Bienvenue sur mon site historique. Bon surf

L’histoire pour le plaisir

Accueil du site > Histoire du 10ème siècle > Alain de Bretagne dit Barbetorte

Alain de Bretagne dit Barbetorte

mercredi 15 mai 2024, par lucien jallamion (Date de rédaction antérieure : 30 octobre 2011).

Alain de Bretagne dit Barbetorte (910-952)

Comte de Poher-duc de Bretagne de 936 à 952

Petit-fils d’Alain le Grand, dernier roi de Bretagne, il fut premier duc de Bretagne [1] de 936 à 952. Avec son père le Comte Mathuedoï de Poher, ils s’exilent chez le roi Athelstan d’Angleterre au début du 10ème siècle.

En 925 il se marie avec Roscille, fille de Foulque 1er comte d’Anjou et de Roscille de Loches, dame de Villandry.

En 936, il débarque à Dol [2], au camp de Péran [3] à l’initiative de l’abbé Jean de Landévennec [4]. Avec l’aide d’une troupe de Bretons exilés et d’Anglais, il combat les Normands en 937 et leur reprend la Loire et la plupart des places bretonnes. Il devient “Brittonum dux” en 938.

La libération s’achève le 1er août 939 par la victoire de Trans [5] sur les Normands, avec l’aide du comte de Rennes [6] Juhel Bérenger et du comte du Maine [7] Hugues 1er. Cette date deviendra la fête nationale des Bretons.

Il renonce au Cotentin [8], à l’Avranchin [9] et à l’ouest de la Mayenne. Quant au comté de Nantes [10], il avait été sous l’obédience angevine de Foulque 1er d’Anjou qui en revendiquait la possession en 909 jusqu’en 919 et l’occupation Vikings. À travers mariages et alliances, les comtes d’Anjou [11], puis la dynastie Plantagenêt [12] maintiendront leur suzeraineté sur le comté nantais, jusqu’en 1203.

Alain Barbetorte devient allié de Louis IV d’Outremer, qu’il a connu lors de leur exil en Angleterre, ainsi qu’avec Thibaud le Tricheur, comte de Blois [13], de Tours [14] et de Chartres [15].

Il conclut en 942 une étroite alliance avec Guillaume Tête d’Étoupe, duc d’Aquitaine [16], qui lui permet d’obtenir au sud de la Loire les pagi [17] de Mauges [18], Tiffauges [19] et Herbauges [20].

En 944, il se livre à une guerre fratricide avec Juhel Bérenger de Rennes que les scandinaves mettent à profit pour piller de nouveau la Bretagne.

La réconciliation devant le danger commun dut intervenir très rapidement car dans une donation en faveur de l’Abbaye de Landévennec vers 945-950 on voit le comte Iudhael signer juste après Alain dux Britonum entouré de Iuthouen l’archevêque de Dol [21], des évêques Hesdren de Nantes , Blendivet de Vannes et Salvator d’Aleth, d’un Houuel comes de Vuerec et enfin des vicecomes lestin [22].

Son union en 948 avec une sœur du comte de Blois Roscille de Blois montre qu’il souhaitait conforter son rôle dans la politique du royaume de Francie occidentale. Sa mort prématurée met toutefois un terme à ses projets et à son œuvre de restauration de la puissance bretonne.

Alain Barbetorte est enterré dans la collégiale Notre Dame à Nantes [23]], ville qu’il avait choisie pour sa capitale et dont il avait encouragé la reconstruction après les destructions dues aux Normands.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de JF Antoine/ geni /Alain II de Bretagne

