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Abû al-`Abbâs `Abd Allâh ben Muhammad ben `Alî ben al-`Abbâs dit As-Saffâh

lundi 2 avril 2018

Abû al-`Abbâs `Abd Allâh ben Muhammad ben `Alî ben al-`Abbâs dit As-Saffâh (vers 722-754)

Calife en 750

Descendant d’ Al-Abbas ibn Abd al-Muttalib , l’oncle de Mahomet. Il est proclamé calife à Koufa [1] après avoir renversé le dernier Omeyyade [2], Marwan II , et fonde ainsi la dynastie des Abbassides [3]. Son frère cadet Abû Ja`far lui sucède avec le surnom d’Al-Mansûr.

Abû Muslim perse issu d’une famille zoroastrienne [4], de son vrai nom `Abd er-Rahman ben Muslim était un sellier [5] exerçant sa profession dans le Khorasan [6]. Il prit son surnom d’Abû Muslim au cours de la guerre civile opposant les Omeyyades aux partisans de la famille de Mahomet qu’ils soient les descendants de Abbas ou ceux de `Alî. Certains chiites croyaient que As-Saffâh était le mahdi [7] attendu.

Le vendredi 31 octobre 749, la population de Koufa fut convoquée à la grande mosquée sans qu’on en connaisse la raison, Abû Salama al-Khallâl monta en chaire pour dire : « Que tous ceux qui sont en état de prendre les armes viennent ici demain vêtus de noir. » Alors chacun comprit que celui qui allait être élu pour abattre les Omeyyades ne serait pas un descendant d’Ali.

Le lendemain Abû Salama al-Khallâl, avec le soutien d’Abû Muslim, fit élire par la foule As-Saffâh comme calife avec pour mission de renverser les Omeyyades.

Lorsque le calife omeyyade Marwân II apprit cela, il prit sa famille et se dirigea vers l’ouest en traversant l’Euphrate. Le Khorasan était déjà en dissidence et avec ce serment à Koufa l’Irak échappait à son tour aux Omeyyades, aussi Marwân envisagea-t-il la fuite vers l’Anatolie [8] et de se mettre sous la protection du basileus [9] de l’Empire byzantin. Il préféra s’enfuir en Syrie où il pouvait espérer compter sur des appuis.

Les Syriens pour s’excuser de leur attachement aux Omeyyades et tout en prêtant serment au nouveau calife, affirmèrent avoir ignoré que Mahomet avait une autre famille que celle des Omeyyades.

L’armée omeyyade de Marwân rencontra l’armée du Khorasan dirigée par `Abd Allah ben `Alî un oncle d’As-Saffâh au sud de Mossoul [10] au confluent de la rivière Zâb [11] et du Tigre [12]. La bataille dura 2 jours, le deuxième jour ce fut la débandade pour l’armée de Marwân. De retour à Damas les habitants lui refusent l’entrée de la ville, il se dirige alors vers la Palestine et l’Égypte.

L’armée abbasside à la poursuite de Marwân, envahit la Syrie. À Damas les deux camps abbassides et omeyyade ont leurs partisans qui s’affrontent. Les partisans des Abbassides l’emportent et ouvrent la ville aux troupes d ’As-Saffâh. Les Omeyyades en fuite sont rejoints, Marwân est décapité, sa famille est faite prisonnière en juin 750.

Abd ar-Rahman ben Mu`âwîya ben Hichâm dit Abd el-Rahmann 1er fut l’un des rares survivants du massacre de la dynastie des Omeyyades. Aidé par des Arabes de Syrie il put s’enfuir et se réfugier en Al-Andalus [13]. Plus tard il se fit proclamer émir d’Al-Andalus dans la grande mosquée de Cordoue [14].

Les armées chinoises attaquent avec l’intention de reprendre la Transoxiane [15]. Une armée khurassanienne d’Abû Muslim, avec à sa tête le général Ziyad ben Salih, mène la contre-attaque. Les deux armées se rencontrent sur les rives de la rivière Talas [16] en 751. La victoire de Talas contre les Chinois a permis aux musulmans de découvrir certaines techniques chinoises. C’est ainsi qu’on a construit les premières papeteries de l’empire à Samarkand [17].

As-Saffâh envoie son frère cadet Abû Ja`far combattre Yûsuf ben Hubayra à Wasît [18] où il s’était retranché. Le siège fut installé et As-Saffâh employa des machines de guerre pour bombarder la ville. Les habitants voyant le nombre de victimes s’accroître sans percevoir d’issue, incitèrent Ibn Hubayra à demander la paix. Abû Ja`far accorda son pardon à tous et les laissa en liberté à condition de faire allégeance à As-Saffâh et pour Ibn Hubayra de ne pas quitter Wasît.

