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Ichoyahb II

samedi 31 mars 2018 (Date de rédaction antérieure : 19 septembre 2011).

Ichoyahb II

Catholicos de l’Église assyrienne de l’Orient en Perse de 628 à 643

Il fut élu après la mort du roi des Perses Chosroès II ou Khosro II, ce qui mettait fin à une vacance de 20 ans du siège catholicosal [1]. En effet Chirin, l’épouse préférée du roi, était une chrétienne de l’Eglise rivale jacobite [2], qui avait gagné du terrain en Perse dès le 6ème siècle. D’autre part, un théologien directeur de l’école de Nisibe [3], Hénana d’Adiabène, avait milité dès la fin du 6ème siècle pour que l’Eglise de Perse rompe son isolement en se rapprochant de l’Eglise romaine.

L’alliance des monophysites [4] et des partisans d’Hénana, appuyés par Chirin, empêcha l’élection d’un catholicos en 609. Dans les années suivantes, les Perses occupèrent la Syrie et l’Égypte, où les monophysites étaient nombreux, et ils cherchèrent à se les concilier. Durant cette période difficile pour les "nestoriens [5]", la direction de fait de leur Eglise fut assurée par le théologien Babaï le Grand mort en 628.

La déposition de Chosroès II, le 23 février 628, fut aussi la fin du pouvoir de Chirin et de ses fils. Le nouveau roi Kavadh II permit l’élection d’un catholicos [6] nestorien.

Pendant l’été 630, la reine Bûrândûkht , nouvellement montée sur le trône, envoya Ichoyahb II mener des négociations diplomatiques avec l’empereur Héraclius. La rencontre eut lieu à Alep [7].

Les 2 hommes négocièrent la délimitation des frontières entre les 2 Etats, mais entrèrent aussi dans des discussions doctrinales. A la demande de l’empereur, le catholicos rédigea par écrit une profession de foi qui fut jugée conforme au symbole de Chalcédoine [8] par les théologiens byzantins. Après quoi Ichoyahb II célébra une messe et donna la communion à Héraclius, à la demande de celui-ci.

Cependant l’apparente réconciliation avait été quelque peu improvisée, le catholicos avait insisté pour que le nom de Cyrille d’Alexandrie fût retiré des diptyques, or, celui-ci avait une place centrale dans la théologie de l’Eglise romaine, notamment depuis le 2ème concile de Constantinople [9] de 553.

Inversement, l’Eglise de Perse avait fait de Théodore de Mopsueste, condamné comme hérétique à titre posthume lors de ce concile, son théologien majeur. Enfin le nom de Mère de Dieu que l’Eglise romaine donnait à la Vierge Marie , et dont l’usage n’avait fait que grandir, continuait à être considéré comme inacceptable par l’Eglise de Perse, qui rejetait le principe de la "communication des idiomes". A son retour, Ichoyahb II fut pris à partie par l’évêque Barsauma de Suse pour ne pas avoir défendu les positions de son Eglise. Aussi cette réconciliation d’un moment n’eut-elle aucune suite, et la conquête arabe qui intervint juste après empêcha toute poursuite de la discussion.

Les difficultés traversées par l’Eglise de Perse au début du 7ème siècle n’empêchaient pas l’existence d’une activité missionnaire dirigée vers l’Est.

C’est Ichoyahb II qui organisa ce que cette Eglise appelle les "provinces extérieures", c’est-à-dire celles qui s’étendent à l’Est en dehors de son aire originelle sous les Sassanides [10], qui était la Mésopotamie [11].

Il mourut en 643 sous la domination des musulmans, qui occupaient Ctésiphon [12] depuis 636. Il fut remplacé aussitôt par Mar Emmeh.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia Ichoyahb II/ Portail de l’Iran/ Catégorie : Patriarche de l’Église de l’Orient

Notes

[1] siège de L’Église de Perse ou Église de l’Orient

[2] L’Église syriaque orthodoxe est une Église orthodoxe orientale autocéphale. Elle fait partie de l’ensemble des Églises des trois conciles (ou orthodoxes orientales). Le chef de l’Église porte le titre de Patriarche d’Antioche et de tout l’Orient, avec résidence à Damas. Du fait des querelles « christologiques » et des schismes qui s’ensuivirent, le titre de Patriarche d’Antioche se trouve porté également par quatre autres chefs d’Église.

[3] L’école théologique de Nisibe (actuelle ville turque de Nusaybin dans la province de Mardin) fut une des grandes écoles théologiques des premiers siècles du christianisme. Elle fut la continuatrice de l’école d’Édesse (dite aussi école des Perses) après la fermeture de celle-ci en 489. Elle occupe une place importante dans l’histoire de l’Église de l’Orient.

[4] Le monophysisme est une doctrine christologique apparue au 5ème siècle dans l’Empire byzantin en réaction au nestorianisme, et ardemment défendue par Eutychès et Dioscore d’Alexandrie.

