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L’histoire pour le plaisir

Guillaume Cumin

samedi 20 avril 2019, par ljallamion

Guillaume Cumin (mort vers 1160)

Ecclésiastique et administrateur anglo-normand vers 1121-Chancelier d’Écosse à partir de 1136

La cathédrale de WorcesterIl est principalement connu pour avoir tenté d’usurper le siège épiscopal de Durham [1] entre 1141 et 1144.

Bien que ses origines soient obscures, les historiens pensent qu’il est apparenté à une famille de clercs possiblement originaire de Bosc-Bénard-Commin [2], dans la région de Rouen en Normandie.

Plusieurs membres de la famille Cumin travaillent dans l’administration d’Henri 1er et Henri II d’Angleterre, et sont clercs dans les diocèses de Rouen [3] et de Bayeux [4]. Jean Cumin un important administrateur au service d’Henri II qui devient archevêque de Dublin [5] en 1182, appartient probablement à cette même famille.

En 1125, il devient archidiacre [6] dans le diocèse de Worcester [7]. En 1133, il suit probablement Geoffrey Rufus à Durham quand celui-ci y obtient le siège épiscopal. Il devient chancelier du roi David 1er d’Écosse avant 1136. Le roi écossais, qui est le beau-frère du roi d’Angleterre Henri 1er, a été élevé à la cour de celui-ci, et il favorise les Anglo-Normands pour la gestion de son royaume.

À la mort d’Henri 1er d’Angleterre, en 1135, c’est sa fille Mathilde l’Emperesse qui est censée lui succéder. Mais Étienne de Blois parvient à s’emparer du trône. Dans les années qui suivent, le roi écossais poursuit le double objectif d’étendre sa domination sur les comtés anglais proches de sa frontière, et de soutenir sa nièce Mathilde. C’est dans ce contexte qu’a lieu la bataille de l’Étendard [8], le 22 août 1138, au cours de laquelle les Écossais sont battus et Guillaume Cumin est capturé. Il n’est libéré en septembre que grâce à l’intervention du légat du pape [9], Albéric d’Ostie .

Guillaume Cumin est présent à Durham, fin 1140 ou début 1141, quand il se rend compte que son maître vit ses derniers jours. Il essaie alors de réaliser son ambition, succéder au siège épiscopal de Durham. Il commence à s’attacher des partisans, mais Geoffrey Rufus meurt avant qu’il ait les soutiens nécessaires pour s’assurer une victoire sans encombre. Toutefois, il obtient le soutien de David 1er d’Écosse puisque cela s’inscrit dans sa politique d’expansion dans les comtés anglais du nord. La majorité du comté de Durham est d’ailleurs sous contrôle écossais. Cumin prend alors la tête de l’évêché et de son administration.

Alors qu’il va rejoindre sa nièce Mathilde l’Emperesse, David 1er s’arrête à Durham et, au nom de celle-ci, refuse d’autoriser l’enterrement du défunt évêque tant que Cumin n’est pas nommé à la tête de l’évêché, ce qui est fait le 11 mai 1141, mais Guillaume n’est jamais consacré. Le Chapitre cathédral s’oppose finalement à lui et réclame une élection canonique. Devant son refus, ils en appellent au pape qui ordonne qu’une élection soit tenue. Le roi écossais semble alors lui retirer son soutien, et Cumin en est réduit à utiliser la violence ou une fausse lettre de soutien papal.

Guillaume de Sainte-Barbe est élu à la mi-carême 1143, alors qu’au même moment le concile légatin de Londres excommunie Cumin. Mais Cumin ne renonce pas pour autant. Avec le soutien d’ Henri , comte de Northumberland [10] et fils de David 1er, et Alain le Noir, comte de Richmond [11], il met à sac le diocèse et installe un contingent militaire dans le prieuré cathédral.

