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Michel Lachanodrakôn

dimanche 2 juillet 2017 (Date de rédaction antérieure : 21 mars 2017).

Michel Lachanodrakôn (mort en 792)

Général byzantin

Partisan fanatique de l’iconoclasme [1] sous le règne de l’empereur Constantin V. Du fait de son fanatisme, il devient rapidement un personnage important et en 766, il est nommé stratège [2] du thème des Thracésiens [3].

Il met alors en place une série de mesures répressives à l’encontre des pratiques iconodoules [4] qui visent plus particulièrement les monastères. Toutefois, c’est aussi un général talentueux qui dirige plusieurs campagnes contre les Arabes avant de tomber en disgrâce en 782. Il retrouve les faveurs impériales en 790 et meurt lors de la bataille de Marcellae [5] contre les Bulgares en 792.

Lors du concile de Hiéreia [6] en 754, Constantin V proclame que l’adoration des icônes est une hérésie et de fait, il fait de la promotion de l’iconoclasme un des grands traits de sa politique impériale. Au départ, les iconodoules ne sont pas persécutés mais leur résistance augmentant, Constantin finit par réprimer le mouvement et notamment les moines. En outre, la découverte d’un vaste complot iconophile contre Constantin impliquant plusieurs personnages civils et militaires haut placés en 766 entraîne la mise en place d’un vaste mouvement de persécution. Le patriarche Constantin II et d’autres hauts personnages sont déposés, emprisonnés, humiliés publiquement avant d’être exécutés. Ils sont remplacés par de fervents iconoclastes. De surcroît, la vénération des reliques sacrées et les prières envers les Saints et la Vierge Marie sont aussi condamnées.

D’après la Vie de saint Étienne le Jeune, Michel Lachanodrakôn participe à la persécution des iconodoules dès 763/764. Sur ordre de l’empereur, il conduit un groupe de soldats au sein de monastère de Pelecete [7] dans l’Hellespont [8] où il arrête 38 moines qu’il envoie à Constantinople où ils subissent diverses formes de torture et de mutilations.

Après avoir brûlé le monastère, il emmène les captifs à Éphèse [9] où ils sont exécutés. En 766/767, à la suite du remaniement impérial, Lachanodrakôn est récompensé en devenant stratège du thème des Thracésiens et reçoit le titre de patrice [10] et de protospathaire impérial [11].

Il commence alors une féroce répression contre les monastères et les iconophiles. Selon Théophane le Confesseur, il convoque en 769/770 les moines et les nonnes de son thème à Éphèse, il les rassemble au sein du Tzykanisterion [12] de la ville et les contraint à se marier, les menaçant de les aveugler et de les exiler à Chypre s’ils refusent. Bien que plusieurs refusent et deviennent selon Théophane des martyrs, d’autres obéissent.

Il poursuit la persécution des moines en vendant les monastères de la région avec toutes leurs possessions, y compris la vaisselle liturgique et les livres sacrés. Si les descriptions de Théophane sont probablement exagérées, elles n’en reflètent pas moins la réalité d’une violente persécution.

Lachanodrakôn se révèle aussi être un général efficace et il remporte plusieurs campagnes contre les troupes du califat abbasside à la frontière orientale de l’empire. Lors du règne de Léon VI le fils de Constantin V entre 775 et 780, il semble avoir détenu un des plus importants postes militaires et il dirige plusieurs expéditions réunissant des troupes de plusieurs thèmes contre les Arabes.

La première de ces expéditions intervient en 778 quand il anticipe un raid arabe et lance une importante armée à l’assaut de Germanicie [13]. S’il échoue à prendre la ville, l’armée byzantine défait une force de secours arabe lors de la bataille de Germanicia [14]. Il profite de ce succès pour piller la région et faire de nombreux prisonniers, principalement Jacobites [15], qui sont ensuite installés en Thrace [16].

En 780, il tend une embuscade victorieuse contre une armée arabe dans le thème des Arméniaques [17] et le fils du général arabe Tumama ibn al-Walid y est tué. L’historien arabe al-Tabari mentionne qu’en 781, Michel Lachanodrakôn contraint une nouvelle invasion arabe dirigée par Abd al-Kabir à se replier sans même mener de batailles bien que Théophane attribue ce succès au sakellarios [18] Jean.

Toutefois, en 782, Michel est vaincu par le général arabe al-Barmaqi lors d’une grande offensive arabe [19] dirigée par le calife Hâroun ar-Rachîd .

Du fait de cette défaite et de son iconoclasme, il tombe en disgrâce et est privé de son poste par l’impératrice iconodoule Irène l’Athénienne.

