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Eustathe d’Épiphanie

mercredi 27 janvier 2021, par ljallamion

Eustathe d’Épiphanie (vers 455-518/527)

Historien byzantin

Une façade ancienne à Hama l'antique Épiphanie de SyrieOriginaire de Syrie [1] dans la petite ville d’Épiphanie [2] vers 455. L’éducation manifestement soignée qu’il reçut donne à croire qu’il venait d’une famille aisée.

Après avoir fait ses études secondaires en littérature et grammaire grecque dans sa ville d’origine, il continua ses études probablement à Antioche [3] vers 470. Toutefois, ni les autres auteurs de l’époque ni son œuvre ne renseignent sur sa profession ; tout porte à croire qu’il devint fonctionnaire et vécut toute sa vie à Antioche, seul endroit où son texte complet semble avoir été disponible.

Chrétien comme le montre son œuvre, il devait comme la majorité des gens d’Antioche être d’obédience chalcédonienne [4] et avoir donné son appui à l’usurpateur Léontius dit Léonce qui se rebella contre l’empereur Zénon de 484 à 488.   Il perdit vraisemblablement son emploi lorsque l’empereur Anastase 1er afficha ouvertement son monophysisme [5]. C’est alors qu’il se serait mis à écrire son œuvre qui devait rester inachevée.

Son œuvre principale, l’Épitomé [6] chronologique, est aujourd’hui disparue mais peut être reconstituée à partir des passages recopiés par Jean d’Antioche et imités par Jean Malalas. Faisant œuvre de pionnier, Eustathe y relate à partir de nombreuses sources l’histoire du monde de la création jusqu’à la chute d’Amida [7] en 503, année où le dernier livre prend brusquement fin.   Il est possible qu’Eustathe n’ait pu terminer le dernier livre, étant probablement décédé des suites du grand tremblement de terre ou des incendies qui ravagèrent Antioche en 526.   Outre Jean d’Antioche qui l’a repris presque textuellement et Jean Malalas qui l’a imité, Eustathe a servi de source à plusieurs historiens subséquents comme Procope de Césarée et Hésychios de Milet .

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Warren Treadgold, The Early Byzantine Historians, Londres, Palgrave Macmillan, 2007 (réimpr. 2010) (ISBN 978-0-230-24367-5)

Notes

[1] La Syrie fut occupée successivement par les Cananéens, les Phéniciens, les Hébreux, les Araméens, les Assyriens, les Babyloniens, les Perses, les Grecs, les Arméniens, les Romains, les Nabatéens, les Byzantins, les Arabes, et partiellement par les Croisés, par les Turcs Ottomans et enfin par les Français à qui la SDN confia un protectorat provisoire pour mettre en place, ainsi qu’au Liban, les conditions d’une future indépendance politique.

[2] aujourd’hui Hama en Syrie

[3] Antioche est une ville de Turquie proche de la frontière syrienne, chef-lieu de la province de Hatay.

[4] Le concile de Chalcédoine est le quatrième concile œcuménique et a eu lieu du 8 octobre au 1er novembre 451 dans l’église Sainte Euphémie de la ville éponyme, aujourd’hui Kadıköy, un quartier chic de la rive asiatique d’Istanbul. Convoqué par l’empereur byzantin Marcien et son épouse l’impératrice Pulchérie, à partir du 8 octobre 451, le concile réunit 343 évêques dont 4 seulement viennent d’Occident.

[5] Le monophysisme est une doctrine christologique apparue au 5ème siècle dans les écoles théologiques de l’empire byzantin. Cette doctrine tente de résoudre les contradictions de la foi nicéenne concernant la nature du Christ. La doctrine chrétienne s’est construite à l’origine autour du symbole de Nicée, c’est-à-dire la reconnaissance de la consubstantialité du Père et du Fils, tout comme de la nature humaine du Christ. Les monophysites, en revanche, affirment que le Fils n’a qu une seule nature et qu’elle est divine, cette dernière ayant absorbé sa nature humaine. Ils rejettent la nature humaine du Christ. En cela le monophysisme s’oppose au nestorianisme. Cette doctrine a été condamnée comme hérétique lors du concile de Chalcédoine en 451, tout comme la doctrine opposée. Malgré cela, sous l impulsion de personnages tels que Sévère d’Antioche, le monophysisme continue de se développer dans les provinces byzantines de Syrie et d’Égypte auprès des populations coptes tout au long du 6ème siècle, jusqu aux invasions perses puis arabes au tout début du 7ème siècle. Il fut également responsable du premier schisme entre Rome et Constantinople en 484. Le monophysisme est encore professé aujourd’hui, dans sa variante miaphysite. Ce sont les Églises préchalcédoniennes, arménienne, syro jacobite, copte, etc.

[6] Un épitomé est le condensé d’une chose, généralement une œuvre. Il se distingue d’un résumé par le fait que ce dernier est produit à partir de citations d’un travail plus grand, alors que l’épitomé est une œuvre à part entière faisant intervenir, au moins en partie, un travail inédit.

[7] Diyarbakır est une ville du sud-est de la Turquie. Elle était également appelée Amida sous l’Empire romain. Les Kurdes constituant la majeure partie de la population de la ville la considèrent comme la capitale du Kurdistan turc, dans le sud-est anatolien. Appelée Amida dans l’Antiquité, ce qui lui vaut son nom de Kara Amid, la « Noire Amida », elle fut la capitale du royaume araméen de Bet-Zamani à partir du 13ème siècle av. jc, puis d’un royaume arménien appelé Cordyène ou Cardyène. La région devint par la suite une province de l’Empire romain ; Amida était au 4ème siècle la principale place forte de Mésopotamie, dans la haute vallée du Tigre. Amida fut un centre religieux lié au patriarcat syriaque-orthodoxe d’Antioche. De cette époque, jusqu’au génocide arménien de 1915, la région est fortement peuplée d’Arméniens. La région comportait également une minorité chaldéenne. La ville d’Amida fut le siège du patriarcat chaldéen de 1681 à 1828.