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L’histoire pour le plaisir

Andriscos

mercredi 30 décembre 2020, par ljallamion

Andriscos

Aventurier originaire de Thrace

Il se proclama roi de Macédoine [1] en 148 av. jc et y suscita une révolte contre Rome.   Selon Lucien de Samosate, il était foulon [2] de profession. Sa tentative aventureuse de rébellion démontre la réaction macédonienne à la tutelle de Rome qui avait suivi la bataille de Pydna [3] en 168, qui avait mis fin au règne de Persée.   Profitant du mécontentement des classes populaires macédoniennes il se fit passer pour le fils de Persée, Philippe mort en réalité à 18 ans seulement en Italie, et de Laodicé V, fille de Séleucos IV, roi de la dynastie séleucide [4]. Il trompa le peuple avec facilité et réussit à le soulever, grâce à son apparence physique, effectivement très semblable à celle de Persée, mais le manque de moyens matériels fit échouer sa première tentative de révolte et il dut s’enfuir auprès de Démétrios 1er Sôter, lui-même parent de Persée. S’étant aperçu cependant qu’il ne s’agissait que d’un imposteur, il le fit arrêter et le livra aux Romains. Toutefois comme on voyait en lui quelqu’un de tout à fait inoffensif il fut bien vite libéré.   En 149 il retourna en Thrace [5], son pays d’origine, où il réussit à recruter quelques hommes pour sa cause. Aidé cette fois de deux princes macédoniens, Tere et Barsada, il réussit finalement à se proclamer roi de Macédoine en tant que fils légitime de Persée. À la tête d’une armée composée de Thraces et de Macédoniens il fut accueilli comme celui qui libérerait de l’oppression romaine et enflamma l’esprit nationaliste et indépendantiste des populations helléniques. Cet enthousiasme lui permit dans un premier temps de tenir en respect l’armée romaine d’abord en vainquant Publius Cornelius Scipio Nasica Serapio en Thessalie [6] puis en détruisant une légion romaine commandée par le préteur [7] Juventius.   Tout de suite après Andriscos établit des contacts avec Carthage [8] qui dans ces années-là combattait contre Rome dans la Troisième guerre punique [9].   Il ne fallut pas plus d’un an, cependant, en 148, pour que la fortune semblât tourner en défaveur de Andriscos. Profitant du fait que le prestige du pseudo-Philippe était bien entamé auprès du peuple, Rome envoya en Macédoine une puissante armée commandée par Quintus Caecilius Metellus Macedonicus. Malgré quelques victoires initiales, Andriscos fut obligé au bout du compte de se rendre à Metellus, qui le vainquit lors de la seconde bataille de Pydna, et le mena à Rome, où il fit partie du triomphe qui suivit la campagne de Macédoine, et fut exécuté.   Avec la fin de l’aventure d’Andriscos prit fin l’indépendance, au reste théorique, de la Macédoine qui en 146 reçut le statut de province romaine.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Émile Chambry, Émeline Marquis, Alain Billault et Dominique Goust (trad. Émile Chambry), Lucien de Samosate : Œuvres complètes, Éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2015, 1248 p. (ISBN 9782221109021)

Notes

[1] Le royaume de Macédoine est un État antique situé au nord de la Grèce correspondant aujourd’hui principalement à la Macédoine grecque. Il est centré sur la partie nord-est de la péninsule grecque, bordé par l’Épire à l’ouest, la Péonie au nord, la Thrace à l’est et la Thessalie au sud. Royaume périphérique de la Grèce aux époques archaïque et classique, il devient l’État dominant du monde grec durant l’époque hellénistique. L’existence du royaume est attestée au tout début du 7ème siècle av. jc avec à sa tête la dynastie des Argéades. Il connaît un formidable essor sous le règne de Philippe II qui étend sa domination sur la Grèce continentale en évinçant Athènes et la ligue chalcidienne pour ensuite fonder la Ligue de Corinthe. Son fils Alexandre le Grand est à l’origine de la conquête de l’immense empire perse et de l’expansion de l’hellénisme en Asie à la fin du 4ème siècle av. jc. Après sa mort, la Macédoine passe brièvement sous la tutelle des Antipatrides dans le contexte des guerres des diadoques. En 277, la royauté échoit à Antigone II Gonatas qui installe la dynastie des Antigonides qui règne jusqu’en 168, date à laquelle la Macédoine est conquise par les Romains. En 146 la Macédoine devient une province romaine.

[2] Le foulon, ou foulonnier, ou foullandier, est un ouvrier qui pratique le foulage des draps, ou celui qui dirige un moulin à foulon. Le travail du foulonnier consiste à malaxer et frapper les étoffes en les baignant dans de l’eau additionnée de diverses substances, pour les feutrer, les assouplir, les rendre imperméables et en assurer la finition. On ajoute à l’eau de l’argile, et pour finir de l’urine humaine qui assure le nettoyage final et le blanchiment. Longtemps pratiqué manuellement, en utilisant une sorte de pilon en bois, le bâton à foulon, ou en piétinant les tissus, l’activité s’est mécanisée dès le haut Moyen Âge avec les moulins où les pilons étaient actionnés par l’énergie hydraulique. En Grèce antique, c’est le métier du père de Théophraste, Mélantas.