[5] Doctrine hérétique de Nestorius qui reconnaissait les deux natures du Christ, humaine et divine, mais en niait la consubstantialité ; de ce fait même, l’hérésie niait que la Vierge puisse être appelée « Mère de Dieu ». Malgré sa condamnation par le concile d’Éphèse (431), le nestorianisme gagna la Perse, puis l’Asie, jusqu’à l’Inde et la Chine. Au 12ème siècle époque de son apogée, l’Église nestorienne comptait quelque 10 millions de fidèles. Aujourd’hui, seuls subsistent quelques dizaines de milliers de fidèles, principalement en Iraq et aux États-Unis, la majorité des nestoriens ayant rallié l’Église catholique à partir du 18ème siècle

[6] Le titre de catholicos est un titre équivalent à celui de patriarche porté par des dignitaires de plusieurs Églises orthodoxes orientales, notamment les Églises de la tradition nestorienne et les Églises monophysites, en particulier l’Église apostolique arménienne.

[7] Alep est la ville principale du nord-ouest de la Syrie, chef-lieu du gouvernorat du même nom. C’est une des plus anciennes villes habitées au monde : elle existe déjà à l’époque paléo-babylonienne (2004-1595 av. jc), sous le nom de Halab. En 738 av. jc, elle est rattachée à l’Assyrie sous le nom de Halman. Elle est conquise par Alexandre le Grand en 333 av. jc et passe ensuite aux Séleucides, qui la rebaptisent Beroia. Elle est ensuite occupée par les Romains en 65 av. jc. Sous les Omeyyades, la ville connaît une certaine stagnation. En 944 où elle devient la capitale des Hamdanides. C’est l’âge d’or d’Alep. L’émir Sayf al-Dawla en fait un prestigieux centre littéraire et le point chaud de la lutte entre les musulmans et les Byzantins. En 962, Alep est prise et incendiée par Nicéphore Phocas. La ville est reprise et reconstruite mais ne recouvre pas sa splendeur. Elle passe ensuite aux Fatimides puis aux Seldjoukides. Possession du sultanat de Roum, elle est conquise en 1086 par Tutuş, émir de Damas, qui se proclame ensuite sultan seldjoukide de Syrie. À sa mort, ses émirats sont partagés entre ses deux fils, qui se détestent. Il va s’ensuivre une rivalité entre les deux émirats qui va survivre longtemps à l’extinction de la descendance de Tutuş

[8] Le Symbole de Chalcédoine est une formule de profession de foi datant de 451. Il fut adopté par le 4ème Concile œcuménique (Concile de Chalcédoine). Il définit l’union hypostatique des deux natures de Jésus-Christ

[9] Le deuxième concile de Constantinople est un concile œcuménique convoqué en 553 par l’empereur Justinien dans un contexte bien précis, celui du monophysisme. Pour essayer de se rallier les monophysites, Justinien souhaite anathématiser trois évêques se rattachant à l’école théologique d’Antioche, dont les monophysites considèrent les écrits comme nestoriens : Théodore de Mopsueste, Théodoret de Cyr et Ibas d’Édesse. On se réfère à ces écrits par l’expression des « Trois Chapitres ». Le pape Vigile refuse obstinément de s’associer à cette condamnation, qui lui paraît porter atteinte aux décisions du concile de Chalcédoine. Les participants au concile sont en majorité orientaux. Malgré le refus du pape de participer au concile, celui-ci condamne les Trois Chapitres. Après de nombreuses péripéties, le pape Vigile finit par reconnaître ses décisions. Son successeur Pélage 1er fait de même, mais, en 557, l’évêque d’Aquilée rejette les conclusions du concile et se constitue en patriarcat d’Aquilée, autocéphale et indépendant de Rome et de Constantinople (schisme des Trois Chapitres). Enfin, le résultat recherché par Justinien vis-à-vis des monophysites n’est pas atteint : ceux-ci finissent par constituer des Églises séparées[

[10] Les Sassanides règnent sur le Grand Iran de 224 jusqu’à l’invasion musulmane des Arabes en 651. Cette période constitue un âge d’or pour la région, tant sur le plan artistique que politique et religieux. Avec l’Empire romano byzantin, cet empire a été l’une des grandes puissances en Asie occidentale pendant plus de quatre cents ans. Fondée par Ardashir (Ardéchir), qui met en déroute Artaban V, le dernier roi parthe (arsacide), elle prend fin lors de la défaite du dernier roi des rois (empereur) Yazdgard III. Ce dernier, après quatorze ans de lutte, ne parvient pas à enrayer la progression du califat arabe, le premier des empires islamiques. Le territoire de l’Empire sassanide englobe alors la totalité de l’Iran actuel, l’Irak, l’Arménie d’aujourd’hui ainsi que le Caucase sud (Transcaucasie), y compris le Daghestan du sud, l’Asie centrale du sud-ouest, l’Afghanistan occidental, des fragments de la Turquie (Anatolie) et de la Syrie d’aujourd’hui, une partie de la côte de la péninsule arabe, la région du golfe persique et des fragments du Pakistan occidental. Les Sassanides appelaient leur empire Eranshahr, « l’Empire iranien », ou Empire des Aryens.

[11] La Mésopotamie est une région historique du Moyen-Orient située dans le Croissant fertile, entre le Tigre et l’Euphrate. Elle correspond pour sa plus grande part à l’Irak actuel.

[12] Ctésiphon est une ancienne ville parthe, située face à Séleucie du Tigre, sur la rive gauche du Tigre, à 30 km au sud-est de la ville actuelle de Bagdad, en Irak. La ville s’étendait sur 30 km².