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L’histoire pour le plaisir

Liu Shan

jeudi 16 décembre 2021, par ljallamion

Liu Shan (207-271)

Second et dernier empereur du Shu Han

Lorsqu’il monte sur le trône du Shu Han [1] à l’âge de 16 ans, Liu Shan est sous la double régence du Premier ministre Zhuge Liang et du Secrétaire Impérial Li Yan. Son règne dure 40 ans, ce qui en fait le règne le plus long de la période des trois royaumes [2].

Durant ces 40 années, de nombreuses campagnes sont lancées par le Shu [3] contre le royaume rival du Wei [4]. C’est d’abord Zhuge Liang qui dirige ces expéditions, puis, après son décès, c’est son successeur Jiang Wei qui prend le relais ; mais tous deux échouent. Le règne de Liu Shan s’achève lorsqu’il se rend aux troupes du Wei en 263, après une attaque surprise du général Deng Ai contre Chengdu [5], la capitale du Shu. Il est rapidement transféré à Luoyang [6], la capitale du Wei, et reçoit le titre de "Duc d’Anle". Il y coule des jours heureux, jusqu’à sa mort en 271, qui est probablement une mort de cause naturelle.

Chen Shou , dans ses Chroniques des Trois Royaumes [7], note que, contrairement à la tradition, Zhuge Liang a supprimé le poste d’historien officiel à la cour de Liu Shan et que ce dernier n’a pas rétabli ce poste après la mort de Zhuge. Le résultat est que bien des événements survenus pendant le règne de Liu Shan n’ont pas été mis par écrit, ce qui limite notre connaissance de cette époque.

Liu Shan naît en 207 et est le fils aîné du seigneur de guerre Liu Bei, qui est alors en poste dans la province de Jing. Sa mère est dame Gan, la concubine de son père. En 208, Cao Cao , un rival de Liu Bei qui domine quasiment tout le nord de la Chine, se lance dans la conquête de la province de Jing. Alors qu’il se replie vers le sud, Liu Bei est rattrapé par Cao Cao, à la tête de ses cavaliers d’élite, lors de la bataille de Changban [8]. Dans le chaos des combats, il est séparé de sa concubine et de son fils. Voyant cela, Zhao Yun , un de ses généraux, reste en arrière pour protéger la famille de son seigneur ; puis, après avoir pris Liu Shan dans ses bras, ramène la mère et le fils auprès de Liu Bei.

Liu Shan perd sa mère alors qu’il est très jeune, car même si la date exacte de la mort de Dame Gan est inconnue, son décès doit avoir lieu après l’année 209. En effet, lorsque Dame Sun, la femme de Liu Bei, divorce de son mari en 211, ce dernier était alors le seul tuteur légal de Liu Shan.

Lorsque Liu Bei se déclare empereur du Shu Han en 221, Liu Shan devient officiellement le prince héritier. L’année suivante, Liu Bei quitte Chengdu, la capitale du Shu, pour partir en guerre contre Sun Quan. En effet, en 219, ce dernier a envoyé le général Lü Meng envahir et annexer la Province de Jing ; ce qu’il a fait tout en capturant et exécutant Guan Yu, un de généraux et Frère Juré de Liu Bei. Liu Bei subit une défaite cinglante à la bataille de Xiaoting [9] et est obligé de se replier sur la ville de Baidicheng avec les débris de son armée. Là, il tombe malade de la dysenterie et meurt en 223. Avant de mourir, Liu Bei confie le jeune Liu Shan aux bons soins de son Premier ministre Zhuge Liang, conseillant même à ce dernier de monter sur le trône, si jamais Liu Shan se révèle être incapable d’assumer son rôle.

Au début de son règne, Liu Shan semble être un bon dirigeant. Tant que Zhuge Liang est en vie, Liu Shan le respecte et le considère comme une figure paternelle, laissant le premier ministre gérer toutes les affaires du royaume. Zhuge Liang en profite pour placer à des postes clefs des hommes en qui il a toute confiance. Suivant les conseils de Zhuge Liang, Liu Shan renouvelle l’alliance entre le Shu et le royaume de Wu, ce qui permet aux deux royaumes de survivre face à leur ennemi commun, bien plus puissant, le royaume de Wei. Pendant cette régence, le gouvernement est efficace et la corruption quasi inexistante, ce qui permet au relativement petit État du Shu de s’armer en vue de campagnes militaires.

