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Chindaswinthe

lundi 29 février 2016, par ljallamion

Chindaswinthe (563-653)

Roi de l’Espagne wisigothique de 642 à 653

Chindaswinthe représenté sur le Códice Albedense (La Chronique d'Albelda (Chronicon Albeldense ou Codex Vigilanus) est un manuscrit en latin écrit sous le règne d'Alphonse III des Asturies à la fin du 9ème siècle)Successeur du jeune roi Tulga , considéré comme déficient mental, dont il réussit à usurper le trône grâce à une conjuration. Par la suite il se fait élire par les nobles et oindre par les évêques le 30 avril 642. Sous son règne l’État est assaini, la corruption éliminée, les révoltes étouffées et des nouvelles lois établies. Le 7ème concile de Tolède [1] est convoqué le 16 octobre 646.

Il convoque dans la région de Burgos une assemblée de nobles wisigoths ainsi que le peuple, et il est proclamé roi malgré son âge avancé. Tulga est déposé, tonsuré et cloîtré.

Dès sa montée sur le trône, le 30 avril 642, il affirme l’autorité royale face à la noblesse rebelle qu’il soumet violemment en organisant une véritable purge au sein de la haute noblesse gothique. Il fait exécuter 200 Goths appartenant aux familles les plus nobles et 500 appartenant à des familles de rang inférieur, et donna à ses leudes [2] leurs femmes, leurs filles et leurs biens. Ses opposants se réfugient principalement en Septimanie [3], ou en territoire basque chez les Vascons [4].

Le 7ème concile de Tolède tenu en 646 approuve ses actes et les appuie, en durcissant les peines à appliquer contre quiconque se dresserait contre le roi, n’épargnant même pas les ecclésiastiques qui y prêteraient un appui. À ce concile nombre d’évêques ne se présentent pas en raison de l’ingérence du monarque dans les affaires ecclésiastiques. Le roi a limité le droit d’asile du clergé dans les églises, il a mis fin à certains de ses privilèges légaux en imposant des sanctions pécuniaires aux ecclésiastiques qui ne se présentent pas devant les tribunaux civils et il nomme lui-même les évêques.

Ayant étouffé toute opposition, il assure au royaume l’ordre et la tranquillité, puis rend le trône héréditaire, en associant son fils Recceswinth, à la demande des évêques, en raison de son âge avancé et contre les dispositions du 4ème Concile de Tolède. C’est l’objet d’une proclamation faite le 20 janvier 648. À partir de cette date et jusqu’à la mort du vieillard, le 30 septembre 653, tous les deux gouvernent ensemble.

Bien qu’il soit implacable dans son action politique, Chindaswinthe est mentionné comme un grand bienfaiteur dans les annales de l’Église, à laquelle il fait de grandes donations de terres et de privilèges. Il assainit le trésor public, en partie grâce aux biens confisqués aux rebelles, en partie par l’instauration d’un système de recouvrement plus juste et plus efficace. Sur le plan militaire, il entreprend une campagne pour briser une rébellion des Basques et une autre contre les Lusitaniens [5].

En tant que législateur il promulgue une multitude de lois, se rapportant aussi bien à des questions politiques du royaume, qu’à d’autres relatives à la vie économique et sociale. On ignore quelle est sa législation envers les Juifs dans la mesure où elle a existé.

Avec la collaboration d’un clerc prestigieux, Braulio ou Braule de Saragosse , il commence l’élaboration d’un code législatif unique pour les Goths et les Hispano-Romains que son fils Recceswinth devait terminer et promulguer. Il s’agit du Liber ludiciorum [6].

Dans les dernières années de son règne le ressentiment de la noblesse à laquelle il avait confisqué des terres et du clergé qu’il avait dépossédé de certains privilèges, jette le pays dans une situation de conflits, avec diverses rébellions.

