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L’histoire pour le plaisir

Vincent Voiture

samedi 28 novembre 2020 (Date de rédaction antérieure : 6 novembre 2012).

Vincent Voiture (1598-1648)

Poète

Vincent Voiture Poète

Fils d’un marchand de vins qui suivait la cour, il fit ses études à Paris et gagna la protection de Gaston d’Orléans, frère du roi, en lui adressant une pièce de vers à l’âge de 16 ans. Ce prince le nomma contrôleur général de sa maison, puis introducteur des ambassadeurs [1]. Le comte d’Avaux Jean-Antoine de Mesmes dont il avait été le condisciple, le mit en relation avec plusieurs personnes de la haute société. Claude d’Urre seigneur de Chaudebonne [2] l’introduisit à l’hôtel de Rambouillet [3]. Il enseigna le beau langage et les belles manières aux habitués de cet hôtel.

Quand il accompagna le duc d’Orléans, après la Journée des Dupes [4], en Lorraine, puis dans le Languedoc, les épîtres qu’il envoyait étaient un événement dans le monde des beaux esprits dont l’avait séparé la politique. Il en écrivit aussi d’Espagne, où le prince l’avait chargé d’une mission.

De retour à Paris, il fut, en 1634, un des premiers membres de l’Académie française [5], et se concilia tout à fait le cardinal de Richelieu par une lettre sur la prise de Corbie [6], qui est son chef-d’œuvre en 1636. Envoyé vers le grand-duc de Toscane en 1638 pour lui notifier la naissance du dauphin, il alla jusqu’à Rome où il s’occupa d’un procès qu’y avait Catherine de Rambouillet et fut élu membre de l’Académie des humoristes [7].

Maître d’hôtel du roi en 1639, premier commis du comte d’Avaux en 1642, aux appointements de 4 000 livres, il eut encore une pension de 1 000 écus que lui fit accorder la reine. Son revenu finit par monter à 18 000 livres. Il resta jusqu’à la fin de sa vie frivole et galant, n’ayant qu’une passion sérieuse, le jeu.

Ce courtisan, à la poésie faite de recherche, de maniérisme et de galanterie, qui ne voulut pas publier ses œuvres de son vivant, était considéré comme très habile dans les genres poétiques mineurs. Quant aux vers de bien, ils soulevèrent des querelles et des partis puissants qui semblent près de faire à son sujet une Fronde littéraire. Son “Sonnet à Uranie”, opposé à celui de “Job” par Benserade, divisa le monde en jobelins et des uranistes lors de la querelle des jobelins et des uranistes qui montra sous un nouveau jour l’humeur belliqueuse de Anne Geneviève de Bourbon Condé qui était à la tête de ses partisans.

Ce que les lettres de son époque trouvaient chez lui ingénieux, joli et charmant, peut échapper ou choquer. Il eut néanmoins une influence notable sur la poésie française. Ses œuvres ne furent réunies qu’après sa mort et furent fréquemment rééditées jusqu’en 1745.

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P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Bertrand Cuvelier, « Sur les pas de l’Amiénois Vincent Voiture », Histoire et traditions du Pays des Coudriers, no 35,‎ novembre 2007

Notes

[1] L’introducteur des ambassadeurs est un officier du service des Cérémonies de la maison d’un souverain chargé de conduire les étrangers à l’audience de ce dernier.

[2] Chaudebonne est une commune française située dans le département de la Drôme. Avant 1790, Chaudebonne était une communauté de l’élection de Montélimar, subdélégation de Crest et du bailliage de Die, formant une paroisse du diocèse de Die dont l’église, dédiée à sainte Agathe, dépendait anciennement de l’abbaye de l’Île-Barbe, et dont les dîmes appartenaient au curé du lieu par abandon du prieur de Sahune. La paroisse de l’Estelon lui fut unie au 16ème siècle

[3] L’hôtel de Rambouillet est un hôtel parisien connu pour le salon littéraire que Catherine de Vivonne, épouse d’Angennes, marquise de Rambouillet tient de 1608 jusqu’à sa mort en 1665. Il était situé rue Saint-Thomas-du-Louvre (rue perpendiculaire à la rue Saint-Honoré, au sud de celle-ci), approximativement à l’emplacement de l’actuel pavillon Turgot du Louvre.

[4] La journée des Dupes désigne les événements des dimanche 10 et lundi 11 novembre 1630 au cours desquels le roi de France Louis XIII réitère contre toute attente sa confiance à son ministre Richelieu, élimine ses adversaires politiques et contraint la reine mère Marie de Médicis à l’exil.

[5] L’Académie française, fondée en 1634 et officialisée le 29 janvier 1635, sous le règne de Louis XIII par le cardinal de Richelieu, est une institution française dont la fonction est de normaliser et de perfectionner la langue française. Elle se compose de quarante membres élus par leurs pairs. Intégrée à l’Institut de France lors de la création de celui-ci le 25 octobre 1795, elle est la première de ses cinq académies. La mission qui lui est assignée dès l’origine, et qui sera précisée le 29 janvier 1635 par lettres patentes de Louis XIII, est de fixer la langue française, de lui donner des règles, de la rendre pure et compréhensible par tous, donc d’uniformiser cette dernière. Elle doit dans cet esprit commencer par composer un dictionnaire : la première édition du Dictionnaire de l’Académie française est publiée en 1694 et la neuvième est en cours d’élaboration. L’Académie française rassemble des personnalités marquantes de la vie culturelle : poètes, romanciers, dramaturges, critiques littéraires, philosophes, historiens et des scientifiques qui ont illustré la langue française, et, par tradition, des militaires de haut rang, des hommes d’État et des dignitaires religieux.

[6] Le siège de Corbie s’est déroulé pendant la Guerre de Trente Ans. Prise par les Espagnols le 15 août 1636, la ville de Corbie (Picardie) fut assiégée par les troupes françaises de Louis XIII et du cardinal de Richelieu. Le 9 novembre, après 6 semaines de siège, les Espagnols faisaient leur reddition.

[7] L’académie des Humoristes a été fondée par Paul Marcius, qui se servit de Gaspard Silvianus pour rassembler les gens de lettres qu’il y avait à Rome, et en former cette société.