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Alphonse 1er du Portugal dit prince Alphonse Henriques

samedi 22 août 2020 (Date de rédaction antérieure : 7 mars 2012).

Alphonse 1er du Portugal dit prince Alphonse Henriques (1109-1185)

Roi du Portugal de 1139 à 1185

Né à Coimbra [1], Fils d’ Henri de Bourgogne et de Thérèse de León fille de Alphonse VI de Castille. Il fut le premier roi du Portugal.

Son père mourut lorsqu’ il avait 3 ans. Il hérita du comté de Portugal [2] par sa mère, mais pas du duché de Bourgogne que son père, second dans la succession, n’avait pas obtenu.

Il s’opposa politiquement, en 1128, sous la direction de l’archevêque de Braga [3], à sa mère qui appuyait le parti des Trabas [4], une famille de la noblesse de Galice dont un des membres était l’amant de Thérèse de León. Après la paix, il revint au comté de Portugal.

Ayant pris le pouvoir de sa mère et de son "parti galicien" après la bataille de São Mamede [5] en 1128, il devint le seul gouverneur, de facto, du comté de Portugal. Il concentra alors ses efforts pour obtenir du Saint-Siège l’autonomie totale de l’Église du Portugal et la reconnaissance de l’indépendance envers le roi de Castille [6].

En 1139, après la bataille d’Ourique [7] contre les Maures [8], il fut proclamé roi du Portugal. L’année suivante il réaffirma ses prétentions sur la partie méridionale de la Galice [9]. Ce qui fit réagir Alphonse VII de Castille. Les deux armées se rencontrèrent à Arcos de Valdevez [10]. Le sort des armes fut décidé en un tournoi gagné par les chevaliers portugais.

La reconnaissance de l’indépendance est reconnue par Alphonse VII de Castille avec le traité de Zamora [11] en 1143. En 1146, il épousa Mathilde de Savoie . Dès lors, il chercha à consolider l’indépendance. Il fit d’importants dons à l’Église et fonda divers couvents. Il tenta de conquérir du terrain au Sud sur les Maures et prit Santarém [12] et Lisbonne [13] en 1147. Dans les régions dépeuplées reconquises sur les Arabes, il installa des colons et invita les ordres religieux militaires comme les Templiers [14] et les Hospitaliers [15] à s’installer le long des frontières comme défenseurs contre les Maures. En 1179, le Pape Alexandre III, par sa bulle “Manifestus probatum” ", reconnut le Portugal comme pays indépendant et vassal de l’Église à condition de lui payer un tribut. Il mourut le 6 décembre 1185 à Coimbra.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de histoire de Alphonse 1er du Portugal dit prince Alphonse Henriques dans Les Cahiers de l’Histoire, no 12, novembre 1961.

Notes

[1] Coimbra ou Coïmbre est la ville universitaire la plus ancienne du Portugal. C’est une ville importante dans le pays où elle est située dans le centre en surplombant le fleuve Mondego. C’est à Coimbra que fut construite la première université portugaise, l’université de Coïmbre. Elle compte parmi les plus anciennes d’Europe avec la Sorbonne, Bologne, Oxford ou Salamanque.

[2] Le comté de Portugal est un État du Haut Moyen Âge comprenant une partie du Portugal actuel. Il y eut en fait deux comtés de Portugal durant la Reconquista : un premier (parfois distingué du second par le terme Condado de Portucale) fondé par Vimara Peres à la suite de la prise de Portucale (en fait Gale en face de Porto) en 868. Il sera annexé par le royaume de Galice en 1071 à la mort du comte Nuno Mendes. Ce comté, malgré une certaine autonomie, restera toujours une dépendance du royaume des Asturies/royaume de León/royaume de Galice. Son territoire correspondait plus ou moins à l’actuelle région située entre le Douro et le Minho. Le second, nommé Condado Portucalense, constitué en 1095 en fief du roi Alphonse VI de León et offert à Henri de Bourgogne, un Bourguignon venu lui prêter main-forte dans la reconquête des terres aux Maures. Il recevra également la main de sa fille Thérèse de León. Ce comté occupera un territoire beaucoup plus important puisqu’il englobera l’ancien comté de Coimbra, supprimé en 1091, une partie de Trás-os-Montes et aussi du sud de la Galice (principalement du diocèse de Tui). Il donnera naissance au Royaume de Portugal en 1139.

