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L’histoire pour le plaisir

Zhang Qian

mardi 15 juin 2021, par ljallamion

Zhang Qian (mort en 113 av. jc) 

Explorateur

Envoyé impérial chinois du 2ème siècle av. jc, à l’époque de la dynastie Han [1].

Il fut le premier diplomate officiel à ramener des informations fiables d’Asie centrale [2] à la cour de l’empereur Han, Wudi le Guerrier. Il joua un important rôle de pionnier dans la colonisation et la conquête par la Chine de la région appelée aujourd’hui Xinjiang [3].

Les voyages de Zhang Qian sont aujourd’hui étroitement associés avec l’histoire de la Route de la soie [4].

Les récits de ses explorations en Asie centrale sont consignés dans les chroniques historiques des Han antérieurs [5], compilées par Sima Qian au 1er siècle av. jc.

Zhang Qian est né près de Hanzhong [6] dans la province chinoise du Shaanxi [7]. Il s’installe à Chang’an [8] où il entre au service de l’empereur comme officier du palais impérial.

Depuis leur conquête, en 209 av. jc, des territoires à l’ouest de la Chine, les Xiongnu [9], menaçaient de faire alliance avec les Qiang [10] du Tibet [11]. Aussi, Wudi souhaitait-il coloniser le couloir fertile du Gansu [12] et ménager des alliances avec les tribus locales. En 139 av. jc, l’empereur décide donc d’envoyer Zhang Qian en mission vers l’ouest pour conclure une alliance avec les Yuezhi [13] qui avaient été chassés de leur territoire par les Xiongnu en 177 av. jc et s’étaient installés en Daxia [14].

Accompagné par une escorte d’une centaine de gardes, Zhang Qian est rapidement capturé par les Xiongnu et reste leur prisonnier une dizaine d’années, ponctuées d’évasions multiples pendant lesquelles il traverse le Pamir [15], le fleuve Oxus [16] et le Tibet.

Il fut néanmoins bien traité durant cette captivité et épousa une femme xiongnu dont il eut un fils. Le désordre qui suivit la mort du chef des Xiongnu lui permit de rentrer au pays avec sa famille, en 126 av. jc, sans accord d’alliance mais avec de précieuses connaissances.

En effet, il rapporte non seulement des informations fiables sur l’Asie centrale et les peuples qui y vivent [17] mais aussi des produits [18], des itinéraires [19] jusqu’alors inconnus des Chinois et une possible localisation de la source du fleuve Jaune [20].

Il a également découvert l’existence des ânes, des chameaux de Bactriane et surtout d’une race de chevaux aux longues jambes, les chevaux célestes dans la vallée de Ferghana [21]. C’est, entre autres, pour en obtenir que l’empereur de Chine enverra des caravanes chargées de soie, alors que son exportation était jusque-là interdite et punie de mort.

Vers 119 av. jc, il entreprend une seconde mission diplomatique durant laquelle il traverse de nouveau le Turkestan [22] jusqu’à la Sogdiane [23] et fait une incursion sur la rive gauche de l’Indus [24].

Nommé zhonglang Jiang [25] pour l’occasion, il emmène avec lui 300 hommes, de l’or et de la soie et revient après avoir obtenu le tribut du royaume des Wusun [26], cousins des Xiongnu et redoutables archers.

Il revient en Chine avec une ambassade de wusum. Ses émissaires, qu’il avait pris soin d’envoyer dans les autres contrées, revinrent une année plus tard accompagnés de représentants des divers peuples. Une princesse chinoise de sang royal est même envoyée pour consolider les liens d’alliance avec le chef des Wusun.

Zhang Qian, qui meurt peu après son retour, est souvent considéré comme l’initiateur de la Route de la soie et du commerce avec l’ouest.

Les généraux Wei Qing, beau-frère de l’empereur, puis Li Ling ne tardèrent pas à repartir en mission dans ces régions. Vers 60 av. jc, un protectorat général Han fut institué pour administrer ces territoires de l’ouest.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Dominique Lelièvre, Voyageurs chinois à la découverte du monde, Olizane, 2004 - (notamment le chapitre consacré à Zhang Qian)

Notes

[1] La dynastie Han régna sur la Chine de 206 av. jc à 220 apr. jc. Deuxième des dynasties impériales, elle succéda à la dynastie Qin (221 - 206 av. jc) et fut suivie de la période des Trois Royaumes (220 - 265). Fondée par Liu Bang, chef de guerre d’origine paysanne révolté contre la dynastie Qin, elle compta 28 empereurs.

