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Michel Chamillart

mardi 6 juillet 2021, par ljallamion

Michel Chamillart (1652-1721)

Homme d’État français-Ministre des finances et de la guerre

Il dut faire face à la crise financière de 1709 et à la guerre de Succession d’Espagne [1].

Il est issu d’une famille de robe originaire de Sens [2]. Son père Guy Chamillart est procureur puis intendant [3]. Pierre Bureau est dans sa jeunesse son précepteur ecclésiastique.

Comme beaucoup de ses contemporains ambitieux, il commence sa carrière comme conseiller au Parlement de Paris [4] en 1676. Il fait la rencontre du roi vers 1684 lors d’une partie de billard. Sa réputation de joueur hors pair l’avait fait connaître de Louis-Joseph de Vendôme et de Louis de Lorraine , qui le prirent en affection et le firent admettre à une partie auprès de Louis XIV, grand amateur de ce jeu et qui apprécia, outre ses talents au billard, sa modestie. Sa carrière prend par la suite un tournant de plus en plus favorable : le roi le fait maître des requêtes [5] en 1686, puis intendant de Rouen en 1689, et il retourne à Paris en 1690 pour devenir intendant des finances [6].

Dans la capitale, il sait se faire apprécier du monde des financiers, mais surtout gagne l’amitié de Madame de Maintenon, qui va lui confier une partie de l’administration de son école pour filles à Saint-Cyr [7]. Il se fait connaître pour son affabilité, sa facilité d’accès et sa disposition à servir, en plus de se faire des amis tels les ducs de Chevreuse Charles-Honoré d’Albert de Luynes ou de Beauvilliers Paul de Beauvillier .

Une fois les portes de l’administration publique ouvertes, on le verra occuper la fonction de contrôleur général des finances [8] suite à la démission de Louis de Pontchartrain en 1699, puis, en parallèle, celle de secrétaire d’État à la Guerre [9] dès 1701, en dépit de son inexpérience complète de la chose militaire. Il devient ainsi, à la stupéfaction générale, Colbert et Louvois tout ensemble, la plus importante charge jamais confiée au sein du gouvernement, et le principal collaborateur du roi.

Il est l’un des rares ministres de son époque à ne devoir son élévation qu’au bon vouloir du monarque, sans l’aide de clientélisme ou d’un réseau d’amis ou de parents influents. En effet, il était dépeint comme solitaire, ne se reconnaissait pas dans la mondanité des courtisans et semblait manquer de confiance en lui.

Apprécié par Louis XIV, qui le rencontre plusieurs fois par jour et avec qui il joue au billard, les 2 hommes entretiennent également une amitié, voire au point de s’échanger des confidences. Chamillart se sent d’ailleurs bien plus à l’aise lors des séances de travail en privé avec le souverain où il peut entre autres lui rapporter ce qu’il a vu et entendu que lors des réunions où tous les ministres sont présents et surenchérissent afin de se mettre en valeur.

Il reconnaît lui-même postérieurement que son étoile cesse de briller à partir de janvier 1701, c’est-à-dire jusqu’à son accession à la tête du département de la guerre, alors qu’il était toujours contrôleur des finances. Ces deux postes sont cependant trop lourds pour ses compétences et sa santé, eu égard à la période très difficile que le royaume traversait à la fin du règne de Louis XIV et au fait qu’il portait sur ses épaules les revers militaires durant la guerre de Succession d’Espagne.

Chamillart peine à imposer son autorité devant ses généraux d’armée, mais le roi persiste à défendre son ministre favori. Épuisé et conscient de sa réprobation, il va proposer sa démission des finances, ce qui est accepté par Louis XIV le 21 février 1708. Sa santé demeure toutefois chancelante et son travail critiqué. Les nouvelles du front continuent d’être mauvaises et le 9 juin 1709, le roi cède aux pressions de son entourage et se résigne à démettre Chamillart du ministère de la guerre, donc du gouvernement, en lui concédant malgré tout une pension de 60 000 livres (de 12 000 à son fils et de 10 000 pour son épouse).

Seigneur de Montfermeil [10], il fait construire un grand château [11] et entre en possession des bâtiments qu’il réunit au château du fief dont il est le propriétaire.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Emmanuel Pénicaut, Faveur et pouvoir au tournant du Grand Siècle : Michel Chamillart, ministre et secrétaire d’État de la guerre de Louis XIV, Paris, École des chartes, 2004, 518 p. (ISBN 978-2-90079-1745)

Notes

[1] La guerre de Succession d’Espagne est un conflit qui a opposé plusieurs puissances européennes de 1701 à 1714, dont l’enjeu était la succession au trône d’Espagne à la suite de la mort sans descendance du dernier Habsbourg espagnol Charles II et, à travers lui, la domination en Europe. Dernière grande guerre de Louis XIV, elle permit à la France d’installer un monarque français à Madrid : Philippe V, mais avec un pouvoir réduit, et le renoncement, pour lui et pour sa descendance, au trône de France, même dans le cas où les autres princes du sang français disparaîtraient. Ces conditions ne permettaient pas une union aussi étroite que celle qui était espérée par Louis XIV. La guerre de succession donna néanmoins naissance à la dynastie des Bourbons d’Espagne, qui règne toujours aujourd’hui.