Il réapparaît en 790 quand le jeune empereur Constantin VI conspire pour mettre fin à la régence de sa mère. Le général est envoyé par Constantin dans le thème des Arméniaques pour s’assurer de l’allégeance de ses soldats.

Le jeune empereur parvient à s’émanciper de sa mère en décembre 790 et c’est sûrement à la même date que Michel Lachanodrakôn est récompensé de sa loyauté en recevant le titre de magister officiorum [20].

Selon Théophane, il participe ensuite à la campagne impériale de 792 contre les Bulgares qui conduit à la désastreuse défaite de Marcellae [21] le 20 juillet où Michel est tué.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Warren Treadgold, A History of Byzantine State and Society, Stanford University Press,‎ 1997 (ISBN 978-0804726306)

Notes

[1] L’iconoclasme est, au sens strict, la destruction délibérée de symboles ou représentations religieuses appartenant à sa propre culture, généralement pour des motifs religieux ou politiques. Ce courant de pensée rejette l’adoration vouée aux représentations du divin, dans les icônes en particulier. L’iconoclasme est opposé à l’iconodulie. L’iconoclasme ou Querelle des Images est un mouvement hostile au culte des icônes, les images saintes, adorées dans l’Empire romain d’Orient. Il se manifesta aux 8ème et 9ème siècles par des destructions massives d’iconostases et la persécution de leurs adorateurs, les iconophiles ou iconodules. Il caractérise également la Réforme protestante.

[2] Un stratège est un membre du pouvoir exécutif d’une cité grecque, qu’il soit élu ou coopté. Il est utilisé en grec pour désigner un militaire général. Dans le monde hellénistique et l’Empire Byzantin, le terme a également été utilisé pour décrire un gouverneur militaire. Dans la Grèce contemporaine (19ème siècle jusqu’à nos jours), le stratège est un général et a le rang d’officier le plus élevé.

[3] Le thème des Thracésiens est une province ou thème de l’Empire byzantin située à l’ouest de l’Asie mineure, dans l’actuelle Turquie, et comprenant les anciennes régions d’Ionie et de Lydie ainsi que des parties de la Phrygie et de la Carie

[4] L’iconodulie ou iconodoulie, est un courant de pensée qui est en faveur des images religieuses ou icônes et de leur vénération, en opposition au courant iconoclaste.

[5] Près de la frontière avec la Bulgarie

[6] Le concile de Hiéreia est le premier concile iconoclaste, convoqué du 10 février au 8 août 754 dans le palais suburbain de Hiéreia sur la rive asiatique du Bosphore, par l’empereur Constantin V pour faire condamner la production et la vénération des images.

[7] Le monastère de Pélécète, dédié à l’apôtre saint Jean, était l’un des plus célèbres du Thème de l’Opsikion. Il était bâti sur un mamelon isolé, d’où l’œil dominait les vallons et les coteaux d’alentour, jusqu’aux premières pentes des montagnes qui vont se rattacher, au fond du golfe de Kios, à la chaîne de l’Arganthon à quelques kilomètres au sud- ouest de la petite ville de Bryllion

[8] Les anciens grecs désignaient le détroit sous le nom d’Hellēspontos qui fut latinisé en Hellespont. Le détroit des Dardanelles est un passage maritime reliant la mer Égée à la mer de Marmara. Originellement, le terme de Dardanelles et d’Hellespont désignait les régions situées de part et d’autre du détroit. Par extension, le mot désigne aujourd’hui le détroit lui-même. La possession de ce détroit, comme de celui du Bosphore, permet le contrôle des liaisons maritimes entre la mer Méditerranée et la mer Noire. Le détroit est long de 61 km, mais large de seulement 1,2 à 6 km, avec une profondeur maximale de 82 m pour une moyenne de 55 m.

[9] Éphèse est l’une des plus anciennes et plus importantes cités grecques d’Asie Mineure, la première de l’Ionie. Bien que ses vestiges soient situés près de 7 kilomètres à l’intérieur des terres, près des villes de Selçuk et Kuşadası dans l’Ouest de l’actuelle Turquie, Éphèse était dans l’Antiquité, et encore à l’époque byzantine, l’un des ports les plus actifs de la mer Égée ; il est situé près de l’embouchure du grand fleuve anatolien Caystre. L’Artémision, le grand sanctuaire dédié à Artémis, la déesse tutélaire de la cité, qui comptait parmi les Sept merveilles du monde et auquel Éphèse devait une grande part de sa renommée, était ainsi à l’origine situé sur le rivage.

