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Amenhotep IV dit Akhénaton

dimanche 30 août 2015 (Date de rédaction antérieure : 26 septembre 2011).

Amenhotep IV dit Akhénaton

10ème pharaon de la 18ème dynastie de 1355 / 1353 à 1338 / 1337 av.jc

Fils de la reine Tiyi et du roi Amenhotep III . Figure controversée, considéré parfois comme l’un des grands mystiques de l’Histoire, il bouleverse, le temps d’un règne, l’histoire de l’Égypte antique en accélérant l’évolution théologique commencée par son prédécesseur et en voulant imposer le culte exclusif de Rê-Horakhty [1], dont il est à la fois le prophète et l’incarnation.

Parallèlement à la réforme religieuse, son règne voit l’émergence d’une nouvelle esthétique à la fois baroque et naturaliste, l’art amarnien [2]. L’imagerie royale est la première concernée par ce mouvement qui rompt avec la tradition et représente le pharaon et sa famille dans leur intimité.

Sur le plan politique enfin, les choix ou l’inertie d’Akhénaton conduiront à la première véritable crise du Nouvel Empire tant sur le plan économique qu’international

Le jeune souverain va progressivement d’abord, puis plus brutalement ensuite, imposer la première religion hénothéiste [3] connue de l’histoire, privilégiant le culte du disque solaire Aton . Pour des raisons encore mal connues, mais vraisemblablement en butte au conservatisme et à l’hostilité du clergé thébain, Akhénaton décide d’abandonner le culte du dieu dynastique Amon , le dieu caché.

En l’an IV du règne, il fait sa première visite à l’endroit où sera fondée sa future capitale, une cité vierge de la présence du dieu thébain. Il choisit comme emplacement un lieu désertique en Moyenne Égypte, sur la rive orientale du Nil, où il fait construire la cité d’Akhetaton [4], à quelque 300 km au nord de Thèbes [5]. Il entame des travaux qui draineront une grande partie des revenus affectés à Thèbes.

En l’an VI, il change de titulature, prend le nom d’Akhénaton et quitte enfin la ville d’Amon, Thèbes. La grande épouse Néfertiti porte le nom de Néfernéferouaton. Toute la cour et l’administration royales déménagent pour la nouvelle résidence encore inachevée, dont les temples, dédiés au dieu unique Aton, sont construits à ciel ouvert pour permettre à ses rayons bienfaisants d’y pénétrer.

On attribue souvent cette révolution culturelle et religieuse au seul Akhénaton, mais il semble qu’il n’ait fait qu’imposer une tendance née durant le règne de son père, Amenhotep III.

Avant Akhénaton, Aton était un dieu mineur dont l’existence est attestée dès le Moyen Empire. Au Nouvel Empire, Thoutmôsis III s’était placé sous sa protection et Amenhotep III avait encouragé le culte du dieu.

En l’an IX de son règne, Akhénaton ira plus loin, dans une apparente radicalisation de sa réforme, il ordonne de détruire, dans les principales régions névralgiques du royaume, les images de culte des anciennes divinités, à l’exception notable de , afin de mener à bien son opération, effaçant l’expression des principes anciens pour faire place à la fonction nouvelle qu’il incarnait. En martelant les noms des dieux, dans un système de croyances où le Verbe est créateur, il annule leur faculté de s’incarner et occulte leur influence.

Loin de l’image idyllique d’un pharaon poète et rêveur mystique, le règne d’Akhénaton est considéré par beaucoup d’égyptologues comme une période sombre de l’Égypte antique. La réforme religieuse d’Akhénaton entraîna une perte d’influence importante des dieux du panthéon traditionnel, suppression de certains cultes, fermeture de temples, perte de biens du clergé, dégradation des effigies divines.

Le martelage des noms ne touche pas le royaume dans son entier, et le nom de certains dieux est laissé intact. Le gouvernorat du Fayoum [6] semble même avoir presque complètement échappé au martelage.

Si le roi s’attaque aux cultes des divinités traditionnelles du royaume, il n’y a aucune persécution du peuple égyptien, qui préserve ses croyances.

Il est cependant évident aussi que, en raison d’une centralisation excessive, et apparemment inefficace, ainsi qu’à l’amoindrissement des actifs et la confiscation des domaines des temples, l’Égypte connut une crise économique. En effet, en l’absence de tout numéraire, le système économique et social était basé sur le troc et sur la distribution des ressources stockées dans les greniers de l’État et des temples, de sorte que la confiscation des « domaines divins » par la couronne ruinait « tout un système de production et de redistribution qu’aucune structure nouvelle ne vient remplacer ».

En Syrie et en pays de Canaan [7], les Hittites [8] et les Amorrites [9] grignotent petit à petit les conquêtes de Thoutmôsis III. Ainsi, le roi de Qadesh [10], entré dans l’alliance hittite, conquiert la Syrie du Nord, tandis que Suppiluliuma et Assur-uballit 1er s’attaquent au Mitanni [11], allié de l’Égypte. De son côté, le roi d’Amourrou [12] se rend maître de plusieurs places fortes de la côte phénicienne [13].