Quelque temps après, Abû Ja`far acquit la conviction qu’Ibn Hubayra se préparait à trahir. Il fit arrêter Ibn Hubayra et 42 de ses compagnons et parents qui furent exécutés.

As-Saffâh envoie alors Abû Ja`far dans le Khorasan pour y rencontrer Abû Muslim. Bien que ce dernier ait été à la base de l’insurrection et de la prise du pouvoir par les Abbassides, As-Saffâh se méfie de lui. Après s’être assuré de la fidélité d’Abû Muslim, Abû Ja`far repart à la rencontre du calife pour lui faire son rapport.

En 754, Abû Muslim désire faire le pèlerinage à La Mecque. De passage à Ray [19], il rencontre As-Saffâh et doit s’y arrêter quelque temps. Malgré les insinuations d’Abû Ja`far le présentant comme un danger pour le califat, As-Saffâh laisse Abû Muslim accomplir son pèlerinage et rentrer dans le Khorasan.

As-Saffâh désigne comme successeur son frère Abû Ja`far, qui doit promettre pour cela que son propre successeur serait `Isâ, fils du frère aîné d’As-Saffâh et d’Abû Ja`far.

Le court règne d’As-Saffâh fut occupé à reconstituer l’empire arabe, au moins dans sa partie orientale, l’Ifriqiya [20], le Maghreb et l’Al-Andalus échappèrent rapidement au contrôle des Abbassides. Il conduisit une politique plus tolérante pour les non musulmans et plus ouverte pour les musulmans non arabes. Des non musulmans et non arabes furent enrôlés dans les armées. Abû Muslim est resté le commandant des armées jusqu’en 755. Mais As-Saffâh a déçu ses supporters chiites qui espéraient que leur imam devienne calife.

As-Saffâh mourut en 754, son frère Abû Ja`far lui succéda avec le surnom d’Al-Mansûr. C’était un ennemi résolu d’Abû Muslim qui prenait le pouvoir.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du dictionnaire d’histoire universelle le petit mourre édition Bordas 2004 p 1165/Janine Sourdel et Dominique Sourdel, Dictionnaire historique de l’islam, Paris, PUF, coll. « Quadrige », 2004, 1e éd., 1056 p. (ISBN 978-2-13-054536-1)

Notes

[1] Koufa ou Kûfa est une ville d’Irak, environ 170 km au sud de Bagdad, et à 10 km au Nord-est de Nadjaf. Elle est située sur les rives du fleuve Euphrate. C’est la deuxième ville de la province de Nadjaf. Avec Kerbala, et Nadjaf, Koufa est une des trois villes irakiennes de grande importance pour les musulmans chiites. Sur une décision du calife `Omar, Koufa a été construite pour être un pôle d’immigration arabe dans le sud de la Mésopotamie, et de devenir la capitale. Les Arabes recherchaient un endroit où ils ne souffriraient pas de maladies. À l’emplacement de Koufa, il y avait une ville Sassanide qui faisait partie d’une province perse. Les quartiers arabes de la ville ont été construits en 638, à peu près au même moment qu’à Bassora, quand les armées arabes combattaient les Sassanides. La ville fut construite en briques cuites. On commença par construire la mosquée au centre de la ville à 1,5 km de l’Euphrate. On creusa un réservoir d’eau prévu pour 20 000 habitants. La population de Koufa était formée d’immigrants arabes venant soit de la région de La Mecque, soit du sud de l’Arabie, Yémen et Hadramaout, certains d’entre eux étaient chrétiens ou juifs. En 655, les habitants de Koufa soutiennent `Alî contre le calife `Uthman.

[2] Les Omeyyades, ou Umayyades sont une dynastie arabe de califes qui gouvernent le monde musulman de 661 à 750. Ils tiennent leur nom de leur ancêtre Umayya ibn Abd Shams, grand-oncle de Mahomet. Ils sont originaires de la tribu de Quraych, qui domine La Mecque au temps de Mahomet. À la suite de la guerre civile ayant opposé principalement Muʿāwiyah ibn ʾAbī Sufyān, gouverneur de Syrie, au calife ʿAlī ibn ʾAbī Ṭalib, et après l’assassinat de ce dernier, Muʿāwiyah fonde le Califat omeyyade en prenant Damas comme capitale, faisant de la Syrie la base d’un Califat qui fait suite au Califat bien guidé et qui devient, au fil des conquêtes, le plus grand État musulman de l’Histoire.

