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L’histoire pour le plaisir

Babaï le Grand

dimanche 16 août 2020, par ljallamion

Babaï le Grand (vers 550-628)

Moine, théologien et médecin

Il appartenait à l’Église d’Orient [1], né près de la ville de Beth Zabdaï ou Bezabdé [2], mort au monastère du mont Izla, près de Nisibe [3], dont il était l’abbé.

Il est considéré comme l’un des Pères les plus importants de l’Église assyrienne [4], dont il a exprimé la doctrine sous sa forme classique. Il assuma la direction de fait de l’Église de l’Orient pendant la vacance du siège de catholicos [5] qui fut imposée par le roi Khosro II de 609 à 628.

Né dans une riche famille chrétienne, il reçut d’abord une instruction d’enfant de l’aristocratie perse, dans des livres en pehlevi [6], puis devint élève de l’école de Nisibe [7], établissement chrétien de tendance nestorienne [8] et de langue syriaque [9], qui se consacrait à la formation des cadres religieux de l’Église de l’Orient. Le Mpachqana [10] y était alors Abraham de Beth Rabban, petit-neveu de Narsaï et disciple rigoureux de Théodore de Mopsueste, le grand théologien de référence de l’Église de l’Orient.

Mais au cours des années 570, la succession d’Abraham fut prise par Hénana d’Adiabène [11], qui rompit avec la tradition nestorienne pour se rapprocher des positions de l’Église byzantine. Babaï demeura dans l’école, mais y assura un enseignement de médecine au ksénadakian [12]. Quelque temps plus tard, il rejoignit le monastère qu’ Abraham de Kachkar avait fondé en 571 sur le mont Izla, près de Nisibe. L’abbé Abraham avait initié un mouvement de réforme monastique visant, entre autres choses, à rétablir le célibat des moines, qui avait été interdit un temps dans l’Église de l’Orient sous l’impulsion de l’évêque Barsauma . Quand Abraham mourut, en 586 ou 588, Babaï retourna dans sa région natale et fonda à Beth ZabdaïBeth Zabdaï ou Gezireh est une ville en Turquie, située sur la rive droite du Tigre, près de Gezireh-ibn-Omar (Cizre) dans la province de Diyarbakır à 250 km au nord de la ville irakienne de Mossoul. un monastère-école. En 604, il revint au monastère du mont Izla pour devenir le deuxième successeur de l’abbé Abraham ; il expulsa tous les moines qui vivaient maritalement et imposa une stricte discipline d’ascèse [13], de solitude et de prière. Le résultat fut un départ massif de la majorité des moines, mariés ou non.

Après la mort du catholicos Grégoire (catholicos nestorien) , en 609, le roi Khosro II, influencé par des membres de son entourage qui appartenaient à l’Église rivale jacobite [14], interdit l’élection d’un successeur. L’absence de catholicos empêchait l’autorisation canonique nécessaire à la consécration des évêques. L’Église adopta alors une organisation provisoire qui montre que Babaï y avait acquis un grand prestige : il fut reconnu co-régent avec l’archidiacre Mar Aba, et visiteur des monastères des 3 provinces septentrionales sur les six de l’Église : celles de Nisibe, de Kirkouk [15] et d’Erbil [16].

À partir de 611, et pendant 17 ans, Babaï agit aux côtés de Mar Aba comme primat de fait de l’Église, quoique sans pouvoir d’ordonner ni de consacrer ; comme visiteur des monastères du nord, il s’efforça d’y établir une stricte discipline, mais se heurta à des résistances.

Les choses demeurèrent en l’état jusqu’au renversement de Khosro II par son fils Shirôyé, le 23 février 628, qui fut aussi la fin du pouvoir de Chirin. Shirôyé, devenu roi sous le nom de Kavadh II, autorisa l’élection d’un nouveau catholicos nestorien. Les voix du synode se portèrent unanimement sur Babaï, mais celui-ci refusa son élection. Il mourut peu après dans son monastère du mont Izla, âgé d’un peu moins de 80 ans.

Les écrits de Babaï le Grand occupaient à l’origine 83 ou 84 volumes, mais seulement une petite partie a été conservée. Son œuvre d’exégèse biblique a longtemps été considérée comme entièrement perdue, mais un manuscrit en a été retrouvé dans le monastère Sainte-Catherine du Sinaï [17].

