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Marguerite-Thérèse d’Autriche infante d’Espagne

mercredi 10 mai 2017, par ljallamion (Date de rédaction antérieure : 25 mars 2017).

Marguerite-Thérèse d’Autriche infante d’Espagne (1651-1673)

Impératrice consort du Saint Empire-Reine consort de Germanie, de Bohême et de Hongrie-Archiduchesse consort d’Autriche

Portrait de l'infante Marguerite-Thérèse à l'âge de 8 ans, 1659 (Musée du Prado, Madrid)Fille du roi d’Espagne Philippe IV et de sa seconde épouse et nièce, Marie-Anne d’Autriche, et la demi-sœur de Marie-Thérèse d’Autriche, reine consort de France, femme de Louis XIV. Son frère Charles II sera le dernier Habsbourg roi d’Espagne.

Philippe IV était alors un homme proche de sa fin. La santé fragile de ses deux enfants survivants l’amena à inclure dans son testament des clauses envisageant avec précision les possibilités de successions. Les descendants de sa sœur Anne d’Autriche et de sa fille Marie-Thérèse d’Autriche, étant membre de la dynastie française ennemie furent exclus en vertu de la renonciation au trône de l’infante Marie-Thérèse à son mariage avec Louis XIV, accord qui faisait partie intégrante du Traité des Pyrénées. À aucun moment Philippe IV n’envisagea que le monarque français ou l’un de ses descendants puissent accéder à la couronne d’Espagne en cas de mort prématurée de son fils Charles II. La succession revenait aux héritiers de l’infante Marguerite-Thérèse, alors promise à l’empereur Léopold 1er, c’est-à-dire qu’était suivie la logique Habsbourg de fidélité à la famille et à la dynastie.

Le comte de Pötting [1], fut envoyé à la cour de Madrid début 1663, avec pour mission d’obtenir la main de l’Infante pour son maître Léopold 1er. Les bans furent publiés le 6 avril 1663, confirmés par la signature du contrat par Pötting et le duc de Medina de las Torres le 18 décembre de la même année. Le lien de parenté qui unissait les deux futurs époux n’était pas non plus un obstacle sinon canonique mais une dispense était souvent délivré par le pape. On ignorait alors les dangers d’unions consanguines répétées dont les conséquences seront l’extinction des Habsbourg d’Espagne.

À la mort du roi en septembre 1665, la reine mère Marie-Anne d’Autriche était devenue régente de la monarchie au nom du petit Charles II, qui avait à peine 4 ans.

Le mariage de Marguerite-Thérèse était d’une importance capitale pour l’avenir de la monarchie, car le testament de Philippe IV prévoyait sans ambiguïté que les infantes pouvaient hériter. Le droit castillan n’excluait pas les femmes de la ligne de succession ni ne les privaient de leur droit à monter sur le trône, ce qui avait d’énormes conséquences sur la formulation du testament du roi. Cependant, les héritiers mâles primaient sur les femmes, et les princes héritaient du trône alors que les infantes, au moment de leur mariage à d’autres monarques ou à l’empereur, devaient généralement renoncer à leurs droits de succession.

L’infante Marguerite-Thérèse était la candidate favorite du roi à la succession de la monarchie en cas de décès de Charles II. Elle était promise depuis sa naissance à Léopold 1er, cependant son mariage fut inhabituellement retardé sous le règne de Philippe IV.

Les véritables raisons de ce mariage tardif sont à chercher dans la politique internationale de l’époque : la minorité problématique de l’héritier universel, le décès envisageable de ce même héritier, et la lutte acharnée des grandes cours européennes pour obtenir le contrôle des vastes territoires de la Monarchie catholique étaient à prendre en considération.

Alors qu’à Madrid, le roi Philippe IV gardait sa fille auprès de lui au cas où le problème dynastique viendrait à s’aggraver, à Vienne l’empereur Léopold 1er pressait le mariage avec Marguerite-Thérèse pour trois raisons : la nécessité d’un héritier ; assurer ses prétentions au trône d’Espagne en cas de décès de Charles II, puisque Louis XIV, son grand rival, s’était marié avec la fille aînée de Philippe IV, ce qui faisait de lui le concurrent principal pour la course à la succession ; et enfin raviver les relations entre les deux branches de la Maison d’Autriche qui s’étaient refroidies depuis le milieu du siècle.

Quand Marie-Anne d’Autriche accéda à la régence en septembre 1665, son frère Léopold 1er et ses conseillers virent en elle un bastion essentiel de la politique extérieure de l’Empire. Léopold pensait qu’une fois Marie-Anne au pouvoir, son mariage avec l’infante s’en verrait accéléré mais il n’en fut pas ainsi.

Madrid avança que, si les noces de l’empereur et de l’infante avaient été retardée, c’est qu’il fallait résoudre des problèmes plus urgents en ce début de régence, cependant, la raison de fond demeurait la succession, il fallait attendre prudemment que le petit roi montre des indices qui prouveraient qu’il était suffisamment solide pour survivre à l’enfance.

Finalement, les noces furent célébrées par procuration le jour de Pâques, le 25 avril 1666 à la cour de Madrid. Le duc de Medinaceli [2] représentait l’empereur, le petit Charles II et la reine Marie-Anne étaient présents, ainsi que le comte de Pötting, ambassadeur impérial, et les Grands de la Cour. Le duc d’Alburquerque [3] fut désigné comme grand camérier [4] pour le voyage jusqu’en Allemagne de la princesse.

L’impératrice infante et sa suite partirent de Madrid le 28 avril pour se rendre à Dénia [5], où, après un repos de quelques jours, ils embarquèrent sur les bateaux de l’armada royale, qu’escortaient les galères de Malte et celles du grand duc de Toscane [6] le 16 juillet.