En 223, Liu Shan épouse l’impératrice Zhang, une des filles du défunt Zhang Fei, l’autre frère juré de son père.

Peu après la mort de Liu Bei, les tribus du Nanman [10] se révoltent pour se libérer de la domination du Shu. En 225, Zhuge Liang part vers le sud à la tête d’une armée et réussit à mater la rébellion, en partie grâce à des victoires militaires et en partie par la persuasion. Ainsi, il réussit à faire revenir cette région du Sud dans le giron du Shu, à qui les Nanman fourniront un soutien sans lequel Zhuge Liang n’aurait jamais pu lancer ses expéditions contre le Wei.

À partir de l’année 227, Zhuge Liang lance ses 5 expéditions nordiques contre le Wei. À part une d’entre elles, toutes ces expéditions s’achèvent par des échecs militaires, sans pour autant tourner au désastre. À chaque fois, les armées du Shu tombent à court de ravitaillement et sont obligées de se replier sans avoir pu infliger des dommages significatifs au Wei. C’est pendant une de ces campagnes que Zhuge Liang doit affronter la seule véritable crise politique de sa régence.

En 231, le corégent Li Yan fabrique un faux édit de Liu Shan ordonnant à Zhuge Liang de se replier, afin de dissimuler le fait qu’il a été incapable de fournir à temps le ravitaillement nécessaire aux troupes. Quand le premier ministre découvre le pot aux roses, il recommande que Li Yan soit renvoyé de son poste et mis aux arrêts, ce que Liu Shan accepte immédiatement.

En 234, Zhuge Liang tombe gravement malade pendant son ultime expédition nordique. Mis au courant de l’état de santé de son premier ministre, Liu Shan envoie Li Fu, son secrétaire personnel, auprès du mourant, afin que ce dernier laisse ses ultimes instructions sur la manière de diriger les affaires du royaume. Entre autres choses, Zhuge Liang recommande que Jiang Wan lui succède, et que Fei Yi succède à Jiang Wan le moment venu. Quand Li Fu lui demande qui doit succéder à Fei Yi, Zhuge Liang refuse de répondre. Zhuge Liang meurt peu après et Liu Shan exécute ses dernières volontés en faisant de Jiang Wan le nouveau régent.

Jiang Wan est un administrateur compétent, qui poursuit la politique intérieure de Zhuge Liang, assurant un gouvernement toujours efficace et une corruption toujours quasi inexistante. Il est également connu pour sa capacité à prendre en compte les avis autres que le sien et son humilité. Le grand changement par rapport au gouvernement de Zhuge Liang est que le nouveau régent n’a pas les compétences militaires de l’ancien. Rapidement, Jiang Wan abandonne la politique d’agression permanente contre le Wei, et en 241 il fait se replier la plupart des troupes stationnées à la grande ville frontière de Hanzhong [11] vers le comté de Fu. À partir de cette date, le Shu reste la plupart du temps sur la défensive et ne représente plus une menace pour le Wei.

Lorsque la nouvelle de ces mouvements de troupes arrive au Wu, la plupart des membres de la cour les interprètent comme signe prouvant que le Shu voulait abandonner l’alliance entre les deux royaumes, pour signer un traité avec le Wei. A contrario, Sun Quan, l’empereur du Wu, comprend parfaitement qu’il s’agit d’un signe de faiblesse de la part du Shu et non de la fin de l’alliance.

En 237, l’Impératrice Zhang meurt. La même année, Liu Shan fait de la jeune sœur de la défunte sa compagne puis, en 238, son impératrice. Tout comme sa sœur avant elle, elle prend le titre d’impératrice Zhang.

