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L’histoire pour le plaisir

Han Fei Zi

jeudi 28 juillet 2011, par ljallamion

Han Fei Zi (mort en 233 av.jc)

Philosophe et penseur politique chinois

Han Fei Zi Philosophe et penseur politique chinoisÀ la différence de la plupart de ses contemporains, lettrés aux origines modestes vivants de la générosité des puissants, il était un prince, apparenté à la famille royale de l’état de Han [1], petit royaume limitrophe du puissant état de Qin [2].

Malgré sa condition aristocratique, il ne semble pas avoir été un homme d’action, et son bégaiement l’empêcha de poursuivre une carrière politique.

Il se tourna donc vers la philosophie et les lettres, disciplines dans lesquelles il excella.

Il eut pour maître, au royaume de Chu [3], le célèbre Xun Zi, maître confucianiste et membre éminent de l’Académie Jixia [4]. Son condisciple est alors un jeune fonctionnaire du Chu, Li Si, qui allait devenir son rival, et le principal ministre de la dynastie impériale de Qin.

De retour au royaume de Han, il écrit de nombreux traités de philosophie politique, sur la façon de gouverner, les stratégies à utiliser pour affermir l’autorité du souverain, ou encore les principaux "parasites" de la cour. Ces critiques répétées du système et des usages politiques ne lui permirent jamais d’avoir un poste officiel. Son essai Frustrations d’un solitaire traduit son sentiment à l’égard des flagorneurs de la cour, alors que De la difficulté de conseiller, un texte que ses ennemis allaient plus tard utiliser contre lui, fut écrit en réaction à ses tentatives pour avoir l’oreille du roi de Han, comme une mise en garde.

Il était un écrivain aussi brillant que prolifique, et la circulation de ses textes finit par le faire connaître hors de frontières du Han. Lorsque le roi Ying Zheng de Qin, qui allait devenir Qin Shi Huangi. Le Premier Empereur, les lut, il en fut admiratif. Il voulut rencontrer l’homme qui en était l’auteur. À cette époque, vers 234, le plus proche conseiller du roi de Qin n’était autre que Li Si, qui identifia les mots de son ancien condisciple. Li Si menait la politique agressive voulue par le roi, qui souhaitait l’unification des Royaumes combattants sous la bannière du Qin, et dont la première étape passait par l’invasion et l’annexion pure et simple du royaume de Han, qui était déjà son vassal.

Face à la menace, et ayant peut-être eu vent du désir du roi Ying Zheng, le roi de Han envoya en 234 Han Fei à Xianyang [5], capitale de Qin, afin de se servir du crédit dont il disposait auprès du jeune Ying Zheng et de plaider la cause de son état.

Il s’acquitta de sa tâche avec son talent habituel, la version écrite de sa plaidoirie, “Comment préserver Han”, démontre toute l’imagination et l’extraordinaire ingéniosité du lettré. Par le but même de sa mission, il s’opposait directement à Li Si, fervent partisan de l’unification des royaumes, et artisan de l’annexion prochaine du Han. Il s’attira d’abord les faveurs du roi, dont la politique s’inspirait de ses travaux, où son influence alla croissant. Mais isolé, il eut, selon le Shiji [6], des querelles avec un ministre du Qin du nom de Yaojia, auquel il reprocha son origine modeste et son passé douteux. Mais Yaojia se défendit, reprenant ses arguments de l’essai De la difficulté de conseiller. Cette réponse audacieuse discrédita Han Fei et Li Si n’hésita pas à saisir cette opportunité d’abattre son adversaire.

Toujours selon le Shiji, le ministre évoqua le sort de son invité avec le roi de Qin. Principal rival de Han Fei dont il enviait l’intelligence, il persuada le souverain qu’il ne pourrait ni renvoyer Han Fei au Han , où sa compétence supérieure constituerait une menace pour le Qin, ni l’employer pour ses projets car sa loyauté ne serait pas acquise au Qin. Finalement, Han Fei fut emprisonné. Il tenta de se défendre, mais Li Si fit en sorte qu’il ne put obtenir d’audience. Ce dernier lui rendit alors visite et le convainquit de mourir dignement, lui procurant du poison. Il se suicida durant l’année 233.

Lorsque le roi de Qin changea d’avis, il était trop tard.

À sa mort, il disposait déjà d’une réputation fermement établie, en raison de ses travaux brillants. Il continua à être considéré parmi les plus grands philosophes de Chine. Près de 55 de ses travaux lui survécurent, et furent collectés dans le Han Feizi.

