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La Russie au 18ème siècle

mercredi 7 novembre 2018, par lucien jallamion

La Russie au 18ème siècle

Le 18ème siècle russe est une époque de grandes transformations, dont l’impulsion est venue de l’empereur Pierre-le Grand. En 1689, celui qui était déjà tsar en titre, avec son frère Ivan, avait arraché, à 10 ans, le pouvoir effectif au ministre Galitzine et à sa soeur Sophie. Son frère aîné, Ivan, continuant de conserver un titre de tsar de pure forme. Entouré d’une équipe de fidèles, venus souvent de l’étranger (Suisse, Hollande, Écosse), Pierre 1er, s’était très vite lancé dans une politique de réformes, aussi bien politiques, militaires, que dans les domaines de l’éducation et de la culture. Une démarche, dans laquelle il convient également d’inscrire la fondation en 1703 de Saint Pétersbourg, et qui devait aller de pair avec une européanisation à marches forcées du pays.

Le règne de Pierre 1er correspond d’abord à un effort de rapprochement de la russie avec l’Europe sans précédent, ainsi qu’à un renforcement vigoureux du pouvoir autocratique du tsar, qui se revendique désormais empereur de toutes les Russies.

Le souci d’européanisation du pays, point le plus marquant de cette période, avait sans doute déjà commencé à se faire jour à l’accession au trône de Pierre 1er. Dès les premiers Romanof, la Russie s’était progressivement ouverte aux étrangers. Mais, cela n’avait rien de comparable avec la résolution désormais affichée de devenir un pays européen parmi les autres. Tout sera fait dès lors pour que la Russie puisse offrir l’illusion d’un Etat centralisé et civilisé suivant le type offert par la France de Louis XIV.

Illusion, car le pays va rester encore longtemps régi par le vieux principe patriarcal sur lequel repose le pouvoir du tsar, et qui, confondant l’autorité paternelle et domaniale avec l’autorité politique, présidait aux rapports du père avec ses enfants, du monarque avec ses sujets, des propriétaires avec leurs esclaves, du supérieur avec ses inférieurs. Sur une organisation sociale qui semblait remonter au 11ème siècle, on allait ainsi édifier une diplomatie, une armée régulière, une hiérarchie bureaucratique, des industries de luxe, des écoles, des académies... Illusion aussi, parce que toutes ces réformes, imposées par la force et souvent dans le sang, vont d’abord dans le sens du renforcement du tsar ; avec elles, l’autocratie se donne un nouveau visage, mais aussi des outils plus affinés et efficaces.

Le siècle ainsi engagé par Pierre le Grand ouvre au régime des tsars une perspective qui ne sera peu-être pas comprise par certains de ses successeurs, mais dans laquelle vont très habilement savoir s’inscrire la politique de sa fille Elisabeth et plus tard celle de Catherine II.

Pierre le Grand avait modifié les règles de succession au trône. Désormais l’héritier serait désigné par l’empereur en place. L’ironie veut que la mort l’ait surpris en 1725 avant d’avoir pu désigner son propre successeur, ce qui a débouché au cours du siècle qui a suivi sur plusieurs crises dynastiques, qui se solderont, à partir de 1762, et le début du règne de Catherine II.

Dans l’intervalle il y eu plusieurs autres tsarines ou régentes détentrices du pouvoir effectif. Il s’agira d’abord de Catherine 1ère de 1725 à 1727, veuve de Pierre 1er, Catherine, soutenue par ceux qui avaient constitué la garde rapproché du tsar est brièvement devenue impératrice. Son successeur désigné, l’empereur Pierre II lui non plus ne règnera pas véritablement, ni très longtemps.

Le pouvoir effectif passe à cette époque sous la coupe des familles puissantes de l’empire, qui, à la mort de Pierre II le transmettent à une 2ème impératrice, Anna Ivanovna, fille du frère de Pierre le Grand de 1730 à 1740. Celle-ci se détachera de ceux qui l’ont placée sur le trône, pour s’entourer de conseillers souvent venus de l’étranger, et plus particulièrement d’Allemagne. Une situation qui rendra une fois de plus sa succession difficile.

Quand Anna meurt, la couronne passe en principe sur la tête de son petit-neveu, le jeune Ivan VI, dont le pouvoir reviendra en fait à sa mère Anna Leopoldvna, elle-même rapidement renversée par les grandes familles, qui font également assassiner Ivan VI. La couronne est alors attribuée à la fille de Pierre le Grand et de Catherine 1ère, Elisabeth Pétrovna. Celle-ci va régner de 1741 à 1762, dans un contexte relativement calme, pendant une vingtaine d’années. Son règne sera marqué par une ouverture de la Russie à la culture française.