En 243, Jiang Wan tombe malade et transmet la plupart de ses pouvoirs à Fei Yi et Dong Yun , l’assistant de ce dernier. Ainsi, lorsque Cao Shuang , le régent du Wei, attaque Hanzhong en 244, c’est Fei Yi qui dirige les troupes qui infligent une défaite majeure au Wei lors de la bataille de Xingshi [12]. Malgré tout, Jiang Wan reste très influent jusqu’à sa mort en 245. Peu après Jiang Wan, Dong Yun meurt à son tour ; ce qui profite à Huang Hao , un eunuque [13] qui fait partie des proches de Liu Shan et que Dong Yun maintenait à l’écart du pouvoir. Huang Hao est considéré comme un manipulateur corrompu, ce qui n’empêche pas son pouvoir d’augmenter après la mort de Dong. Il commence à s’ingérer dans les affaires du royaume, au prix d’une détérioration de l’efficacité étatique, qui était la marque de fabrique du Shu depuis la régence de Zhuge Liang.

Après les morts de Jiang Wan et Dong Yun, Liu Shan nomme Jiang Wei assistant de Fei Yi. Dans les faits, les deux hommes se préoccupent surtout des affaires militaires, pendant que Liu Shan s’implique de moins en moins dans les affaires civiles. C’est à partir de cette époque qu’il passe de plus en plus de temps à faire le tour du royaume et à accumuler des objets de luxe. Ces deux nouvelles occupations engendrent un supplément de dépenses qui fragilisent le budget du royaume, sans que la situation financière du pays n’en devienne critique. Dés qu’il arrive à son nouveau poste, Jiang Wei veut renouer avec la politique étrangère de Zhuge Liang et recommencer à attaquer le Wei. Fei Yi approuve en partie cette stratégie, et autorise Jiang Wei a organiser des raids sur les frontières du Wei. Par contre, il ne lui accorde qu’un nombre limité de soldats pour ses attaques, car il juge que le Shu n’a pas les moyens pour un confrontation à grande échelle contre le Wei.

En 253, Fei Yi est assassiné par le général Guo Xun. Guo est un général du Wei, qui avait été forcé de se rendre lors d’une bataille et avait joué le jeu de l’allégeance au Shu, tout en restant fidèle au Wei. Profitant d’une fête, Guo Xun révèle son vrai visage en tuant Fei Yi, espérant ainsi porter un coup mortel au Shu.

Après la mort de Fei, Jiang Wei devient le régent de fait ; mais comme il est en permanence en train de se battre sur les frontières, le royaume doit faire face à une vacance du pouvoir dans la conduite des affaires intérieures. Huang Hao profite de la situation pour accroître son influence à la cour et sur Liu Shan.

Après la mort de Fei Yi, Jiang Wei assume le commandement suprême des armées du Shu et lance de nombreuses campagnes contre le Wei. Si ces expéditions agacent Sima Shi et Sima Zhao , les deux régents successifs du Wei, elles n’aboutissent à aucun résultat concret sur le terrain. À chaque fois, Jiang Wei doit faire face aux mêmes problèmes que Zhuge Liang et finit toujours par se replier assez vite à cause d’un manque de ravitaillement pour ses troupes. Pire, alors que les bonnes méthodes de gouvernement de Zhuge Liang permettaient aux ressources du pays de se régénérer entre deux expéditions, la dégradation de ces méthodes depuis la mort de Jiang Wang fait que chaque expédition de Jiang Wei draine un peu plus les ressources du pays et affaiblit le Shu en l’entraînant dans un cercle vicieux.

En 253, Jiang Wei et Zhuge Ke, le régent du Wu, déclenchent une attaque coordonnée contre le Wei. Une fois de plus, Jiang est obligé de se replier lorsque son armée tombe à court de ravitaillement, ce qui permet à Sima Shi de se concentrer sur l’attaque de Zhuge Ke. Le Wu subit une sanglante défaite, qui provoque tellement de haine contre Zhuge Ke que ce dernier finit assassiné. Cette tentative est la dernière attaque coordonnée lancée par le Shu et le Wu contre le Wei.

En 255, lors d’une de ses campagnes, Jiang Wei réussit à infliger une importante défaite aux troupes du Wei lors de la bataille de Didao [14], réussissant presque à capturer l’importante ville frontière de Didao.