Ce n’est qu’en 1144 que Cumin abandonne, probablement brisé par la mort de ses deux neveux, Guillaume et Osbert, tués durant le conflit, et l’abandon de son principal soutien, Henri de Northumberland. Finalement, en échange de son renoncement, il obtient pour son neveu Richard le château et l’honneur [12] de Richmond.

Peu après, Guillaume Cumin est emprisonné et torturé pendant quelque temps par Richard de Luvetot. Après sa libération, il tente de reprendre sa carrière dans le sud, notamment aidé par Gilbert Foliot , plus tard évêque de Londres [13], alors abbé de Gloucester [14]. En 1146, il s’est trouvé un nouveau soutien en la personne de Thibaut du Bec, l’archevêque de Cantorbéry [15]. Celui-ci essaie d’obtenir son absolution auprès du pape vers 1152. Cumin est ensuite en faveur auprès du parti de Henri Plantagenêt, le fils de Mathilde l’Emperesse, qui a repris la lutte pour le trône anglais, mais à son compte. Peu à peu, Cumin retrouve ses bénéfices. Il est d’ailleurs en bonne place dans quelques chartes du jeune prince vers 1153, puis alors qu’il est monté sur le trône, en 1154 et 1156.

Il retrouve sa légitimité au sein de l’église et redevient archidiacre de Worcester en 1156-1157. Il n’occupe plus cette fonction en 1161, et donc les historiens supposent qu’il est décédé aux alentours de 1160.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Alan Young, « Cumin, William (d. c.1160) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004.

Notes

[1] L’évêché de Durham est d’une importance particulière dans le Royaume d’Angleterre, car 15 ans après la conquête normande, le nord du royaume est toujours plus ou moins hors du contrôle royal. En 1069-1070, le Conquérant avait mené une campagne sanglante et dévastatrice dans le nord afin de le soumettre, mais la région n’était toujours pas pacifiée.

[2] Bosc-Bénard-Commin est une ancienne commune française, située dans le département de l’Eure. Le nom de la localité est attesté sous la forme Boscus Bernardi Commin en 1224, Bosbernart Commin entre 1236 et 1244. Bosc étant un mot de l’ancien français, forme primitive de « bois ».

[3] L’archidiocèse de Rouen est un archidiocèse métropolitain de l’Église catholique en France. Érigé au 3ème siècle, le diocèse de Rouen est élevé au rang d’archidiocèse métropolitain au 5ème siècle. C’est le siège primatial de Normandie, premier dans l’ordre de préséance dans la province de Normandie.

[4] L’évêque de Bayeux était avant la Révolution considéré comme le second en dignité de la province ecclésiastique de Normandie, après l’archevêque de Rouen.

[5] L’Archidiocèse de Dublin est l’un des quatre archidiocèses métropolitains de rite romain que compte l’île d’Irlande. Son titulaire siège à la Pro-cathédrale Sainte-Marie de Dublin et est reconnu comme étant « Primat d’Irlande ». Le diocèse de Dublin aurait été créé selon la tradition en tant que diocèse en 633. Toutefois le premier évêque connu est Dúnán dit Donatus vers 1028 mort le 6 mai 1074 protégé du roi Norvégiens-Gaëls Sigtryggr Silkiskegg et qui est suffragant de l’archevêché de Cantorbéry.

[6] Un archidiacre est un vicaire épiscopal à qui l’évêque confie certaines fonctions administratives pour un groupe de paroisses.

[7] Le diocèse de Worcester est un diocèse anglican de la Province de Cantorbéry, fondé vers 680. Son siège est la cathédrale de Worcester. Il est divisé en deux archidiaconés, à Worcester même et Dudley.