Babaï se réfère à différents auteurs de langue grecque, mais il ne semble pas qu’il ait connu cette langue : il avait accès seulement à des traductions en syriaque. Les deux langues qu’il connaissait étaient le syriaque et le pehlevi, et il n’écrivait qu’en syriaque. En particulier, il ne connaît Évagre le Pontique que par la traduction-adaptation en syriaque de ses Centuries [18] attribuée au monophysite [19] Philoxène de Mabboug, qui corrige une bonne partie de ce que l’original pouvait avoir d’hétérodoxe [20] ; c’est sous cette forme qu’Évagre est devenu l’un des principaux auteurs mystiques de référence de l’Église de l’Orient.

Les principaux auteurs de référence de Babaï sont Théodore de Mopsueste et Diodore de Tarse, Jean Chrysostome et Éphrem le Syrien  ; il tente de concilier l’intellectualisme de Théodore de Mopsueste et le mysticisme inspiré d’Évagre le Pontique.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Raymond Le Coz, Histoire de l’Église d’Orient, Éditions du Cerf, 1995.

Notes

[1] L’Ancienne Église de l’Orient est une Église autocéphale non canonique de tradition syriaque orientale. Elle fait partie de l’ensemble des Églises des deux conciles et use du calendrier julien. Elle est née d’un schisme au sein de l’Eglise apostolique assyrienne de l’Orient en 1968 en raison de l’adoption du calendrier grégorien quatre ans plus tôt par cette dernière. Le chef de l’Église porte le titre de Catholicos-Patriarche de l’Ancienne Église de l’Orient, avec résidence à Bagdad en Irak

[2] sur la rive droite du Tigre, actuellement dans la province de Sirnak, en Turquie

[3] Nusaybin est une ville du sud-est de la Turquie située dans la province de Mardin, à la frontière turco syrienne. Elle est un haut lieu de l’histoire du christianisme de langue syriaque. C’est l’ancienne Antioche de Mygdonie. En 298 un accord de paix y est conclu entre l’Empire romain et les Sassanides à la suite de la victoire l’année précédente de Galère sur le « Grand Roi » Narseh. La ville fut le siège de l’École théologique de Nisibe, une des grandes écoles théologiques des premiers siècles du christianisme, en prenant la suite de l’école d’Édesse (dite aussi école des Perses) après la fermeture de celle-ci en 489. En 530, Nisibe est le théâtre d’une bataille pendant la guerre d’Ibérie opposant l’empire byzantin sous le commandement du général Bélisaire, aux Sassanides de Kavadh 1er. Kavadh 1er, avec l’aide des Lakhmides, battit les forces de Bélisaire, résultant en une victoire sassanide après la défaite de la bataille de Dara.

[4] L’Église apostolique assyrienne de l’Orient ou Sainte Église apostolique assyrienne de l’Orient est une Église autocéphale de tradition syriaque orientale. Elle fait partie de l’ensemble des Églises des deux conciles, héritière directe de l’Église de l’Orient. Le chef de l’Église porte le titre de Catholicos-Patriarche de la Sainte Église Apostolique Assyrienne de l’Orient (ou celui, plus traditionnel, de Métropolite de Séleucie-Ctésiphon, Catholicos et Patriarche de l’Orient), avec résidence à Erbil au Kurdistan (Irak). L’Église apostolique assyrienne de l’Orient est l’héritière directe de l’antique Église de l’Orient qui fut une des premières Églises chrétiennes. Selon la tradition, elle aurait été fondée par l’apôtre Thomas.

[5] Le titre de catholicos est un titre équivalent à celui de patriarche porté par des dignitaires de plusieurs Églises orthodoxes orientales, notamment les Églises de la tradition nestorienne et les Églises monophysites, en particulier l’Église apostolique arménienne.

[6] Le moyen perse ou pehlevi, pèhlevî ou pahlavi, est une langue iranienne qui était parlée à l’époque sassanide. Elle descend du vieux perse. Le moyen perse était habituellement écrit en utilisant l’écriture pehlevi. La langue était aussi écrite à l’aide du script manichéen par les manichéens de Perse.

[7] L’école théologique de Nisibe fut une des grandes écoles théologiques des premiers siècles du christianisme. Elle fut la continuatrice de l’école d’Édesse (dite aussi école des Perses) après la fermeture de celle-ci en 489. Elle occupe une place importante dans l’histoire de l’Église de l’Orient.