Mais, lorsqu’il tente à nouveau d’attaquer le Wei en 256, c’est lui qui subit une défaite sanglante lorsqu’il se retrouve face à Deng Ai. Cette défaite est une telle catastrophe matérielle et humaine pour le Shu, qu’à la cour du Shu de nombreux officiels remettent en cause la stratégie de Jiang Wei.

Non seulement Liu Shan ne fait rien pour arrêter son général, mais en 259, il approuve un plan de Jiang qui réorganise complètement la défense du Shu face à une éventuelle attaque du Wei. Ainsi, les troupes sont retirées des principales villes frontalières et des différents forts frontaliers, pour laisser les armées du Wei pénétrer à l’intérieur du pays, où les soldats du Shu sont positionnés pour tendre un piège à l’envahisseur.

En 261, l’influence de Huang Hao est à son apogée. Pour ce qui est de la politique intérieure, seuls Dong Jue et Zhuge Zhan, le fils de Zhuge Liang, ont réussi à rester à leurs postes sans avoir à flatter Huang Hao. En 262, Huang Hao tente de faire renvoyer Jiang Wei pour le remplacer par son ami Yan Yu. Lorsqu’il est mis au courant de la nouvelle, Jiang Wei demande à Liu Shan d’exécuter Huang Hao, mais l’empereur refuse, arguant que l’eunuque n’est qu’un serviteur qui rend des services. Craignant des représailles, Jiang Wei quitte Chengdu avec ses soldats pour s’installer à Tazhong et y créer un tuntian [15].

En 262, parfaitement conscient de la situation du Shu et lassé des attaques continues de Jiang Wei, Sima Zhao planifie une attaque massive pour en finir une bonne fois pour toutes avec le turbulent royaume de Liu Shan. Lorsque la rumeur de ce plan arrive aux oreilles de Jiang Wei, ce dernier envoie immédiatement une requête à Liu Shan. Il met en garde son empereur contre une levée massive de troupes du Wei, qui se massent à la frontière, sous les ordres des généraux Deng Ai, Zhuge Xu et Zhong Hui , et demande l’envoi de renforts dans cette zone. Cependant, Huang Hao persuade Liu Shan à grand renfort de divinations, pour qu’il ne tienne pas compte des demandes de Jiang Wei.

En 263, Sima Zhao met son plan en application en envoyant Deng Ai, Zhuge Xu et Zhong Hui attaquer le Shu. Liu Shan décide alors d’appliquer le plan mis au point en 259 par Jiang Wei et donne l’ordre aux troupes de se replier des frontières et de se préparer à piéger les armées du Wei, au lieu de chercher une confrontation directe. Ce plan a une faille, qui lui sera fatale. Jiang était parti du principe que les troupes du Wei assiégeraient les villes frontalières, alors qu’en fait, Deng Ai et Zhong Hui les ignorent. Ils laissent juste derrière eux un petit contingent pour éviter d’être attaqués par les quelques soldats qui restent en garnisons dans ces villes et foncent avec le gros des troupes prendre le contrôle du col de Yang’an.

Après une défaite initiale, Jiang Wei réussit à bloquer l’avancée des troupes ennemies, mais Deng Ai réussit à mener ses hommes à travers un chemin montagneux escarpé et à pénétrer au cœur du territoire du Shu. Là, il lance une attaque surprise contre Jiangyou où il bat et tue Zhuge Zhan. Après cette victoire, Deng Ai n’a virtuellement plus aucun ennemi pour lui barrer le chemin de Chengdu, la capitale du Shu. Face à la perspective de devoir défendre Chengdu contre Deng Ai, sans aucun soldat pour défendre la ville, Liu Shan prend conseil auprès du Secrétaire Qiao Zhou et se rend très rapidement.

Alors que cette reddition rapide est critiquée par de nombreux historiens, Wang Yin, dans ses Chroniques du Shu, la décrit comme un choix qui fait passer le devenir du peuple du Shu avant tout le reste.

