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L’histoire pour le plaisir

Wihtred

mardi 1er octobre 2019

Wihtred (vers 670-725)

Roi de Kent de 690/691 environ jusqu’à sa mort

Fils d’Ecgberht 1er et frère d’Eadric, Wihtred monte sur le trône après une période confuse, durant laquelle le royaume de Kent [1] est brièvement conquis par Cædwalla de Wessex et déchiré par des conflits dynastiques. Il succède à Oswine , probablement issu d’une autre branche de la famille royale.

Peu après son avènement, il promulgue un code de lois qui a été préservé dans un manuscrit, le Textus Roffensis [2]. Ces lois prêtent une attention importante aux droits de l’Église et punissent notamment les mariages irréguliers et les cultes païens. À sa mort, en 725, ses trois fils AEthelberht , Eadberht et Alric lui succèdent.

Wihtred monte sur le trône au début des années 690. Bède le décrit comme le roi légal et précise que autant par sa religion que par son industrie, il libéra son peuple de l’invasion étrangère. Ce commentaire semble partisan, dans la mesure où Oswine, également membre de la famille royale, pouvait lui aussi se prévaloir de droits sur le trône. Bède tire ses informations concernant le Kent d’Albinus, abbé du monastère saint-Pierre-et-saint-Paul de Cantorbéry [3], et son récit trahit vraisemblablement l’opinion des moines de Cantorbéry.

Deux chartes fournissent des éléments permettant de dater l’avènement de Wihtred. L’une, émise en avril 697, est datée de la 6ème année de son règne, ce qui situe son arrivée au pouvoir entre avril 691 et avril 692. Une autre charte, portant la date du 17 juillet 694, est datée de sa 4ème année de règne, ce qui situe son avènement entre juillet 690 et juillet 691. L’intervalle commun aux deux sources donne une date entre avril et juillet 691 pour son arrivée au pouvoir.

Wihtred règne tout d’abord conjointement avec Swæfheard . Dans son récit de l’élection de l’archevêque de Cantorbéry [4] Berhtwald , en juillet 692, Bède indique que les rois de Kent sont Swæfheard et Wihtred, mais on ne trouve plus de trace de Swæfheard après cette date, et Wihtred apparaît comme seul souverain du Kent en 694. Il est possible que son fils AEthelberht ait été roi associé de la moitié occidentale du Kent sous son règne.

Wihtred a probablement eu trois femmes. La première a pour nom Cynegyth. Elle figure comme donatrice associée sur une charte, ce qui implique peut-être que le soutien de sa famille est important pour Wihtred. Néanmoins, elle semble être morte ou avoir été répudiée assez rapidement, car une charte de 696 nomme AEthelburh comme épouse du roi et donatrice associée. Vers la fin du règne, une nouvelle reine, Wærburh, atteste aux côtés de Wihtred les procédures du Synode de Baccanceld [5] qui s’est tenu vers 716.

En 694, Wihtred conclut la paix avec le roi Ine de Wessex afin de mettre un terme à la guerre entamée par Cædwalla, le prédécesseur d’Ine. Wihtred accepte de payer une compensation pour la mort de Mul, mais la somme qu’il verse à Ine est incertaine.

Les lois de Wihtred sont promulguées à Berghamstyde, dont on ignore la localisation exacte ; l’emplacement le plus plausible est Bearsted [6], près de Maidstone [7]. Sur ses 28 chapitres, seuls les 4 derniers n’ont pas trait aux affaires religieuses. La première clause du code libère l’Église de toute taxation. Les clauses suivantes précisent les peines en cas de mariage irrégulier, de paganisme, de travail le jour du sabbat et de rupture du jeûne, entre autres.

L’introduction du code témoigne également de l’importance de l’Église dans le processus législatif. L’archevêque de Cantorbéry Bertwald et l’évêque de Rochester [8] Gebmund participent à l’assemblée qui rédige les décrets.

