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Avènement tumultueux de Marie-Thérèse de Habsbourg

lundi 9 juillet 2018, par ljallamion

Avènement tumultueux de Marie-Thérèse de Habsbourg

Empire de Charles VI en 1700Charles VI de Habsbourg meurt à Vienne le 20 octobre 1740. Il gouverne en souverain absolu les États héréditaires de la maison des Habsbourg, grand-duché d’Autriche, royaumes de Bohème et de Hongrie.

Comme ses prédécesseurs depuis 3 siècles, il fut également élu à la fonction essentiellement symbolique d’empereur du Saint Empire romain germanique.

N’ayant que des filles pour lui succéder, Charles VI a prévu par la Pragmatique Sanction* du 19 avril 1713 que son héritage pourrait revenir à l’aînée de celles-ci, Marie-Thérèse. Cette ordonnance impériale doit éviter le morcellement de ses États héréditaires. Mais elle n’est agréée que du bout des lèvres par les souverains européens. Sans compter que les règles de succession du Saint Empire romain germanique ne permettent pas à une femme de porter le titre impérial.

Le souverain mort, sa fille Marie-Thérèse tâche donc de lui succéder. Va s’ensuivre une longue guerre de Succession d’Autriche qui lui vaudra ses galons de grand chef d’État.

L’affaire survient à un moment-clé de l’histoire des monarchies.

A Berlin, Frédéric-Guillaume 1er, surnommé le Roi Sergent, est lui-même mort le 31 mai de la même année, laissant un petit État de 2 millions d’habitants mais aussi une armée parfaitement équipée et bien encadrée de 80.000 hommes, encore jamais employée.

Son fils lui a succédé sur le trône de Prusse sous le nom de Frédéric II.

Personne n’imagine l’esprit politique qui se cache derrière les bonnes manières de ce jeune homme de 27 ans, amoureux de la philosophie et ami de Voltaire auprès duquel il passera pour un « despote éclairé ».

A Moscou, la tsarine Anna Ivanovna meurt le 28 octobre. Son neveu Ivan IV alors âgé de 1 an est rapidement éliminé et la fille de Pierre le Grand, Elizabeth Petrovna, devient à son tour tsarine le 7 décembre 1741.

Quand arrive le moment de procéder à l’élection du nouvel empereur du Saint Empire romain germanique, les nouveaux souverains européens ne se font pas faute de contester les droits des Habsbourg d’Autriche.

En France, le roi Louis XV et son Premier ministre, le cardinal Fleury, sont disposés à respecter leurs engagements vis à vis des Habsbourg dans un souci d’équilibre européen. Ils ont acquis la conviction que l’Autriche ne représente plus un danger pour leur pays et qu’il ne servirait à rien de l’abaisser.

Mais l’opinion éclairée, à Paris, est d’un avis opposé. Les nobles rêvent d’en découdre avec l’ennemie séculaire, héritière de Charles Quint, voire de Charles le Téméraire et des Bourguignons.

Versailles envoie le maréchal de Belle-Isle, petit-fils du contrôleur général des finances Nicolas Fouquet, à la diète de Francfort* pour assister à l’élection du futur empereur par les Grands Électeurs, les archevêques de Trèves, Mayence et Cologne, le comte palatin du Rhin, les Électeurs de Saxe, Bavière, Brandebourg et Hanovre ; le neuvième Électeur étant l’archiduc d’Autriche, décédé.

Outrepassant les consignes de modération de Louis XV, Belle-Isle noue avec la Prusse, la Saxe, l’Espagne, la Pologne, la Sardaigne et la Bavière une grande coalition contre l’Autriche, chacun des coalisés ayant l’espoir de lui arracher quelques belles provinces.

Par un traité signé à Nymphenburg*, les coalisés promettent la couronne impériale au duc de Bavière, Charles-Albert de Wittelsbach.

Ainsi s’engage la guerre de Succession d’Autriche, coûteuse pour la France et annonciatrice des malheurs liés à la montée de la Prusse.

Les armées françaises commandées par le maréchal de Belle-Isle envahissent la Bohême. Le 26 novembre 1741, Maurice de Saxe attaque Prague et s’en empare.

Le nouveau roi de Prusse Frédéric II profite cependant de l’inexpérience de Marie-Thérèse alors âgée de 23 ans pour s’emparer sans coup férir de la province autrichienne de Silésie*, depuis longtemps convoitée. L’armée du Roi Sergent passe avec succès l’épreuve du feu en battant les Autrichiens à Mollwitz* en décembre 1741.