Notes

[1] Le Duché de Bretagne est un duché féodal qui a existé de 939 à 1547. Son territoire, partie de celui de l’ancienne Armorique, correspond à la région Bretagne actuelle avec une grande partie du département de la Loire-Atlantique où se trouvent la ville de Nantes et l’ancien pays de Retz. Le duché s’est trouvé, au fil des siècles, dans les zones d’influence du duché de Normandie, du royaume de France et du royaume d’Angleterre. À plusieurs reprises, les ducs ont essayé de se détacher de ces influences. Succédant au royaume de Bretagne, le duché naît en 936, en plein cœur de l’occupation de la Bretagne par les troupes viking du chef Incon. Alain Barbetorte, petit-fils du dernier roi de Bretagne Alain 1er Le Grand, libère le pays du joug normand et devint alors le premier duc de Bretagne. Pendant près de trois siècles, du 10ème siècle au 12ème siècle, les grandes maisons comtales bretonnes (Nantes, Rennes, Cornouaille) se disputent ardemment le pays breton et finissent par posséder le duché les unes après les autres.

[2] Dol-de-Bretagne est une commune française située dans le département d’Ille-et-Vilaine, en Région Bretagne.

[3] Le camp de Péran est une enceinte située dans le nord-ouest de la France et contenant les reste d’une forteresse viking. Situé à 9 km au Sud-ouest de Saint-Brieuc dans les Côtes-d’Armor en Bretagne, le camp de Péran est connu des historiens et des archéologues depuis le milieu du 19ème siècle. Il se situe au village de Péran et couronne un mamelon à 160 m d’altitude qui domine la vallée de l’Urne, petite rivière traversant la commune de Plédran.

[4] L’abbaye Saint-Guénolé de Landévennec est une abbaye située en la commune de Landévennec dans le département du Finistère. Elle est réputée avoir été fondée au 5ème siècle par saint Guénolé, ce qui en fait une des plus anciennes et plus importantes de Bretagne. L’historien Arthur Le Moyne de la Borderie l’a qualifiée de "Cœur de la Bretagne". Abandonnée en 1793 et ruinée dans les années 1810, elle est relevée par une nouvelle communauté monastique bénédictine en 1958, qui y construit de nouveaux bâtiments. Elle est affiliée à la congrégation de Subiaco.

[5] La bataille de Trans est une victoire remportée par les Bretons sur les Vikings, à Trans la Forêt, vers le 1er août 939. Elle met fin à l’occupation du sol breton par les Normands.

[6] Les comtes de Rennes étant devenus ducs de Bretagne avec Conan 1er. Le comté disparut quand il fut intégré au duché de Bretagne sous Pierre Mauclerc duc consort de 1213 à 1221.

[7] Après 748 Le Maine et le Mans disparaissent des documents et chartes pour ne réapparaître qu’avec les Rorgonides qui sont probablement descendants de Roger et d’Hervé. À la mort de Gauzfrid en 878, son fils étant trop jeune pour lui succéder, le comté du Maine est donné à Ragenold, un rorgonide d’une branche cadette, puis Roger du Maine, marié à une carolingienne. Les Rorgonides se tournent alors vers les Robertiens et le comté est disputé entre les deux familles. Gauzlin II fils de Gauzfrid du Maine. Il est le dernier comte du Maine de sa famille, qui se le fait confisquer par le roi Charles III le Simple, au bénéfice de Robert le Fort, ancêtre des Capétiens. Sans enfant, Herbert II mort en 1062 désigne dans son testament Guillaume le Conquérant comme son successeur, mais les seigneurs du Maine se révoltent et appellent un oncle par alliance d’Herbert II.

[8] Le Cotentin est une péninsule française correspondant globalement aux limites de l’ancien pays normand du même nom autrefois appelé Pagus Constantiensis (pays de Coutances). Élément du Massif armoricain, il s’étend entre l’estuaire de la Vire et l’embouchure de l’Ay et jusqu’à Granville. En 1204, le Cotentin, à l’exception des îles Anglo-Normandes, revient à la France lors de la reconquête du duché de Normandie par Philippe Auguste. La guerre de Cent Ans ravage les campagnes et les châteaux de Cherbourg, Valognes, Bricquebec, Saint-Lô et Saint-Sauveur-le-Vicomte font l’objet de multiples sièges. La paix revenue, l’agriculture amène un essor important au 15ème et 16ème siècle, celui-ci se matérialisant dans le bocage par de nombreuses fermes-manoirs. Les grands seigneurs édifient des châteaux et hôtels de style Renaissance

[9] On appelle Avranchin le pays normand centré autour de sa ville principale qui est Avranches (sud-ouest du département de la Manche). Il est tourné vers la baie du mont Saint-Michel.

