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Le Portugal au 18ème siècle

samedi 28 avril 2018, par ljallamion

Le Portugal au 18ème siècle

Portrait de Sebastião José de Carvalho et Melo, 1er Marquis de Pombal (Palais du Pimenta à Lisbonne) Le Portugal avait été englouti dans la monarchie espagnole en 1580. Cette servitude lui fit perdre ses plus belles colonies, dont les Anglais et les Hollandais s’emparèrent. Lorsque le pays se fut affranchi de ce joug, en 1640, la dynastie de Bragance, issue des anciens rois avait accédé au trône.

Redevenu indépendant, le pays s’était allié avec la France et fut d’abord sous l’influence de cette puissance. Mais Pierre II , devenu roi en 1683, conclut avec l’Angleterre le traité de Methuen*, qui allait être la cause de la ruine économique et de la décadence politique du Portugal en 1703. De fait, à partir de cet instant et encore au-delà de la fin du 18ème siècle, les Anglais avaient tout en leurs mains, industrie, agriculture, commerce, finances, politique. Ils réduisirent ainsi les Portugais à n’être plus que leurs facteurs. Toujours sous l’inspiration de ses nouveaux amis, et changeant brusquement de politique, Pierre Il s’engagea à leur suite dans la guerre de succession d’Espagne en 1701. Il envahit l’Estrémadure et mourut d’apoplexie à la fin de la campagne. Le poids désastreux de cette politique retomba désormais sur son fils, le roi Jean V.

Celui-ci, après avoir vu, dès le début de son règne, infliger à ses troupes une défaite mémorable par l’armée française à la journée d’Almanza* en 1707, s’estima heureux de conclure avec l’Espagne le traité de paix d’Utrecht* en 1715, que des mariages réciproques dans sa famille cimentèrent ensuite en 1728. Au dehors, il secourut les Vénitiens contre les Turcs en 1716 et la Perse contre les Arabes en 1719. À l’intérieur, où régnait l’influence monacale, sous l’égide de ce prince bigot, amoureux des pompes religieuses, c’est à peine si l’on constate quelque progrès intellectuel, mais, en revanche, l’architecture y fleurit abondamment.

Le roi Jean V étant mort le 31 juillet 1750, Carvalho fut nommé le 2 août secrétaire d’Etat des affaires étrangères et de la guerre, et presque aussitôt il prit un ascendant sans bornes sur l’esprit léger et paresseux du roi Joseph ; il devint le chef absolu du gouvernement. Le ministre Carvalho de Pombal, véritable détenteur du pourvoir pendant toute cette période, voulut secouer le joug auquel son pays était soumis mais ses efforts furent insuffisants. En janvier 1751, il réduisit les droits sur le tabac et le sucre et créa une raffinerie. Cette même année, il fit établir une manufacture de poudre. Un décret régularisa les lois de succession. Enfin un autre décret soumit à l’avenir, à l’approbation préalable du gouvernement, l’exécution des sentences de l’Inquisition*. En 1752, le ministre, pour remédier au défaut de numéraire, interdit l’exportation de la monnaie ainsi que de l’or du Brésil. Cette même année, un décret réglementa l’industrie de la soie.

En 1753, il commença son oeuvre de réorganisation des finances, simplifiant les impôts, réglant leur perception, établissant des habitudes de comptabilité régulière. Depuis longtemps le commerce était tombé aux mains des étrangers, surtout des Anglais. Carvalho voulut affranchir le Portugal de cette dépendance. C’est dans ce but qu’il chercha à créer une, industrie nationale et qu’il institua des compagnies à charte, mieux susceptibles, à son avis, de lutter contre la concurrence étrangère que les commerçants isolés. C’est ainsi qu’en 1753 il forme une compagnie de pêcheries du thon et de la sardine dans l’Algarve*, il concède en 1754 à une compagnie, dirigée par Feliciano Velho Oldembourg, le droit exclusif de commercer aux Indes orientales et en Chine.

