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L’histoire pour le plaisir

Constantin Ange

mardi 15 février 2022, par ljallamion

Constantin Ange (1093-après 1166)

Aristocrate byzantin

Par son mariage avec Théodora Comnène Angelina , se lie avec la dynastie des Comnènes [1]. Il sert comme général sous Manuel 1er Comnène et combat dans les Balkans occidentaux et septentrionaux [2]. En tant qu’amiral, il combat aussi les Normands. Il est le fondateur de la dynastie des Anges [3], qui dirigent l’Empire byzantin [4] entre 1185 et 1204. Plus tard, une branche cadette de la famille fonde et dirige le despotat d’Épire [5] et l’Empire de Thessalonique [6].

Il est issu d’une famille méconnue de l’aristocratie locale de Philadelphie [7]. En dépit de ses origines modestes, Constantin est réputé pour sa bravoure et sa beauté. Il parvient à séduire Théodora Comnène, la quatrième fille de l’empereur Alexis 1er Comnène et d’Irène Doukas. Théodora a déjà été mariée à Constantin Kourtikès mais ce dernier est mort avant d’avoir pu lui donner un enfant.

Le mariage intervient probablement vers 1122, après la mort d’Alexis 1er. Il semblerait que l’impératrice Irène Doukas se soit opposée à cette union, qui pourrait avoir dégradé ses relations avec Théodora. Celle-ci est ainsi listée à la dernière place dans le typikon [8] qu’Irène donne au monastère Kecharitomene.

Le mariage de Constantin lui permet de grimper dans la hiérarchie sociale. Il obtient le titre prestigieux de sébastohypertatos [9], conféré aux beaux-frères de l’empereur. Plus encore, cette dignité pourrait initialement avoir été créée pour récompenser Constantin, dont il est l’un des deux premiers détenteurs connus.

Ses activités sous Jean II Comnène, le fils et successeur d’Alexis 1er, sont inconnues. En revanche, il jouit, aux côtés de ses frères Nicolas, Jean et Michel, des faveurs de Manuel 1er Comnène, dont le règne s’étend de 1143 à 1180.

Le 26 février 1147, il participe au synode des Blachernes [10] qui décide de la déposition du patriarche Cosmas II Atticus .

Il est alors à la quatrième place dans l’ordre protocolaire, derrière le despote Béla-Alexis le futur Béla III de Hongrie alors héritier du trône, le César Jean Roger Dalassène ou Ioannes Rogerios Dalassenos et le panhypersébaste [11] Étienne Kontostephanos . Au cours de l’été 1149, il accompagne l’empereur Manuel lors de sa campagne en Dalmatie [12]. Après la prise de la forteresse de Razon par l’empereur, Constantin garde la région et lance une expédition dans la vallée de la Nisava [13].

En 1154, Manuel prépare la guerre contre Guillaume 1er de Sicile et nomme son oncle Constantin à la tête de la marine byzantine et lui ordonne d’aller à Monemvasie [14] où il doit attendre des renforts. Toutefois, Constantin est persuadé par des astrologues que s’il attaque les Normands, il remportera la victoire.

Par conséquent, il désobéit aux ordres impériaux et décide d’intercepter une flotte normande bien plus importante, de retour d’un raid contre les Fatimides [15] en Egypte. Dans la bataille qui s’ensuit, les Byzantins sont vaincus et la plupart de leurs navires sont capturés. Nicolas, le frère de Constantin, parvient à s’enfuir avec quelques navires mais Constantin est fait prisonnier et emprisonné à Palerme [16] jusqu’en 1158, quand Manuel conclut un traité de paix avec Guillaume.

En juin ou juillet 1166, l’empereur Manuel le charge, en coopération avec Basile Tripsychos, de réparer et de renforcer les fortifications de Zemun [17], Belgrade [18] et Niš [19]. Plus généralement, ils doivent renforcer la frontière byzantine avec la Hongrie, le long du Danube [20]. Dans le cadre de cette mission, Constantin Ange assure le repeuplement de Braničevo. La date de sa mort est inconnue, sa femme est probablement morte avant lui car elle est mentionnée pour la dernière fois en 1136.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Paul Magdalino, The Empire of Manuel I Komnenos, 1143-1180, Cambridge University Press, 2002 (ISBN 978-0-19-504652-6)