En 264, Zhong Hui tente de prendre le pouvoir, avec l’aide de Jiang Wei qui, après s’être rendu à Zhong Hui, tente d’utiliser l’ambition de ce dernier pour faire revivre le Shu. Il suggère à Zhong Hui de faire accuser Deng Ai de trahison et de le faire arrêter, puis, avec toutes les troupes sous ses ordres, de se rebeller contre Sima Zhao.

Zhong Hui suit ses conseils, pendant que Jiang Wei commence à préparer l’assassinat de Zhong Hui et de ses proches, afin de déclarer le Shu à nouveau indépendant et sous les ordres de l’empereur Liu Shan. De fait, Jiang est tellement sûr de lui, qu’il écrit à l’ex-empereur du Shu pour l’informer de ses plans. Mais rien ne se passe comme prévu, car les soldats de Zhong Hui se rebellent contre lui et le tuent, ainsi que Jiang Wei. Liu Shan lui-même n’est pas blessé lors des combats, mais le prince héritier Liu Xuan est tué dans la confusion.

En 264, Liu Shan et toute sa famille sont transportés à Luoyang, la capitale du Wei. Il reçoit le titre de "Duc d’Anle [16]. Ses enfants et petits-enfants deviennent, eux, des marquis. D’après “les Annales des Printemps et des Automnes des Han et des Jin” de Xi Zuochi ; un jour, Sima Zhao, le régent du Wei, invite Liu Shan et ses proches à une fête. Sima Zhao fait le nécessaire pour que, durant toutes les festivités, des artistes jouent de la musique et accomplissent des danses typiques du Shu. Les anciens officiels du Shu présents dans la salle sont tous tristes, mais Liu Shan ne semble pas affecté.

Liu Shan meurt à Luoyang en 271 et reçoit à titre posthume le nom et le tire de Duc Si d’Anle [17]. Son duché perdure sur plusieurs générations pendant la dynastie Jin [18], qui succède au royaume de Wei dés 265, avant de disparaître pendant les troubles de la période des Seize Royaumes [19]. Liu Yuan, le fondateur du Zhao antérieur [20], un des seize royaumes, prétendait être le successeur légitime de la dynastie Han. Dans une volonté de légitimation de son propre pouvoir, il donne à Liu Shan le nom et titre posthume d’"Empereur Xiaohuai" [21]

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Chen Shou, Records of the Three Kingdoms, Yue Lu Shu She, 2002 (ISBN 7-80665-198-5)

Notes

[1] un des États de la période des Trois Royaumes de l’Histoire de la Chine

[2] La période des Trois Royaumes est une période de l’histoire chinoise qui commence en 220, après la chute de la dynastie Han et s’achève avec la réunification de la Chine par la dynastie des Jin occidentaux, en 280. Les Trois Royaumes sont ceux de Wei au nord le long du fleuve Jaune, de Wu dans le sud-est, et de Shu au sud-ouest dans le bassin du Sichuan. Durant les deux dernières décennies du 2ème siècle, l’empire Han se désagrège progressivement, divisé entre plusieurs seigneurs de la guerre rivaux. Au début du 3ème siècle, trois d’entre eux prennent une place prépondérante : Cao Cao puis son fils Cao Pi (Wei), Liu Bei (Shu-Han) et Sun Quan (Wu). Ils mettent en place les Trois Royaumes après l’abdication du dernier empereur Han, dont ils se disputent la succession, et se proclament chacun à leur tour empereur dans les années 220. Leurs successeurs s’affrontent pour la domination de la Chine, avant d’être supplantés l’un après l’autre entre 265 et 280 par le clan Sima, qui fonde la dynastie Jin. La période des Trois Royaumes est donc suivie de la dynastie des Jin occidentaux. Sur le plus long terme, la période des Trois Royaumes s’inscrit dans une longue séquence très agitée. S’ensuivent plus de trois siècles de division politique entre la Chine du Nord et la Chine du Sud, durant un haut Moyen Âge chinois que l’historiographie classique désigne comme la période des Six Dynasties (220-589).

