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L’histoire pour le plaisir

Platon de Sakkoudion

dimanche 6 décembre 2015

Platon de Sakkoudion (735-814)

Moine byzantin

Oncle maternel, et père spirituel, de Théodore Studite. Il n’a laissé aucun écrit, et la principale source à son sujet est l’oraison funèbre prononcée à sa mort par Théodore Studite et les lettres qu’il lui adressa précédemment.

Il était issu d’une illustre et riche famille de hauts fonctionnaires de Constantinople. Ses parents s’appelaient Serge et Euphémie. Ses parents disparurent pendant une grande peste qui est certainement celle qui frappa Constantinople en 747, dépeuplant presque entièrement la capitale et provoquant le transfert momentané de la cour impériale à Nicomédie [1].

Il fut recueilli par un homme de sa parenté qui exerçait d’importantes responsabilités dans la gestion des finances publiques et qui lui fit donner une formation de secrétaire impérial. Très diligent et très capable, au bout de quelques années il remplit la réalité des fonctions de son tuteur, qui n’en conservait que le titre.

Il parvint à accroître la fortune de sa famille, qui était déjà grande. Il fréquentait alors les plus hauts responsables de l’État et était connu de l’empereur Constantin V lui-même. Il faut noter que son beau-frère Photeinos père de Théodore Studite, était également, selon la Vita Theodori, un haut fonctionnaire proche de la personne de l’empereur.

En 759, âgé de 24 ans, il décida de se retirer du monde et de prendre l’habit monastique. Il vendit ses biens, y compris la maison de son père, et en distribua le produit aux pauvres, émancipa ses esclaves, et fit avec un seul serviteur le trajet jusqu’au mont Olympe de Bithynie [2], près duquel il se fit tondre la tête par son compagnon, revêtit une robe de bure, renvoya l’esclave en larmes vers la ville, et se présenta au monastère des Symboles, alors dirigé par l’abbé Théoctiste. Le responsable des novices, apprenant de quel milieu il était issu, lui déconseilla de rester, mais il réaffirma sa résolution d’affronter toutes les épreuves de cette vie.

Dans les années suivantes, il se signala par sa parfaite obéissance, son zèle à participer à toutes les tâches, même les plus basses, son absence totale d’arrogance vis-à-vis de ses compagnons d’origine plus humble. Les deux éléments cardinaux de sa règle de vie, selon Théodore, étaient : la confession à son directeur, et l’obéissance totale. Remarquable par ses vertus monastiques, il devint bientôt un proche de l’abbé Théoctiste, qui le mit longtemps à l’épreuve, le réprimandant devant des tiers de manière humiliante, sans que jamais son zèle diminuât. Il poussait le goût de l’ascèse jusqu’à réclamer lui-même à l’abbé de se faire fustiger. Quand Théoctiste mourut, vers 770, Platon prit tout naturellement sa place à la tête de la communauté.

Après la mort de Constantin V survenue le 14 septembre 775, Platon réapparut dans la capitale. Ce retour fit du bruit, et tout Byzance se l’arracha. Il se livra à la prédication, et régla bien des contentieux, y compris à l’intérieur des familles. Cependant, la période où il resta abbé des Symboles dura environ douze ans, soit jusqu’en 782, date à laquelle, Irène ayant établi sa régence. Vers cette époque, Platon se vit offrir successivement le poste d’higoumène [3] d’un monastère urbain, puis celui de métropolite [4] de Nicomédie par le patriarche lui-même, mais il déclina ces propositions, refusant même de se faire ordonner prêtre.

C’est alors qu’il attira toute la famille de sa sœur Théoctistè, y compris son beau-frère Photeinos et les trois frères de celui-ci, vers la vie monastique. Tous les hommes, selon la Vita Theodori, s’installèrent dans une propriété qui lui avait appartenu en Bithynie, appelée Boskytion, où se trouvait un oratoire du nom de Sakkoudion. Un nouveau monastère y fut fondé, dont Platon devint le supérieur.

Il joua un rôle important pendant le 2ème concile de Nicée [5], aux côtés du patriarche Taraise.