[10] Le terme de « patrice » est la transposition en français utilisée par les historiens contemporains pour désigner un rang dans l’organisation du Bas-Empire romain, alors que le terme latin patricius, utilisé auparavant pour désigner un patricien, reste inchangé. Ces historiens veulent ainsi indiquer la différence entre ce mot lorsqu’il désignait dans la République romaine les familles patriciennes, et le nouveau sens qu’il a désormais, désignant un haut rang dans la nobilitas. Le titre de « patrice » continue d’exister comme titre honorifique dans l’Empire byzantin, en Occident après la fin de l’Empire romain d’Occident, ainsi que comme charge et titre nobiliaire dans la péninsule italienne jusqu’à l’apparition de la République italienne en 1946.

[11] Un protospathaire est une des plus hautes dignités de l’Empire byzantin à l’époque mésobyzantine (8ème -12ème siècles), conférée aux principaux généraux et aux gouverneurs provinciaux, ainsi qu’à des princes étrangers.

[12] le stade

[13] Kahramanmaraş est une ville de Turquie, préfecture de la province du même nom. La ville s’appelle Germanicia aux époques romaine puis byzantine, Marach, par les croisés et Marach par les Arméniens. Les Arabes et les Byzantins se la disputent pendant des siècles.

[14] La bataille de Germanicia, qui se déroula en 778, est une victoire des Byzantins sur les armées musulmanes. Cette bataille fait partie de la tentative d’attaque de l’Asie Mineure par les Arabes qui souhaitaient récupérer notamment les villes de Germanicia, Théodosiopolis et Mélitène prises par les Byzantins respectivement en 745 puis en 751 pour les deux dernières. Michel Lachanodrakôn anticipe l’offensive arabe et défait une armée arabe. Cette victoire permit à Michel Lachanodrakôn de ramener des Syriens jacobites en Thrace.

[15] Depuis la fin du 8ème siècle, on appelle souvent jacobites les membres de l’Église monophysite syrienne occidentale, parce qu’elle doit la constitution de son épiscopat à Jacques Baradée. À l’instigation de l’impératrice Théodora, qui penchait vers le monophysisme, ce moine fut ordonné évêque pour les tribus ghassānides, Arabes passés au service de l’Empire byzantin sur les frontières sassanides.

[16] La Thrace désigne une région de la péninsule balkanique partagée entre la Grèce, la Bulgarie et la Turquie ; elle doit son nom aux Thraces, la peuplade qui occupait la région dans l’Antiquité. Au 21ème siècle, la Thrace fait partie, à l’ouest, de la Grèce, Thrace occidentale, au nord, de la Bulgarie et, à l’est, de la Turquie, Thrace orientale.

[17] Les Arméniaques ou le thème des Arméniaques sont un thème de l’Empire byzantin situé au nord-est de l’Asie Mineure. Ce thème est l’un des quatre thèmes originels, créés vers la moitié du 7ème siècle.

[18] Un sakellarios est un fonctionnaire chargé de tâches administratives et financières. Le titre a été utilisé dans l’ Empire byzantin avec diverses fonctions et reste utilisé dans l’ Église orthodoxe orientale.

[19] L’invasion abbasside de l’Asie Mineure de 782 est l’une des plus grandes opérations lancées par le califat abbasside contre l’Empire byzantin. L’invasion est lancée comme une démonstration de la puissance militaire abbasside après plusieurs succès byzantins. Dirigée par l’héritier du trône, Hâroun ar-Rachîd, l’armée abbasside atteint Chrysopolis, située sur le Bosphore, en face de Constantinople tandis qu’une force moins importante pille l’Asie Mineure et y défait les forces byzantines. Hâroun ne pouvant pas attaque Constantinople car il n’a pas de flotte, il est contraint de se replier. Dans le même temps, les Byzantins ayant réussi à neutraliser le détachement laissé pour sécuriser les arrières de l’armée abbasside en Phrygie, ils parviennent à piéger les forces d’Hâroun entre leurs deux armées convergentes. Toutefois, la défection du général arménien Tatzatès permet à Hâroun de prendre le dessus. Il parvient à faire prisonnier Staurakios, le principal ministre d’Irène l’Athénienne. Cette dernière est contrainte d’accepter une trêve de trois ans et le paiement d’un lourd tribut annuel. Irène fixe ensuite son attention sur les Balkans mais la guerre contre les Arabes reprend en 786 jusqu’à ce que la pression arabe croissante n’entraîne la signature d’une nouvelle trêve en 798 dont les termes sont similaires à celle de 782.

[20] Le magister officiorum ou maître des offices est un haut fonctionnaire romain de l’époque du Bas-Empire. Sous l’Empire byzantin, il devient une dignité, le magistros, avant de disparaître au 12ème siècle.

[21] La bataille de Marcellae a eu lieu en 792 à Markeli, près de la ville moderne de Karnobat dans le sud est de la Bulgarie. Elle ne doit pas être confondue avec la bataille qui eu lieu au même endroit plus tôt.