[8] Elle opposa l’armée de David 1er d’Écosse à celles du roi Étienne d’Angleterre commandées par l’archevêque Thurstan d’York et Walter Espec, lord de Helmsley. Robert de Bruce, lord d’Annadale, l’un des leaders de l’armée anglaise, normand proche du roi écossais, fut envoyé pour le persuader de se retirer sans combattre contre ses anciens alliés. Il échoua à le convaincre, et dut briser son vœu de fidélité au roi écossais. La bataille se conclut par une défaite des Écossais qui mit fin à leur volonté de conquête du comté de Northumbrie, et aboutit au traité de Durham en 1139 qui pacifia la frontière anglo-écossaise. Le nom de cette bataille vient des bannières de Saint-Pierre de York, de Saint-Jean de Beverley et de Saint-Wilfrid de Ripon qu’arboraient les Anglais durant celle-ci.

[9] Le légat apostolique, ou plus communément légat du pape, ou légat pontifical, est un représentant extraordinaire du pape chargé d’une mission spécifique, généralement diplomatique. Il se distingue en cela du nonce apostolique qui est un ambassadeur permanent du Saint Siège auprès des gouvernements étrangers.

[10] Le comté de Northumberland est un important comté du nord de l’Angleterre qui remonte à l’époque anglo-saxonne. Il succède à l’ancien royaume de Northumbrie dont il n’occupe qu’une portion septentrionale.

[11] Le titre de comte de Richmond également écrit Richemont a été créé de nombreuses fois dans la pairie d’Angleterre. Le titre ne doit pas être confondu avec l’« honneur de Richmond », qui consiste en la possession effective des terres du comté de Richmond. Le comté de Richmond (ou Richmondshire) est un district du Yorkshire du Nord en Angleterre. le comté de Richmond a longtemps été une possession des ducs de Bretagne. En effet, les Penthièvre devenus ducs de Bretagne au milieu du 12ème siècle, le titre de comte de Richmond resta en possession des souverains bretons jusqu’en 1399. Cependant de 1342 à 1372, le titre passera provisoirement entre les mains de Jean de Gand, fils d’Édouard III. Puis en 1414, il tombe définitivement dans la famille royale d’Angleterre par l’intermédiaire de Jean de Lancastre, troisième fils d’Henri IV.

[12] Un honneur est une composante de la féodalité ; il s’agit au Moyen Âge en France et en Grande-Bretagne d’un fief possédé à l’origine par l’un des barons d’un prince ou d’un roi. Il comprend généralement un domaine principal, qui donne son nom à l’honneur, et plusieurs « extensions » plus petites généralement dispersées dans la principauté ou royaume du suzerain dont il dépend. D’une manière générale, le terme d’honneur désignait l’ensemble des terres d’un puissant seigneur

[13] L’évêque de Londres est à la tête du diocèse anglican de Londres, dans la province de Cantorbéry. Il siège à la cathédrale Saint-Paul. Il s’agit de l’un des cinq « grands sièges », avec les deux archevêchés et les évêchés de Durham et Winchester, dont les titulaires sont systématiquement membres de la Chambre des lords. De par sa situation, l’évêque de Londres a souvent eu une influence notable sur des membres de la famille royale anglaise et sur divers politiciens. Il est le troisième ecclésiastique d’Angleterre en importance, derrière les archevêques de Cantorbéry et d’York.

[14] La cathédrale de Gloucester se situe au Nord-Ouest de Gloucester en Angleterre. Elle a été construite sur les fondations d’une abbaye dédiée à Saint Pierre en 681. Aujourd’hui, elle est dédiée à saint Pierre et la Trinité. C’est là que sont enterrés le roi Édouard II et Gautier de Lacy. La structure actuelle est en grande partie le résultat des aménagements entrepris au 14ème siècle par l’abbé bénédictin normand Serlo et par ses successeurs qui adoptèrent très vite le style Perpendiculaire, décorèrent transept et chœur sous les auspices royaux et grâce aux dons des pèlerins qu’attiraient en ces lieux le tombeau d’Édouard II, assassiné en 1327 au château de Berkeley, à quelques kilomètres de là.

[15] L’archevêque de Cantorbéry est, après le Gouverneur suprême de l’Église d’Angleterre (c’est-à-dire le monarque du Royaume-Uni), le chef de l’Église d’Angleterre et de la Communion anglicane.