[2] Sens est une commune française, chef-lieu d’arrondissement, située à 100 km au sud-est de Paris, dans le département de l’Yonne. À la fin du 4ème siècle, Sens est la capitale de la Quatrième Lyonnaise. Cette circonscription civile sert de cadre à l’Église pour la fondation de l’archevêché de Sens. Sa devise est Campont, d’après les initiales des évêchés de : Chartres, Auxerre, Meaux, Paris, Orléans, Nevers et Troyes. L’hôtel de Sens est leur résidence officielle à Paris. Le trône archiépiscopal de l’archevêque dominait dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, le trône épiscopal de l’évêque de Paris. En 1622, la province ecclésiastique de Sens fut divisée en deux, Chartres, Meaux, et Orléans devenaient suffragants du nouvel archevêché : Paris. En 732, les Maures débarqués en Camargue remontent toute la vallée du Rhône et pillent la ville de Sens. Cette opération est vue comme une tentative de diversion, afin de diviser les forces franques à affronter, l’année de la bataille de Poitiers.

[3] Sous l’Ancien Régime, les intendants étaient les personnages centraux de l’administration royale dans les provinces. Leur rôle s’apparente à celui des actuels préfets, dans une moindre mesure.

[4] Le parlement de Paris est une institution française de l’Ancien Régime. Il fait partie des cours souveraines, rebaptisées cours supérieures à partir de 1661 (début du règne personnel de Louis XIV). Issu de la Curia regis médiévale, le parlement apparaît au milieu du xiiie siècle et prend progressivement son autonomie pour juger le contentieux sous forme d’un organe spécialisé aux sessions régulières, la curia in parlamento, que saint Louis établit dans l’île de la Cité, à côté du palais de la Cité, et qui reçoit sa première réglementation générale avec une ordonnance de Philippe III le Hardi en 1278. À partir du 15ème siècle, treize autres parlements furent érigés à partir d’institutions locales parfois beaucoup plus prestigieuses, comme l’échiquier de Normandie, ou beaucoup plus anciennes, comme les États de Provence, ou mêmes créés ex nihilo ; néanmoins, celui de Paris, cour de justice du Roi, ultime suzerain, et donc d’ultime recours, devint ainsi prééminent. On le mentionnait souvent simplement comme « le Parlement ».

[5] Les maîtres des requêtes ordinaires de l’hôtel du Roi étaient, depuis le Moyen Âge, des officiers propriétaires d’une charge extrêmement prestigieuse et devenue, sous Louis XIV, particulièrement coûteuse. Pour pouvoir devenir maître des requêtes, il fallait avoir exercé pendant six ans dans une cour supérieure (Parlement, Chambre des comptes) ; les enfants des magistrats de ces cours bénéficiaient d’une durée réduite de trois ans seulement. À l’origine, les maîtres des requêtes tenaient le tribunal des Requêtes de l’Hôtel. De cette fonction primitive subsiste, au 18ème siècle, l’usage selon lequel deux d’entre eux, les dimanches et jours de fête, accompagnaient le Roi à la messe et se tenaient près de son prie-Dieu puis le reconduisaient à son cabinet, pour recevoir sur le chemin les placets et les suppliques.

[6] Les intendants des finances sont des agents de l’administration financière de la France sous l’Ancien Régime. Les intendants organisent et contrôlent la perception des impôts domaniaux et assistent l’action du Roi en matière fiscale auprès des parlements. Ils rectifient les terriers du roi et répartissent les impôts royaux directs dans les pays d’élection. Ils exercent la tutelle financière des communautés d’habitants (ville par exemple) et des établissements royaux ou cléricaux (manufactures, écoles, abbayes...) et prennent en liaison avec les intendants provinciaux toute mesure utile au progrès économique (routes, gestion forestière, manufactures, formation...).

[7] La Maison royale de Saint-Louis est un pensionnat pour jeunes filles créé en 1686 à Saint-Cyr, actuelle commune de Saint-Cyr-l’École (Yvelines), par le roi Louis XIV à la demande de Madame de Maintenon qui souhaitait la création d’une école destinée aux jeunes filles de la noblesse pauvre. Cet établissement, bien qu’il perdît sa place de premier rang à la suite de la disparition de Louis XIV puis de sa fondatrice, marqua une évolution certaine de l’éducation des jeunes filles sous l’Ancien régime. L’établissement fut maintenu pendant les premières années de la Révolution française, mais ferma définitivement ses portes en mars 1793. Napoléon 1er s’inspira de la Maison royale de Saint-Louis pour créer la Maison des demoiselles de la Légion d’honneur, qui existe encore aujourd’hui sous le nom de Maison d’éducation de la Légion d’honneur.

[8] Le contrôleur général des finances était, sous l’Ancien Régime, le responsable ministériel des finances royales en France, après la suppression de la charge de surintendant des finances en 1661, chargé d’administrer les finances de l’État.

[9] En France, sous l’Ancien Régime, il était le responsable et conseiller du roi au sujet des affaires militaires.

[10] Montfermeil est une commune française située dans le département de la Seine-Saint-Denis.

[11] C’est le seigneur Antoine Pélissier qui commence la construction du château, que terminera Michel de Chamillard, ministre de Louis XIV. Le château est vendu en 1701 aux frères Bégon. En 1735, la seigneurie est vendue à Jean Hyacinthe Hocquart, dont le fils Jean Hyacinthe Emmanuel Hocquart deviendra le premier marquis de Montfermeil, qui compte alors 500 habitants.