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Gubazès II

vendredi 17 juin 2022, par ljallamion

Gubazès II

Roi de Lazique de vers 541 à 555

Le royaume de Lazique avec la ville de Petra au sud.Il fut l’une des personnalités centrales de la guerre lazique [1]. D’abord vassal de l’Empire byzantin [2], il se tourne vers la principale rivale de cette dernière, la Perse sassanide [3], après plusieurs mesures maladroites des autorités byzantines.

Les Byzantins sont expulsés de Lazique à l’aide de l’armée persane en 541, mais l’occupation du pays par les Perses s’avère mal acceptée. En 548, Gubazès demande l’aide de l’Empire byzantin, avec qui il reste allié pendant les quelques années suivantes, alors que les deux empires se battent pour le contrôle du Lazique [4], avec la forteresse de Petra [5] comme point central de la lutte. Gubazès est finalement assassiné par les généraux byzantins après une dispute sur la poursuite infructueuse de la guerre.

La date exacte de son accession au trône n’est pas connue, mais elle doit avoir lieu bien avant 541, lorsqu’il est attesté pour la première fois comme roi des Lazes. Il vit très probablement quelques années à la capitale de l’Empire byzantin, Constantinople [6] avant son accession au trône, car il est qualifié de silentiarius [7], un poste influent au palais impérial. Il peut également, mais moins probablement, avoir obtenu ce titre de façon honorifique après son accession au trône.

Le Lazique devient un état client de l’Empire byzantin depuis 522, lorsque son roi Tzath 1er rejette l’hégémonie perse. Cependant, sous le règne de l’empereur Justinien 1er, une série de mesures maladroites rend les Byzantins impopulaires au Lazique. L’établissement d’un monopole du commerce, régulé depuis la forteresse de Petra récemment construite, par le magister militum [8] Jean Tzibus conduit Gubazès à chercher une nouvelle fois la protection du shah perse [9], Khosro 1er.

En 540, Khosro rompt la Paix Éternelle de 532 et envahit la province byzantine de Mésopotamie. Au printemps 541, Khosro et ses troupes, conduite par des guides Lazes, passent les cols qui mènent au Lazique, où Gubazès se soumet à lui. Les byzantins commandés par Jean Tzibus résistent vaillamment à Petra, mais Tzibus est finalement tué et la forteresse tombe peu après. Khosro laisse une garnison à Petra puis quitte le pays. Cependant, rapidement, les Lazes manifestent leur mécontentement : en tant que chrétiens, le zoroastrisme [10] des Perses leur déplait, et ils sont grandement affectés par l’arrêt du commerce sur la mer Noire [11] avec Byzance [12]. L’historien contemporain Procope de Césarée rapporte que Khosro, conscient de l’importance stratégique du Lazique, planifie de déporter l’ensemble des Lazes pour les remplacer par des Perses. Première étape de ce plan, l’empereur perse prévoit d’assassiner Gubazès. Prévenu des intentions de Khosro, Gubazès change à nouveau d’allégeance et se tourne vers l’Empire byzantin.

En 548, l’empereur Justinien envoie 8,000 hommes sous le commandement de Dagisthaeus ou Dagisthée. La force byzantine alliée à une force lazique assiègent la garnison perse à Petra. Bien approvisionnée, celle-ci résiste et le siège traîne en longueur. De plus, Dagisthaeus néglige de surveiller les cols qui mènent au Lazique, et une importante force perse sous le commandement de Mihr-Mihroe atteint Petra et oblige les alliés à lever le siège. Manquant de vivres pour ses troupes, Mihr-Mihroe quitte la région après avoir renforcé la garnison de Petra et laissé 5,000 hommes sous le commandement de Phabrizus pour sécuriser la route d’approvisionnement. Au printemps de l’année suivante, Gubazès et Dagisthaeus combinent leurs forces et parviennent à détruire les forces de Phabrizus lors d’une attaque surprise, et poursuivent les survivants en Ibérie [13]. L’été de la même année, ils remportent une nouvelle victoire contre une nouvelle armée perse conduite par Khorianes. Les alliés échouent cependant à empêcher une nouvelle armée perse de renforcer Petra, et Dagisthaeus est rappelé puis remplacé par Bessas.