Akhénaton omet de venir en aide à ses vassaux, malgré leurs appels pressants, de sorte que son inertie cause la perte de Sidon [14], de Tyr [15] et de Byblos [16]. Pendant ce temps, des bandes de nomades pillards, les Apirou [17], s’emparent de Megiddo [18] et de Jérusalem.

L’or est alors un élément de première importance dans la politique internationale, et l’Égypte, prospère, est réputée en posséder à profusion. Alors qu’une grande partie du prestige moral du royaume et de son influence à l’extérieur repose sur sa prodigalité, Akhénaton est beaucoup moins généreux que son père et les envois d’or s’amaigrissent considérablement. Les rois d’Assyrie, de Babylone et du Mitanni s’en plaignent dans les lettres qu’ils adressent à leur « frère » d’Égypte, sur des tons de moins en moins amicaux. À la fin du règne, il ne subsiste presque rien de l’empire asiatique des premiers Thoutmosides.

La mort d’Akhénaton est entourée de mystère. On ne sait ni quand ni comment il décède, ses successeurs ayant tout fait pour effacer les traces du roi hérétique.

Smenkhkarê , gendre et successeur d’Akhénaton après une probable corégence, meurt à la fin d’un règne éphémère. Le pouvoir revient alors à un enfant de 9 ans, Toutânkhaton , qui avait épousé la 3ème fille d’Akhénaton.

Le culte d’Aton s’éteint pratiquement avec la disparition d’Akhénaton. Au bout de 3 ans, Toutânkhaton quitte Amarna ; il adopte le nom de Toutânkhamon, restaure le culte des dieux traditionnels et rétablit le clergé dans les biens dont l’avait dépouillé Akhétaton.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de histoire de Akhenaton, le pharaon hérétique - Passion égyptienne/ Le petit mourre dictionnaire d’histoire universelle édition Bordas 2004 p 60

Notes

[1] qui est dans Aton

[2] L’art amarnien est une forme d’art de l’Égypte antique qui révolutionna les canons artistiques classiques en place depuis plusieurs siècles. C’est sous le pharaon Amenhotep III que le style amarnien naît, style qui se développera surtout sous le règne de son successeur, Akhénaton. C’est surtout dans la nouvelle capitale de ce dernier, Akhetaton, que cet art se développa.

[3] L’hénothéisme ou kathénothéisme est un concept développé par Max Müller dans ses travaux sur le védisme pour désigner une forme de croyance en une pluralité de dieux dans laquelle l’un d’entre eux joue un rôle prédominant par rapport aux autres et reçoit un culte préférentiel.

[4] l’actuelle Amarna

[5] Thèbes (aujourd’hui Louxor) est le nom grec de la ville d’Égypte antique Ouaset (« Le sceptre » ou « La Puissante »), appartenant au quatrième nome de Haute Égypte. D’abord obscure capitale de province, elle prend une importance nationale à partir de la XIème dynastie. Elle est en effet la ville d’origine des dynastes de la famille des Antef, qui fondent la XIème dynastie avec Montouhotep 1er et Montouhotep II, liquidateurs de la Première Période Intermédiaire et rassembleurs des Deux Terres, c’est-à-dire de la Haute Égypte et de la Basse Égypte. Thèbes est également la patrie de Séqénenrê Taâ dit « le Brave », dont les successeurs, Kamosé et Ahmôsis, vont libérer l’Égypte antique des Hyksôs et clore la Deuxième Période Intermédiaire.

[6] Le gouvernorat du Fayoum est l’un des gouvernorats de l’Égypte située dans le centre du pays. Sa capitale est la ville également appelée Médinet el-Fayoum, à 130 kilomètres au sud-ouest du Caire. Le Fayoum proprement dit est une oasis du désert de Libye, sa frontière orientale étant environ à 30 kilomètres à l’ouest du Nil. Couvrant une surface de 1 270 km², le Fayoum est une région distincte de la vallée du Nil et d’autres oasis de désert : ses champs sont arrosés par un canal venant du Nil, Bahr Youssef. L’eau s’écoule dans une dépression du désert à l’ouest de la vallée du Nil, le lac Fayoum, un grand lac d’eau douce dans l’antiquité, mais actuellement de dimension plus modeste et dont l’eau est salée. Grâce au Bahr Youssef, le Fayoum est une riche région agricole. Le Fayoum était un des principaux greniers à blé du monde antique.

[7] Canaan désigne une région du Proche-Orient ancien située le long de la rive orientale de la mer Méditerranée. Cette région correspond plus ou moins aujourd’hui aux territoires réunissant les territoires disputés, l’État d’Israël, l’ouest de la Jordanie, le sud du Liban et l’ouest de la Syrie.

