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Charles de Gontaut-Biron

mardi 16 juin 2020, par ljallamion

Charles de Gontaut-Biron (1562-1602)

Duc de Biron-Maréchal de France

Il est célèbre pour l’amitié que lui portait Henri IV, qu’il a pourtant trahi.

Fils d’ Armand de Gontaut-Biron , maréchal de France [1], il naît à Saint-Blancard [2] et est élevé à Biron [3], dans le Périgord [4], au château éponyme que possède sa famille.

Sa mère était protestante et son père catholique. Baptisé catholique, sa tante, Madame de Brizambourg, l’éduque néanmoins dans la religion protestante, sans parvenir à l’y convertir.

Le 6 mars 1586, il tue en duel un rival, le prince Claude de Carency, fils de Jean d’Escars . Il fait ses premières armes sous les ordres de son père et sert ensuite Henri IV avec autant de dévouement que d’intrépidité.

Maréchal de camp [5] en 1590, il se couvre de gloire lors du siège de Gournay-en-Bray puis aux batailles d’Arques [6] et d’Ivry [7], aux sièges de Paris et de Rouen, au combat d’Aumale le 5 février 1592 et à la bataille de Fontaine-Française en 1595 [8].

En récompense, le roi, qui lui sauve la vie à Fontaine-Française et au siège d’Amiens [9] en 1597, le comble d’honneurs. Il est ainsi nommé amiral de France [10] et de Bretagne en 1592, maréchal de France en 1594 puis gouverneur de la Bourgogne. Il est créé duc et pair du royaume en 1598 sur sa terre de Biron puis envoyé en ambassade auprès de la reine Élisabeth.

Il conspire néanmoins contre son roi, traite avec l’Espagne et la Savoie et s’engage à prendre les armes contre son pays. Le duc de Savoie [11] propose à Biron d’épouser sa troisième fille en échange d’un soulèvement de la noblesse contre Henri IV, au cours duquel Biron aurait obtenu la souveraineté sur la Bourgogne et sur la Franche-Comté. Des rumeurs parviennent à la Cour et le complot est révélé par Jacques de La Fin, qui avait été l’émissaire de Biron.

Biron veut tout nier mais il est confondu par ses écrits. Henri IV, qui lui avait déjà pardonné une première traîtrise à Lyon, essaie, mais en vain, d’obtenir l’aveu et le repentir de ce nouveau crime afin de lui pardonner.

Biron est donc arrêté à Fontainebleau dans la nuit du 13 au 14 juin 1602. Le 13 juillet 1602, La Fin arrive à Paris, sous bonne escorte, et le 14 Biron est confronté à son accusateur. Le 17 juin, le procès de haute trahison est remis aux mains des conseillers du Parlement, où le maréchal, entre-temps incarcéré à la Bastille, comparaît le 27 juillet en l’absence des pairs du royaume, qui ont refusé de participer au procès.

Le 29 juillet 1602, Charles de Gontaut, duc de Biron est condamné à mort pour crime de haute trahison et décapité le 31, non en place de Grève comme le prévoyait la condamnation mais dedans l’enclos de la Bastille. Il avait aussi reçu la charge de maréchal général des camps et armées du roi mais, sommé le matin de son exécution de rendre son épée et son bâton de maréchal, répondit qu’il n’en avait point.

Le maréchal de Biron était un vieil ami et compagnon d’armes d’Henri IV, mais était éternellement insatisfait des bienfaits dont le roi le comblait.

Dès 1595 Biron s’était laissé débaucher par Picoté, un ancien ligueur [12] et avait commencé à comploter avec les Espagnols. Biron rêvait de faire renaître la Ligue catholique, et Charles-Emmanuel 1er pensait la chose possible.

En 1598, lors de la paix de Vervins [13], Biron est prêt à agir. Un rapport de l’envoyé espagnol à Turin indique qu’il ne faut pas rendre le marquisat de Saluces [14] à la France et gagner du temps, car le maréchal de Biron est prêt à fomenter une guerre civile en France à la faveur de laquelle le duc de Savoie n’aura point de peine à conserver Saluces.

Le 20 décembre 1599, le roi reçut le duc de Savoie à Fontainebleau. Durant son séjour, Charles-Emmanuel rencontra Biron et ils eurent l’occasion de mettre au point le plan de la conspiration, épisode qui est attesté dans les mémoires de Sully.