En 550, une révolte pro-Perse éclate parmi les Abkhazes [14], un peuple voisin du Lazique, au nord. Tirant profit de la situation, un important noble lazique, Terdetes, qui s’est disputé avec Gubazès, trahit le roi et livre aux Perses une importante forteresse dans les terres des Apsiles [15]. Les Apsiles parviennent à reprendre le fort, mais refusent d’accepter le contrôle lazique jusqu’à la médiation du général byzantin Jean Guzes. En 551, les Byzantins prennent finalement Petra et la rase, mais une nouvelle armée sous la direction de Mihr-Mihroe arrive à contrôler la partie Est du Lazique. Les forces byzantines en Lazique se retirent alors à l’ouest, dans l’estuaire du Phase [16], alors que les Lazes, dont Gubazès et sa famille, cherchent refuge dans les montagnes. Malgré des conditions difficile lors de l’hiver 551/552, Gubazès rejette la paix offerte par les envoyés de Mihr-Mihroe. En 552, les Perses reçoivent un renforcement substantiel, mais leurs attaques sur les forteresses tenus par les Byzantins et les Lazes sont repoussées.

Lors des deux années suivantes, les Byzantins augmentent leurs forces en Lazique, mais échouent à obtenir un succès définitif. Gubazès se dispute alors avec les généraux byzantins et écrits à l’empereur Justinien les accusant d’incompétence, après une défaite contre les Perses.

Bessas est rappelé, mais les deux autres, Martin et le sacellarius [17] Rusticus, décident de se débarrasser de Gubazès. Ils envoient un message à Constantinople, accusant Gubazès d’arrangements avec les Perses.

L’empereur Justinien, ayant l’intention d’interroger lui-même Gubazès, autorise alors les deux généraux à l’arrêter, en usant de la force si nécessaire. En septembre/octobre 555, les deux généraux invitent Gubazès à observer le siège d’un fort tenu par les Perses, mais quand ils se rencontrent, Jean, le frère de Rusticus, poignarde le roi avec sa dague. Gubazès tombe de son cheval, et l’un des servants de Rusticus lui assène le coup de grâce.

Le meurtre de Gubazès voit l’arrêt de la participation des Lazes aux opérations militaires contre les Perses pendant un moment, conduisant à l’échec de l’attaque byzantine contre le fort d’Onoguris. Une assemblée du peuple lazique informe l’empereur Justinien des événements et demande qu’une enquête soit menée, ainsi que la confirmation de la montée sur le trône du jeune frère de Gubazès, Tzath II , résidant alors à Constantinople. L’empereur byzantin accède à leur demandes : un important sénateur nommé Athanase est envoyé pour enquêter sur le meurtre de Gubazès et Tzath est confirmé comme successeur.

L’enquête d’Athanase blanchit Gubazès des suspicions de traîtrise et reconnaît Rusticus et son frère Jean comme coupables. Les deux frères sont exécutés à l’automne 556. Martin quant à lui est simplement déposé de son poste.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Gubazes II of Lazica »

Notes

[1] La guerre lazique aussi appelée Grande Guerre d’Egris idi Omi ou Guerre colchique dans l’historiographie de la Géorgie), opposa les empires byzantin et sassanide pour le contrôle de la région de la Lazique (ou Egrisi) correspondant actuellement à l’ouest de la Géorgie. La guerre lazique dura une vingtaine d’années entre 541 et 562, ponctuées par des retournements de situation, pour finalement s’achever sur une victoire byzantine. La guerre lazique a été racontée en détail dans les ouvrages de Procope de Césarée et Agathias le Scolastique.

