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Abû Ja far al-Mansûr Abd Allah ben Muhammad al-Imâm dit Al-Mansur

mardi 16 août 2016

Abû Ja far al-Mansûr Abd Allah ben Muhammad al-Imâm dit Al-Mansur (714-775)

2ème calife abbasside en 754

Il succède à son frère Abû al-Abbâs as-Saffah . Considéré comme le véritable fondateur du Califat abbasside, Al-Mansur est né à al-Humaymah. Son père était Muhammad, petit-fils de Abbas et sa mère berbère. Bien qu’ayant été désigné par son frère Abû al-`Abbâs comme son successeur, Abû Ja`far al-Mansûr fut contesté par certains de ceux qui avaient mis son frère au pouvoir. Abû Muslim aida Al-Mansûr à se défaire de ses adversaires.

Après la prise de pouvoir en Espagne par Abd al-Rahman, rescapé du massacre des Omeyyades par les Abbassides, Al-Mansûr décida d’envoyer une ambassade auprès du roi des Francs, Pépin le Bref, qui resta plusieurs années en Gaule avant de revenir. La demande d’attaquer Abd ar-Rahman n’ayant pas été reçue, ils auraient obtenu que le roi des Francs s’oppose à une action directe des Omeyyades contre les Abbassides.

Al-Mansûr, soucieux de la solidité de l’empire et sans doute jaloux des succès d’Abû Muslim, fit assassiner celui qui avait pourtant été à la source de la victoire abbasside sur les Omeyyades. Al-Mansûr avait nommé ce dernier gouverneur de l’Égypte, un moyen de l’éloigner de ses partisans du Khorasan [1], et avait nommé l’un des principaux lieutenants de Abû Muslim dans cette province, une façon de lui faire payer sa trahison. Abû Muslim refusa sa nomination, mais à cause de la trahison des siens il ne pouvait plus combattre et se résolut à aller à la rencontre d’Al-Mansûr. Le calife fit mine de vouloir l’honorer en le recevant avec faste. Au cours d’une dernière rencontre, Al-Mansûr fit tuer à coups de sabre Abû Muslim en sa présence, l’appelant à cette occasion “Abû Mujrim”.

Après la mort d’Abû Muslim, un de ses amis habitant Nichapur [2] voulu le venger en envahissant l’Irak. Arrivée à Ray [3], cette armée fut défaite par l’armée abbasside.

Al-Mansûr pensait que le pouvoir des Abbassides ne devait pas être contesté. En cumulant les fonctions religieuse et royale, il reproduisait le schéma du pouvoir omeyyade s’aliénant ainsi les chiites qui avaient pourtant été les instruments de la prise de pouvoir par Abû al-Abbâs et réclamaient le califat pour leurs imams.

En 758, Al-Mansûr dut faire face à une révolte kharijite [4] dans la région de Bassora [5]. Employant de nouveau le même stratagème de la fausse réception de réconciliation, il put isoler ses adversaires et les faire exécuter.

Al-Mansûr surnomma « al-Mahdî » son fils Muhammad et l’envoya lutter contre les opposants chiites dans le Khorasan. Il avait réussi à arrêter l’imam Ali Zayn al-Âbidîn , en 758 lors de son pèlerinage à La Mecque, mais depuis il recherchait vainement les deux fils d’Abd Allah ben al-Hasan : Muhammad et Ibrâhîm. Le second avait pris surnom de Hadî et Muhammad celui de Mahdî. Ainsi le fils de l’imam était-il « Muhammad al-Mahdî de la famille de Alî », et le fils de Al-Mansûr « Muhammad al-Mahdî de la famille du prophète ».

Pour plus de sécurité les deux fils d’Abd Allah ben al-Hasan, Muhammad et Ibrâhîm se séparèrent. Ibrâhîm s’est réfugié à Bassora. Muhammad continua à parcourir le Hedjaz [6] et son fils Alî partit pour l’Égypte. Al-Mansûr fit arrêter Alî et son grand-père Abd Allah ainsi que d’autres membres de la famille vers 761. Un an après, Alî et Abd Allah furent mis à mort

En 762, Muhammad fit savoir à Ibrâhîm qu’il allait brandir l’étendard de la révolte contre Al-Mansûr. Ibrâhîm tomba malade ce qui l’empêcha de rejoindre son frère à La Mecque. Muhammad fit prisonnier le gouverneur de Médine [7]. Pendant ce temps Al-Mansûr était dans les environs de Bagdad qu’il commençait à faire construire. Apprenant la capture du gouverneur de Médine, Al-Mansûr alla à Koufa  [8] ; De là il y eut un échange de lettres. Le 4 décembre 762, Les armées du calife arrivèrent à Médine. La petite troupe de Muhammad ne put résister et Muhammad fut tué d’un coup de sabre. Sa tête fut envoyée à Al-Mansûr.