D’autre part, il s’insinua dans les bonnes grâces d’ Henriette de Balzac d’Entragues, marquise de Verneuil , qui était la maîtresse du roi depuis la mort deGabrielle d’Estrée, en lui faisant de somptueux cadeaux.

Afin de rallier quelques comploteurs supplémentaires, il s’efforça également de gagner en sa faveur les ducs d’ Épernon , de Bouillon , de La Trémoille , et le comte d’Auvergne , fils naturel de [Charles IX], qui étaient mécontents du roi.

Afin de régler le différend, Henri IV offrit à Charles-Emmanuel, soit de garder le marquisat de Saluces contre la cession de la Bresse, soit de le rendre purement et simplement. Le duc de Savoie demanda un délai de réflexion de 3 mois et repartit très mécontent en mars 1600 ; cette attitude et ce délai n’étaient faits que pour gagner du temps et laisser la conspiration se développer.

Le 11 août 1600, la guerre franco savoyarde débute. Henri IV destinait le poste de gouverneur de Bresse, après sa conquête, à Biron mais destinait le poste de gouverneur de la citadelle de Bourg-en-Bresse au huguenot Pierre d’Escodeca, baron de Boesse-Pardaillan et mestre de camp [15] du régiment de Navarre [16].

Biron, étant très engagé avec le duc de Savoie, fit avertir Jacques de Bouvens, le gouverneur de Bourg, de se tenir sur ses gardes et lui donna le jour et l’heure de l’attaque de la ville, mais la ville fut prise [17] malgré la trahison du commandant en chef.

Aux environs du 25 août, le roi Henri avait envoyé Sully visiter plusieurs citadelles qui étaient investies. Sully vint coucher à Bourg-en-Bresse où il fut bien accueilli par Biron. Le jour de son départ pour Lyon, Sully reçut un avis qu’un groupe de 200 hommes, ennemis, venaient d’arriver dans un château proche du lieu où il devait passer la nuit. Ayant parlé de cette information à Biron, celui-ci la trouva totalement ridicule. Sully demanda toutefois à Biron de lui donner une escorte jusqu’à Lyon. Biron donna comme escorte ses propres gardes qui accompagnèrent Sully jusqu’à Villars [18] où l’escorte le quitta. Il fit recharger ses mulets et fit encore environ 4 lieues et ne s’arrêta qu’à Vimy [19] où il se crus en sûreté. Le doute qu’il avait est que Biron avait entrepris de le livrer au duc de Savoie, se changea alors en certitude.3 heures après qu’il fut parti de Villars, les 200 hommes vinrent fondre sur la maison où ils croyaient qu’il étais, et parurent très fâchés d’avoir manqué leur coup.

Le 7 septembre 1602, Henri IV confisqua l’ensemble de ses biens, son frère Jean lui succéda après autorisation du Roi.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Laure Leroux, « Mort en vray patron des gens d’armes : le maréchal de Biron et la raison d’État à la fin du xvie siècle », dans Maïté Billoré et Gilles Lecuppre (dir.), Martyrs politiques (xe-xvie siècle) : du sacrifice à la récupération partisane, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », 2019, 280 p. (ISBN 978-2-7535-7579-0)

Notes

[1] Depuis la création du titre, en 1185, il y a eu 342 maréchaux de France. L’office de maréchal n’est devenu militaire que depuis le début du 13ème siècle. À son origine, le maréchal de France n’a qu’un rôle d’intendance sur les chevaux du roi. Son office devient militaire au début du 13ème siècle, tout en étant subordonné au connétable. Le premier à porter le titre de maréchal du roi de France avec une fonction militaire était Albéric Clément, seigneur de Mez, désigné par Philippe Auguste, en 1185. Après l’abolition de l’office de connétable par Richelieu en 1624, les maréchaux deviennent les chefs suprêmes de l’armée. Parfois le roi crée une charge de maréchal général des camps et armées du roi, qu’il confie au plus prestigieux de ses maréchaux. Outre leurs fonctions militaires, les maréchaux ont aussi la responsabilité du maintien de l’ordre dans les campagnes, par l’intermédiaire des prévôts des maréchaux, d’où l’appellation de « maréchaussée » donnée à l’ancêtre de la gendarmerie. Jusqu’en 1793, date de l’abolition de cette charge, il y eut 263 maréchaux de France.

[2] Saint-Blancard est une commune française située dans le département du Gers.