[2] L’Empire byzantin ou Empire romain d’Orient désigne l’État apparu vers le 4ème siècle dans la partie orientale de l’Empire romain, au moment où celui-ci se divise progressivement en deux. L’Empire byzantin se caractérise par sa longévité. Il puise ses origines dans la fondation même de Rome, et la datation de ses débuts change selon les critères choisis par chaque historien. La fondation de Constantinople, sa capitale, par Constantin 1er en 330, autant que la division d’un Empire romain de plus en plus difficile à gouverner et qui devient définitive en 395, sont parfois citées. Quoi qu’il en soit, plus dynamique qu’un monde romain occidental brisé par les invasions barbares, l’Empire d’Orient s’affirme progressivement comme une construction politique originale. Indubitablement romain, cet Empire est aussi chrétien et de langue principalement grecque. À la frontière entre l’Orient et l’Occident, mêlant des éléments provenant directement de l’Antiquité avec des aspects innovants dans un Moyen Âge parfois décrit comme grec, il devient le siège d’une culture originale qui déborde bien au-delà de ses frontières, lesquelles sont constamment assaillies par des peuples nouveaux. Tenant d’un universalisme romain, il parvient à s’étendre sous Justinien (empereur de 527 à 565), retrouvant une partie des antiques frontières impériales, avant de connaître une profonde rétractation. C’est à partir du 7ème siècle que de profonds bouleversements frappent l’Empire byzantin. Contraint de s’adapter à un monde nouveau dans lequel son autorité universelle est contestée, il rénove ses structures et parvient, au terme d’une crise iconoclaste, à connaître une nouvelle vague d’expansion qui atteint son apogée sous Basile II (qui règne de 976 à 1025). Les guerres civiles autant que l’apparition de nouvelles menaces forcent l’Empire à se transformer à nouveau sous l’impulsion des Comnènes avant d’être disloqué par la quatrième croisade lorsque les croisés s’emparent de Constantinople en 1204. S’il renaît en 1261, c’est sous une forme affaiblie qui ne peut résister aux envahisseurs ottomans et à la concurrence économique des républiques italiennes (Gênes et Venise). La chute de Constantinople en 1453 marque sa fin.

[3] Les Sassanides règnent sur le Grand Iran de 224 jusqu’à l’invasion musulmane des Arabes en 651. Cette période constitue un âge d’or pour la région, tant sur le plan artistique que politique et religieux. Avec l’Empire romano byzantin, cet empire a été l’une des grandes puissances en Asie occidentale pendant plus de quatre cents ans. Fondée par Ardashir (Ardéchir), qui met en déroute Artaban V, le dernier roi parthe (arsacide), elle prend fin lors de la défaite du dernier roi des rois (empereur) Yazdgard III. Ce dernier, après quatorze ans de lutte, ne parvient pas à enrayer la progression du califat arabe, le premier des empires islamiques. Le territoire de l’Empire sassanide englobe alors la totalité de l’Iran actuel, l’Irak, l’Arménie d’aujourd’hui ainsi que le Caucase sud (Transcaucasie), y compris le Daghestan du sud, l’Asie centrale du sud-ouest, l’Afghanistan occidental, des fragments de la Turquie (Anatolie) et de la Syrie d’aujourd’hui, une partie de la côte de la péninsule arabe, la région du golfe persique et des fragments du Pakistan occidental. Les Sassanides appelaient leur empire Eranshahr, « l’Empire iranien », ou Empire des Aryens.

[4] Le royaume de Lazique, souvent simplifié en Lazique, ou encore Egrisi, est un ancien royaume situé dans l’ouest de la Géorgie entre le 1er siècle av. jc et le 7ème siècle. Il est situé sur une large partie de l’ancien royaume de Colchide, dont il est souvent désigné comme successeur après son intégration dans l’Empire romain. Durant une large partie de son existence, la Lazique était un protectorat de l’Empire byzantin.

[5] Pétra, est une ancienne cité cananéenne de l’actuelle Jordanie située dans le Wadi Rum. Créée dans l’Antiquité vers la fin du 8ème siècle av. jc par les Édomites, elle est ensuite occupée vers le 6ème siècle av. jc par les Nabatéens qui la font prospérer grâce à sa position sur la route des caravanes transportant l’encens, les épices et d’autres produits précieux entre l’Égypte, la Syrie, l’Arabie du Sud et la Méditerranée.

[6] Constantinople est l’appellation ancienne et historique de l’actuelle ville d’Istanbul en Turquie (du 11 mai 330 au 28 mars 1930). Son nom originel, Byzance, n’était plus en usage à l’époque de l’Empire, mais a été repris depuis le 16ème siècle par les historiens modernes.

[7] Dans l’Empire romain et son prolongement l’Empire byzantin, le silentiaire (en latin silentiarius) est un officier subalterne du palais impérial, chargé de faire respecter l’ordre et le silence autour de l’Empereur.

[8] général

[9] Chah, shah ou schah, terme persan, est le titre porté par les rois d’Iran (Perse). Ce terme a été emprunté par d’autres langues où il désigne plus généralement le souverain ou le monarque d’un État. Il apparaît également dans d’autres titres dérivés.