[2] L’Asie centrale, dont une partie était autrefois appelée Turkestan, est une sous-région du continent asiatique approximativement située à l’est de la mer Caspienne, intégrant certaines parties de la Fédération Russe, de l’Ouest et du Nord de la Chine continentale, et de la totalité de l’Afghanistan.

[3] Le Xinjiang, ou Sin-kiang, officiellement la Région autonome ouïghoure du Xinjiang, est une des cinq régions autonomes de la République populaire de Chine. Situé à son extrême ouest, il s’étend sur 1 660 001 km² et occupe un sixième du territoire chinois. Cette région était également connue sous le nom de Dzoungarie, une région de ce que les Occidentaux dénommaient la Tartarie chinoise, puis vers la fin du 19ème siècle, sous le nom de Turkestan oriental.

[4] La route de la soie est un réseau ancien de routes commerciales entre l’Asie et l’Europe, reliant la ville de Chang’an (actuelle Xi’an) en Chine à la ville d’Antioche, en Syrie médiévale (aujourd’hui en Turquie). Elle tire son nom de la plus précieuse marchandise qui y transitait : la soie.

[5] Shiji, ou Mémoires du grand historien

[6] Hanzhong est une ville du sud de la province du Shaanxi en Chine.

[7] Le Shaanxi est une très ancienne province de la Chine, dont le chef-lieu est Xi’an. Elle ne doit pas être confondue avec la province voisine au nom, homophone au ton près, de Shanxi La province du Shaanxi est souvent considérée comme le berceau de la civilisation chinoise. C’est d’ailleurs près de Lantian que fut découvert l’Homme de Lantian, le plus vieil ancêtre des Chinois. Pendant plus de 1 100 ans, treize dynasties y établirent leur capitale, et elle resta ainsi le centre politique de la Chine depuis la dynastie Zhou jusqu’à la chute de la dynastie Tang au tout début du 10ème siècle.

[8] aujourd’hui Xi’an

[9] Xiongnu, ou Hunnu, est une confédération de peuples nomades vivant en Mongolie, en Transbaïkalie et en Chine du Nord. Xiongnu est le nom que leur ont donné les Chinois dans l’Antiquité.

[10] Dans la Chine ancienne, le terme Qiang désignait habituellement les populations nomades non han habitant au nord-ouest de la Chine. Plus tard, les Chinois utilisèrent le terme Qiang Min pour désigner les populations non han, qui avaient été linguistiquement et culturellement assimilées, vivant dans la vallée de la rivière Min au Sichuan

[11] Le Tibet, ou anciennement Thibet est une région de plateau située au nord de l’Himalaya en Asie, habitée traditionnellement par les Tibétains et d’autres groupes ethniques (Monbas, Qiang et Lhobas) et comportant également une population importante de Hans et de Huis. Le Tibet est le plateau habité le plus élevé de la planète, avec une altitude moyenne de 4 900 m.

[12] Le Gansu est une province du nord-ouest de la République populaire de Chine. Longue province étroite, coincée entre le plateau de Mongolie au nord et les contreforts du plateau Tibétain au sud, épousant le tracé principal de l’ancienne route de la soie. La capitale, Lanzhou, est située dans le sud-est de la province.

[13] Durant l’Antiquité, à une date inconnue, les Yuezhi ou Yue-Tche, également parfois appelé en chinois Rouzhi, ont fondé le premier empire connu de l’Asie centrale. C’est un peuple indo-européen relevant du groupe des Tokhariens. Ce peuple nous est connu grâce aux chroniques chinoises qui les appellent Quanrong.

