Bienvenu sur mon site historique. Bon surf

L’histoire pour le plaisir

Landolf II de Capoue

mercredi 19 août 2020, par ljallamion

Landolf II de Capoue (vers 825-879)

Évêque de Capoue en 843-Comte de Capoue de 862 à 879

Fils de Landolf 1er , gastald [1] puis comte de Capoue [2] entre 815 et 843 et de son épouse inconnue. Selon la chronique d’ Erchempert , Landolf est encore jeune lors de la mort de son père.

Peu de temps après la disparition de son père, l’évêque Paulin de Capoue meurt à son tour et Landolf réussit à se faire élire, évêque de la cité sans doute avec l’assentiment de ses frères dont il semble être resté l’auxiliaire jusqu’à la mort de l’aîné Landon 1er.

Pendant son épiscopat en 856 Landolf prend l’initiative, malgré l’avis initialement défavorable de ses aînés, d’agrandir et de fortifier une bourgade située dans un méandre du Volturno [3] qu’il souhaitait substituer comme capitale du comté à la ville fortifié établie sur la colline après la destruction de l’antique Capoue par les musulmans.

Après la mort de Landon 1er sa succession est assurée par son fils le jeune Landon II que Landolf expulse avec sa mère Aloara et ses frères dès 861. Il met ensuite à profit la mort l’année suivante de son frère Pandon ou Pando , co-régent de son neveu, pour chasser de Capoue ses enfants dont l’aîné Pandenolf tentait de s’assurer la succession. Landolf se proclame comte de la cité

Landolf II devenu le maître de la future principauté poursuit la politique d’indépendance prônée par son père notamment vis-à-vis de Salerne [4] à qui la suzeraineté de Capoue avait été attribuée lors de la division de 849.

L’évêque présenté comme un manipulateur fourbe par le chroniqueur Erchempert réussit à contrôler le pouvoir en opposant les membres de sa famille les uns autres et en s’appuyant alternativement sur les princes de Bénévent et de Salerne. Lorsque Louis II le Jeune se décide à intervenir dans le sud de l’Italie et se rend au Mont-Cassin [5] en 866 Landolf II s’empresse de le rejoindre pour obtenir ses faveurs. L’empereur sans doute alerté de la duplicité de Landolf par l’abbé du Mont-Cassin ne se laisse par circonvenir et marche sur Capoue avec ses troupes. Il s’empare de la ville, détruit les remparts et la livre à Lambert 1er de Spolète.

Landolf est alors conduit à un changement de politique et il s’allie avec les ennemis de l’empereur les Sarrasins [6] que ce dernier était venu combattre. Landolf II ne prend pas part au complot organisé par les princes de Bénévent, Salerne et sans doute aussi les Napolitains qui après la prise de Bari [7] sur les Sarrasins en 871 considèrent que les Francs sont désormais leurs adversaires les plus dangereux et qui se termine par l’emprisonnement de l’empereur à Bénévent jusqu’à ce que ce dernier pour être libéré fasse le serment de ne plus revenir en Italie du Sud qu’à l’appel des princes lombards en septembre 871.

La recrudescence de la menace musulmane en Campanie [8] notamment le siège de Salerne oblige Landolf II à prendre la tête de la région et du fait qu’il n’avait pas été impliqué dans le complot contre Louis II le Jeune il obtient avec succès de ce dernier une nouvelle intervention en Campanie où les musulmans sont vaincus en mai 872.

Le désir de Landolf II d’obtenir la création d’un archevêché sur le territoire de Capoue et de Bénévent s’évanouit avec la mort de Louis II en 875. Jusqu’à sa mort Landolf demeure en conflit avec les autres potentats lombards et comme les autres dynastes il n’hésite pas à s’allier aux musulmans contre ses ennemis.

C’est dans ce contexte qu’il est menacé d’excommunication et de déposition par le pape Jean VIII et qu’il est contraint finalement d’accepter en 876 la politique anti musulmane que ce dernier impose aux lombards.