Le 7 juin 1754, le roi signe la charte d’une autre compagnie puissante, celle du Gran Para et de Maranhão, avec le privilège de vendre seule les denrées portugaises dans ces provinces brésiliennes. Le 5 janvier 1757, il devait autoriser les nobles à posséder des actions de cette compagnie. Quelque temps après, le 13 août 1759, une charte semblable était concédée à la compagnie de Pernambuco et de Parahiha. Tout en s’efforçant d’éveiller l’activité colonisatrice au Brésil, il cherchait à protéger les indigènes contre les immigrants portugais. Une ordonnance du 8 juin 1754 déclara libres les Indiens des provinces de Gran Parà et de Maranhão, ne reconnaissant d’autres esclaves que les Noirs. En 1755, une catastrophe épouvantable arracha Carvalho à son oeuvre commerciale.

Le 1er novembre, Lisbonne fut entièrement détruite par un tremblement de Terre, qui fit 30 000 morts, suivi de nombreux incendies.

En quelques mois il promulgua deux cents décrets pour pourvoir à la subsistance des habitants, faire ensevelir les cadavres, mettre en sûreté l’argent et les objets précieux. La loi martiale fut appliquée pour maintenir l’ordre. On ne permit pas aux habitants de s’éloigner, et la réédification de la ville commença immédiatement. L’année suivante, Carvalho revient à ses projets commerciaux. Le 30 septembre, il dissout la « Meza dos homens de negocio » de Lisbonne, sorte d’association de négociants, coupable d’avoir fait des représentations contre la compagnie du « Gran Parà » et il la remplace par une sorte de chambre de commerce, « Junta do commercio ». Le 10 septembre de cette même année, il fondait la « Companhia geral da agricultura dos vinhas do Alto Douro » qui acquérait presque le monopole des vins de Porto. Le but était de favoriser la viticulture et d’empêcher les adultérations des vins, de réagir aussi contre l’avilissement des prix obtenu par une sorte de syndicat des acheteurs en gros, presque tous Anglais. Le 23 février 1757, il y eut une émeute assez sérieuse à Oporto. La répression fut féroce : 478 accusés furent traduits devant des juges spéciaux. Il y eut 26 condamnations à mort prononcées et 17 exécutions.

C’est vers cette époque que commence la lutte de Carvalho contre les jésuites. Le 7 juin 1755, il leur avait enlevé la direction des communautés indiennes du « Parà et du Maranhão », dont il réglementa lui-même l’administration par un décret du 3 mai 1757. Il accusait la société de Jésus d’avoir eu la main dans l’émeute d’Oporto, d’avoir tenu des propos démoralisants au peuple de Lisbonne après le tremblement de terre, d’exciter la discorde entre les cours d’Espagne et de Portugal, de s’opposer à l’occupation par les Portugais de certaines missions du Paraguay cédées par l’Espagne en échange de la colonie de Sacramento, etc. Le 19 septembre 1757, le ministre faisait congédier par le roi Joseph tous les jésuites confesseurs de la famille royale. Il faisait réunir contre eux et contre leur administration en Amérique les éléments de deux mémoires, en date du 8 octobre 1757 et du 10 février 1758, qui furent envoyés à Rome. A sa requête, le pape Benoît XIV, par un bref du 1er avril 1758, nomma le cardinal Saldanha visiteur et réformateur de l’ordre en Portugal. Le 15 mai, Saldanha défendait aux jésuites de continuer à commercer aux colonies, et le 7 juin le patriarche de Lisbonne leur interdisait de prêcher et de confesser dans les limites de son patriarcat. Sur ces entrefaites survint un événement grave, dans lequel, à tort ou à raison, les jésuites furent compromis. Dans la nuit du 3 au 4 novembre 1758, le roi Joseph, rentrant en voiture au palais d’Ajuda, fut blessé au bras droit et au côté de deux coups de feu.