[10] Le comté de Nantes faisait partie de la marche établie par les rois Francs à la frontière de la Bretagne indépendante. Durant la première moitié du 8ème siècle, les évêques de Nantes cumulèrent avec le titre de « Comte de Nantes ». Il fut conquis par Nominoë en 851 avec le traité d’Angers.

[11] Dans l’histoire de l’Anjou, le comté d’Anjou émerge au 10ème siècle en conséquence de la dislocation du royaume carolingien. Il devient l’une des plus importantes principautés du royaume de France aux 11ème et 12ème siècles. En 1204, le roi de France Philippe Auguste met la main sur le comté. Celui-ci retrouve une certaine autonomie à partir du règne de Saint Louis en tant qu’apanage. L’Anjou est érigé en duché au début de la guerre de Cent Ans.

[12] Les Plantagenêts sont une maison royale issue de la première maison d’Anjou avec le mariage en 1127 de Geoffroy V dit Plantagenet, fils de Foulques V d’Anjou, comte d’Anjou et du Maine, avec Mathilde l’Emperesse, fille d’Henri 1er Beauclerc, duc de Normandie, comte de Bretagne et roi d’Angleterre. Ils sont rois d’Angleterre de 1154 à 1485, ducs de Normandie et d’Aquitaine, comtes de Poitou et de Nantes, seigneurs d’Irlande (très brièvement comtes de Bretagne), seigneurs de Chypre, etc. La maison Plantagenêt est éteinte en ligne légitime depuis l’exécution d’Édouard Plantagenêt (1475-1499) en 1499 par Henri VII.

[13] Le comté de Blois est un ancien comté du Nord de la France. Le comté de Blois était une juridiction féodale du Royaume de France née vers 900. Le premier vicomte est Garnegaud, décédé en 906. Son successeur était le chevalier bourguignon Thibaud l’Ancien qui reçut également la vicomté de Tours en 908 et en 940, il devint vicomte de Blois et de Tours. Il mourut en 943 et son fils Thibaut le Tricheur prend le titre de Comte de Blois et s’empare du comté de Chartres. Son fils Eudes 1er devient Comte de Blois et de Chartres, de Tours, de Châteaudun, de Provins et de Reims. Son fils Thibaut II lui succède de 996 à 1004 . Son frère Eudes II rajoute à son domaine le comté de Meaux et le comté de Troyes. Il meurt en 1019, date à laquelle les domaines sont divisés. La dynastie continua jusqu’à la mort de Thibaut VI, donnant le comté à sa fille Marguerite de Blois. Le comté passe alors dans la Maison d’Avesnes puis de Blois-Châtillon. En 1397, le comté est intégré au Duché d’Orléans par manque de descendance.

[14] Tours est une commune de l’ouest de la France, sur les rives de la Loire et du Cher, dans le département d’Indre-et-Loire, dont elle est le chef-lieu. Ancienne Caesarodunum cité des Turones, fondé par Auguste, capitale de la 3ème Lyonnaise avec un des plus grands amphithéâtres de l’empire romain. Sanctuaire national avec saint Martin, Grégoire de Tours et Alcuin sous les Mérovingiens et les Carolingiens, avec l’adoption par les Capétiens de la monnaie locale la livre tournois qui deviendra la monnaie du royaume. Capitale du comté de Tours qui deviendra la Touraine, le jardin de la France. Première ville de l’industrie de la soie, voulu par Louis XI, capitale royale sous les Valois avec ses châteaux de la Loire et ville d’art avec l’École de Tours. Capitale de loyauté pour Henri III et Henri IV pendant les guerres de Religion