[10] Le zoroastrisme est une religion monothéiste de l’Iran ancien. Elle est une adaptation du mazdéisme et tire son nom de son « prophète » ou fondateur Zarathoustra, dont le nom a été transcrit en Zoroastre par les Grecs. Cette réforme est intervenue au cours du 1er millénaire av. jc. Le zoroastrisme a fait fonction de religion officielle de l’empire perse à trois reprises (sous le roi Hystaspès, sous les Achéménides, et sous les Sassanides jusqu’en 651, date de l’assassinat du dernier roi zoroastrien). Malgré l’arrivée de l’islam et les persécutions qui en découlèrent, il a réussi à se maintenir dans le patrimoine culturel iranien, afghan et d’Asie centrale. En effet, les Iraniens, les Kurdes et les Afghans, indépendamment de leur religion, accordent beaucoup d’importance aux fêtes zoroastriennes, en particulier celle de Nowruz, le nouvel an zoroastrien, célébré le 21 mars

[11] La mer Noire est une mer située entre l’Europe et l’Anatolie. Large d’environ 1 150 km d’ouest en est et de 600 km du nord au sud, elle s’étend sur une superficie de 413 000 km². Elle communique au nord avec la mer d’Azov par le détroit de Kertch, et au sud-ouest avec la Méditerranée par le Bosphore, la mer de Marmara et le détroit des Dardanelles. Dans l’Antiquité, les Grecs la désignèrent d’abord par Skythikos Pontos. Les Scythes, peuple de langue iranienne, la désignèrent comme Axaïna, c’est-à-dire « indigo ». Les Grecs quand ses courants et ses vents leur devinrent familiers, la désignèrente comme Pontos Euxeinos, traduit en français par Pont-Euxin.Les Romains l’appelèrent Mare Caecili, terme qui fut traduit par la suite par les bulgares en « mer Cécile ».Au 13ème siècle, elle apparaît sur les portulans génois, dans les chroniques de Wavrin et de Villehardouin sous les noms de mer Majoure c’est-à-dire « grande mer ». Le terme de Noire apparu dans les textes et les cartes à partir du 15ème siècle.

[12] Byzance est une ancienne cité grecque, capitale de la Thrace, située à l’entrée du Bosphore sous une partie de l’actuelle Istanbul. La cité a été reconstruite par Constantin 1er et, renommée Constantinople en 330, elle est devenue la capitale de l’Empire romain, puis de l’Empire romain d’Orient et enfin de l’Empire ottoman à partir de 1453 date de la prise de la ville par les Turcs. Elle fut rebaptisée Istanbul en 1930.

[13] La principauté d’Ibérie est un État géorgien du Caucase du Haut Moyen Âge. Elle fut établie, d’après les sources, entre 588 et 600 par le prince Gouaram, qui est considéré par l’ancienne historiographie géorgienne comme l’ancêtre des Bagratides géorgiens ou bien comme un descendant des anciens rois d’Ibérie. Son histoire de deux siècles est illustrée par les différentes invasions des Sassanides, des Byzantins, des Khazars et des Arabes, mais sa disparition en 891 ouvre le chemin à la lente unification de la Géorgie qui mène à la fondation du royaume de Géorgie en 1010.

[14] Les Abkhazes sont un groupe ethnique caucasien, habitant principalement en Abkhazie, un État du Caucase situé au bord de la mer Noire entre la Russie et la Géorgie. Une grande diaspora abkhaze habite en Turquie, qui sont des descendants d’Abkhazes qui ont émigré de l’Abkhazie à la fin du 19ème siècle. Beaucoup vivent également dans d’autres pays de l’ancienne Union soviétique, comme la Russie et l’Ukraine.

[15] une tribu vassale du royaume de Lazique

[16] Le Rioni, parfois nommé Rion est le fleuve principal de l’ouest de la Géorgie. Il prend sa source dans le Caucase, dans la région de Ratcha et coule vers l’ouest pour se jeter dans la mer Noire au nord de la ville de Poti. La ville de Koutaïssi, l’ancienne capitale de la Colchide, se situe sur ses rives. Dans la géographie grecque antique, le bassin hydrographique du Rioni correspondait en gros à la région historique nommée Colchide qui portait aussi quelquefois, le nom d’Ééa, provenant de l’île deltaïque où résidaient le roi Éétès et sa sœur Circé dans la légende de la Toison d’or, à l’embouchure du fleuve. Les Grecs anciens nommaient le Rioni Phase pour son cours inférieur, et Rhéon pour son cours supérieur.

[17] Le sacellaire était un haut responsable financier de l’administration byzantine, chargé à l’origine de la gestion du sakkellion, la cassette impériale.