[3] L’archidiocèse de Braga est un siège métropolitain de l’Église catholique romaine du Portugal. Il a été érigé comme diocèse au 4ème siècle et élevé au rang d’archidiocèse au 12ème siècle. Le siège archiépiscopal se trouve à la Cathédrale de Braga.

[4] La Maison de Traba est une famille noble du Royaume de Galice qui eut un grand poids économique et politique au 11ème siècle et au 12ème siècle dans le nord de ce qui est aujourd’hui l’Espagne et le Portugal. On retrouve parmi ses descendants de nombreux monarques d’autres pays européens.

[5] La bataille de São Mamede se déroule le 24 juin 1128, à proximité de Guimarães (à São Mamede de Este), au nord du Portugal. Elle oppose les troupes d’Afonso Henriques aux armées de sa mère, Thérèse de León, alliée au comte de Galice Ferdinand Pérez de Traba. Thérèse de León, héritière du comté de Portugal, tente de le rapprocher du comté de Galice, ce qui provoque une forte opposition de la noblesse portugaise qui se range derrière Afonso Henriques. La bataille se solde par la victoire d’Henriques et de ses partisans et Afonso Henriques sera couronné roi de Portugal en 1139 après la bataille d’Ourique.

[6] Le royaume de Castille est un ancien royaume du Moyen Âge qui trouve ses origines au nord de la péninsule Ibérique, dans l’actuelle Espagne. À la fin du Moyen Âge, le royaume de Castille s’étend depuis le golfe de Gascogne au nord jusqu’à l’Andalousie au sud et comprend la majeure partie du centre de la péninsule Ibérique. En 1037, date à laquelle Ferdinand 1er fonde le Royaume uni de Castille et León. En 1058, Ferdinand est à l’origine d’une série de guerres contre les Maures, se lançant à la conquête de ce qui allait devenir la Nouvelle-Castille (bataille d’Alarcos et bataille de Las Navas de Tolosa). La région s’agrandit particulièrement sous le règne d’Alphonse VI (1065-1109) et d’Alphonse VII (1126-1157). Sous Alphonse X, la vie culturelle du royaume se développe, mais une longue période de conflits internes suit. En 1469, le mariage de Ferdinand II d’Aragon (plus tard Ferdinand V de Castille) et d’Isabelle 1ère de Castille initie l’union des royaumes d’Aragon et de Castille et, par la suite, de l’ensemble de l’Espagne.

[7] La bataille d’Ourique a eu lieu dans la campagne d’Ourique, actuel Alentejo (au sud du Portugal), le 25 juillet 1139, qui selon la tradition serait la date anniversaire d’Alphonse-Henriques de Portugal et de Saint Jacques (désigné par la légende comme le saint patron de la lutte contre les Maures). Elle a une place importante dans l’histoire du Portugal puisqu’elle marque la naissance de l’indépendance du pays.

[8] Les Maures, ou anciennement Mores, sont originellement des populations berbères peuplant le Maghreb. Ce terme a changé de signification durant plusieurs périodes de l’histoire médiévale et contemporaine. À partir des conquêtes arabo-musulmanes du 7ème siècle, l’Empire arabe omeyyade, à l’aide du général berbère Tariq Ibn Zyad, conquiert l’Espagne, sous le nom d’Al Andalus. C’est le début de l’Espagne musulmane. À partir de cette époque, le terme « maure » va devenir un synonyme de « musulman », plus particulièrement de n’importe quel musulman vivant en Andalousie, qu’il soit d’origine berbère, arabe ou ibérique. Une population qui s’installera par la suite essentiellement au Maroc après la reconquête de l’Andalousie par l’armée espagnole.

[9] La Galice est une communauté autonome avec un statut de nation historique située à l’extrémité nord-ouest de l’Espagne. Elle est entourée par la principauté des Asturies, la Castille-et-León, le Portugal, l’océan Atlantique et la mer Cantabrique. Elle recouvre une superficie de 29 574 km². La Galice se compose de quatre provinces : La Corogne, Lugo, Ourense et Pontevedra. Saint-Jacques-de-Compostelle, cinquième ville galicienne par sa population et située dans la Province de La Corogne, est la capitale politique de la communauté autonome, sans être celle de la province, qu’est La Corogne, ancienne capitale politique de la Galice et ville la plus importante de la région.

