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Kroum dit le Législateur ou Magnus

samedi 18 juin 2016

Kroum dit le Législateur ou Magnus (?-814)

Khan de la Bulgarie

Les historiens byzantins lui ont fait une réputation de cruauté et de barbarie, mais il est considéré comme l’un des plus grands souverains bulgares pour ses conquêtes et l’introduction du premier code de loi connu pour la Bulgarie.

Selon certaines sources, la famille de Kroum viendrait de Pannonie [1], où elle était au service des Avars [2]. Selon d’autres, il était peut-être un déscendant de Koubrat . Christian Settipani le fait fils de Kardam .

Vers 805, Kroum prend avantage de la défaite du khaganat [3] avar pour détruire le reste des Avars et étendre son autorité sur les Carpates [4] de Transylvanie [5] et le long du Danube en Pannonie orientale. Il en résulte l’établissement d’une frontière commune entre le royaume des Francs et la Bulgarie, ce qui eut d’importantes répercussions sur les politiques des successeurs de Kroum.

À partir de 807, Kroum mène une série de guerres afin d’intégrer les tribus slaves au sein d’une confédération bulgaro slave. Alternant raids audacieux et des sièges des forteresses byzantines, il bat les Byzantins dans la vallée de la Strouma [6] en 807, puis s’empare de Serditsa/Sredets [7] en 809.

Il massacre la garnison en dépit de sa promesse de clémence. En réaction, l’empereur byzantin Nicéphore 1er établit des populations anatoliennes le long de la frontière avec le khanat bulgare pour la protéger. Il essaie aussi de reprendre Serdica, en vain.

Décidé à détruire les Bulgares, Nicéphore 1er réunit une énorme armée en mai 811. Le 10 juillet, il campe à Marcellae, à la frontière bulgare. Kroum fait une première tentative de négociation, mais Nicéphore la rejette, déterminé à avancer le plus loin possible. Il divise son armée en trois colonnes, chacune suivant des trajets différents vers la Résidence permanente du tsar bulgare Pliska [8]. Son armée évite les embuscades bulgares dans les Balkans et bat une armée de 12 000 hommes qui s’opposait à sa progression en Mésie [9]. Une autre armée bulgare de 50 000 hommes est battue sous les murs de Pliska. Le 20 juillet, la ville tombe aux mains de Nicéphore.

L’empereur byzantin s’empare lui-même du trésor du khan bulgare il fut ministre des Finances avant de devenir empereur, et toute la ville est pillée, les soldats tuant et violant la population, d’une manière ayant frappé les chroniqueurs byzantins. Selon Théophane le Confesseur, il aurait coupé les oreilles et d’autres membres des soldats qui avaient touché au butin que l’empereur avait réuni.

Kroum s’humilia et renouvela sa proposition de paix. Nicéphore se moqua de lui et ordonna d’incendier son palais.

Alors que Nicéphore 1er et son armée pillent la résidence permanente du tsar, Kroum mobilise son peuple pour dresser des embuscades sur le chemin de retour de l’armée byzantine. Après avoir incendié la ville, l’armée byzantine fait retraite. Prévenu des préparatifs bulgares, l’empereur paniqué répète plusieurs fois à ses compagnons : « Même si nous avions des ailes nous ne pourrions pas échapper au péril. »

À l’aube du 26 juillet, les Byzantins sont piégés entre des fossés et des barricades de bois dans le défilé de Vărbica à la bataille de Virbitsa [10], Nicéphore est tué ainsi qu’une grande partie de son armée. Beaucoup de soldats sont noyés dans le fleuve proche, ou tués quand les barricades sont mises à feu.

Le fils de Nicéphore et futur empereur Staurakios est emmené en sécurité par la garde impériale. Il est néanmoins blessé au cou et paralysé, et meurt quelques mois plus tard. Selon la tradition, le khan bulgare Kroum fait couvrir d’argent le crâne de l’empereur pour s’en servir comme d’une coupe à boire. À la suite de cette victoire, il avance jusqu’à Constantinople.

Staurakios est forcé d’abdiquer après un bref règne et il meurt de sa blessure en 812, et son beau-frère Michel 1er Ranghabé lui succède. En 812, Kroum envahit la Thrace [11], prend Develt et terrorise les populations des places fortifiées de la région, provoquant un exode vers Constantinople. De cette position de force, Kroum propose un retour au traité de 716. Mais, ne voulant pas compromettre son trône par ce qui apparaîtrait comme de la faiblesse, Michel Rangabé rejette cette proposition, proclamant son refus de l’échange des déserteurs. Pour augmenter la pression sur l’empereur, Kroum assiège et prend Mesembria [12] à la fin de 812.