[8] Doctrine hérétique de Nestorius qui reconnaissait les deux natures du Christ, humaine et divine, mais en niait la consubstantialité ; de ce fait même, l’hérésie niait que la Vierge puisse être appelée « Mère de Dieu ». Malgré sa condamnation par le concile d’Éphèse (431), le nestorianisme gagna la Perse, puis l’Asie, jusqu’à l’Inde et la Chine. Au 12ème siècle époque de son apogée, l’Église nestorienne comptait quelque 10 millions de fidèles. Aujourd’hui, seuls subsistent quelques dizaines de milliers de fidèles, principalement en Iraq et aux États-Unis, la majorité des nestoriens ayant rallié l’Église catholique à partir du 18ème siècle

[9] Le syriaque est une langue sémitique du Proche-Orient, appartenant au groupe des langues araméennes. L’araméen existe au moins depuis le 12ème siècle av. jc et a évolué au cours des siècles. Le syriaque représente si l’on veut un « dialecte » de l’araméen (celui de la région d’Édesse) qui s’est constitué comme langue écrite au début de l’ère chrétienne.

[10] Interprète des textes bibliques

[11] un royaume correspondant à peu près aux frontières des territoires kurdes aujourd’hui.

[12] l’hospice pour malades attenant à l’établissement

[13] L’ascèse ou ascétisme est une discipline volontaire du corps et de l’esprit cherchant à tendre vers une perfection1, par une forme de renoncement ou d’abnégation.

[14] L’Église syriaque orthodoxe est une Église orientale autocéphale. Elle fait partie de l’ensemble des Églises des trois conciles dites aussi « Églises antéchalcédoniennes ». Elle tire son surnom de « jacobite » du nom d’un de ses fondateurs, Jacques Baradée. Du fait des querelles « christologiques » et des schismes qui s’ensuivirent, le titre de patriarche d’Antioche se trouve porté également par quatre autres chefs d’Église.

[15] Kirkouk est une ville du nord de l’Irak, capitale de la province homonyme. L’histoire de Kirkouk remonte à l’antique Mésopotamie. Elle s’est développée sur le site de l’antique Arrapha, une des principales villes de l’empire néo-assyrien. Le tell qui recouvre son site archéologique est surmonté d’une petite mosquée, Nābi Daniel, où la tradition voit la tombe du prophète Daniel. Au début du 16ème siècle, Kirkouk appartenait à la Perse séfévide. Elle est conquise en 1554 par les Ottomans qui en font la capitale d’une province, l’eyalet de Chahrizor, absorbé plus tard par celui de Bagdad.

[16] Erbil est la capitale de la région autonome du Kurdistan, région fédérale autonome du nord de l’Irak. Elle est aussi la capitale de la province d’Erbil. Elle se trouve à 77 kilomètres à l’est de Mossoul.

[17] Le monastère Sainte-Catherine du Sinaï, appelé aussi monastère de la Transfiguration, est un important monastère orthodoxe situé sur les pentes du mont Sainte-Catherine, dans le Sud de la péninsule du Sinaï, en Égypte. Situé à 1 570 m d’altitude, c’est l’un des plus anciens monastères au monde encore en activité. Il fut construit par ordre de l’empereur Justinien entre 527 et 565. Son terrain (enceinte et jardins attenants) constitue l’archevêché orthodoxe du Sinaï, lié canoniquement au Patriarcat de Jérusalem. Il abrite une précieuse collection d’icônes et la deuxième bibliothèque de manuscrits anciens au monde après celle du Vatican. Il compte une vingtaine de moines, d’origine grecque pour l’essentiel.

[18] Kephalaia Gnostica

[19] Le monophysisme est une doctrine christologique apparue au 5ème siècle dans l’Empire byzantin en réaction au nestorianisme, et ardemment défendue par Eutychès et Dioscore d’Alexandrie.

[20] Le terme « hétérodoxe » vient du grec héteros (autre) et dóxa (opinion). Au sens littéral, il signifie donc « qui pense d’une autre manière (que la manière habituelle, dominante) ». C’est dans le domaine religieux, en particulier par rapport au christianisme orthodoxe, que le mot "hétérodoxe" prend son sens. Mais lorsque le monde occidental se sécularise, il s’applique à différents domaines de la vie publique, en premier lieu l’économie.