L’Armada se dirigea ensuite vers Barcelone, où elle arriva le 18 juillet, accompagnée de 27 galères, et elle fut reçue par de grandes festivités tout le temps qu’elle demeura à la cité comtale. L’impératrice se sentit légèrement indisposée, ce qui retarda le départ jusqu’au 10 août, où elle embarqua de nouveau, direction finale où elle arriva le 20 août et fut reçue par don Luis Guzmán Ponce de León, gouverneur de l’État de Milan. Le cortège reprit la route le 1er septembre et parvint à Milan le 11 du même mois, bien que l’entrée triomphale dans la ville ne se fît que le 15. Le 24 septembre, il quitta la capitale lombarde et pris le chemin de Venise. Le 8 octobre, il fit étape à Roveredo [7], où le duc d’Alburquerque, au nom du roi et de la reine gouverneur présenta à l’impératrice le prince de Dietrichstein et le cardinal Harrach, évêque de Trente [8]. Le 20 octobre, le nouveau cortège partit de Roveredo, traversa le Tyrol [9], passa par la Carinthie [10] et la Styrie [11], et arriva le 25 novembre à Schottwien*, à douze lieues de Vienne, où l’empereur vint chercher son épouse. L’entrée officielle à Vienne eut finalement lieu le 5 décembre. Les festivités qui eurent lieu dans la capitale autrichienne pour célébrer le mariage impérial furent parmi les plus splendides de l’époque baroque.

Dévote, Marguerite-Thérèse incita Léopold 1er à chasser les juifs de Vienne.

L’impératrice Marguerite mourut à Vienne le 12 mars 1673, à 22 ans, des suites de son quatrième accouchement. Sa dépouille repose dans la crypte des Capucins à Vienne [12].

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en espagnol intitulé « Margarita Teresa de Austria »

Notes

[1] Pötting est une commune autrichienne du district de Grieskirchen en Haute-Autriche.

[2] Medinaceli, parfois en français Médina-Celi, est une ville d’Espagne, dans la province de Soria, en Castille-et-León. Elle tire son nom de l’arabe madīnat salīm, la « ville de Salim ». Elle tire son nom de la « ville de la paix » car c’est à Médinaceli que meurt Almanzor, de retour d’un expédition militaire infructueuse à Compostelle. Almanzor n’avait de cesse de guerroyer et son décès ouvre la porte à l’espoir d’une période de paix. Elle est la capitale historique de la comarque de Tierra de Medinaceli, dont le chef-lieu actuel est Arcos de Jalón. C’est un des plus beaux villages d’Espagne, riche en vestiges romains et arabes.

[3] Alburquerque est une commune d’Espagne, dans la province de Badajoz, communauté autonome d’Estrémadure.

[4] Dans l’Église catholique romaine, le camérier est un membre de la Famille pontificale, chargé du service personnel du pape. Il y avait aussi des camériers auprès des cours des princes évêques du Saint Empire romain germanique. Au Moyen Âge, le terme désigne ce que de nos jours on nomme un camerlingue. Par la suite, il désigne ce qu’au Moyen Âge on nommait des « chambriers » (cubiculari), c’est-à-dire des responsables de la chambre à coucher (cubiculum) du pape. Celle-ci constitue un véritable office au sein du Latran, sur le modèle byzantin. D’abord simples domestiques du pape, les camériers acquièrent de plus en plus d’importance au fil des siècles.

[5] Dénia, est une commune d’Espagne de la province d’Alicante dans la Communauté valencienne. Elle est le chef-lieu de la comarque de La Marina Alta, sur la Costa Blanca, à mi-chemin entre Alicante et Valence. Elle est située dans la zone à prédominance linguistique valencienne.

[6] Le Grand-duché de Toscane est fondé officiellement au début du 16ème siècle, lorsque Cosme de Médicis reçoit le titre de Duc puis de Grand-Duc. Le Grand-duché disparaît en 1801, lorsque Napoléon Bonaparte, le transforme en royaume d’Étrurie.

[7] Roveredo est une commune suisse du canton des Grisons, située dans la région de Moesa.

[8] En 1027, l’empereur confie le comté de Trente, ainsi que les comtés de Botzen et de Vintschgau, à l’évêque de Trente et érige la principauté ainsi formée en principauté immédiate du Saint Empire. En 1801, les princes évêques perdent la ville et ses dépendances du Tyrol, qui sont sécularisées et incorporées à l’Autriche. En 1929, le diocèse est érigé en archevêché.

[9] Le comté de Tyrol était un comté du Saint Empire romain germanique, ayant pour capitale la ville de Merano puis à partir de 1420, Innsbruck. C’est en 1140 que naît le comté. Cet État a existé pendant plus de 750 ans, jusqu’à sa division en 1919 par le traité de Saint-Germain-en-Laye.

[10] La Carinthie est limitrophe à l’ouest du Tyrol oriental, au nord et nord-est du Land de Salzbourg, de la Styrie, au sud de la province frontalière de Carinthie sur le territoire de la Slovénie, et de l’Italie (région italienne de Frioul-Vénétie julienne).

[11] En 1180, la Styrie, qui était jusqu’alors une partie du duché de Carinthie, devient elle-même un duché. En 1192, entre en application le traité de Georgenberg, conclu en 1186, selon lequel la Styrie était devenue une partie de l’Autriche. En raison des divisions des héritiers Habsbourg, la Styrie devient la partie centrale de l’Autriche Intérieure.

[12] La crypte des Capucins à Vienne renferme les sépultures de la maison de Habsbourg depuis 1633, famille ayant régné sur le Saint Empire romain germanique et sur l’Autriche ainsi que la Hongrie et la Bohême.