L’esclavage caractérise le fait de priver un être humain de ses droits [1] et de le réduire au statut d’un bien mobilier que l’on peut acheter et vendre [2].
L’esclavage semble avoir été ignoré des sociétés primitives nomades de chasseurs et de cueilleurs. Les sociétés de cette sorte qui subsistent en Amazonie [3] ou en Papouasie [4] l’ignorent également.
L’esclavage est apparu avec la sédentarisation des humains dans les villes et le développement de l’agriculture et de l’élevage.
Les guerres pour l’appropriation des terres et des troupeaux procurent des captifs que l’on affecte aux travaux des champs, à la garde des troupeaux ainsi qu’aux tâches domestiques, à la meunerie ou encore au pompage de l’eau.
C’est ainsi qu’au cours du dernier millénaire av. jc, la pratique de l’esclavage devient commune à toute l’humanité, hormis quelques tribus reculées de l’Âge de pierre qui, n’ayant que faire de prisonniers de guerre, préfèrent les tuer. On peut noter toutefois de grandes différences dans son application.
L’esclavage à l’aube de notre ère
La Crète [5] ou encore l’Étrurie [6] limitent, semble-t-il, l’esclavage aux captifs de guerre et aux travailleurs des mines. Les témoignages plus ou moins étoffés que nous possédons sur ces sociétés indiquent que leur paysannerie est essentiellement composée d’hommes libres. Il est intéressant d’observer que les femmes de ces sociétés-là bénéficient aussi d’un statut relativement honorable pour l’époque.
L’Égypte pharaonique, du moins dans les premiers temps de sa longue Histoire, relève d’une situation comparable. Mais pendant le Nouvel Empire [7], notamment sous le règne de Ramsès II, la multiplication des campagnes de pacification entraîne l’afflux d’esclaves étrangers que le pharaon alloue aux temples, affecte au service de sa maison ou intègre son armée. Parmi ces esclaves étrangers, on note la présence de Noirs du pays de Koush [8], au sud d’Assouan [9]. Si l’on en croit la Bible, on note aussi la présence d’Hébreux. Le Nouvel Empire va succomber du fait de la prise du pouvoir par d’anciens esclaves libyens devenus officiers.
Chez les Hébreux comme chez les autres peuples du Moyen-Orient, l’esclavage va de soi. Le Lévitique [10], autorise sans réserve l’esclavage des non-juifs et limite à 7 ans la durée pendant laquelle un juif peut être tenu en esclavage.
La situation est très différente dans le monde grec et son appendice, la société romaine. Bien qu’ils aient inventé la démocratie, les Grecs de l’époque classique ne voient aucun inconvénient à la pratique massive de l’esclavage, dans des conditions généralement odieuses.
C’est sur les esclaves que repose l’économie, qu’il s’agisse de l’artisanant urbain, des travaux domestiques ou encore des exploitations minières du Laurion [11]. Parmi ces esclaves figurent des Africains, appelés Éthiopiens. Parallèlement, notons-le, les Grecs ne montrent guère de considération pour les femmes, qu’ils tiennent à l’écart dans le gynécée [12] .
Si le philosophe Platon considère que tous les êtres humains hommes et femmes sont d’une même essence, il n’en va pas de même de son élève Aristote qui justifie l’esclavage ainsi que les inégalités qui s’attachent au statut comme au sexe.
À Rome, où les esclaves représentent jusqu’à un tiers de la population urbaine, leurs conditions de vie sont généralement exécrables. Le souvenir de Spartacus, esclave révolté au premier siècle avant notre ère, est dans toutes les mémoires.
À la même époque, Jules César ayant conquis les Gaules, pas moins d’un million de Gaulois, soit près du dixième de la population, sont réduits en esclavage et traînés en Italie.
À l’apogée de l’Empire, l’Italie aurait abrité 2 à 3 millions d’esclaves, soit 35 à 40% de sa population totale. À la différence de la Grèce antique, la majeure partie était utilisée dans l’agriculture.