[14] la Bactriane, l’actuel Turkménistan

[15] Le Pamir est un massif de haute montagne centré sur l’Est du Tadjikistan avec des prolongements en Afghanistan, en République populaire de Chine et au Kirghizistan. Situé à la jonction entre plusieurs systèmes orographiques d’Asie centrale et du Tibet, il possède trois sommets principaux de plus de 7 000 mètres dont le pic Ismail Samani, généralement considéré comme son point culminant à 7 495 mètres d’altitude, ce qui a valu au massif le qualificatif de « toit du monde ».

[16] L’Amou-Daria (en grec ancien Oxos) d’où son ancien nom de Oxus est un fleuve d’Asie centrale du bassin endoréique de la mer d’Aral. L’Amou-Daria naît dans les montagnes du Pamir, traverse l’Hindou Kouch puis le désert du Karakoum et la Steppe de la Faim, avant de former un delta qui se jette dans la mer d’Aral.Sa surface d’irrigation ou bassin versant est de 534 739 km², et son débit annuel moyen est de 55 kilomètres cubes d’eau (c’est-à-dire un peu plus de 1 850 m3/s – autant que le Rhône en Camargue), compte non tenu des importants prélèvements effectués dans son cours inférieur pour l’irrigation. Cette énorme quantité d’eau provient quasi totalement des hautes montagnes de l’Hindou Kouch, du Tian Shan et du Pamir, où les précipitations peuvent dépasser 1 500 millimètres annuellement, et où la lame d’eau écoulée peut atteindre 1 000 millimètres par an. Long de 2 580 km, mais navigable sur 1 450 km uniquement, il est très utilisé pour l’irrigation (notamment pour la culture du coton), ce qui a causé en grande partie l’assèchement de la mer d’Aral. L’Amou-Daria sert de frontière entre l’Afghanistan et le Tadjikistan, et en partie entre l’Ouzbékistan et le Turkménistan.

[17] les Parthes, les Bactriens (dans l’actuel Afghanistan), les Sogdiens (dans l’actuel Ouzbékistan,...

[18] l’alfalfa, le raisin, le vin, la carotte...

[19] routes, passes

[20] Le fleuve Jaune est le deuxième plus long fleuve de Chine après le Yangzi Jiang. Long de 5 464 kilomètres, il prend sa source dans le plateau tibétain et après avoir traversé les provinces de Gansu, Ningxia, Mongolie-Intérieure, Shaanxi, Shanxi, Henan et Shandong il se jette dans la mer de Bohai, dans la mer Jaune. Le bassin versant du fleuve d’une superficie de 752 443 km² est caractérisé par un climat en grande partie semi-aride qui explique le débit modéré du fleuve à son embouchure (2 571 m3/s). Le fleuve Jaune a joué un rôle crucial dans l’histoire de la Chine car la civilisation chinoise est née au confluent du fleuve et de son affluent le Wei He puis s’est développée le long de son cours.

[21] aux confins de l’Ouzbékistan

[22] Le Turkestan est l’ancien nom donné à une région d’Asie centrale délimitée au nord par les steppes du Kazakhstan et le massif de l’Altaï, à l’est par la Mongolie et la Chine, au sud par l’Inde, le Pakistan, l’Afghanistan et l’Iran, enfin à l’ouest par la mer Caspienne.

[23] La Sogdiane ou Sogdie est une région historique recouvrant en partie l’Ouzbékistan, le Tadjikistan et l’Afghanistan et englobant les villes historiques de Samarcande et Boukhara et la vallée irriguée de Zeravchan (ancienne Polytimetus). Elle se situe au nord de la Bactriane, à l’est de Khwarezm et au sud-est de Kangju entre l’Oxus (Amou-Daria) et le Jaxartes (Syr-Daria). La Sogdiane fut la 18ème province de l’Empire perse achéménide

[24] L’Indus connu sous le nom de Sindh ou Sindhu dans l’Antiquité est un fleuve d’Asie qui a donné son nom à l’Inde. Il coule depuis l’Himalaya en direction du sud-ouest et se jette dans la mer d’Arabie. L’Indus fait partie des sept rivières sacrées de l’Inde.

[25] général des gardes du palais

[26] Les Wūsūn était un peuple nomade ou semi-nomade qui aurait habité à l’ouest de Gansu, au nord de la Chine. Voisins du peuple Yuezhi, ils étaient d’origine turque ou indo-européenne