Han Fei Zi est le seul légiste qui, en plus d’une recherche de pratiques pour le maniement du pouvoir à l’usage des souverains, rechercha un fondement philosophique en présentant la notion de loi en terme de Dao, la loi étant un des rouages de l’ordre de l’univers.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de guide et encyclopédie de l’Asie/ Personnalité/ Han Fei Zi

Notes

[1] Han était un État de la période des Royaumes combattants de la Chine (453/403 -230av.jc). Initialement clan de grands feudataires de l’État de Jin, le Han fut l’un des trois États créés par la partition de celui-ci. Placé entre le puissant État du Qin et la plaine de Chine du Nord, qui constituait un objectif militaire de ce dernier, il fut l’objet de nombreuses opérations militaires de la part de son voisin. Bien que le Han ait tenté plusieurs réformes, notamment sous l’égide du philosophe légiste Shen Buhai, il ne parvint jamais à surpasser le Qin. De fait, il fut le premier État conquis par le Qin à la fin de la période des Royaumes combattants.

[2] L’État de Qin ou Ts’in (vers 771 av. jc-207 av. jc) apparaît au début de la dynastie des Zhou Orientaux, dans la vallée de la Wei (actuelle province du Shaanxi). État semi-barbare aux confins occidentaux de la Chine des Zhou, son influence s’accroît au cours de la période des Printemps et des Automnes et surtout des Royaumes combattants, à la fin de laquelle le roi de Qin, ayant annexé ses six principaux rivaux (Qi, Chu, Han, Yan, Zhao, et Wei) fonde la dynastie Qin (221-207). La famille régnante du Qin portait le nom de Ying.

[3] Chu était un État chinois des périodes des Printemps et des Automnes et des Royaumes combattants, établi sur le fleuve Yangzi. Il fut formé dans l’antiquité par l’expansion des Han vers le sud dans les régions occupées par l’ethnie des Miao qui conservait des rites et des croyances très anciens. Connu à l’origine sous le nom de Jing, puis de Jingchu, cet État occupa à l’apogée de sa puissance de vastes étendues de territoire incluant les provinces actuelles du Hunan, Hubei, Chongqing, Henan et des parties du Jiangsu. Sa capitale était Yingdu (actuelle Jingzhou). Il annexa le Yue en 334 av.jc. De lui vient la moitié des oeuvres contenues dans le recueil classique des Chants de Chu.

[4] L’Académie Jixia de l’État de Qi au Shandong fut de la fin du 4ème siècle av. jc à 221 le principal centre intellectuel de la période des Royaumes combattants. Elle tire son nom « en contrebas de Ji » de la porte Ji près de laquelle elle était située à Linzi , capitale du pays. Le roi y entretenait des savants de diverses écoles qui recevaient de confortables émoluments et des titres honorifiques. L’institution jouait le rôle de pépinière d’idées nouvelles devant contribuer à l’amélioration du gouvernement et au prestige du souverain. On peut citer parmi ses membres Song Jian, Yin Wen Peng Meng, Shen Dao, Tian Pian, Huan Yuan, Zou Yan, Lu Zhonglian, et au nombre des passagers célèbres Mencius et Xunzi. L’encyclopédie Guanzi est attribuée à ses pensionnaires. Les débats de Jixia eurent un écho dans tous les courants des Royaumes combattants et du début des Han. L’école joua un rôle particulièrement important dans le développement du naturalisme, dont l’élément le plus connu est la théorie des Cinq éléments, ainsi que dans celui du courant huanglao.

[5] Xianyang est une ville préfecture de la province du Shaanxi en Chine. Elle se trouve sur la rive Nord du Yangzi Jiang, et à 25 km au Nord-ouest de Xi’an, la capitale provinciale. Xianyang fut la capitale de la dynastie Qin, et le célèbre mausolée de l’empereur Qin se trouve à proximité.

[6] Le Shiji, parfois mémoires du Grand Historien ou Mémoires historiques , ont été écrits de 109 à 91 av.jc, par l’historien chinois Sima Qian. Cet ouvrage couvre l’histoire chinoise de l’époque mythique de l’Empereur Jaune jusqu’à l’époque où a vécu son auteur. Première somme systématique de l’histoire de la Chine, il a exercé une influence importante sur l’historiographie chinoise postérieure. Il est comparable aux Histoires d’Hérodote.