[3] Le Shu, appelé rétrospectivement Shu postérieur, pour le différencier du Shu antérieur, est l’un des Dix Royaumes ayant existé dans le sud de la Chine durant la Période des Cinq Dynasties et des Dix Royaumes, qui se situe chronologiquement entre les dynasties Tang et Song. Il recouvre l’actuelle province du Sichuan, ainsi que des parties septentrionales du Gansu et du Shaanxi, et sa capitale se situe dans la ville de Chengdu. Il existe de 934 a 965 et est le quatrième et dernier État dominant cette région à porter le nom de Shu.

[4] Le royaume de Wei, également appelé Cao Wei, est un des royaumes qui régnaient sur la Chine pendant la période des Trois Royaumes. Avec sa capitale à Luoyàng, ce royaume fut établi par Cao Pi en 220, à partir des bases posées par son père Cao Cao. Cette dénomination apparaît en 213, lorsque les exploitations féodales de Cao Cao prennent le nom de Wei ; les historiens ajoutent souvent le préfixe Cao (du nom de famille de Cao Cao) afin de distinguer ce royaume des autres États que l’histoire de la Chine a également connus sous le nom de Wei, par exemple les précédents États de Wei durant la période des royaumes combattants, et plus tard l’État de la dynastie Wei du Nord. En 220, lorsque Cao Pi déposséda le dernier empereur de la dynastie Han, Wei est devenu le nom de la nouvelle dynastie qu’il fonda. Cette dynastie fut saisie et contrôlée par la famille Sima en 249, jusqu’à ce qu’elle fût renversée et soit devenue une partie de la dynastie Jin en 265.

[5] Chengdu est la capitale de la province du Sichuan en République populaire de Chine. Elle est avec Chongqing et Xi’an l’une des villes les plus peuplées de la Chine intérieure. Chengdu dispose du statut administratif de ville sous provinciale.

[6] Luoyang, ou Loyang est une ville-préfecture de la province du Henan en Chine. On y parle le dialecte de Luoyang du mandarin zhongyuan. Située sur le Fleuve Jaune, c’est l’une des quatre capitales historiques de la Chine.

[7] Les Chroniques des Trois Royaumes, est la chronique historique officielle couvrant la fin de la dynastie Han (184/220), et la période des Trois Royaumes de Chine (220/280). Elle fait partie des « Quatre Histoires », avec le Shi ji, le Han Shu et le Hou han shu. Elle est la compilation de textes la plus complète sur les événements qui eurent lieu en Chine durant cette période et a servi de base pour le roman épique Histoire des Trois royaumes, traditionnellement attribué à Luo Guanzhong. Initialement commencée par Chen Shou, elle fut complétée par Pei Songzhi.

[8] La bataille de Changban a eu lieu à Changban (près de la ville actuelle de Jingmen dans la province chinoise de Hubei), en Chine en 208. Elle opposa Liu Bei, qui fondera plus tard le Royaume de Shu, et Cao Cao, le dirigeant du nord de la Chine pendant le prélude aux Trois Royaumes de Chine.

[9] La bataille de Xiaoting aussi connue sous le nom de bataille de Yiling a lieu en 222, au tout début de la période des Trois Royaumes de L’Histoire de la Chine. Elle oppose l’armée du royaume de Shu aux troupes de Sun Quan, qui est alors officiellement un vassal du royaume de Wei. Cette bataille est décisive pour Sun Quan, car après une série de défaites qui le forcent à s’enfermer dans une posture défensive, il réussit à obtenir une victoire décisive et à repousser l’invasion du Shu. Peu après cette bataille Liu Bei, le fondateur et premier empereur du Shu, meurt de maladie.

[10] Le terme Nanman, ou Man du Sud ("barbares du sud"), était utilisé en Chine ancienne pour définir les tribus non-chinoises situées dans le sud-ouest de l’actuel territoire de la Chine, plus précisément au sud de la province du Yunnan. Aujourd’hui, cette ethnie est désignée par le terme Hmong ou Miao, qui est l’une des 56 ethnies reconnues officiellement par la République populaire de Chine.

[11] Hanzhong est une ville du sud de la province du Shaanxi en Chine

[12] La bataille de Xingshi est une tentative d’invasion du Royaume de Shu par son voisin et rival, le Royaume de Wei. Cette bataille a lieu au mont Xingshi en 244, pendant la période des Trois Royaumes de l’Histoire de la Chine et se conclut par un échec du Wei.