[10] Arcos de Valdevez est une municipalité du Portugal, située dans le district de Viana do Castelo et la région Nord. Elle est traversée par la rivière Vez.

[11] Le Traité de Zamora, connu pour être l’acte d’indépendance du Portugal et le commencement de la dynastie des Bourgogne, est une paix signée entre Alphonse 1er de Portugal et le roi Alphonse VII de Castille le 5 octobre 1143 à Zamora (actuelle Espagne).

[12] Santarém est une ville portugaise occupant une colline sur la rive droite du Tage, dans la région du Ribatejo et sous-région de la Lisière du Tage. Elle est distante de 82 km de Lisbonne. Appelée à l’origine Scalabis par les Romains, puis Shantarin lors de la période musulmane, elle devint une importante cité-forteresse durant les guerres entre les Maures et les Chrétiens et fut finalement conquise par les Portugais en 1147.

[13] Lisbonne est la capitale et la plus grande ville du Portugal. Lisbonne est prise par les Maures vers 719 et est rebaptisée al-ʾIšbūnah, sous le gouvernement desquels la ville prospère. Les Maures, qui étaient des musulmans du nord de l’Afrique et du Proche-Orient, construisent plusieurs mosquées, des habitations et les murailles de la ville, actuellement appelées Cerca Moura. La ville abrite une population mélangée de chrétiens, de berbères, d’arabes, de juifs et de saqālibas. L’arabe est imposé comme langue officielle. Le mozarabe reste parlée par la population chrétienne. L’islam est la religion officielle, pratiquée par les Maures et les muladís, alors que chrétiens et juifs peuvent pratiquer leur religion, en qualité de dhimmis’, à condition d’acquitter la djizîa.

[14] L’ordre du Temple était un ordre religieux et militaire issu de la chevalerie chrétienne du Moyen Âge, dont les membres étaient appelés les Templiers. Cet ordre fut créé à l’occasion du concile de Troyes, ouvert le 13 janvier 1129 à partir d’une milice appelée les Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon. Il œuvra pendant les 12ème et 13ème siècles à l’accompagnement et à la protection des pèlerins pour Jérusalem dans le contexte de la guerre sainte et des croisades. Il participa activement aux batailles qui eurent lieu lors des croisades et de la Reconquête ibérique. Afin de mener à bien ses missions et notamment d’en assurer le financement, il constitua à travers l’Europe chrétienne d’Occident et à partir de dons fonciers, un réseau de monastères appelés commanderies. Cette activité soutenue fit de l’ordre un interlocuteur financier privilégié des puissances de l’époque, le menant même à effectuer des transactions sans but lucratif avec certains rois ou à avoir la garde de trésors royaux. Après la perte définitive de la Terre sainte consécutive au siège de Saint-Jean-d’Acre de 1291, l’ordre fut victime de la lutte entre la papauté et le roi de France, Philippe le Bel. Il fut dissous par le pape Clément V le 13 mars 1312 à la suite d’un procès en hérésie.

[15] L’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, généralement connu, dès le 12ème siècle, sous le nom de Ordo Hospitalis Sancti Johannis Hierosolymitani, est un ordre religieux catholique hospitalier et militaire qui a existé de l’époque des Croisades jusqu’au début du 19ème siècle. Son origine remonterait à la fin du 11ème siècle dans l’établissement des marchands amalfitains à Jérusalem et la création d’hôpitaux, d’abord à Jérusalem, puis en Terre sainte, d’où leur nom d’« Hospitaliers ». À la suite de donations, ils vont posséder des établissements, prieurés et commanderies dans toute l’Europe catholique. À l’instar des Templiers, il assume rapidement une fonction militaire pour défendre les pèlerins qu’il accueille sur les chemins de Jérusalem, puis pour combattre les Sarrasins aux côtés des Francs de Terre sainte. Après l’expulsion des Croisés de Terre sainte en 1291, l’Ordre s’installe à Chypre avant de conquérir l’île de Rhodes en 1310 et de devenir une puissance maritime pour continuer à être le rempart de la chrétienté contre les Sarrasins. À la suite de la disparition de l’ordre du Temple en 1314, les Hospitaliers reçoivent les biens des Templiers, ce qui fait d’eux l’ordre le plus puissant de la chrétienté. Expulsé de Rhodes en 1523 par la conquête turque, l’Ordre s’installe à Malte en 1530, dont il est considéré comme le souverain, par décision de Charles Quint.