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Louise Renée de Penancoët de Keroual

vendredi 3 décembre 2021, par ljallamion

Louise Renée de Penancoët de Keroual (1649-1734)

Duchesse de Portsmouth et d’Aubigny

Originaire de Bretagne, elle fut la maîtresse du roi d’Angleterre Charles II pendant une quinzaine d’années, mais aussi l’agent secret du roi de France, Louis XIV.

Louise Renée de Penancoët de Keroual est née au château de Keroual en Guilers [1], près de Brest. Elle est la fille de Guillaume de Penancoët de Keroual et de Marie de Plœuc, dont le mariage fut célébré en 1645. Louise suit des études au couvent Sainte-Ursule de Lesneven [2] où une de ses tantes est religieuse.

Elle est remarquée par le duc de Beaufort François de Bourbon Vendôme, cousin du roi qui l’a nommé grand maître de la navigation [3]. Il lui fait vainement la cour, s’engageant même à ce qu’elle devienne demoiselle d’honneur de Madame, la duchesse d’Orléans Henriette d’Angleterre et belle-sœur de Louis XIV. La promesse du duc de Beaufort sera tenue post-mortem. En 1669, Louise Renée arrive au château de Versailles pour se mettre au service de Madame.

Elle est remarquée par le roi, dont la favorite officielle est la duchesse de La Vallière mais la favorite officieuse Madame de Montespan ; plutôt que d’en faire sa maîtresse, il juge qu’elle lui sera diplomatiquement plus utile. Aux côtés de Madame, mal mariée et qui, au début de son mariage, avait eu un début de liaison avec le roi, Louise Renée perd sa réserve et apprend vite les us et coutumes de la cour.

En 1670, à la suite de Madame, chargée d’une mission diplomatique par le roi, elle embarque pour l’Angleterre. Charles II n’a pas vu sa sœur depuis 9 ans. Il a peu de sympathie pour le royaume de France et guère plus pour son souverain et cousin. En revanche, à l’instar de son cousin français, il apprécie beaucoup la compagnie des dames, ce que Louis XIV n’est pas sans savoir.

Le roi accueille sa sœur au château de Douvres [4]. La réception est somptueuse, outre les retrouvailles familiales, et la curiosité du roi a été piquée par les propos de George Villiers 2ème duc de Buckingham , au sujet de la nouvelle dame de compagnie de celle-ci.

La signature du Traité de Douvres [5] rapproche les deux royaumes : Charles II se convertit au catholicisme et fournit des troupes, en échange de quoi, Louis XIV lui verse une rente annuelle de 200 000 livres. En remerciement des cadeaux reçus, la duchesse d’Orléans propose à son frère de choisir un bijou dans sa cassette et c’est Louise Renée qui doit le lui remettre ; posant sa main sur celle de la jeune fille, le roi aurait dit : Voilà le seul bijou que je désire !.

De retour à Versailles, la jeune fille aurait émis le souhait de rentrer au couvent, ce dont on l’aurait dissuadé. Elle repart donc pour l’Angleterre.

Elle est logée dans un immense appartement du palais de Whitehall [6] et le roi d’Angleterre vient lui faire sa cour tous les soirs. Du reste, supervisée par Charles Colbert de Croissy marquis de Croissy , l’ambassadeur de France, Louise Renée connaît parfaitement les impératifs de sa mission.

Au mois d’octobre 1671, elle est invitée à une réception donnée par la comtesse d’Arlington, en présence du roi et de nombreux invités. Le roi, marié à l’infante Catherine de Bragance qu’il a vite délaissée car elle ne lui a pas donnée d’enfant, arrive à la fête sans la reine.

Un faux mariage est organisé, mais la nuit de noces a bien lieu avec Louise Renée de Penancoët de Keroual. Celle-ci devient la maîtresse du roi d’Angleterre. Elle est officiellement nommée demoiselle d’honneur de la reine Catherine : le roi peut ainsi visiter son épouse et voir sa maîtresse.

Louis XIV est informé par son ambassadeur que son agent a beaucoup de pouvoir sur son amant. En 1672, elle donne naissance à un garçon, Charles Lennox , créé duc de Richmond [7] en 1675. La mère reçoit des terres et est titrée duchesse de Portsmouth [8], comtesse de Fareham et baronne de Patersfield, avec une pension annuelle de 138 000 livres. Si son influence dure environ une quinzaine d’années, jusqu’à la mort du roi le 6 février 1685, sa position n’est pas sans inspirer des haines et des jalousies farouches. En effet, le retour du roi au catholicisme est attribué à sa maîtresse ce qui la rend d’autant plus impopulaire.