[13] Un eunuque est un homme castré. La castration se limite généralement à l’ablation des testicules mais il arrive qu’elle concerne également le pénis, connue alors sous le nom de pénectomie. Dans la Chine ancienne, la castration était à la fois une punition traditionnelle (jusqu’à la dynastie Sui) et un moyen d’obtenir un emploi dans le service impérial. À la fin de la dynastie Ming, il y avait 70 000 eunuques dans la Cité interdite. La valeur d’un tel poste était importante car elle pouvait permettre d’obtenir un pouvoir immense qui dépassait parfois celui du premier ministre. Cependant, la castration par elle-même fut finalement interdite. Le nombre d’eunuques n’était plus estimé qu’à 470 en 1912, lorsque la fonction fut abolie. La justification de cette obligation pour les fonctionnaires de haut rang était la suivante : puisqu’ils ne pouvaient procréer, ils ne seraient pas tentés de prendre le pouvoir pour fonder une dynastie. À certaines périodes, un système similaire a existé au Viêt Nam, en Inde, en Corée et dans d’autres contrées du monde.

[14] La bataille de Didao, aussi connue sous le nom de bataille de Taoxi, est un conflit entre le Royaume de Shu et le Royaume de Wei, qui eut lieu en 255, à l’ouest de la rivière Tao. Ce conflit eut lieu pendant la période des Trois Royaumes de l’Histoire de la Chine et se conclut par une victoire à la Pyrrhus du Wei.

[15] Le tuntian, ou duntian, était une politique agraire chinoise. L’exemple le plus connu est celui instauré par le seigneur de guerre Cao Cao à partir de 196. Bien que le système du tuntian ait été rendu célèbre par Cao Cao, ses propres écrits révèlent qu’il avait été institutionnalisé dès l’époque des Han occidentaux sous le règne de l’empereur Wudi. Les soldats envoyés pour des expéditions lointaines avaient pour ordre de cultiver les terres conquises. Ceci permettait non seulement de fournir des vivres à l’armée, mais aussi de convertir ces régions en les centrant sur l’agriculture. Il s’agissait donc également d’une conquête économique. Cependant, à la mort de l’empereur Wudi, le système n’est utilisé que très rarement, ce qui diminua son efficacité.

[16] ce qui signifie littéralement : "duc de la paix et du confort"

[17] ce qui signifie littéralement : le duc d’Anle aux pensées profondes

[18] La dynastie Jin (265/420), divisée en Jin occidentaux ou Jin de l’Ouest ou Xi Jin 265/316) et Jin orientaux ou Jin de l’Est ou Dong Jin (316/420), succède au Royaume de Wei de la période des Trois royaumes de Chine et compte en tout 15 empereurs. Ses capitales sont Luoyang (265/311) puis Jiankang (316/420), avec un bref intermède à Chang’an (311/316). Les Seize Royaumes occupent le Nord de la Chine durant la période des Jin orientaux. Ces derniers finissent par être évincés en 420 par la dynastie Liu-Song ou Song du Sud, événement qui marque le début de la période des dynasties du Nord et du Sud.

[19] Les Seize Royaumes, nommé par les Chinois seize pays/royaumes des Cinq barbares étaient un ensemble de royaumes à la durée de vie très courte qui ont été fondés en Chine du Nord de 304 à 439, entre la retraite de la dynastie Jin vers le Sud et l’établissement de la dynastie des Wei du Nord, qui marque le passage dans la période des dynasties du Nord et du Sud (420/589).

[20] Le Zhao antérieur (304/329) ou Han Zhao selon l’historiographie chinoise moderne, était un État chinois de la période des Seize Royaumes fondé par des Xiongnu méridionaux, contemporain de l’empire Jin qu’il obligea à évacuer le Nord de la Chine. Il comprend deux périodes dynastiques, Han et Zhao. Ses souverains siégèrent principalement à Pingyang (309/318) puis Chang’an (318/329)

[21] ce qui signifie littéralement : "L’empereur filial et aimable