En février 813, les Bulgares reprennent leurs razzias en Thrace, mais sont repoussés par les troupes impériales. Encouragé par ces succès, Michel 1er mobilise ses forces de tout l’empire, et se dirige vers le nord avec une importante armée, dans l’espoir d’une bataille décisive. Kroum, lui, conduit son armée vers le sud, en direction d’Andrinople [13] et campe près de Versinikia. Michel 1er Rangabé établit son armée face à lui, mais personne ne prend l’initiative durant deux semaines. Finalement, le 22 juin 813, les Byzantins attaquent, mais la bataille de Versinikia [14] ou deuxième bataille d’Andrinople tourne immédiatement à la défaite pour Byzance. La cavalerie de Kroum les poursuit et amplifie cette déroute, et Kroum avance sur Constantinople, qu’il assiège par terre. Michel Rangabé est forcé d’abdiquer et devient moine, devenant le troisième empereur byzantin abattu par Kroum en quelques années.

Le nouvel empereur Léon V l’Arménien propose de négocier, et arrange une rencontre avec Kroum. Mais il lui tend une embuscade et Kroum est blessé par des archers en s’enfuyant. Furieux, il ravage les environs de Constantinople, puis sur la route du retour, il prend Andrinople et déporte ses habitants dont les parents du futur Basile 1er au-delà du Danube. Malgré l’approche de l’hiver, Kroum profite du beau temps pour envoyer 30 000 hommes en Thrace, armée qui prend Arkadioupolis [15] et fait 50 000 prisonniers. Le pillage de la Thrace enrichit Kroum et son aristocratie, et permet d’utiliser des éléments architecturaux des villes pillées dans la reconstruction de Pliska ; les artisans déportés travaillèrent également à la reconstruction de la ville.

Kroum passe l’hiver à préparer une attaque d’envergure sur Constantinople, où la rumeur rapporte la constitution d’un important parc d’artillerie transporté sur 5 000 chariots. Mais Kroum meurt le 13 avril 814, et son fils Omourtag lui succède.

On se souvient de Kroum pour avoir institué le premier code de lois bulgare connu, dont seuls quelques articles nous sont parvenus par l’intermédiaire de la Souda [16] ; ces derniers punissaient sévèrement le parjure, la calomnie et ordonnaient l’arrachage des vignes, une mesure interprétée comme une répression de l’ivresse. Certains historiens lui attribuent une politique de centralisation du pouvoir et d’intégration des Slaves dans la classe dirigeante bulgare.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Christian Settipani, Continuité des élites à Byzance durant les siècles obscurs. Les Princes caucasiens et l’Empire du VIe au IXe siècle, 2006

Notes

[1] La Pannonie est une ancienne région de l’Europe centrale, limitée au Nord par le Danube et située à l’emplacement de l’actuelle Hongrie, et partiellement de la Croatie, de la Serbie, de la Bosnie-Herzégovine, de la Slovénie, de l’Autriche et de la Slovaquie.

[2] Les Avars ou Avares sont un peuple turc de cavaliers nomades dirigés par un Khagan, parfois identifiés aux Ruanruan qui menaçaient la Chine au 3ème siècle.

[3] Khagan ou Grand Khan est un titre équivalent à celui d’empereur dans les langues mongole, toungouses et turque. Le titre est porté par celui qui dirige un khaganat (empire, plus grand qu’un khanat, lui-même comparable à un royaume). Khagan peut également être traduit par Khan des Khans, expression signifiant roi des rois. Le Khagan, comme tous les khans, se fait élire par le Qurultay, en général, parmi les descendants des précédents khans. Les Avars, les Protobulgares, les Khazars, entre autres, appelaient leurs chefs de ce nom.

[4] Les Carpates constituent la partie orientale de l’ensemble montagneux situé au centre de l’Europe, dont les Alpes constituent la partie occidentale. Les Carpates et les Alpes partagent les mêmes origines tectoniques et géologiques. Les Carpates s’étendent sur les territoires de l’Autriche, de la Slovaquie, de la Pologne, de la République tchèque, de la Hongrie, de l’Ukraine, de la Roumanie et de la Serbie. Principale chaîne de montagnes de l’Europe centrale, les Carpates culminent à 2 655 m au mont Gerlachovský en Slovaquie, à 2 544 m au mont Moldoveanu en Roumanie et à 2 499 m au Mont Rysy en Pologne.