L’Électeur de Bavière Charles-Albert tire parti des premiers succès de la coalition pour se faire élire empereur sous le nom de Charles VII en janvier 1742 à la diète de Francfort.

Mais Marie-Thérèse riposte avec une énergie peu commune. Elle se rapproche de l’Angleterre, de la Russie et des Provinces-Unies. Elle détache aussi la Prusse de la coalition en signant avec Frédéric II le 28 juillet 1742, à Berlin, un traité unilatéral par lequel elle lui abandonne la Silésie.

Puis, entraînant derrière elle les nobles magyars*, elle chasse les Français de Bohême, saccage Munich et la Bavière, menace l’Alsace !

Un compromis se dessine. Marie-Thérèse conserverait ses domaines héréditaires, à savoir l’archiduché d’Autriche et les royaumes de Bohême et de Hongrie. Le titre impérial, purement symbolique, reviendrait au duc de Bavière.

La guerre, hélas, ne s’arrête pas là. Après la chute de son Premier ministre Walpole, en 1742, le roi d’Angleterre George II décide d’intervenir plus activement dans le conflit en faveur des Autrichiens. C’est ainsi que l’armée anglaise bouscule les Français sur le Rhin.

Le roi de Prusse, Frédéric II, renoue de son côté avec la France et attaque à nouveau l’Autriche. Louis XV se fait épauler par le maréchal Maurice de Saxe, un brillant condottiere* (mercenaire) au service de la France.

Le roi se rend lui-même à la guerre comme autrefois son aïeul Louis XIV. C’est là qu’il tombe gravement malade, à Metz, en 1744, et le peuple pleure et prie abondamment pour son rétablissement. Guéri, Louis XV reçoit le surnom de Bien-Aimé mais sa popularité ne survivra pas au dénouement de la guerre. Le 11 mai 1745, sur la frontière avec les Pays-Bas autrichiens* (l’actuelle Belgique), près de Tournai, Maurice de Saxe remporte sur les troupes anglo-autrichiennes du duc de Cumberland la victoire de Fontenoy.

Entre temps, à Francfort, Marie-Thérèse profite de la mort de l’empereur Charles VII de Bavière pour faire élire son mari à la tête de l’empire sous le nom de François 1er en 1745 on parlera désormais de la dynastie des Habsbourg Lorraine et non plus des seuls Habsbourg.

Le 26 décembre 1745, Frédéric II signe à Dresde un traité avec Marie-Thérèse. Il obtient de celle-ci confirmation de son annexion de la Silésie et se retire définitivement du conflit, laissant les Français seuls avec leurs difficultés.

Abandonnée par la Prusse, la France essuie quelques revers en Italie cependant qu’elle affronte les Anglais dans les colonies, en Amérique et aux Indes.

Mais le 2 juillet 1747, le maréchal de Saxe bat une nouvelle fois les Anglo-Hollandais du duc de Cumberland aux Pays-Bas, à Lawfeld*, en présence du roi. Il redresse avec brio la situation de la France. Louis XV sort enfin vainqueur de cette guerre globalement absurde.

A Aix-la-Chapelle*, lors des négociations de paix, le comte de Saint Séverin, qui représente la cour de Versailles, n’exige rien pour la France bien qu’il soit en mesure d’annexer les Pays-Bas autrichiens. « Sa Majesté très chrétienne a le souci de faire la paix non en marchand mais en roi », annonce-t-il aux plénipotentiaires ébahis.

En une époque où s’affirment avec forces les consciences nationales, le jeune roi alors âgé de 30 ans, craint avec raison que des annexions à l’emporte-pièce ne provoquent des conflits en cascade. Mais il pèche par excès de timidité en excluant d’emblée toute forme d’annexion.

La France restitue donc à l’Autriche les territoires conquis aux Pays-Bas ainsi que la Savoie et le comté de Nice. Elle reconnaît au mari de Marie-Thérèse de Habsbourg le droit à la couronne impériale. A la demande de l’Angleterre, elle promet même d’abattre les fortifications de Dunkerque et expulse le prétendant des Stuart !

La diplomatie européenne ne peut toutefois empêcher l’occupation de la Silésie par le roi de Prusse Frédéric II. C’est la première fois que la diplomatie entérine la conquête d’une province sans justification aucune. Ce précédent ne sera pas oublié.

Frédéric II apparaît comme le seul gagnant de la guerre. Il illustre les rapides progrès accomplis par la Prusse depuis sa transformation en royaume, en 1701.

P.-S.

L’Europe au 18ème siècle Source : Imago mundi Texte de Léonardon/ article de Fabienne Manière/herodote/ evenement/17720428/dossier 414