Ibrâhîm qui était à Bassora, recrutait des troupes pour soutenir son frère. Le gouverneur de Bassora cherchait à l’arrêter ainsi que ses partisans, aussi Ibrâhîm quitta Bassora. Il se rendit vers Ahvaz [9] au Khuzestân [10]. Al-Mansûr envoya une armée venant de Syrie qui fut battue par les troupes d’Ibrâhîm. Il y avait aussi des insurgés à Koufa et à Mossoul [11]. Ces derniers voulaient rejoindre Bassora au moyen de bateaux sur le Tigre. Ce projet fut déjoué par les soldats d’Al-Mansûr qui détruisirent la flotte et tuèrent les partisans d’Ibrâhîm. Al-Mansûr était très inquiet, il ne prenait plus part aux plaisirs de la cour et du harem.

Une bataille eut lieu aux environs de Koufa. Ce fut une victoire pour les troupes d’Ibrâhîm. À midi, l’armée d’Al-Mansûr ne comptait plus que 500 des 18 000 combattants du départ. Une armée de renfort envoyée de Bassora prit les troupes d’Ibrâhîm à revers. Les fuyards du premier combat furent arrêtés par un canal qu’ils ne pouvaient franchir, ainsi Ibrâhîm se trouva encerclé et fut tué par une flèche. On lui trancha la tête.

Al-Mansûr était à ce moment-là à Koufa et s’apprêtait à partir vers Ray pour s’y réfugier car il venait d’apprendre la déroute subie par ses armées dans la matinée. C’est alors qu’on lui apporta la tête d’Ibrâhîm placée sur un bouclier. Alors Al-mansûr changea de vêtements et reprit ses plaisirs

Pour arrêter les fils de Alî Zayn al-Âbidîn, le calife fera plusieurs campagnes au Khorasan et à Médine, toujours vainement.

Le gouverneur du Khorasan était peu sûr. Prétextant du besoin de combattre les Turcs aux frontières, Al-Mansûr fit une campagne au Khorasan en se débarrassant de son gouverneur. Dans le même temps le Tabaristan [12] se rebellait, il fut conquis en 760.

Il eut aussi à combattre son neveu Isâ qui prétendait à la succession malgré son grand âge. Al-Mansûr demanda conseil à Khâlid de la famille barmécide [13]. Il le chargea d’interroger Isâ sur ses intentions avec trois autres hommes de confiance. Malgré la réponse négative de Isâ, ils dirent à Al-Mansûr que celui-ci était prêt à renoncer publiquement à ses droits. Quand Isâ vint voir Al-Mansûr, il nia avoir accepté de renoncer ; ce fut l’occasion de l’accuser de parjure. Isâ, discrédité, renonça finalement à son droit de succession et Al-Mahdî devint le successeur désigné vers 765.

La tolérance des Abbassides envers les populations non arabes permit l’expression des arts. En Perse, un mouvement contre la prééminence arabe se développa, “la chu`ûbîya” proclamant la supériorité de la culture persane sur la culture arabe.

Beaucoup de non arabes se convertissaient à l’islam, bien que le califat ne l’encourageât pas car c’était une perte de recettes fiscales : les musulmans ne payaient pas l’impôt personnel [14] auquel étaient soumis les dhimmis [15]. Au cours du règne de Al-Mansûr la proportion de musulmans dans la population doubla presque, passant de 8 % à 15 %.

Il construisit Bagdad et en fit sa capitale. Il fut le premier souverain arabe à s’intéresser aux sciences.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Janine Sourdel et Dominique Sourdel, Dictionnaire historique de l’islam, PUF, coll. « Quadrige »,‎ 2004, 1056 p. (ISBN 978-2-13-054536-1)

Notes

[1] Le Khorassan est une région située dans le nord-est de l’Iran. Il a été donné à la partie orientale de l’empire sassanide. Le Khorassan est également considéré comme le nom médiéval de l’Afghanistan par les Afghans. En effet, le territoire appelé ainsi englobait en réalité l’Afghanistan actuel, le sud du Turkménistan, de l’Ouzbékistan et du Tadjikistan, ainsi que le nord-est de l’Iran.

[2] Nishapur est une des principales villes de la région du Khorassan, en Iran. Elle est construite par les sassanides : Shapur 1er la fonde, Shapur II la reconstruit, d’où son nom de Nev-Shabur. Elle fut un évêché nestorien au 5ème siècle. Occupée par les Arabes en 651. Les révoltes ne sont pacifiées qu’en 692. En 901, elle tombe aux mains des Samanides. Des tremblements de terre la détruisent.

[3] Rayy, Ray ou Rey actuellement Chahr-e-Rey, autrefois Ragâ dans l’Avesta, Ragès dans la Bible sous Alexandre le Grand puis Europos pour les Séleucides et nommée ensuite Arsacia par les Parthes arsacides. Ville de la province de Téhéran, située à 10 km au sud de la ville de Téhéran dans le district de Shahrak-e Rah-Ahan du district.