En 1684 Louis XIV, à la demande de Charles II qui fait valoir que cette terre avait appartenu à ses ancêtres les Stuarts [9], la fait duchesse d’Aubigny [10] et pair de France. Cette même année, elle fait l’acquisition du château de Trémazan [11], auquel elle joint les terres de Keroual. Elle possède aussi un château à Évry dit château du Mousseau, détruit en 1860.

Après avoir résidé au château de La Verrerie [12], la bonne Dame d’Aubigny, comme l’appelaient les habitants, meurt à Paris, rue des Saints-Pères [13], le 14 novembre 1734, ayant perdu une partie de sa fortune.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Jean-Loup Avril, Mille Bretons, dictionnaire biographique, p. 228-229, Les Portes du large, Saint-Jacques-de-la-Lande, 2002, (ISBN 2-914612-10-9).

Notes

[1] Le manoir de Keroual est une bâtisse du 16ème siècle située dans le Finistère en Bretagne sur le territoire de la commune de Guilers, plus précisément dans le bois de Keroual. Propriété de la ville de Brest, cet espace a maintenant une vocation artistique

[2] Lesneven est une commune du département du Finistère. Deux couvents furent construits grâce à d’importantes donations : le couvent des Ursulines, entre 1678 et 1746 (actuel « Musée du Léon », ce couvent comprenait une quarantaine de religieuses qui veillaient à l’éducation des jeunes filles) et le couvent des Récollets, fondé en 1625 par le seigneur de Kerno, de Ploudaniel (actuel lycée Saint-François).

[3] La charge de grand maître, chef et surintendant général de la navigation et commerce de France était un office de la monarchie française qui exista entre 1626 et 1669.

[4] Le château de Douvres est situé sur une colline dominant la Manche, au nord-est du port de Douvres, comté de Kent en Angleterre. Ce château possède un grand avantage : c’est le point d’Angleterre le plus proche du continent européen. La place était sans doute fortifiée depuis l’âge du fer, bien avant la conquête romaine. Les Romains érigèrent un phare qui se dresse toujours dans l’enceinte du château, et les Saxons une église. Guillaume le Conquérant a étendu des fortifications existantes à cet endroit en 1066, mais c’est Henri II qui en a fait le château actuel en y ajoutant, en 1180, le donjon entouré d’un mur d’enceinte. À travers les siècles, les défenses ont toujours été élargies et améliorées car le château a tenu un important rôle militaire. Un labyrinthe de tunnels et des chambres secrètes furent aménagés sous le château pour mieux en assurer sa défense.

[5] Le traité de Douvres fut une entente secrète signée entre les couronnes anglaise et française le 1er juin 1670 concluant l’alliance des deux royaumes dans la guerre de Hollande qui éclata 2 ans plus tard ; les Anglais s’engouffrant ainsi dans la Troisième guerre anglo-néerlandaise. Le traité de Douvres consacre un double changement important de politique étrangère : de Louis XIV, qui mène à la guerre de Hollande, et de la royauté anglaise, qui prend encore plus de distance avec les Provinces-Unies, ce qui contribuera plus tard à la Glorieuse Révolution anglaise.

[6] Le palais de Whitehall fut la principale résidence des souverains anglais à Londres de 1530 jusqu’en 1698. Il était aussi devenu le plus grand palais d’Europe en comptant progressivement plus de 1 500 pièces. Il fut presque intégralement détruit en 1698 par un incendie, à l’exception de la maison des banquets d’Inigo Jones.

[7] Le titre de duc de Richmond, nommé d’après Richmond dans le Yorkshire du Nord, a été créé plusieurs fois dans la pairie d’Angleterre pour des membres des maisons royales Tudor et Stuart.

[8] Portsmouth est une ville portuaire de la côte sud de l’Angleterre. Elle appartient au comté cérémoniel de Hampshire, mais forme une autorité unitaire.

[9] La dynastie Stuart (à l’origine écrit Stewart) règne sur l’Écosse entre 1371 et 1714, et sur l’Angleterre, l’Irlande et le pays de Galles entre 1603 et 1714. Ils sont écartés du trône après le décès d’Anne de Grande-Bretagne et l’avènement de George de Hanovre en vertu de l’Acte d’Établissement.

[10] Aubigny-sur-Nère, petite cité berrichonne en Sologne

[11] Finistère

[12] Le château de La Verrerie est situé à Oizon dans le département du Cher, près d’Aubigny-sur-Nère, à la frontière entre le Berry et la Sologne, à proximité d’un étang alimenté par la Nère et séparant la forêt de Cleffy de celle de l’Aumone

[13] La rue des Saints-Pères est une voie de Paris. Elle marque une partie de la limite entre le 6ème et le 7ème arrondissement auquel appartiennent les numéros pairs