A la mort d’Elisabeth, le problème de la succession donnera lieu à une nouvelle convulsion, avec l’accès au trône, puis l’assassinat quelques mois plus tard de Pierre III, qui laissera sa place à son épouse, Catherine II, la dernière tsarine qui régnera de 1762 à 1796.

Correspondante de Voltaire et amie affichée des "Philosophes". Habile propagandiste, celle-ci va inaugurer son règne en affichant une volonté réformatrice du meilleur effet auprès de l’Europe des Lumières. Une illusion qui sera durable, et masquera la dureté d’un règne, marqué par le durcissement de la vie des populations russes, et des révoltes matées dans le sang. Poursuivant, par ailleurs la politique d’expansion territoriale de Pierre le Grand, Catherine II, engage aussi une politique de colonisation de la Sibérie, une "conquête de l’Est" qui sera au siècle suivant, le pendant de la "conquête de l’Ouest" qui se déroule alors sur le continent nord américain . De Pierre le Grand à Catherine II, l’oeuvre de réforme est à peu près arrêtée. Beaucoup d’institutions de Pierre le Grand, coûteuses et compliquées, disparaissent.

Au cours de ce siècle, l’européanisation de la Russie ne cesse de progresser. Les étrangers y sont de plus en plus nombreux. Leurs moeurs, leurs modes dominent toute la vie des hautes classes. La partie principale de l’éducation d’un noble, en ce temps, c’est d’apprendre les langues de l’Occident. Jusque vers 1740, la culture allemande est la plus recherchée ; sous Elisabeth, la culture française prend le dessus qu’elle gardera longtemps.

Toutes ces transformations n’empêchent pas la Russie de soutenir de nombreuses guerres. Il y en a où elle se laisse entraîner par l’influence de la cour de Vienne, sans intérêt et sans profit, guerre de la succession d’Autriche, guerre de Sept ans. D’autres sont dirigées contre les ennemis traditionnels de la Russie, Turcs et Suédois. Anna Ivanovna réunit à l’empire Azov et les steppes jusqu’au Boug par le traité de Belgrade*, en 1739. Elisabeth enlève à la Suède une nouvelle tranche de la Finlande par le traité d’Abo* en 1743. Il est à remarquer que, pendant toute cette période, la Russie et la France sont en rivalité presque constante. En effet, les États que la France protégeait traditionnellement, parce qu’ils lui servaient d’instruments contre la maison d’Autriche, Suède, Pologne, Turquie, sont précisément ceux aux dépens desquels la Russie peut et doit s’agrandir.

Le règne de Catherine II a commencé dans des circonstances plutôt suspectes par le détrônement et l’assassinat de son mari, au détriment de son fils mineur, grâce à quelques aventuriers hardis tels que les Orlov et à la complicité tacite des hauts fonctionnaires. Elle a régné 33 ans sans qu’aucune tentative sérieuse ait été faite pour la renverser. Ce n’est pourtant pas que son gouvernement fut parfait. Le favoritisme est devenu, sous elle, une sorte d’institution d’Etat, et les ressources de la Russie ont été livrées à l’avidité de la série d’amants qui se sont succédé dans les bonnes grâces de l’impératrice. Mais il s’est trouvé que ce favoritisme même a contribué à affermir le pouvoir de l’impératrice ; que quelques uns des favoris, les Orlov et Potemkine surtout, ont été des gens de tête et d’action. Mais les causes principales qui ont permis à Catherine II de régner paisiblement ont été d’abord la sécurité qu’elle a donnée à tout le monde. Sous elle, pas de brusques disgrâces, pas de sévérités inutiles et ensuite, et surtout, les succès de sa politique extérieure. On peut caractériser, d’une façon générale, cette politique en disant que Catherine II s’est efforcée de se tenir à l’écart des querelles de l’Occident ce que ses prédécesseurs n’avaient pas su faire et de se confiner dans les visées traditionnelles de la Russie ; c’est-à-dire d’agir, soit en Pologne, soit en Turquie, soit en Suède

P.-S.

L’Europe au 18ème siècle Source : Imago mundi Texte de Léonardon/ article de Fabienne Manière/herodote/ evenement/17720428/dossier 414