[15] Terre à proximité de la Normandie, le Chartrain a été au cours des 9ème et 10ème siècles secoué par les invasions et guerres normandes, notamment en 858 et en 911. Pour fixer les populations normandes et mettre ainsi un terme au saccage des terres du royaume, Carloman fait le chef viking Hasting « comte de Chartres » en 882, après l’avoir battu en 879. Sitôt comte, Hasting vend sa possession en 886. Vassal du duc des Francs Hugues le Grand, un certain Thibaud de Blois profite de la jeunesse de l’héritier au titre ducal pour s’ériger en « comte de Blois » vers 960 alors que son père en était le vicomte. Bientôt, les terres personnelles du comte sont augmentées du comté de Chartres ainsi que la vicomté de Châteaudun. Le titre reste dans les mains de la famille de Thibault jusqu’en 1286, date à laquelle le comté est de nouveau fondu dans le domaine royal.

[16] Le duché d’Aquitaine est constitué en 675, à la mort de Childéric II. Il se reconstitue au 9ème siècle, comme héritier du royaume d’Aquitaine attribué à Pépin 1er d’Aquitaine (mort en 838). Il fut ensuite l’objet de luttes entre les comtes d’Auvergne, de Toulouse et de Poitiers. Le duc d’Aquitaine était l’un des six pairs laïcs primitifs. L’Aquitaine a regroupé au fil des temps différents territoires. Pendant le règne d’Aliénor d’Aquitaine, Poitiers était la résidence habituelle des ducs.

[17] Le mot latin pagus (au pluriel pagi), traduit par « pays », désigne une unité territoriale gallo-romaine inférieure à celle de la civitas, puis, à l’époque médiévale, une subdivision territoriale (proche du canton contemporain) souvent intégrée dans un comté.

[18] Les Mauges sont une région naturelle et historique, correspondant au sud-ouest de l’actuel département de Maine-et-Loire et de l’ancienne province d’Anjou. Ses principales villes sont Cholet et Beaupréau.

[19] Tiffauges est une commune française, située dans le département de la Vendée et la région Pays de la Loire.

[20] Le comté d’Herbauges fut créé par les seigneuries du Bas-Poitou afin de lutter efficacement contre la menace normande. Le comté d’Herbauges recouvrait le Bas-Poitou comprenant le pays de Retz actuel, plus le nord de la Vendée depuis les îles côtières (Noirmoutier, Bouin), jusqu’à Tiffauges, la vallée de Clisson et les Mauges à l’intérieur des terres.

[21] Le diocèse de Dol est un ancien diocèse de l’Église catholique en France. Il était un des neuf diocèses ou évêchés historique de Bretagne. Le territoire du diocèse correspondait au Pays de Dol et le siège épiscopal se trouvait à Dol-de-Bretagne. Il est caractérisé par de nombreuses enclaves sur tout le territoire breton. Son existence est attestée comme tel dès le 6ème siècle, et la tradition lui donne pour fondateur saint Samson. Il tient sa fortune de la volonté des rois Nominoë et Salomon, qui voulaient assurer l’autonomie religieuse de la Bretagne, jusque-là rattachée à la province ecclésiastique de Tours, et favorisent l’érection de Dol en archevêché vers 848. La nouvelle province ecclésiastique comprenait les anciens diocèses de Vannes, Quimper, Léon et Alet, ainsi que les nouveaux diocèses de Dol, Saint-Brieuc et Tréguier. Un concile se tint à Dol en 1128

[22] ancêtre des sires de Retz et Diles de Cornouaille

[23] La collégiale Notre-Dame, ou église royale et collégiale Notre-Dame, est une ancienne église catholique de Nantes, construite à la fin du 10ème siècle, et aménagée jusqu’au 18ème siècle. Elle fut démolie après avoir été laissée à l’état de ruine, au début du 19ème siècle. L’édifice a été le lieu d’inhumation des ducs Alain Barbetorte et Pierre II de Bretagne, et est donc un élément symbolique de l’histoire du duché de Bretagne.