[3] Biron est une commune française située dans le département de la Dordogne. Siège de l’une des quatre baronnies du Périgord, le château occupe une position stratégique à la lisière du Périgord et de l’Agenais. Son histoire est liée à la grandeur d’une famille, les Gontaut-Biron, qui tint le fief durant 800 ans.

[4] Le Périgord est un ancien comté qui recouvrait approximativement l’actuel département français de la Dordogne. Le Périgord est apparue sous Charlemagne. Le comté était la base des divisions territoriales réalisées pour délimiter un « pagus », dont l’administration civile était confiée à un comte nommé par l’empereur. Ce vassal avait délégation de pouvoir pour administrer une cité et tous les « pagi » qui s’y rattachaient. Le premier d’entre eux nommé par Charlemagne, pour le Périgord, fut Wildbade en 778. En 1360, le Périgord passe sous souveraineté anglaise par le traité de Brétigny. Charles d’Orléans, comte de Périgord est fait prisonnier à l’issue de la bataille d’Azincourt, en 1415. Il reste prisonnier en Angleterre jusqu’en 1440. Le 14 décembre 1430, Charles d’Orléans donne à son frère naturel Jean, bâtard d’Orléans, futur comte de Dunois, le comté de Périgord en échange de celui de Porcien. Mais cette donation était peut-être fictive. Finalement, le 4 mars 1438, pour se procurer les fonds nécessaires à sa rançon, Charles d’Orléans vend le comté à Jean de Châtillon dit Jean de L’Aigle, fils de Jean 1er de Châtillon, seigneur de Laigle, comte de Penthièvre, vicomte de Limoges, moyennant la somme de 16 000 réaux d’or et 10 000 florins qui étaient dus par feu Louis d’Orléans à Olivier de Clisson, dont Jean de Bretagne était héritier.

[5] En France, le grade de maréchal de camp fait son apparition au 15ème siècle où il avait pour mission de répartir les logements des troupes et de les placer sur le champ de bataille. Il évolue ensuite jusqu’à la chute de l’Ancien Régime. Le 21 janvier 1793, le grade de maréchal de camp devient en France celui de général de brigade. Le grade de maréchal de camp revient en usage sous la Restauration et la Monarchie de Juillet. Il n’est plus utilisé en France depuis 1848.

[6] La bataille d’Arques eut lieu du 15 au 29 septembre 1589 entre les troupes royales de Henri IV et les Ligueurs dirigés par Charles de Mayenne.

[7] La bataille d’Ivry, le 14 mars 1590, est une bataille des guerres de religion qui ensanglantèrent ponctuellement le Royaume de France entre 1562 et 1598. Elle oppose l’armée royale commandée par Henri IV à l’armée ligueuse, renforcée de contingents espagnols, commandée par le duc Charles de Mayenne. Elle se déroule dans la plaine Saint-André entre la ville de Nonancourt et la ville d’Ivry, ensuite renommée Ivry-la-Bataille en souvenir du combat. Malgré leur supériorité numérique, les ligueurs sont mis en déroute.

[8] La Bataille de Fontaine-Française se déroula le 5 juin 1595 et opposa d’un côté les troupes françaises commandées par Henri IV de France, aux troupes espagnoles de Juan Fernández de Velasco et les Ligueurs dirigés par Charles de Mayenne.

[9] Le siège d’Amiens oppose, en 1597, lors de la 8ème e guerre de religion, les troupes françaises commandées par Henri IV aux troupes espagnoles. Il débouche sur une victoire française.

[10] La dignité d’amiral de France a été créée en 1270 par Louis IX, au cours de la 8ème croisade. Sous l’Ancien Régime, l’amiral de France est titulaire d’un grand office de la couronne de France équivalent à celui du connétable de France. Chef en titre de la flotte royale, il n’a en réalité qu’un pouvoir limité. L’amiral de France a la charge des côtes de Picardie, de Normandie, d’Aunis et de Saintonge. Sa charge va s’étendre au début du 17ème siècle, à la Guyenne puis à la Provence. En temps de guerre, il est chargé de rassembler les navires marchands français pour constituer la flotte. Il doit armer, équiper et ravitailler les navires pour la course, donner les lettres de marque aux corsaires (la course est alors la forme principale de guerre maritime). En temps de paix, il s’occupe de l’entretien de la flotte royale, quand elle existe, mais surtout du commerce maritime et de la flotte marchande.