[4] Le kharidjisme ou kharijisme est une secte de l’islam apparue lors de la première fitna et le conflit entre Ali et Mu’awiya. Selon al-Shahrastani, un khariji est toute personne qui se révolte contre le dirigeant autour duquel sont réunis les musulmans. Les khawarij sont ainsi considérés comme des dissidents. Le kharijisme est l’une des toutes premières factions apparues en Islam. Les kharijites se divisèrent, par la suite, en une multitudes de groupes (près d’une vingtaine).

[5] Al-Basra

[6] Le Hedjaz est une région du nord-ouest de l’actuelle Arabie saoudite. Sa principale ville est Djeddah, mais la cité la plus connue est La Mecque, ainsi que Médine. Cette région fut contrôlée tour à tour durant la majeure partie de son histoire par les puissances régionales, l’Égypte ou l’Empire ottoman. Elle fut néanmoins brièvement indépendante au début du 20ème siècle, lorsqu’elle se souleva contre l’Empire ottoman lors d’une rébellion encouragée par Lawrence d’Arabie durant la Première Guerre mondiale. Husseyn ibn Ali, chérif de la Mecque, proclama son indépendance en 1916. En 1924-1925, l’autorité du chérif fut renversée par les ibn Saoud, régnant sur la nation voisine du Nejd. Cette annexion permit la création de l’Arabie saoudite moderne en 1932.

[7] Médine est une ville d’Arabie saoudite, capitale de la province de Médine, située dans le Hedjaz. C’est là que vint s’installer en 622 à l’hégire le prophète de l’islam, Mahomet, après qu’il eut, selon le Coran, reçu l’ordre de Dieu de quitter La Mecque, ville distante de plus de 430 km. C’est aussi là qu’il mourut et fut enterré en 632. La ville abrite son tombeau dans la Masjid An Nabawi (mosquée du Prophète) ainsi que les premiers califes Abou Bakr et Omar, les autres personnes importantes de l’islam restant au cimetière Al-Baqi.

[8] Koufa ou Kûfa est une ville d’Irak, environ 170 km au sud de Bagdad, et à 10 km au Nord-est de Nadjaf. Elle est située sur les rives du fleuve Euphrate. C’est la deuxième ville de la province de Nadjaf. Avec Kerbala, et Nadjaf, Koufa est une des trois villes irakiennes de grande importance pour les musulmans chiites.

[9] Ahvaz est une ville d’Iran située sur les bords de la rivière Karun au milieu de la province du Khuzestan dont elle est la capitale. Elle a une élévation de 20 mètres par rapport au niveau de la mer.

[10] Le Khouzistan, Khuzestan ou Khouzestan est une des 30 provinces d’Iran. Elle est située au sud-ouest du pays, aux confins de l’Irak et du Golfe Persique. Sa capitale est Ahvaz et elle couvre une surface de 62 238 km².

[11] Mossoul est une ville du nord de l’Irak, chef-lieu de la province de Ninive, en Haute mésopotamie. Mossoul est située sur les ruines de Ninive. C’est la ville qui lui a succédé comme métropole régionale à l’époque chrétienne. Elle est alors d’obédience nestorienne et abrite les tombes de plusieurs évangélisateurs. Prise en 641 par les Arabes, elle devient le principal pôle commercial de la région en raison de son emplacement, au carrefour des routes de caravanes entre la Syrie et la Perse. C’est à cette époque qu’elle devient réputée pour ses tissus fins de coton, les mousselines, ainsi que pour son marbre. Au 10ème siècle, l’émirat de Mossoul acquiert une quasi-indépendance avant de devenir au 11ème siècle la capitale d’un État seldjoukide.

[12] Le Mazandaran ou Mazandéran appelé autrefois Tabaristan est une province du nord de l’Iran, délimitée par la Mer Caspienne au nord. Le Mazandéran était une partie de la province d’Hyrcanie au temps de l’Empire perse.

[13] Les Barmécides ou Barmakides sont les membres d’une famille de la noblesse persane originaire de Balkh en Bactriane (au nord de l’Afghanistan ). Cette famille de religieux bouddhistes devenus zoroastriens puis convertis à l’islam a fourni de nombreux vizirs aux califes abbassides. Les Barmakides avaient acquis une réputation remarquable de mécènes et sont considérés comme les principaux instigateurs de la brillante culture qui se développa alors à Bagdad.

[14] Jizya

[15] Un dhimmi est un citoyen non-musulman d’un État musulman, lié à celui-ci par un « pacte » de protection. Le terme dhimmi s’applique essentiellement aux « gens du Livre », qui, dans le champ de la gouvernance islamique, moyennant l’acquittement d’un impôt de capitation (jizya), d’un impôt foncier (kharâj), d’une certaine incapacité juridique et du respect de certaines obligations discriminantes édictées dans un « pacte » conclu avec les autorités, se voient accorder une liberté de culte restreinte, certains droits ainsi que la garantie de sécurité pour leur personne et leurs biens.