[3] La bataille de Pydna opposa le 22 juin 168 av. jc l’armée du roi de Macédoine Persée à une armée romaine commandée par le général Lucius Aemilius Paullus. Elle mit fin à la Troisième guerre de Macédoine par la défaite totale de ce royaume et entraîna la suppression de la monarchie antigonide et la division de la Macédoine en quatre républiques indépendantes.

[4] Les Séleucides sont une dynastie hellénistique issue de Séleucos 1er, l’un des diadoques d’Alexandre le Grand, qui a constitué un empire formé de la majeure partie des territoires orientaux conquis par Alexandre, allant de l’Anatolie à l’Indus. Le cœur politique du royaume se situe en Syrie, d’où l’appellation courante de « rois de Syrie ». Les Séleucides règnent jusqu’au 2ème siècle av. jc sur la Babylonie et la Mésopotamie dans la continuité des Perses achéménides.

[5] La Thrace désigne une région de la péninsule balkanique partagée entre la Grèce, la Bulgarie et la Turquie ; elle doit son nom aux Thraces, la peuplade qui occupait la région dans l’Antiquité. Au 21ème siècle, la Thrace fait partie, à l’ouest, de la Grèce, Thrace occidentale, au nord, de la Bulgarie et, à l’est, de la Turquie, Thrace orientale.

[6] La Thessalie est une région historique et une périphérie du nord-est de la Grèce, au sud de la Macédoine. Durant l’antiquité cette région a, pour beaucoup de peuples, une importance stratégique, car elle est située sur la route de la Macédoine et de l’Hellespont. Elle possédait un important port à Pagases. Le blé et le bétail sont les principales richesses de la région et une ressource commerciale vitale. La Thessalie est aussi l’une des rares régions de Grèce où l’on peut pratiquer l’élevage des chevaux, d’où l’importante cavalerie dont disposaient les Thessaliens.

[7] Le préteur est un magistrat de la Rome antique. Il était de rang sénatorial, pouvait s’asseoir sur la chaise curule, et porter la toge prétexte. Il était assisté par 2 licteurs à l’intérieur de Rome, et 6 hors du pomerium de l’Urbs. Il était élu pour une durée de 1 an par les comices centuriates. La fonction de préteur fut créée vers 366 av. jc pour alléger la charge des consuls, en particulier dans le domaine de la justice. Le premier préteur élu fut le patricien Spurius Furius, le fils de Marcus Furius Camillu. Égal en pouvoir au consul, auquel il n’a pas de compte à rendre, le préteur prêtait le même serment, le même jour, et détenait le même pouvoir. À l’origine, il n’y en avait qu’un seul, le préteur urbain, auquel s’est ajouté vers 242 av. jc le préteur pérégrin qui était chargé de rendre la justice dans les affaires impliquant les étrangers. Cette figure permit le développement du ius gentium, véritable droit commercial, par contraste avec le ius civile applicable uniquement aux litiges entre citoyens romain. Pour recruter, pour former ou pour mener des armées au combat ; sur le terrain, le préteur n’est soumis à personne. Les préteurs ont aussi un rôle religieux, et doivent mener des occasions religieuses telles que sacrifices et des jeux. Ils remplissent d’autres fonctions diverses, comme l’investigation sur les subversions, la désignation de commissionnaires, et la distribution d’aides. Lors de la vacance du consulat, les préteurs, avant la création des consuls suffects, pouvaient remplacer les consuls : on parle alors de préteurs consulaires.

[8] Carthage est une ville tunisienne située au nord-est de la capitale Tunis. L’ancienne cité punique, détruite puis reconstruite par les Romains qui en font la capitale de la province d’Afrique proconsulaire, est aujourd’hui l’une des municipalités les plus huppées du Grand Tunis, résidence officielle du président de la République, regroupant de nombreuses résidences d’ambassadeurs ou de richissimes fortunes tunisiennes et expatriées. La ville possède encore de nombreux sites archéologiques, romains pour la plupart avec quelques éléments puniques,

[9] La troisième guerre punique est la dernière phase d’un conflit connu sous le nom de guerres puniques et qui oppose pendant plus d’un siècle Rome et Carthage. Les deux premières guerres (264-241 av. jc et 218-202 av. jc) aboutissent à la perte des possessions méditerranéennes de Carthage, qui se limite au nord de l’Afrique au début du 2ème siècle av. jc. En dépit de ce repli, la cité punique connaît une phase d’expansion économique durant le dernier demi-siècle de son existence, croissance qui entraîne à Rome la crainte d’un réarmement, même si les raisons du conflit sont plus complexes et discutées par les historiens. La croissance de l’État numide de Massinissa, qui se construit en partie aux dépens de Carthage, change également la donne : le jeu d’alliance entre cet État et Rome a pu entraîner Carthage, vaincue en 202, à se défendre et à violer de fait l’une des clauses du traité, donnant ainsi le casus belli. Le conflit se solde, à l’issue d’une courte campagne et d’un long siège qui dure de 149 à 146 av. jc, par l’anéantissement de la cité punique, dont la capitale est rasée. En dépit des destructions matérielles, la civilisation carthaginoise ne disparaît pas pour autant et nombre de ses éléments ont été intégrés à la civilisation de l’Afrique romaine.