Malgré l’échec de ce projet lié à l’effacement de l’empire carolingien après la mort de Charles le Chauve, Landolf II en 877 sert encore avec Guaifer de Salerne d’intermédiaire dans des négociations du Saint-siège avec et le préfet d’Amalfi [9] pour obtenir contre le versement de 10 000 mancusi la protection par une flotte de la côte de la mer Tyrrhénienne [10] de l’état pontifical jusqu’à Civita-Vecchia [11]. Landolf II meurt en février ou mars 879 et le contrôle du comté de Capoue devient l’objet d’un conflit inexpiable entre ses neveux.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Venance Grumel Traité d’études byzantines La Chronologie : Presses universitaires de France Paris 1958, « Princes Lombards de Bénévent et de Capoue »

Notes

[1] Le gastald était dans le royaume lombard d’Italie un fonctionnaire responsable de la gestion économique d’une partie du domaine royal. Le gastald était également investi des pouvoirs militaires et judiciaires. Cette fonction a survécu à la chute du royaume lombard, aussi bien dans le nord de l’Italie que dans le Mezzogiorno, dans le duché lombard de Bénévent et dans les principautés lombardes de Salerne et de Capoue. Au sein du thème byzantin de Longobardie principalement peuplé de Lombards, le fonctionnaire chargé de l’administration locale générale est aussi appelée gastald avant d’être peu à peu remplacé par les tourmarques. Dans la République de Venise, le gastaldo fut le plus haut dignitaire d’une scuola.

[2] Capoue, rattachée à Salerne par le traité de 849 entre Salerne et Bénévent parvient à s’en affranchir vers 861.

[3] Le Volturno est un fleuve du sud de l’Italie, d’une longueur d’environ 175 km. Le Volturno prend sa source en Molise, à proximité de Rocchetta à Volturno, dans les Apennins, près du Parc National des Abruzzes. Il s’écoule ensuite dans la Campanie, en traversant les provinces de Bénévent et Caserte. Sur son cours se trouve notamment la ville de Capoue.

[4] Salerne, en italien Salerno, est une ville italienne de la province de Salerne en Campanie. Capitale de la principauté de Salerne de 861 à 1076, elle fut prise en 1077 par Robert Guiscard. Choisie par les Normands comme capitale de l’Italie du Sud au 11ème siècle, la ville fut le creuset du style « normand arabo-byzantin » Salerne accueillit la plus ancienne université de médecine d’Europe, la Schola Medica Salernitana, la plus importante source de savoir médical en Europe au début du Moyen Âge.

[5] Le mont Cassin est une colline culminant à 516 mètres d’altitude située en Italie, dans la commune de Cassino, à l’ouest du village, dans la province de Frosinone et la région du Latium. Vers 530, Benoît de Nursie y fonda l’abbaye du Mont-Cassin, où il rédigea une règle qui devint la règle de saint Benoît.

[6] Sarrasins ou Sarrazins est l’un des noms donnés durant l’époque médiévale en Europe aux peuples de confession musulmane. On les appelle aussi Arabes, Ismaélites ou Agaréniens. D’autres termes sont employés également comme Maures, qui renvoient aux Berbères de l’Afrique du Nord après la conquête musulmane. Le terme de Sarrasin se cristallise finalement sur l’opposition avec l’ennemi dans le contexte des Croisades menées par l’Occident chrétien en Terre sainte.

[7] Bari est une ville italienne, chef-lieu de la ville métropolitaine de Bari et de la région de Pouilles, sur la côte adriatique. Bari est connu pour être la ville où se trouvent les reliques de saint Nicolas. Ce privilège a fait de Bari et de la basilique de Bari l’un des centres importants de l’Église orthodoxe en Occident. Bari a une forte tradition marchande et est depuis toujours un centre névralgique du commerce et des échanges politico-culturels avec l’Europe et le Moyen-Orient. Son port est actuellement le plus grand port de passagers de la mer Adriatique.

[8] La région de Campanie, plus couramment appelée la Campanie, est une région d’Italie méridionale. Elle fut associée au Latium, une des 11 régions de l’Italie romaine créées par l’empereur Auguste au 1er siècle av.jc Érigée en province à part entière au début du 4ème siècle au temps de l’empereur Dioclétien, la Campanie fut ensuite sous domination lombarde puis byzantine. Elle fut ensuite morcelée par l’indépendance que quelques-unes de ses villes adoptèrent.

[9] Amalfi puissance maritime était comme Capoue intéressée à limiter le pouvoir de sa rivale Salerne

[10] La mer Tyrrhénienne est une partie de la mer Méditerranée. Elle forme un triangle limité à l’ouest par la Corse et la Sardaigne, à l’est par la péninsule italienne et au sud par la Sicile.

[11] Civitavecchia est une ville italienne de la région du Latium, située dans la province de Rome entre la mer Tyrrhénienne et les monts de la Tolfa. C’est un port maritime qui dessert notamment la Sardaigne et la Corse.