[8] Les Hittites sont un peuple ayant vécu en Anatolie au 2ème millénaire av. jc. Ils doivent leur nom à la région dans laquelle ils ont établi leur royaume principal, le Hatti, situé en Anatolie centrale autour de leur capitale, Hattusan. À partir de la seconde moitié du 17ème siècle avant notre ère, les rois du Hatti construisent un des plus puissants royaumes du Moyen-Orient, dominant l’Anatolie jusqu’aux alentours de 1200 av. jc. À partir du 14ème siècle avant notre ère, ils réussissent à faire passer la majeure partie de la Syrie sous leur coupe, ce qui les met en rivalité avec d’autres puissants royaumes du Moyen-Orient : l’Égypte, le Mitanni et l’Assyrie.

[9] Les Amorrites sont un peuple sémite de la Syrie ancienne vers le milieu du 3ème millénaire av. jc. Ils ont ensuite occupé de larges partis du sud de la Mesopotamie du 21ème jusqu’à la fin du 17ème siècle. Ils y ont installé plusieurs cités États, notamment Babylone.

[10] Qadesh ou Kadesh est une ville de la Syrie antique. Elle correspond au site actuel de Tell Nebi Mend, situé à 24 km au sud-ouest d’Homs, en amont du lac Qattina ou lac de Homs, sur la rive ouest de l’Oronte à proximité de la frontière libanaise. Elle fut le lieu de batailles dont la plus célèbre, qui eut lieu au début du 13ème siècle avant notre ère, opposa deux grandes puissances de l’époque : les armées de l’empire hittite menées par Muwatalli II et de l’Égypte menées par Ramsès II.

[11] Mitanni (ou Mittani) était un royaume du Proche-Orient ancien dont le centre était situé au nord-est de la Syrie actuelle, dans le triangle du Khabur, à peu près entre le 17ème siècle et le 13ème siècle avant notre ère. Il était peuplé en majorité de Hourrites, peuple qui doit son nom actuel à la région appelée Hurri, qui semble recouvrir une grande partie de la Haute Mésopotamie. Son élite et sa dynastie régnante, bien que hourrites, préservent cependant des traits archaïques indo-aryens qui traduisent peut-être des origines de ce peuple. Le nom du royaume provient peut-être du nom d’un certain Maitta. Ses voisins l’appelaient de différentes façons : Naharina pour les Égyptiens, Hanigalbat pour les Assyriens, ou encore Subartu dans certains cas. À son apogée, le Mitanni domine un vaste espace allant de la mer Méditerranée jusqu’au Zagros, dominant alors de riches royaumes, notamment en Syrie (Alep, Ugarit, Karkemish, Qatna, etc.). Il rivalise avec les autres grandes puissances du Moyen-Orient de la période, les Égyptiens et les Hittites, avant que les conflits contre ces derniers et les Assyriens ne causent sa chute.

[12] Les Hourrites ou Hurrites ou Hari, Khurrites, Hourri, Churri, Hurri, Hurriter, sont un peuple habitant l’Asie Mineure durant l’Antiquité. Ils fondent le royaume du Hourri ou Hari d’où découle plus tard le Mitanni, au début du second millénaire, dans une région jouxtant le Nord de la Mésopotamie.

[13] Les Phéniciens sont un peuple antique originaire des cités de Phénicie, région qui correspond approximativement au Liban actuel.

[14] Sidon ou Saïda en arabe est une ville du Liban. Elle fut dans l’Antiquité la capitale incontestée de la Phénicie. La ville était construite sur un promontoire s’avançant dans la mer.

[15] Tyr est une ville du Sud du Liban. C’est le chef-lieu du Caza de Tyr dans la Mouhafazah du Sud-Liban. Tyr se situe dans la Phénicie méridionale, à un peu plus de 70 km au sud de Beyrouth et à 35 km au sud de Sidon, presque à mi-chemin entre Sidon au nord et Acre au sud, et à quelques kilomètres au sud du Litani. Dans l’Antiquité, la ville était composée de deux parties, l’une insulaire et l’autre continentale.

[16] Byblos est une ville du Liban. Les Grecs la nommèrent Byblos, car c’est de Gebal que le papyrus était importé en Grèce. Elle se situe aujourd’hui sur le site de la ville moderne de Jbeil, dans le gouvernorat du Mont-Liban (actuel Liban), sur la côte méditerranéenne, à environ quarante kilomètres au nord de Beyrouth.

[17] Apirou, Abirou, Hapirou ou Habirou est le nom donné par de nombreuses sources sumériennes, égyptiennes, akkadiennes, hittites, mitannites, et ougaritiques (datant environ de 2000 à 1200 av.jc) à une catégorie de la population du nord-ouest de la Mésopotamie et du Croissant Fertile, depuis les frontières de l’Égypte, jusqu’en Canaan et en Iran.

[18] Megiddo est un des plus importants sites archéologiques d’Israël. Le tel de Megiddo est situé à environ 90 km au nord de Jérusalem et à 31 km au sud-est de la ville de Haïfa. Le tel domine la vallée de Jezreel au nord. Il est connu en arabe sous le nom de tell el-Moutesellim. L’ancienne ville de Megiddo a été construite sur un tertre qui se dresse maintenant, suite à l’empilement de nombreuses couches archéologiques, à presque 21 mètres au-dessus de la plaine.