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Antoine Cassymatas dit Antoine 1er de Constantinople

mardi 16 août 2016, par ljallamion

Antoine Cassymatas dit Antoine 1er de Constantinople (mort vers 836/837)

Patriarche de Constantinople de janvier 821 à sa mort

Sainte-Sophie Église devenue mosquée puis muséeD’origine modeste semble-t-il, il avait une formation de nomikos [1], et assura egkuklios paideia [2])dans l’école de nomê [3] qui se trouvait près de l’église Saint-Théodore.

Il se fit moine et adopta alors le nom d’Antoine. Il fut higoumène [4] du monastère Tôn Mêtropolitôn, et en 814 il était évêque de Syllaion [5], en Pamphylie [6], probablement nommé par l’empereur Léon V l’Arménien, sur le trône depuis le 10 juillet 813.

Il devint avec Jean le Grammairien, alors higoumène du monastère de Saints-Serge-et-Bacchus, l’un des deux conseillers de cet empereur en matière de religion. Au printemps 814 après la mort du khan Kroum le 14 avril, ils furent formellement chargés par l’empereur de monter le dossier documentaire qui devait servir au rétablissement de l’iconoclasme [7].

Le patriarche Nicéphore 1er fut tenu totalement à l’écart. Antoine et Jean rendirent visite à de grandes figures du clergé comme Euthyme de Sardes , retiré dans son monastère de l’Opsikion [8], pour tenter de les rallier au projet.

Le jour de Noël 814 eut lieu au Palais, en présence de l’empereur, une confrontation, très tendue, avec les principaux défenseurs du culte des images, notamment le patriarche Nicéphore, Théodore Studite, et Euthyme de Sardes. En janvier 815, les travaux de la commission aboutirent à la reconstitution de “l’horos” du concile de Hiéreia  [9] . Le patriarche Nicéphore avait d’ailleurs commencé à répondre par écrit, point par point [10]. Cet affrontement eut une grande importance dans l’histoire de la renaissance culturelle byzantine du 9ème siècle.

Finalement, le 13 mars 815, Nicéphore fut déposé et exilé en Bithynie  [11] . Il fut remplacé, non pas par l’un des deux conseillers religieux principaux, mais par un haut fonctionnaire laïc, Théodote Mélissène Cassitéras , lié par sa famille au grand empereur iconoclaste du siècle précédent, Constantin V.

Léon V fut assassiné le jour de Noël 820 par les partisans de Michel le Bègue , incarcéré pour complot et condamné à mort. Sorti de prison, ce dernier fut proclamé empereur et couronné par le patriarche Théodote, qui mourut au cours du mois suivant.

À l’annonce de l’assassinat, les soldats du thème des Anatoliques [12] proclamèrent un autre empereur, Thomas le Slave , et ils furent rejoints aussitôt après par trois autres thèmes. Dans ce contexte, à la veille d’une guerre civile, Michel le Bègue chercha à rassembler autour de lui : ordonnant la libération de tous les opposants à l’iconoclasme incarcérés pendant le règne précédent, comme Théodore Studite, il entra en pourparlers avec l’ex-patriarche Nicéphore, lui proposant, après la mort de Théodote, de le rétablir sur son siège. Les iconodoules [13] comme Théodore Studite furent même reçus en audience au Palais. Mais Michel leur annonça qu’il refusait de revenir sur la restauration officielle de l’iconoclasme ; que les moines iconodoules ne seraient plus inquiétés, mais hors de la capitale ; que si Nicéphore était rétabli sur son trône, il devrait garder le silence sur cette question. L’ex-patriarche refusa le compromis et resta dans son exil. Ce fut donc Antoine Cassymatas qui prit la succession de Théodote, au grand dépit des iconodoules, qui avaient beaucoup compté sur ce changement d’empereur.

Pendant le printemps 821, Thomas le Slave conclut une alliance avec le calife Al-Ma’mūn qui lui permit de se faire couronner empereur par le patriarche melkite [14] d’Antioche, Job 1er. Antoine Cassymatas excommunia ce dernier. Il semble que Thomas le Slave ait aussi fait des tentatives de se rallier les iconodoules. Il fut vaincu et exécuté fin 823.