Le 13 décembre 1758, Carvalho fit saisir dona Theresa, marquise de Tavora, son fils José-Maria de Tavora, son mari le marquis Luiz-Bernardo de Tavora, le duc d’Alveiro, Francisco d’Assis, marquis de Tavora, Jeronimo de Ataide, comte d’Atouguia, Manuel Alvares Teixeira, Braz-José Romeiro, João Michel, Antonio Alvarez Ferreira, d’autres encore. Un des assassins, José Polycarpo, s’était enfui. Carvalho lui-même présida le procès. Le 12 janvier 1759, la sentence fut rendu, et les accusés furent exécutés le lendemain. Du coup, la haute aristocratie était décapitée. La vieille marquise de Tavora avait pour confesseur un jésuite, le Père Malagrida. Il fut saisi le 11 janvier 1759, plus tard condamné comme hérétique par l’Inquisition en septembre 1761, il fut garrotté et brûlé. Sept autres jésuites furent impliqués dans le complot. Le 19 janvier 1759, le séquestre fut mis sur les biens et les papiers de la Compagnie de Jésus ; le 28 juin, un décret déclara pernicieuse l’instruction que les Pères donnaient à la jeunesse et prohiba leurs livres ; enfin le 3 septembre fut signé un décret, publié le 5 octobre, les expulsant du Portugal et de ses colonies, décret aussitôt exécuté avec une extrême rigueur. Au cours de sa procédure contre les, jésuites, le ministre avait fait adresser au pape un mémoire justificatif le 20 avril 1759. Tout en autorisant les poursuites, Clément XIII avait fait appel à la clémence du roi le 2 août. Bientôt les rapports se tendirent au sujet de la Compagnie de Jésus entre la cour de Portugal et le Saint-Siège. D’autres griefs s’élevèrent entre eux et, le 17 juin 1760 ; Pombal invita brusquement le nonce à quitter Lisbonne. Les rapports avec la papauté devaient rester suspendus de longues années, pendant lesquelles le ministre de Joseph s’attaqua à d’autres congrégations religieuses. Les relations avec le Saint-Siège ne furent officiellement renouées que lorsque Clément XIV eut dissous la Compagnie de Jésus le 21 juillet 1773.

La façon rigoureuse dont il avait puni l’attentat contre le roi valut à Carvalho, le 16 juin 1759, le titre de comte d’Oeiras. Plus tard, le 17 septembre 1770, il devait être créé marquis de Pombal. Sa lutte contre les jésuites n’avait pas absorbé toute son activité. Le 19 mai 1779, il fonde l’École de commerce. En 1760, il remplace le tribunal ecclésiastique pour la censure des livres par une institution laïque, la “mensa censoria”. Cette même année, une grave difficulté avec l’Angleterre est réglée à son avantage. L’amiral Boseawen avait brûlé 4 navires français sur la côte portugaise, près de Lagos. Pombal réclama si énergiquement des excuses que lord Kinnoull fut envoyé pour apporter au roi les excuses du gouvernement anglais. En 1761, il réorganisait le Trésor royal. En 1762, la conclusion du Pacte de famille, l’injonction qui suivit, adressée au Portugal, de fermer ses ports aux Anglais, forcèrent Pombal à s’occuper de l’armée, que Jean V avait laissée réduite à 5 000 ou 6 000 hommes. Pombal appela le comte de Schaumbourg-Lippe* et le prince Charles de Mecklembourg-Strelitz* pour la réorganiser. Grâce à eux, près de 50 000 hommes furent mis sur pied et permirent de résister à l’Espagne jusqu’à la paix conclue par le traité de Fontainebleau en 1763. Le 7 mars 1764, il faisait signer le décret organisant le collège des nobles, doté des biens des jésuites, ouvert le 19 mars 1766.

Pombal garda une armée de 30 000 hommes. La marine de guerre, restaurée en même temps, comptait, en 1766, 12 vaisseaux de ligne et 14 frégates. Il n’y avait que 2 navires au début, du règne. Quant à la marine marchande, elle se voyait octroyer, le 10 septembre 1765, une liberté précieuse. Des vaisseaux isolés pourraient quitter Lisbonne, à toute époque, pour trafiquer au Brésil avec les provinces non engagées aux Compagnies à charte. En 1768, le marquis créait l’imprimerie royale, confiée à Nicolas Pagliardini. Il soutenait de son mieux les manufactures de soie, de laine, de papier, installait à grands frais une verrerie. En 1764/65, une attaque de paralysie et en 1768, une tumeur à la cheville, arrêtaient à peine son travail. Le départ des jésuites avait laissé le Portugal et ses colonies presque dénués de professeurs. Par, décret de 1772, Pombal ouvrait 837 écoles primaires ou secondaires. Il se faisait nommer cette même année lieutenant général de l’Université de Coimbre, réformait celle-ci, y créait des chaires d’histoire naturelle et de mathématiques, un jardin botanique, lui donnait les statuts qui la régiront longtemps. Le 12 août, il instituait un collège des arts au couvent de Mafra. Le roi, reconnaissant, faisait placer le portrait en relief de Pombal sur le socle de sa statue équestre, inaugurée à Lisbonne le 6 juin 1775. A ce moment, on découvrait un complot. Un Génois, Jean Baptiste Pelle, avait formé le projet de faire sauter l’appartement du marquis.