Il abandonna ses fonctions et son titre d’abbé à son neveu Théodore en 794, tenant à se soumettre entièrement à son autorité comme n’importe quel moine, et s’imposant d’autre part un surcroît de mortifications, comme de porter par exemple en permanence des chaînes clouées aux pieds. Parmi les tâches de toutes sortes auxquelles il prit part jusqu’à sa vieillesse, Théodore signale sa grande habileté artistique dans la copie des manuscrits, employant un verbe particulier désignant semble-t-il un certain type d’écriture.

Il fut mêlé ensuite à deux controverses qui lui attirèrent les foudres du pouvoir impérial. D’une part, en janvier 795, l’empereur Constantin VI répudia son épouse Marie d’Amnia , et en septembre de la même année il se remaria avec sa favorite Théodotè, ancienne dame de compagnie de l’impératrice déchue, et qui se trouvait être aussi une parente de Platon lui-même. Le vieil ascète dénonça haut et fort cet adultère et rompit la communion avec l’higoumène Joseph, qui avait célébré le mariage, exigeant son excommunication par le patriarche.

Le monastère de Sakkoudion fut investi par une troupe armée, les moines molestés et dispersés, ses principaux responsables arrêtés. Traîné devant l’empereur, Platon fut ensuite enfermé dans un monastère situé dans l’enceinte du Palais, sous la garde de l’higoumène Joseph dont il réclamait la destitution. Cette détention prit fin après le renversement de Constantin VI par sa propre mère Irène, le 18 août 797.

Joseph fut alors destitué et excommunié par le patriarche Taraise, qui, selon Théodore, exprima ses regrets à Platon de ce qui s’était passé. Peu de temps après, du fait de dangereuses incursions des musulmans en Bithynie, l’impératrice Irène offrit le monastère urbain de Stoudios [6], presque abandonné, à la communauté de Sakkoudion, qui y déménagea.

Le 18 février 806, le patriarche Taraise mourut, après quoi le nouvel empereur Nicéphore engagea les consultations pour son remplacement. Platon, invité comme d’autres à se prononcer, tenta de peser sur l’élection d’une façon qui irrita profondément le souverain, notamment quand il se déplaça de nuit pour s’entretenir de ce sujet avec un religieux qui était proche parent de Nicéphore. Le vieux moine et son neveu Théodore furent arrêtés et incarcérés pendant 24 jours. L’empereur imposa sur le trône patriarcal un haut fonctionnaire laïc, son homonyme Nicéphore , et peu après obtint de lui la réintégration dans le clergé de l’ex-higoumène Joseph, un homme qui l’avait bien servi pendant la révolte de Bardanès Tourkos .

Le conflit fut alors rallumé avec Platon et son entourage, et en janvier 809, le monastère de Stoudios fut investi par une troupe militaire, et Platon, Théodore et son frère Joseph, métropolite de Thessalonique [7], arrêtés. Ils furent déférés devant un synode, où Platon, âgé de 74 ans, dut comparaître soutenu par deux hommes. Déclarés schismatiques, ils furent relégués sur les îles des Princes [8], chacun sur une île différente, Platon étant sur Oxeia [9]. Selon Théodore, cette détention fut extrêmement cruelle pour le vieillard, abandonné dans une cellule aux mauvais traitements d’un serviteur mesquin, qui tirait parti des infirmités de son grand âge pour l’humilier.

Finalement, il fut rapporté à l’empereur Nicéphore que Platon ne tarderait pas à mourir si ce régime était maintenu, si bien qu’il autorisa son retour à Constantinople, peu avant sa propre mort à la bataille de Pliska [10] le 26 juillet 811. Les condamnations qui frappaient Platon et ses neveux furent alors annulées, et ils purent réintégrer le monastère de Stoudios, mais le vieillard était alors paralysé sur une litière, ne pouvant plus même lire tout seul. Il mourut deux ans et demi plus tard.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia Platon de Sakkoudion/ Portail du monde byzantin/ Religieux byzantin/

Notes

[1] Nicomédie est une ville d’Asie mineure, capitale du royaume de Bithynie. Elle est appelée Izmit aujourd’hui. Hannibal s’y donna la mort en 183 av. jc et l’historien Arrien y naquit vers 90 ap. jc. Elle fut la capitale des empereurs Dioclétien et Constantin.