Il semble que Chindaswinthe ait occupé les dernières années de sa vie dans des actes de pitié et de charité. Il fonde le monastère de San Román de la Hornija, à San Román de Hornija [7] pour qu’à sa mort qui devait survenir à 90 ans, ses restes reposent dans un sépulcre à côté de ceux de son épouse Reciberga, avec laquelle il avait eu trois fils et une fille.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Roger Collins, Visigothic Spain, 409–711. Blackwell Publishing, 2004.

Notes

[1] Le septième concile de Tolède s’est tenu à Tolède, dans le royaume Wisigothique, Espagne actuelle, en 646. Quarante et un évêques étaient présents, soit personnellement, soit par délégation. Ce concile est la première des deux assemblées convoquées par le roi Chindaswinthe. Il débute le 18 novembre 646. Sous prétexte de réformer la discipline ecclésiastique, le roi a en fait assemblé ce concile dans le but de sévir encore plus fermement contre ceux qui conspiraient contre lui. Le décret contre la trahison a été renforcé avec la peine d’excommunication à l’encontre des traîtres. C’est une réponse partielle à la volonté du roi, qui venait de prendre des mesures énergiques contre les traîtres supposés. Les exécutions de masse ont été considérées comme justes par le concile. Les peines pour trahison ont été étendues aux membres du clergé, sans distinction. Il a également été décidé que, si un clerc, quel que soit son grade, a voyagé dans un pays étranger pour soutenir les activités contre le roi ou la noblesse wisigothique, ou pour aider toute personne le projetant, il devait être déshonoré et être fait pénitent permanent, et ne pourrait recevoir la communion que sur son lit de mort.

[2] Les leudes étaient des membres de la haute aristocratie durant le haut Moyen Âge. Ils étaient liés au roi par un serment (le leudesanium) et des dons.

[3] Le mot Septimanie apparaît au 5ème siècle dans une lettre de Sidoine Apollinaire pour désigner une partie du sud de la Gaule, correspondant peut-être plus ou moins aux sept provinces du diocèse de Vienne : Aquitaine première, Aquitaine seconde, Novempopulanie, Narbonnaise, Viennoise, Alpes-Maritimes, par opposition aux dix provinces (Décémanie) constituant le diocèse des Gaules. Elle correspond approximativement à la partie occidentale de l’ancienne province romaine de Narbonnaise première. Après la conquête de l’Aquitaine par Clovis, le mot est utilisé, en particulier à l’époque carolingienne, pour désigner la partie de la Gaule restée jusqu’au début du 8ème siècle aux mains des Wisigoths (Royaume wisigoth), occupée par les musulmans omeyyades d’Al-Andalus avant d’être conquise par les Francs en 759. Elle est alors aussi appelée par les Francs de l’époque « Gothie ».

[4] Les Vascons était le nom donné par les Romains durant l’Antiquité au peuple de la Péninsule Ibérique dont le territoire s’étendait au 1er siècle av. jc entre le cours supérieur de la rivière Èbre et sur le versant péninsulaire des Pyrénées occidentales, une région qui correspond à l’époque contemporaine à la quasi-totalité de la Navarre, les aires du nord-ouest de l’Aragon, du nord-est et du centre de La Rioja et du nord-est du Guipuscoa.

[5] La Lusitanie était une province romaine impériale fondée sous le principat d’Auguste. Elle couvrait la plus grande partie de l’actuel Portugal au sud du Douro et une partie du León et de l’Estrémadure espagnole. Les Lusitaniens n’étaient pas à proprement parler un peuple mais plutôt une confédération de différents peuples installés dans la partie orientale du territoire portugais, au cœur de régions inhospitalières et désertes. Vivant d’élevage et de razzias, ils furent rapidement confrontés au pouvoir romain, garant de la sécurité des peuples et cités placés sous sa domination.

[6] Code de Recceswinth, qui abroge le Bréviaire d’Alaric utilisé précédemment pour les Hispano-Romains et le Code de Léovigild qui s’appliquait aux Goths

[7] Valladolid