Notes

[1] Après un net recul de ses frontières en Asie Mineure et la perte de ses possessions en Italie dans la deuxième moitié du 11ème siècle, l’Empire byzantin entreprit sous les Comnènes une période de redressement continu bien qu’incomplet. Cinq empereurs (Alexis 1er, Jean II, Manuel 1er, Alexis II et Andronic 1er) tentèrent pendant 104 ans et par divers moyens de tenir tête aux noblesses terrienne et militaire, soit en favorisant des membres de leur propre famille (Alexis Ier), soit en faisant appel à des conseillers de l’extérieur (Jean II), soit en privilégiant l’une d’elles (Manuel 1er), soit en persécutant l’une et l’autre (Andronic 1er). La réforme du système monétaire conduite par Alexis 1er permit de relancer la vie économique et commerciale, mais cette dernière fut contrariée par l’ascendant de plus en plus considérable que prirent les marchands vénitiens d’abord, génois et pisans ensuite, établis à Constantinople. Sur le plan extérieur, les Comnènes cherchèrent à freiner l’avancée des Turcs en Anatolie tout en maintenant de bonnes relations avec eux pour avoir les mains libres dans la délicate conduite des relations avec les royaumes francs de Palestine et de Syrie et, à travers eux, avec les puissances européennes qui leur étaient apparentées. Mais ce furent les Normands qui, après s’être attaqués aux possessions byzantines du sud de l’Italie et s’être dirigés vers Constantinople, portèrent le coup de grâce à cette dynastie.

[2] Les Balkans sont une des trois « péninsules » de l’Europe du Sud, mais cette appellation traditionnelle est parfois contestée en l’absence d’un isthme : les géographes préfèrent le terme de « région ». Elle est bordée par des mers sur trois côtés : la mer Adriatique et la mer Ionienne à l’ouest, la mer Égée au sud et la mer de Marmara et la mer Noire à l’est. Au nord, on la délimite généralement par les cours du Danube, de la Save et de la Kupa. Cette région couvre une aire totale de plus de 550 000 km²

[3] La famille Ange est une famille appartenant à la noblesse byzantine dont l’ascension débuta à la fin du 11ème siècle et qui, à peine un siècle plus tard, monta sur le trône de l’Empire byzantin, donnant trois empereurs à Byzance. Le règne de cette dynastie de 1185 à 1203 furent caractérisés par la poursuite du déclin amorcé sous les derniers Comnènes et menèrent à la chute de Constantinople aux mains des croisés en 1204. De la prise de Constantinople à 1318, une branche de la même famille dirigea le despotat d’Épire, un des États successeurs de l’empire byzantin. Durant cette même période, la Macédoine et la Thessalie furent périodiquement gouvernées par les Anges. Une autre branche s’installa en Serbie.

[4] L’Empire byzantin ou Empire romain d’Orient désigne l’État apparu vers le 4ème siècle dans la partie orientale de l’Empire romain, au moment où celui-ci se divise progressivement en deux. L’Empire byzantin se caractérise par sa longévité. Il puise ses origines dans la fondation même de Rome, et la datation de ses débuts change selon les critères choisis par chaque historien. La fondation de Constantinople, sa capitale, par Constantin 1er en 330, autant que la division d’un Empire romain de plus en plus difficile à gouverner et qui devient définitive en 395, sont parfois citées. Quoi qu’il en soit, plus dynamique qu’un monde romain occidental brisé par les invasions barbares, l’Empire d’Orient s’affirme progressivement comme une construction politique originale. Indubitablement romain, cet Empire est aussi chrétien et de langue principalement grecque. À la frontière entre l’Orient et l’Occident, mêlant des éléments provenant directement de l’Antiquité avec des aspects innovants dans un Moyen Âge parfois décrit comme grec, il devient le siège d’une culture originale qui déborde bien au-delà de ses frontières, lesquelles sont constamment assaillies par des peuples nouveaux. Tenant d’un universalisme romain, il parvient à s’étendre sous Justinien (empereur de 527 à 565), retrouvant une partie des antiques frontières impériales, avant de connaître une profonde rétractation. C’est à partir du 7ème siècle que de profonds bouleversements frappent l’Empire byzantin. Contraint de s’adapter à un monde nouveau dans lequel son autorité universelle est contestée, il rénove ses structures et parvient, au terme d’une crise iconoclaste, à connaître une nouvelle vague d’expansion qui atteint son apogée sous Basile II (qui règne de 976 à 1025). Les guerres civiles autant que l’apparition de nouvelles menaces forcent l’Empire à se transformer à nouveau sous l’impulsion des Comnènes avant d’être disloqué par la quatrième croisade lorsque les croisés s’emparent de Constantinople en 1204. S’il renaît en 1261, c’est sous une forme affaiblie qui ne peut résister aux envahisseurs ottomans et à la concurrence économique des républiques italiennes (Gênes et Venise). La chute de Constantinople en 1453 marque sa fin.