[5] Le territoire de la principauté de Transylvanie a varié dans le temps : son cœur historique correspond à une région située à l’est de la Transylvanie actuelle, dans le centre de la Roumanie. La toponymie laisse penser que différentes ethnies y ont cohabité entre le 3ème et le 10ème siècle. S’y succédèrent des Huns (confédération à dominante turcophone), des Gépides (germanophones), des Avars (autre confédération turcophone), des Slaves (slavonophones), des Bulgares (confédération à composantes iranienne et turque), des Iasses (Alains iranophones). Selon la Gesta Hungarorum, Gelou aurait été le premier dux des Valaques et des Slaves de Transylvanie, vaincu et tué par les Magyars au 10ème siècle en 900 ou 903, et son duché se serait soumis au traité d’Esküllő (aujourd’hui Aşchileu, au nord-ouest de Cluj), mais la fiabilité de cette source est contestée. Quoi qu’il en soit, à partir du 11ème siècle, les Magyars, peuple parlant une langue du groupe finno-ougrien venu du nord de la Mer Noire (pays d’Etelköz) et installés à la place des Avars au centre du bassin danubien, étendent progressivement leur emprise jusqu’aux chaîne des Carpates, y compris sur les montagnes de l’Est (massif du Bihor), puis sur ce qui devient alors la Transylvanie

[6] Le Strymon est un fleuve coulant en Bulgarie et en Grèce. Il est nommé Strouma en bulgare, Strimonas en grec moderne et Karasu en turc. Sa source est située dans les montagnes Vitocha, en Bulgarie, et coule sur environ 400 kilomètres pour se jeter dans la mer Égée, dans le golfe Strymonique. La vallée qu’il forme est une région d’importante production de charbon pour la Bulgarie.

[7] Sofia

[8] Pliska est le nom de la première capitale de Bulgarie entre 681 et 893. À cette date, elle fut remplacée comme capitale par Preslav. L’ancienne capitale, après sa disparition, a laissé la place, durant plusieurs siècles, à un village nommé Aboba.

[9] La Mésie ou Moésie est une ancienne région géographique et historique située au sud du cours inférieur du Danube, dans les actuelles Serbie, Bulgarie (nord) et Roumanie (extrémité sud-est).

[10] La bataille de Pliska ou de Virbitza est une bataille opposant le khan bulgare Kroum à l’empereur byzantin Nicéphore 1er le 26 juillet 811. Elle se conclut par l’une des plus grandes défaite de l’empire byzantin.

[11] La Thrace est une région de la péninsule balkanique partagée entre : la Bulgarie (Thrace du Nord), la Grèce (Thrace occidentale ou Thrace égéenne) et la Turquie (Thrace orientale).

[12] Nessebar

[13] Edirne (autrefois Andrinople ou Adrianople) est la préfecture de la province turque du même nom, limitrophe de la Bulgarie et de la Grèce. Elle est traversée par la Maritsa (Meriç en turc).

[14] La bataille de Versinikia eut lieu en 813 entre les forces de l’empire byzantin et celles de l’empire bulgare près de la cité d’Andrinople (aujourd’hui Édirne) en Turquie. Elle est également connue sous le nom de deuxième bataille d’Andrinople. Bien que les Bulgares eussent été beaucoup moins nombreux que les Byzantins, ils réussirent à gagner la bataille. L’une des conséquences fut le renversement de Michel 1er Rangabé par Léon V l’Arménien. Cette nouvelle victoire contribua à renforcer la position des Bulgares qui avaient déjà réussi à vaincre Nicéphore 1er deux ans auparavant. Après cette bataille, les Bulgares contrôlèrent de facto l’ensemble de la Thrace orientale jusqu’au traité de 815 à l’exception de quelques châteaux forts demeurés aux mains des Byzantins.

[15] Luleburgaz

[16] La Souda est une encyclopédie grecque de la fin du 10ème siècle. C’est un ouvrage de référence, en particulier pour les citations, très souvent utilisé dans les travaux portant sur l’Antiquité. Le nom de l’ouvrage, la date de sa rédaction, l’identité de son ou de ses auteurs ont posé de délicats problèmes aux chercheurs.