[3] Les Abbassides sont une dynastie arabe musulmane qui règne sur le califat abbasside de 750 à 1258. Le fondateur de la dynastie, Abû al-Abbâs As-Saffah, est un descendant d’un oncle de Mahomet, Al-Abbas ibn Abd al-Muttalib. Proclamé calife en 749, il met un terme au règne des Omeyyades en remportant une victoire décisive sur Marwan II à la bataille du Grand Zab, le 25 janvier 750. Après avoir atteint son apogée sous Hâroun ar-Rachîd, la puissance politique des Abbassides diminue, et ils finissent par n’exercer qu’un rôle purement religieux sous la tutelle des Bouyides au 10ème siècle, puis des Seldjoukides au 11ème siècle. Après la prise de Bagdad par les Mongols en 1258, une branche de la famille s’installe au Caire, où elle conserve le titre de calife sous la tutelle des sultans mamelouks jusqu’à la conquête de l’Égypte par l’Empire ottoman, en 1517.

[4] Le zoroastrisme est une religion monothéiste où Ahura Mazdâ est seul responsable de l’ordonnancement du chaos initial, le créateur du ciel et de la Terre. Le zoroastrisme est une réforme du mazdéisme, réforme prophétisée par Zarathoustra, dont le nom a été transcrit Zoroastre par les Grecs. Cette réforme, fondée au cours du 1er millénaire av. jc dans l’actuel Kurdistan iranien (Iran occidental), est devenue la religion officielle des Iraniens sous la dynastie des Sassanides (224-651), jusqu’à ce que l’islam arrive, même si cette religion a réussi à se fondre dans le patrimoine culturel iranien. En effet, les Iraniens indépendamment de leur religion, accordent beaucoup d’importance aux fêtes zoroastriennes.

[5] Personne qui fabrique, répare ou vend des objets d’équipement et de harnachement pour les chevaux.

[6] Le Khorassan (également orthographié Khorasan, Chorasan ou Khurasan) est une région située dans le nord-est de l’Iran. Le nom vient du persan et signifie « d’où vient le soleil ». Il a été donné à la partie orientale de l’empire sassanide. Le Khorassan est également considéré comme le nom médiéval de l’Afghanistan par les Afghans. En effet, le territoire appelé ainsi englobait en réalité l’Afghanistan actuel, le sud du Turkménistan, de l’Ouzbékistan et du Tadjikistan, ainsi que le nord-est de l’Iran.

[7] El Mahdi est le « sauveur » attendu de tous les musulmans à l’exception des coranites qui devrait apparaître à la fin des temps tel qu’annoncé par certains hadiths.

[8] L’Anatolie ou Asie Mineure est la péninsule située à l’extrémité occidentale de l’Asie. Dans le sens géographique strict, elle regroupe les terres situées à l’ouest d’une ligne Çoruh-Oronte, entre la Méditerranée, la mer de Marmara et la mer Noire,

[9] Basileus signifie « roi » en grec ancien. L’étymologie du mot reste peu claire. Si le mot est originellement grec mais la plupart des linguistes supposent que c’est un mot adopté par les Grecs à l’âge du bronze à partir d’un autre substrat linguistique de Méditerranée orientale, peut-être thrace ou anatolien.

[10] Mossoul est une ville du nord de l’Irak, chef-lieu de la province de Ninive, en Haute mésopotamie. Appartenant de jure à l’Irak, Mossoul est située sur les ruines de Ninive. C’est la ville qui lui a succédé comme métropole régionale à l’époque chrétienne. Elle est alors d’obédience nestorienne et abrite les tombes de plusieurs évangélisateurs. Prise en 641 par les Arabes, elle devient le principal pôle commercial de la région en raison de son emplacement, au carrefour des routes de caravanes entre la Syrie et la Perse. C’est à cette époque qu’elle devient réputée pour ses tissus fins de coton, les mousselines, ainsi que pour son marbre. Au 10ème siècle, l’émirat de Mossoul acquiert une quasi-indépendance avant de devenir au 11ème siècle la capitale d’un État seldjoukide. Au 13ème siècle, elle est conquise et pillée par les Mongols. En 1262, elle passe sous domination perse, puis ottomane.

[11] Le Grand Zab est une rivière, affluent du Tigre, qui prend sa source en Turquie. Un autre affluent du Tigre s’appelle le Petit Zab ou Caprus (Kapros) dans les textes grecs. En 750, le confluent du Grand Zab avec le Tigre a été le théâtre de la bataille du Grand Zab entre le dernier des califes omeyyades, Marwan II, et l’armée du Khorasan dirigée par `Abd Allah ben `Alî, un oncle du futur Abû al-`Abbâs As-Saffâh. Un peu plus tard, ce dernier massacre la famille omeyyade et ne laisse qu’un survivant, le futur calife omeyyade de Cordoue, `Abd al-Rahman 1er. Abû al-`Abbâs prend le pouvoir et devient le premier des califes abbassides sous le nom d’As-Saffah ("Le Sanguinaire" en juin 750). Jusqu’en 1915, les rives du Grand Zab ont abrité la majorité des chrétiens dits Assyriens, avec pour centre Hakkari dans l’actuelle Turquie.