L’Église obtient des privilèges considérables. Outre la libération de toute taxation, le serment d’un évêque est irréfutable, ce qui le place au même niveau que le serment d’un roi, et les compensations prévues en cas de violence perpétrée sur les personnes à la charge de l’Église sont égales à celles prévues pour le roi. Moins d’un siècle après l’arrivée de la première mission au Kent, l’Église détient ainsi un pouvoir quasiment égal à celui du roi. Toutefois, la présence de clauses décrivant la peine encourue par tout sujet de Wihtred qui sacrifie aux démons montre clairement que les anciennes croyances païennes de la population sont loin d’avoir disparu devant l’avancée du christianisme.

Wihtred meurt le 23 avril 725. Il est inhumé en l’église Sainte-Marie du monastère Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Cantorbéry. Ses trois fils AEthelberht II, Eadberht 1er et Alric lui succèdent conjointement.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Carole Hough, « Wergild », dans Michael Lapidge, John Blair, Simon Keynes et Donald Scragg (éd.), The Wiley Blackwell Encyclopedia of Anglo-Saxon England, Wiley Blackwell, 2014, 2e éd. (ISBN 978-0-470-65632-7).

Notes

[1] Le Kent est un royaume anglo-saxon fondé au 5ème siècle par les Jutes dans le sud-est de l’Angleterre. Il correspond approximativement au territoire occupé par le peuple celtique des Cantiaci avant la conquête romaine, et à l’actuel comté de Kent. C’est le premier royaume anglo-saxon converti au christianisme, et il atteint son apogée au début du 7ème siècle sous le roi Æthelberht.

[2] Le Textus Roffensis, ou de manière complète Textus de Ecclesia Roffensi per Ernulphum episcopum (littéralement « Le Livre de l’église de Rochester par l’évêque Ernulf »), est un manuscrit réunissant deux anciens textes de la même période, entre 1122 et 1124. Les deux livres ont été réunis autour de 1300. On pense qu’ils ont été écrits par un seul scribe. La première partie rassemble les textes de lois des Anglo-Saxons de la conversion du roi Æthelbert de Kent au couronnement d’Henri 1er d’Angleterre en 1100. La seconde se compose des plus vieux registres de la cathédrale de Rochester.

[3] L’abbaye Saint-Augustin de Cantorbéry est un monastère fondé par Augustin de Cantorbéry aux environs de 598 dans la ville britannique de Canterbury, en Angleterre, pour célébrer le succès de l’évangélisation de l’Angleterre du Sud. Les rois de Kent et les archevêques de Cantorbéry y sont enterrés. À partir de la conquête normande du 11ème siècle, elle devient une abbaye bénédictine jusqu’en 1538, lorsqu’elle est dissoute par le roi Henri VIII comme tous les autres monastères du pays.

[4] L’archevêque de Cantorbéry est, après le Gouverneur suprême de l’Église d’Angleterre (c’est-à-dire le monarque du Royaume-Uni), le chef de l’Église d’Angleterre et de la Communion anglicane.

[5] Le synode de Baccanceld aurait eu lieu à Bapchild, dans le Kent

[6] Bearsted est un village et une paroisse civile du Kent, en Angleterre. Il est situé dans le borough de Maidstone, à trois kilomètres à l’est du centre-ville de Maidstone.

[7] Maidstone est le chef-lieu du Kent, au Royaume-Uni, située sur les rives de la rivière Medway. Traduit littéralement, Maidstone signifie « pierre des jeunes filles » (c’était probablement où elles se réunissaient).

[8] L’évêque de Rochester est à la tête du diocèse anglican de Rochester, dans la province de Cantorbéry. Le diocèse couvre l’ouest du comté de Kent. Le siège épiscopal est dans la ville de Rochester, à la cathédrale fondée en 604. À la fin du 17ème siècle et pendant le 18ème siècle, il était courant que l’évêque de Rochester soit également nommé doyen de l’abbaye de Westminster.