[5] Le despotat d’Épire est un des États successeurs de l’empire byzantin né après la quatrième croisade en Épire, une région qui s’étend sur la côte adriatique entre le sud de l’Albanie actuelle et le golfe de Corinthe. Le terme de despotat est formé sur celui de despote, qui désigne alors à la cour de Constantinople un membre de la famille impériale. Son équivalent le plus proche est prince ; un despotat serait donc une principauté.

[6] Le royaume de Thessalonique est l’un des États latins qui apparurent après la conquête de Constantinople par les Croisés en 1204. Érigé autour de Thessalonique, qui avait été la deuxième ville en importance de l’empire byzantin, vassal de l’empire latin de Constantinople, son existence fut éphémère, se terminant vingt ans après sa création par la prise de la ville par le despote d’Épire, Théodore 1er l’Ange, et la création d’un « empire de Thessalonique » encore plus éphémère.

[7] Alaşehir ou Alacheur est un chef-lieu de district de la ville de la province de Manisa en Turquie, située en Anatolie. C’est une des premières villes à avoir porté le nom de Philadelphie. Fondée en 189 av. jc par le roi Eumène II de Pergame, qui la nomma par affection pour son frère (et successeur) Attale II, à qui la loyauté avait valu le surnom de Philadelphos (Philadephe), c’est-à-dire celui qui aime son frère. La ville est connue pour être le site de l’une des sept Églises d’Asie citées dans l’Apocalypse. Elle est le siège d’un ancien évêché.

[8] Le Typikon (ou Typicon) est un rituel contenant les instructions sur l’ordonnancement et les hymnes de l’office divin, sous forme d’un calendrier perpétuel, observées dans les Églises d’Orient – Églises orthodoxes et Églises catholiques de rite byzantin. L’acolouthia est la partie fixe des offices et les séquences les parties changeant selon les jours.

[9] Le sébastohypertatos est un titre honorifique byzantin. Il forme aussi la base du titre de protosebastohypertatos. Ces titres sont créés alors que la hiérarchie des titulatures byzantines est réorganisée par les empereurs de la dynastie des Comnènes, notamment Alexis 1er Comnène, qui se sert du titre de sébaste (équivalent grec de l’auguste) pour former tout un ensemble de nouvelles dignités. Elles permettent d’indiquer le lien de parenté avec l’empereur. Ainsi, le sébastohypertatos et le protosébastohypertatos sont des titres conférés aux beau-fils (gambroi) de l’empereur. Selon Lucien Stiernon, la dignité de protosébastohypertatos est donnée au mari de la troisième fille des empereurs byzantins et celle de sébastohypertatos au mari de la quatrième fille. L’époux de la deuxième fille détient le titre de panhypersebastos et celui de la première le titre de césar

[10] Les Blachernes sont un quartier au nord de Constantinople, situé entre le monastère de Chora, la porte d’Andrinople et la Corne d’Or et abritant, outre un palais, l’une des 24 portes de la muraille de Théodose II, appelée porte des Blachernes, ainsi que la basilique Sainte-Marie-Mère de Dieu, dite « Sainte-Marie des Blachernes ».

[11] Le titre de panhypersébaste ou panhypersebastos est créé par l’empereur Alexis &er Comnène et est conféré aux membres de familles aristocratiques entretenant de forts liens de proximité avec la famille impériale. Michel Tarônitès, le beau-frère d’Alexis, est le premier à recevoir ce titre qui est considéré comme équivalant à celui de césar. Il reste très important sous les Paléologues, situé juste après le grand domestique, le commandant de l’armée byzantine. Le détenteur le plus connu est peut-être Jean VI Cantacuzène qui possède ce titre avant sa proclamation comme empereur en 1341

[12] La Dalmatie est une région littorale de la Croatie, le long de la mer Adriatique, qui va de l’île de Pag, au nord-ouest, à Dubrovnik et la baie de Kotor au Monténégro au sud-est.

[13] La Nišava est une rivière de Bulgarie et Serbie. Elle a une longueur de 218 km et constitue le plus long affluent de la Južna Morava, la « Morava méridionale ».

