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Anicius Manlius Severinus Boethius dit Boèce

samedi 11 juin 2016

Anicius Manlius Severinus Boethius dit Boèce (vers 470-524)

Philosophe et homme politique latin

Il est l’auteur “de la Consolation de la philosophie” [1], une œuvre néoplatonicienne [2] dans laquelle la poursuite de la sagesse et l’amour de Dieu sont décrits comme les véritables sources du bonheur. Il est le contemporain de Cassiodore et de Clovis et un témoin des derniers feux de l’Empire romain. Il fut le transmetteur de la logique aristotélicienne en Occident et une source fondamentale de la philosophie médiévale.

Il appartient à la gens Anicii, chrétienne depuis environ un siècle, et dont est issu l’empereur Olybrius. Son père, Flavius Manlius Boetius, est nommé consul en 487 et meurt peu après. Boèce est ensuite élevé par Quintus Aurelius Symmaque dont il épouse la fille, Rusticiana.

Il passe son enfance à Rome pendant le règne d’Odoacre, et reçoit une bonne éducation, notamment en grec. Il devient un ami intime de Théodoric le Grand, roi des Ostrogoths [3], et est nommé consul en 510.

Ses travaux sont consacrés à traduire en latin les œuvres complètes d’Aristote avec commentaire, ainsi que celles de Platon, puis d’effectuer une restauration de leurs idées en une unique harmonie. Il effectue ainsi la traduction de “l’Organon d’Aristote” accompagné de gloses grecques. Il traduit également “l’Isagogè de Porphyre de Tyr”, une “introduction à la logique aristotélicienne” avec un double commentaire. Boèce compose également “De differentiis topicis” [4]

Il met ensuite en pratique son étude de la logique dans “quatre opuscules sur la Trinité et la nature du Christ, et contre Nestorius et Eutychès”. En utilisant la terminologie des catégories d’Aristote, il décrit l’unité de Dieu en termes de substance, et les trois personnes divines en termes de relation.

En 520, il devient “magister officiorum” [5] sous le règne de Théodoric. Ses deux fils sont nommés consuls en 522. Mais sa bonne fortune ne dure pas.

Suite à un schisme avorté entre Rome et l’église de Constantinople, Boèce et plusieurs sénateurs sont suspectés de communiquer avec l’empereur byzantin Justin. Ce dernier est orthodoxe, tandis que Théodoric est arien.

Boèce défend ouvertement le sénateur Albinus, et par la suite est accusé d’avoir écrit à l’empereur Justin contre le règne de Théodoric. Cette charge, aggravée par une accusation de magie, le conduit à la prison de Pavie [6].

C’est pendant cette période d’isolement qu’il écrit “la Consolation de la philosophie”. Ses biens sont confisqués, et après une longue période de détention, il est finalement mis à mort en 524, une décennie avant le grand changement climatique de 535-536 qui va faire régresser durablement l’Europe.

Quelques siècles après sa mort, Boèce est considéré comme un saint et un martyr. Son ouvrage sur la Trinité montre sa lutte active contre l’arianisme de Théodoric. Bien que reconnu traditionnellement comme un saint, le philosophe romain ne fut pas canonisé.

En 996, l’empereur Othon III ordonne le placement de sa dépouille dans la crypte de la basilique San Pietro in Ciel d’Oro à Pavie [7]. Gerbert d’Aurillac inscrit sur son tombeau une épitaphe dans laquelle il vante les talents, les vertus civiques et le patriotisme de l’illustre Romain.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de histoire de John Marenbon, Le Temps, l’Éternité et la Prescience de Boèce à Thomas d’Aquin, Vrin, 2005.

Notes

[1] La Consolation de Philosophie est un dialogue philosophique écrit par Boèce vers 524. Il s’agit de l’une des œuvres les plus influentes du Moyen Âge et des débuts de la Renaissance. Sa forme fait alterner vers et prose.

[2] Le néoplatonisme est une doctrine philosophique, élaborée par Philon d’Alexandrie vers 40, puis développée à Rome à partir de 232 par Ammonios Saccas, par Porphyre de Tyr et surtout par Plotin, maître du précédent, et qui fut très influente dans l’Antiquité, avec de grands continuateurs comme Proclus, jusqu’à l’exil de ses derniers représentants comme Damascios et Simplicios de Cilicie, en 529. Le néoplatonisme ou platonisme de l’Antiquité tardive tentait de concilier la philosophie de Platon avec certains courants de la spiritualité orientale comme les oracles chaldaïques ainsi qu’avec d’autres écoles de la philosophie grecque, notamment celle d’Aristote.

[3] Les Ostrogoths sont une confédération à dominante germanique qui apparaît dans l’Antiquité et poursuit son évolution jusqu’à l’Antiquité tardive. Ils font partie des Goths et apparaissent dans les bassins de la Vistule, puis du Dniepr et du Boug méridional d’où ils sont évincés par les Huns, avant de ravager les Balkans pour finalement conquérir l’Italie sous le règne de Théodoric le Grand. Une petite minorité reste en Crimée.

[4] un livre soulignant les différences entre les Topiques de Cicéron et ceux d’Aristote.

[5] Le magister officiorum ou maître des offices est un haut fonctionnaire romain de l’époque du Bas-Empire. Créé sous Constantin 1er vers 320, ce fonctionnaire est à un poste clé et est membre du consistoire sacré, ou conseil de l’empereur et dirige la majeure partie de l’administration centrale. Il remplace le préfet du prétoire comme commandant de la nouvelle garde impériale, les scholæ palatinæ et à la direction des fabriques d’armes. Il contrôle l’ensemble de l’administration impériale par l’intermédiaire du corps des agentes in rebus, chargés de mission qui acheminent les courriers et les ordres officiels, et qui enquêtent dans les provinces, surveillant les gouverneurs locaux, au point qu’on les surnomme les curiosi. Enfin, il reçoit les ambassadeurs, et par extension, surveille les réceptions et les cérémonies officielles à la Cour, et a une autorité disciplinaire sur le personnel du cubiculum, domesticité personnelle de l’empereur

[6] Pavie est une ville de la province de même nom en Lombardie (Italie). Pavie est nommée Pavia en italien et en lombard. À partir du 6ème siècle, la ville est nommée Papia, un dérivé probable du nom d’une gens romaine. Pavie est située sur les rives du Tessin, à une dizaine de kilomètres en amont de son confluent avec le Pô. Milan, au nord, est distante de 35 km ; Gênes, au sud, de 90 km ; Turin, à l’ouest, de 110 km.

[7] La basilique San Pietro in Ciel d’Oro (Saint-Pierre-au-Ciel-d’Or) est une église de Pavie, en Italie du nord. Elle date des 11ème et 12ème siècles.