Fort peu de choses sont connues sur les actes d’Antoine 1er pendant son pontificat, qui dura pourtant environ 16 ans. Après l’avènement de Théophile le 2 octobre 829, Jean le Grammairien, qui avait été son précepteur, fut nommé syncelle [15]. En 831 ou 832, un nouveau concile fut tenu pour confirmer et renforcer celui d’avril 815. Ceux qui refusaient la communion avec les iconoclastes étaient menacés d’emprisonnement, et ceux qui donnaient asile à ces récalcitrants de confiscation de leurs biens. Ensuite, les défenseurs du culte des images furent de nouveau jetés en prison ou envoyés en exil, comme sous le règne de Léon V.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Venance Grumel, Traité d’études byzantines, « La Chronologie I. », Presses universitaires de France, Paris, 1958

Notes

[1] juriste

[2] un enseignement général

[3] de notaires

[4] Un higoumène ou hégoumène est le supérieur d’un monastère orthodoxe ou catholique oriental. Le terme équivaut à celui d’abbé ou d’abbesse dans l’Église latine.

[5] Sillyon était une importante forteresse et ville près d’Attaleia en Pamphylie, sur la côte sud de la Turquie moderne. La forme native greco-pamphylienne était Selyniys, peut-être dérivé du hittite Sallawassi. Son nom moderne turc Yanköy Hisarı ou Asar Köy

[6] La Pamphylie est le nom donné dans l’Antiquité à une région historique du sud de l’Asie Mineure située entre la Lycie au sud, la Cilicie à l’est, la Pisidie au nord et la Phrygie à l’ouest.

[7] L’iconoclasme est, au sens strict, la destruction délibérée d’images, c’est-à-dire de représentations religieuses de type figuratif (appartenant souvent à sa propre culture) et généralement pour des motifs religieux ou politiques. Ce courant de pensée rejette la vénération adressée aux représentations du divin, dans les icônes en particulier. L’iconoclasme est opposé à l’iconodulie (ou iconodoulie).

[8] L’Opsikion est un thème de l’Empire byzantin situé dans le nord-ouest de l’Asie Mineure. Créé à partir de l’armée de service impériale, l’Opsikion est le plus grand et le plus prestigieux des premiers thèmes, et le plus proche de Constantinople. Impliqué dans plusieurs révoltes au cours du 8ème siècle, il est scindé en trois vers 750. Il subsiste alors en tant que thème de second ordre jusqu’au lendemain de la quatrième croisade.

[9] Le concile de Hiéreia est le premier concile iconoclaste, convoqué du 10 février au 8 août 754 dans le palais suburbain de Hiéreia sur la rive asiatique du Bosphore, par l’empereur Constantin V pour faire condamner la production et la vénération des images. Les actes du concile sont condamnés par la suite lors du premier rétablissement du culte des images au 2ème concile de Nicée en 787 convoqué par l’impératrice Irène : ils sont donc perdus et ne subsistent que par les citations qui en sont faites dans ce dernier concile.

[10] Apologeticus minor, puis Apologeticus major

[11] La Bithynie est un ancien royaume au nord-ouest de l’Asie Mineure, actuellement situé en Turquie. Située au bord du Pont-Euxin, la Bithynie était limitée par la Paphlagonie à l’est, la Galatie et la Phrygie au sud, la Propontide et la Mysie à l’ouest. Les villes principales de Bithynie sont Nicomédie (actuelle Izmit) et Nicée, qui se disputent le titre de capitale selon l’époque, ainsi qu’Héraclée du Pont, Pruse (actuelle Bursa) et Chalcédoine. On compte aussi Byzance qui, bien que sise en Thrace, dépend sporadiquement de la province de Bithynie, notamment durant le mandat de gouverneur de Pline le Jeune.

[12] Les Anatoliques ou le thème des Anatoliques sont un thème de l’Empire byzantin situé en Asie Mineure (Turquie actuelle). Après la division de l’Opsikion au milieu du 8ème siècle, il devient le plus important des thèmes de l’empire.

[13] L’iconodulie ou iconodoulie, est un courant de pensée qui est en faveur des images religieuses ou icônes et de leur vénération, en opposition au courant iconoclaste.

[14] Melchite, ou Melkite, est une appellation donnée par les Syriaques Jacobites et les Coptes à ceux qui partagent les idées du Concile de Chalcédoine. Le terme qui vient de malka, « empereur » ou « roi » en syrien (malik en arabe), soulignait leur soutien aux positions christologiques de l’empereur de Constantinople. Considérés comme des partisans de l’Empire byzantin, ils furent regardés avec suspicion par les conquérants perses puis arabes.

[15] c’est-à-dire adjoint du patriarche, avec option sur la succession