[11] Les titres de comte, puis de duc de Savoie sont des titres de noblesse rattachés au territoire de la Savoie propre (dite également Savoie ducale), inféodé au royaume de Bourgogne, puis d’un territoire plus vaste, au sein du Saint Empire. Le titre de comte de Savoie est associé à la dynastie des Humbertiens, comtes en Maurienne, à l’origine de la Maison de Savoie. Il n’est utilisé qu’à partir du 12ème siècle. Le titre de duc est créé au début du 15ème siècle, regroupant tous les territoires des États de Savoie, avant de devenir un terme principalement administratif désignant la Savoie actuelle, à la suite de l’acquisition du titre de roi de Sardaigne par les ducs de Savoie.

[12] La Ligue catholique, la Sainte Ligue ou la Sainte Union est le nom donné pendant les guerres de Religion à un parti de catholiques qui s’est donné pour but la défense de la religion catholique contre le protestantisme. Son succès est tel qu’elle devient un danger pour la monarchie. En 1588, elle parvient à chasser le roi Henri III de la capitale. La Ligue décline petit à petit devant les victoires du roi Henri IV. Elle constitua un des plus grands dangers que connut la monarchie française avant l’avènement de l’absolutisme, avec la Fronde, au siècle suivant, dont les acteurs gardèrent présente à l’esprit la Ligue, comme modèle ou comme repoussoir.

[13] La paix de Vervins fut signée le 2 mai 1598 à Vervins (actuellement situé dans l’Aisne) entre les rois Henri IV de France et Philippe II d’Espagne. Les négociations qui avaient débuté dès janvier 1597 avaient été confiées du côté français à Bellièvre et Sillery. Ce traité confirma et compléta les clauses précédemment adoptées par le traité franco-espagnol du Cateau-Cambrésis, conclu le 3 avril 1559 entre les rois Philippe II d’Espagne et Henri II de France. Aux termes de ce traité, l’Espagne restitua à la France le Vermandois, une partie de la Picardie, la ville de Calais et Le Blavet (Port-Louis, Bretagne) ; la France rendit à l’Espagne le Charolais et diverses places fortes dont la France s’était emparée depuis le précédent traité et renonçait à la suzeraineté sur la Flandre et l’Artois. Henri IV, roi de Navarre de naissance, se refusa toutefois à entériner l’annexion de la Navarre « espagnole », réalisée en 1512 par Ferdinand II d’Aragon, arrière-grand-père de Philippe II. Cette spoliation ayant été opérée à l’encontre de son propre arrière grand-père maternel, le roi Jean III de Navarre.

[14] Le marquisat de Saluces ou Saluzzo est un ancien marquisat ou marche italien, situé dans les Alpes, entre l’Italie et la France, dont la capitale est Saluces. Le marquisat de Saluces fait partie des États géostratégiques alpins avec le duché de Savoie ou encore le marquisat du Montferrat. Centré sur la ville de Saluces, il contrôle les vallées alpines comprises entre la Sture et le Pô. Cette situation permettait aux seigneurs de Saluces de contrôler l’un des passages alpins entre la France (Dauphiné et Provence) et le Piémont.

[15] Mestre de camp signifiant littéralement Maître de champ, et emprunté à l’italien maestro di campo via l’occitan mestre de camp, est un grade militaire de l’Ancien Régime. Lorsque la charge de colonel général est supprimée en 1661 pour l’infanterie le mestre de camp prend le titre de colonel. Les régiments de cavalerie, qui par contre restent sous l’autorité d’un colonel général, sont commandés individuellement par des mestres de camp jusqu’à la Révolution. Comme celle de capitaine, la charge de mestre de camp est vénale, c’est-à-dire achetable et transmissible librement. En effet des riches familles étaient propriétaires de leur régiment et contribuaient à le financer.

[16] Le régiment de Navarre est un régiment d’infanterie du Royaume de France, créé en 1558 sous le nom de régiment des Gardes du Roi de Navarre, est l’une des plus anciennes unités militaires, l’un des cinq Vieux devenu 5ème régiment d’infanterie de ligne lors de la réorganisation des corps d’infanterie français de 1791.

[17] Le siège de Bourg-en-Bresse est un épisode de la guerre franco-savoyarde qui se déroule du 13 août 1600 au 9 mars 1601, qui voit les troupes françaises de Henri IV prendre Bourg-en-Bresse.

[18] Villars-les-Dombes, également orthographiée par erreur Villars-lès-Dombes, est une commune française, située dans le département de l’Ain.

[19] Neuville-sur-Saône est une commune française, située dans la métropole de Lyon