[14] Monemvasia ou Monovásia ou Malvoisie est une ville fortifiée de Grèce située au sud du Péloponnèse, sur la côte est du district régional de Laconie. La cité a donné son nom à un cépage, puis à un vin célèbre au Moyen Âge, le malvoisie, qui était exporté jusqu’en Angleterre. Selon une légende populaire, George Plantagenêt, duc de Clarence, condamné à mort en 1478 pour avoir comploté contre son frère le roi Édouard IV, aurait choisi de mourir noyé dans un tonneau de ce vin.

[15] Les Fatimides (également appelés Obeydides ou Banu Ubayd depuis le manifeste de Bagdad ont formé une dynastie califale arabe chiite ismaélienne d’ascendance alide qui régna, depuis l’Ifriqiya (entre 909 et 969) puis depuis l’Égypte (entre 969 et 1171), sur un empire qui englobait une grande partie de l’Afrique du Nord, la Sicile et une partie du Moyen-Orient. Issus de la branche religieuse chiite des ismaéliens pour laquelle le calife doit être choisi parmi les descendants d’Ali, cousin et gendre du prophète de l’islam Mahomet, les Fatimides considèrent les Abbassides sunnites comme des usurpateurs de ce titre. L’établissement de leur califat débute au Maghreb, grâce à l’appui des Berbères Kutama, grande tribu qui était établie à l’est de l’actuelle Algérie qui vont renverser le pouvoir local aghlabide. Après un intermède en Ifriqiya, ils finiront par s’établir dans la ville du Caire qui pendant leur règne prendra un essor considérable.

[16] Palerme est une ville italienne, chef-lieu et plus grande ville de la région Sicile Elle se situe dans une baie sur la côte nord de l’île.

[17] Zemun est une municipalité de Serbie située sur le territoire de la Ville de Belgrade. Elle fait partie des 10 municipalités urbaines de la ville de Belgrade proprement dite. Zemun est l’ancienne ville romaine de Taurunum, qui se développa du 1er au 4ème siècle. En 1018, la ville fut acquise par l’Empire byzantin puis reconquise par les Hongrois en 1071 et, pendant quelques décennies, elle passa tour à tour entre les mains de l’Empire et royaume. Du 13ème au 15ème siècle, la ville fut tour à tour hongroise et serbe. En 1268, le roi serbe Stefan Dragutin se maria avec la princesse hongroise Elisabeth Cuman et reçut en dot la région de Syrmie ; la ville faisait partie de ses possessions et reçut son nom actuel Zemun. En 1319, les Hongrois reprirent la Syrmie qui fut ensuite conquise par l’empereur serbe Stefan Dušan en 1353 puis reprise par les Hongrois vers 1370. En 1412, à la suite d’un traité entre le roi de Hongrie Sigismond et le despote Stefan Lazarević, Zemun fit partie du despotat de Serbie. La ville redevint hongroise en 1434, à la suite du mariage de Catherine Branković, la fille du despote Đurađ Branković, avec le comte Ulric de Cilley. Après que la Serbie tomba sous la domination ottomane en 1459, Zemun devint un important avant-poste militaire.

[18] Belgrade est la capitale et la plus grande ville de Serbie. Belgrade est l’une des plus anciennes cités d’Europe, avec une histoire qui s’étend sur plus de 7 000 ans. Selon les historiens, on évalue la destruction de la ville entre 28 et 33 fois, sa position stratégique en Europe étant son bonheur et son malheur

[19] Niš est une ville de Serbie située dans le district de Nišava. Niš est l’une des plus anciennes villes des Balkans et d’Europe ; les Thraces habitèrent le secteur à l’âge du fer ; les Triballes s’y installèrent puis, après l’invasion de 279 av. jc, la tribu celte des Scordiques. En 75 av. jc, la ville fut conquise par les Romains qui lui donnèrent le nom de Naissus. Trois empereurs y virent le jour : Constantin 1er, qui fut le premier empereur romain chrétien, Constance III et Justin 1er. Les Huns d’Attila la conquirent en 441, massacrant sa population. Au Moyen Âge, la ville devint byzantine, serbe, bulgare puis ottomane, elle fut libérée de la présence turque en 1878 et fut alors intégrée au Royaume de Serbie.

[20] Le Danube est le deuxième fleuve d’Europe par sa longueur (après la Volga qui coule entièrement en Russie). Il prend sa source dans la Forêt-Noire en Allemagne lorsque deux cours d’eau, la Brigach et la Breg, se rencontrent à Donaueschingen où le fleuve prend le nom de Danube. La longueur du Danube dépend du point de départ considéré : 2 852 km pour la confluence de Donaueschingen mais 3 019 km à partir de la source de la Breg. Il coule vers l’est et baigne plusieurs capitales de l’Europe centrale, orientale et méridionale