[12] Le Tigre est un fleuve de Mésopotamie long de 1 900 km. Ce fleuve prend sa source en Turquie comme l’autre grand fleuve de la région l’Euphrate.

[13] Al-Andalus est le terme qui désigne l’ensemble des territoires de la péninsule Ibérique et de la Septimanie qui furent sous domination musulmane de 711 (premier débarquement) à 1492 (chute de Grenade). L’Andalousie actuelle, qui en tire son nom, n’en constitua longtemps qu’une petite partie. La conquête et la domination du pays par les Maures furent aussi rapides qu’imprévues et correspondirent à l’essor du monde musulman. Al-Andalus devint alors un foyer de haute culture au sein de l’Europe médiévale, attirant un grand nombre de savants et ouvrant ainsi une période de riche épanouissement culturel

[14] Cordoue est une ville située dans le sud de l’Espagne, en Andalousie. Cordoue est la capitale de la province homonyme. La ville est située sur le Guadalquivir. Les musulmans conquirent la ville en 711. Elle devient alors le principal centre administratif et politique de l’Espagne musulmane (al-Andalus). À partir de 756, elle est la capitale de l’émirat de Cordoue, fondé par le prince omeyyade Abd al-Rahman 1er.

[15] La Transoxiane est l’ancien nom d’une partie de l’Asie centrale située au-delà du fleuve Oxus (actuel Amou-Daria). Elle correspond approximativement à l’Ouzbékistan moderne et au sud-ouest du Kazakhstan.

[16] La bataille de Talas ou bataille de la rivière Talas eut lieu en juillet 751, sur les rives de la rivière Talas au Kirghizistan près de la ville du Kazakhstan Taraz, autrefois Jambyl, entre les troupes abbassides, soutenues par des contingents tibétains et les troupes chinoises de la dynastie Tang, alors dirigée par Tang Xuanzong pour le contrôle de la région d’Asie centrale de Syr-Daria

[17] Samarcande ou parfois Samarkand est une ville d’Ouzbékistan, capitale de la province de Samarcande. Elle fut une des plus grandes cités d’Asie centrale. Lors de ces différentes occupations, Samarcande a abrité des communautés religieuses diversifiées et est devenue le foyer de plusieurs religions tel que le Bouddhisme, le Zoroastrisme, l’Hindouisme, le Manichéisme, le Judaïsme et l’Église de l’Orient. Les armées des Omeyyades sous Qutayba ben Muslim conquièrent la ville vers 710. Après la conquête de la Sogdiane, l’Islam devient la religion dominante à Samarcande où beaucoup d’habitants se convertissent. Selon la légende, durant le règne des Abbassides, le secret de la fabrication du papier est obtenu de deux Hans, prisonniers faits lors de la Bataille de Talas en 751. Cette invention permit la fondation de la première papeterie de Samarcande et se diffusa dans le reste du monde islamique et plus tard en Europe

[18] Wasit est le nom d’un site archéologique d’Irak. Elle a été nommée ainsi par son fondateur car elle est à mi-chemin de Bassora et Bagdad sur la rive gauche du Tigre. La ville de Wâsit a été fondée par Al-Hajjaj ben Yusef en 702 pour être sa résidence lui permettant de contrôler la frontière avec la Perse.

[19] Rayy, Ray ou Rey actuellement Chahr-e-Rey autrefois Ragâ dans l’Avesta, Ragès dans la Bible, Rhagès sous Alexandre le Grand puis Europos pour les Séleucides et nommée ensuite Arsacia par les Parthes arsacides. Ville de la province de Téhéran, située à 10 km au sud de la ville de Téhéran dans le district de Shahrak-e Rah-Ahan du district 20.

[20] L’Ifriqiya, est une partie du territoire d’Afrique du Nord pour la période du Moyen Âge occidental, qui correspond aux provinces d’Afrique romaine dans l’Antiquité tardive. Le territoire de l’Ifriqiya correspond aujourd’hui à la Tunisie, à l’est du Constantinois (est de l’Algérie) et à la Tripolitaine (ouest de la Libye). C’est sous ce nom que ce territoire est connu au moment de l’arrivée des Arabes musulmans et de la résistance qui leur est opposée par les populations berbères païennes, chrétiennes ou juives. Le continent, qui était auparavant nommé « Libye » par Hérodote tire son nom de cette dénomination que les Romains imposèrent par leur conquête.