premières familles du Royaume pour se constituer une généalogie prestigieuse. Un certain nombre de documents, à l’authenticité douteuse, avaient déjà été utilisés dans l’Histoire de la maison d’Auvergne publiée par Christophe Justel en 1645 et Nicolas Chorier , l’historien des La Tour du Dauphiné, avait inclus dans le deuxième volume de son histoire en 1672 un acte faux qui rattachait les La Tour du Dauphiné aux La Tour d’Auvergne. C’est un proche du cardinal, un certain Jean-Pierre de Bar, ancien secrétaire du généalogiste royal et conseiller Jean du Bouchet, qui transmit les pièces incriminées au Cardinal de Bouillon. Les faussaires étaient habiles, car ils réussirent à duper les trois érudits les plus fameux, dont Baluze lui-même, qui, cités comme experts, firent à l’unanimité un rapport favorable le 23 juillet 1695. Mais le cardinal de Bouillon avait de nombreux ennemis et une guerre de libelles, tant manuscrits qu’imprimés, commença. En mars 1698 Baluze tenta de mettre en forme l’ensemble de sa défense, sans pour autant réussir véritablement à convaincre.

L’affaire suivit alors deux voies distinctes. D’un côté, la justice s’en prit aux faussaires, que la police avait identifiés. Deux ans plus tard, en 1700, Jean-Pierre de Bar et ses complices furent arrêtés et après une investigation longue et minutieuse il fut déclaré coupable en 1704. De l’autre, Baluze ne changea pas pour autant son opinion, convaincu que les documents incriminés étaient vrais. Il se savait encore protégé par les proches de l’ancien clan Colbert, et il estimait que son nouveau patron, le cardinal de Bouillon, était difficilement attaquable. Encouragé et soutenu financièrement par celui-ci, il entreprit de rédiger une monumentale “Histoire généalogique de la maison d’Auvergne”, finalement publiée en deux volumes en 1708, où il inséra parmi les preuves annexées les actes qui avaient été déclarés faux par la justice royale.

À la suite des ultimes provocations du cardinal de Bouillon, qui passa à l’étranger au printemps 1710, Baluze tomba en disgrâce le 1er juillet 1710. Après avoir dû se démettre de sa chaire au collège royal le 4 juillet, il fut exilé par Louis XIV à Rouen. Il n’y resta que quelques semaines et obtint alors de se rendre à Blois où il arriva le 13 août, puis à Nevers, probablement chez sa nièce, avant de s’installer à Tours le 20 octobre 1710, dans le cloître de l’abbaye Saint-Martin [5] où il resta jusqu’au printemps 1713. Après quelques mois à Orléans, il rentra à Paris à la toute fin de novembre 1713.

En 1717, Baluze publia en latin une très savante histoire de sa ville natale, Tulle, sous le titre d’ “Historiae Tutelensis libri tres”. L’ouvrage, d’une étonnante érudition, suit l’histoire de la capitale du Bas-Limousin, de sa fondation, monastique selon Baluze, à l’époque carolingienne, jusqu’au début du 18ème siècle. L’ouvrage est complété par un très riche recueil de documents, dont certains sont aujourd’hui perdus ou détruits.

Baluze mourut à Paris le 28 juillet 1718, alors qu’il venait d’achever une édition“ des œuvres de saint Cyprien, évêque de Carthage”, et qu’il entendait poursuivre à son terme l’édition des actes du très controversé concile de Constance [6], qui avait tenté d’imposer la supériorité de l’autorité des conciles sur celle du souverain pontife.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Jean Boutier, "Stephanus Baluzius Tutelensis". Étienne Baluze 1630-1718), un savant tullois dans la France de Louis XIV, Tulle, éditions de la Rue Mémoire, 2007

Notes

[1] Tulle est une commune du sud-ouest de la France, préfecture du département de la Corrèze Surnommée « La ville aux sept collines », la cité a construit sa renommée sur le développement de son industrie et de son artisanat : elle est devenue un des centres de fabrication de la dentelle (avec son festival international), des armes (Manufacture d’armes) et de l’accordéon

[2] Le collège Saint-Martial est fondé en 1359. Les Archives départementales conservent un plan de 1540 signé par Bernard Nalot proposant un réaménagement des bâtiments, on ne sait si les travaux furent réalisés. Devenu propriété nationale à la Révolution, les bâtiments de l’ancien collège abritent le théâtre de la liberté et de l’égalité de 1792 à 1818.

[3] Le Collège de France, situé au no 11 de la place Marcelin-Berthelot dans le Quartier latin de Paris (5e arrondissement), est un grand établissement d’enseignement et de recherche. Il dispense des cours non diplômants de haut niveau dans des disciplines scientifiques, littéraires et artistiques. L’enseignement y est gratuit et ouvert à tous sans inscription, ce qui en fait un lieu à part dans la vie intellectuelle française.

[4] Miscellaneorum liber

[5] L’ancienne église collégiale Saint-Martin de Tours, qui datait essentiellement du 11ème siècle, fut désaffectée, vandalisée et transformée en écurie en 1793, puis démolie à la suite de l’effondrement des voûtes en 1797, seules deux tours étant conservées. Un nouvel édifice, la basilique actuelle, a été construit entre 1886 et 1902 dans le style néo-byzantin par l’architecte Victor Laloux.

[6] Le concile de Constance du 5 novembre 1414 au 22 avril 1418 est, pour l’Église catholique romaine, le 16ème concile œcuménique, convoqué par l’empereur Sigismond 1er et l’antipape Jean XXIII. Présidé par le cardinal Jean Allarmet de Brogny, il mit fin au Grand Schisme d’Occident.