[2] Le mont Uludağ en français « grande montagne », est la plus haute montagne de l’Ouest de la Turquie (2 543 m d’altitude). Il se situe à environ 30 kilomètres au sud de la ville de Bursa et marque la frontière de la province du même nom. Elle consiste en une longue formation d’environ 15 km de long par 3 km de large. Son sommet le plus élevé se nomme Kartaltepe

[3] Un higoumène ou hégoumène est le supérieur d’un monastère orthodoxe ou catholique oriental. Le terme équivaut à celui d’abbé ou d’abbesse dans l’Église latine.

[4] Métropolite est un titre religieux porté par certains évêques des Églises d’Orient. À l’origine, le métropolite est l’évêque d’une capitale de province (métropole) romaine investi de la charge de présidence des conciles ou synodes provinciaux. Dans l’Église d’Occident, on prit l’habitude de dire « métropolitain » pour désigner un archevêque assurant un rôle de coordination entre les évêques titulaires des sièges qui composent la province ecclésiastique. En Orient on utilise le terme de métropolite qui, au cours de l’histoire, est souvent synonyme d’archevêque. Dans l’Église orthodoxe d’aujourd’hui, les deux termes ont des usages distincts. Mais il faut distinguer l’usage grec, l’usage russe et l’usage roumain. La grâce conférée lors de l’ordination à un métropolite et à un évêque est la même. Le droit canonique introduit cependant des différences, sur le plan juridique, entre les titulaires des différents sièges épiscopaux.

[5] Le deuxième concile de Nicée est un concile œcuménique qui eut lieu en 787. Convoqué par l’impératrice Irène, il avait pour objectif de mettre un terme au conflit politico-religieux provoqué par l’iconoclasme. Le concile a affirmé la nécessité de vénérer les images et les reliques : l’honneur n’est pas rendu aux images, ni aux reliques mais, à travers elles, à la personne qu’elles représentent.

[6] Le monastère du Stoudion ou monastère de Stoudios était un établissement religieux de Constantinople fondé vers 460 par un bienfaiteur privé du nom de Studius ou Stoudios, un aristocrate qui fut consul pour l’année 454. Il était placé sous le vocable de saint Jean Baptiste. Il était situé à l’extrême sud-ouest de la ville byzantine, dans le quartier de Psamathia, non loin du Mur de Théodose et de la mer de Marmara. Ses moines étaient appelés « studites » ou « stoudites ». Il reste aujourd’hui les ruines de l’église du monastère, le plus ancien édifice chrétien subsistant partiellement à Istanbul.

[7] Thessalonique ou Salonique est une ville de Grèce, chef-lieu du district régional du même nom, située au fond du golfe Thermaïque. Aujourd’hui, elle est la capitale de la périphérie (région) de Macédoine centrale en Macédoine grecque mais aussi celle du diocèse décentralisé de Macédoine-Thrace.

[8] Les Îles des Princes sont un archipel de neuf îles dans la mer de Marmara au sud-est d’Istanbul en Turquie. Sous le nom d’Adalar, elles forment l’un des trente-neuf districts d’Istanbul.

[9] Sivriada est une des îles de l’archipel des Îles des Princes à Istanbul. Elle est actuellement déserte. L’île a souvent été utilisée par les religieux byzantins comme un lieu de culte calme et reculé, ainsi que par les empereurs byzantins comme une prison convenable pour détenir des personnes importantes qui leur semblaient gênantes. Le premier homme célèbre à avoir été emprisonné sur l’île sur ordre de l’empereur Nicéphore fut Platon de Sakkoudion, oncle du célèbre clerc Théodore Studite, pour la publication de livres de l’antiquité païenne.

[10] La bataille de Pliska ou de Virbitza est une bataille opposant le khan bulgare Kroum à l’empereur byzantin Nicéphore 1er le 26 juillet 811. Elle se conclut par l’une des plus grandes défaites de l’empire byzantin.