Cependant la domination de Pombal touchait à sa fin. Il ne devait pas présider lui-même au règlement d’une question qui le préoccupa longtemps et amena de nombreux conflits avec l’Espagne, jusqu’en 1777/1778. La délimitation entre les possessions espagnoles de l’Uruguay et le Brésil. Le roi Joseph, malade depuis 1774, mourut le 24 février 1777. La reine, sa femme Maria Ana Victoria, était régente depuis juin 1776. Le 5 février 1777, Pombal, prévoyant la mort de Joseph, demanda à résigner ses fonctions, annonçant qu’il laissait 78 millions de cruzados dans le Trésor royal. La demande n’ayant pas été agréée, il la renouvela le 1er mars. La nouvelle reine, dona Maria 1ère, l’autorisa le 4 à se retirer dans sa ville de Pombal, en lui maintenant ses appointements de secrétaire d’État et en lui donnant la commanderie de Santiago de Lanhozo, de l’ordre du Christ. Une réaction immédiate suivit sa chute.

Tous les prisonniers du règne précédent furent mis en liberté. Dans le cours de l’année 1777, les privilèges des Compagnies du Gran Para et de Pernambuco étaient dénoncés, ceux de la Compagnie d’Oporto étaient restreints. La reine Marie et son époux, d’une très grande dévotion, s’entouraient de membres du clergé et de nobles, hostiles au marquis. Un libelle de José Caldeira Soares Calhardo e Mendanha commença l’attaque. Pombal riposta par un procès et publia une Défense. Le 3 septembre 1779, la reine ordonna la suppression du libelle et de la défense, mais le 9 octobre elle faisait commencer, auprès de l’ancien ministre, une enquête qui dura, jusqu’au 15 janvier 1780. Au mois d’octobre suivant, elle autorisait la révision du procès des conjurés de 1758. Le 3 avril 1781, 15 juges sur 18 se prononçaient pour la réhabilitation des Tavora, en exceptant le duc d’Aveiro. Cependant il se produisit des hésitations ; l’avis des juges ne fut pas publié par la reine ; cela ne l’empêcha pas, le 16 août suivant, de promulguer un décret par lequel, revenant sur l’enquête de 1779, elle déclarait le marquis de Pombal « réellement coupable et digne d’un châtiment exemplaire », l’exemptant, à cause de son âge, de toute peine corporelle, mais le soumettant à toutes les restitutions, dommages et intérêts dont pourraient statuer les tribunaux. Le vieillard ne survécut guère à ce dernier coup. Il mourut le 8 mai 1782, à Pombal.

Il essaya de délivrer le Portugal non seulement de l’influence étrangère, mais aussi de l’Inquisition. Ce fut une forte secousse, accompagnée de nombreuses réformes, mais aux résultats décevants.

Le Portugal se ressentit ensuite violemment des suites de la Révolution française, principalement à cause de ses alliances avec l’Angleterre. Napoléon dans sa lutte contre l’Angleterre, força le Portugal à fermer ses ports aux Anglais. Puis, étant convenu, par un traité secret signé avec l’Espagne en 1807 à Fontainebleau, de partager le pays avec cette puissance, il en entreprit la conquête. Mais l’Angleterre le défendit comme sa province, elle embarqua la famille royale et l’établit au Brésil. Le Portugal, passé de fait sous protectorat anglais, ne retrouvera une véritable souveraineté qu’en 1820.

P.-S.

L’Europe au 18ème siècle Source : Imago mundi Texte de Léonardon/ article de Fabienne Manière/herodote/ evenement/17720428/dossier 414