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L’histoire pour le plaisir

Léon Phocas

samedi 30 janvier 2021, par ljallamion

Léon Phocas

Général byzantin du début du 10ème siècle

Issu de la famille noble des Phocas [1]. Il sert comme domestique des Scholes [2] et dirige une campagne de grande envergure contre les Bulgares [3] en 917 mais il est lourdement défait lors des batailles d’Anchialos [4] et de Katasyrtai [5]. Par la suite, il complote pour s’emparer du trône au détriment du jeune empereur Constantin VII mais le complot est déjoué par l’amiral Romain Lécapène qui parvient à devenir le protecteur et le beau-père de l’empereur. Après que Lécapène a pris le contrôle de l’Empire byzantin [6], Léon dirige une révolte infructueuse qui aboutit à sa capture et à son aveuglement.   Fils de Nicéphore Phocas l’Aîné , un célèbre général byzantin qui s’est distingué en Italie du Sud. Il a un frère connu sous le nom de Bardas Phocas l’Aîné qui est aussi un général important comme le sont ses deux fils Nicéphore II Phocas qui deviendra empereur et Léon Phocas dit le Jeune .   Lors du règne de l’empereur Léon VI le Sage, Léon Phocas se marie avec la sœur de Constantin Barbaros , le puissant parakimomène [7] de l’empereur. Peu de temps après, il est élevé au rang de domestique des Scholes. S’il est réputé pour être brave et obtient quelques succès contre les Arabes en Orient, ses aptitudes comme général sont limitées.   Au cours de la régence de l’impératrice Zoé Carbonopsina de 913 à 919, Léon est mentionné comme occupant à nouveau la fonction de domestique des Scholes. Il détient aussi la dignité de magistros [8]. En 917, il est placé à la tête d’une grande expédition contre les Bulgares. Le plan prévoit une attaque en tenaille. Le gros de l’armée byzantine conduite par Léon Phocas doit venir du sud tandis que les Petchénègues [9] doivent attaquer les Bulgares depuis le nord après avoir traversé le Danube [10] avec l’aide de la marine byzantine conduite par Romain Lécapène.   Toutefois, le moment venu, les Petchénègue retirent leur soutien aux Byzantins, en partie parce que Lécapène s’est querellé avec leur chef ou les Bulgares ont acheté leur neutralité. En outre, ils ont déjà pillé les terres bulgares pour leur propre compte au mépris du plan byzantin.

Sans le soutien de la flotte et des Petchénègues, Phocas est écrasé par l’armée du tsar [11] Siméon 1er de Bulgarie à la bataille d’Anchialos. L’armée impériale est presque entièrement détruite et Phocas ne parvient que de justesse à s’échapper. Alors que Siméon se dirige vers le sud et Constantinople [12], Phocas rassemble une force hétéroclite et tente d’entraver sa progression. Toutefois, il est de nouveau vaincu par Siméon lors d’une attaque surprise de nuit à Katasyrtai.   Ces désastres militaires fragilisent la régence de Zoé et des rumeurs commencent à circuler sur le fait que Léon Phocas, dont l’armée campe sur le Bosphore [13] en face de Constantinople, et son beau-frère Constantin veulent s’emparer du trône au détriment du jeune Constantin VII. Selon Runciman, Zoé elle-même planifie de se marier à Léon Phocas pour renforcer sa position.   Cependant, le tuteur de l’empereur du nom de Théodore se tourne vers Romain Lécapène. Bien que ce dernier subisse de vives critiques pour sa responsabilité dans les défaites désastreuses contre les Bulgares, Romain reste un allié puissant tant que sa flotte est intacte et prête à être utilisée. Le parakimomène Constantin tente de neutraliser cette menace en démantelant la flotte mais il est arrêté par Lécapène quand il vient superviser le renvoi des équipages. Cet événement prive Zoé de tout contrôle sur la situation et sur l’insistance de Théodore, le jeune empereur nomme le patriarche Nicolas 1er Mystikos comme régent. Le premier acte de celui-ci est de renvoyer Léon Phocas de son poste de domestique des Scholes et de le remplacer par Jean Garidas.   Léon essaie de garantir sa situation en contraignant le patriarche à nommer certains de ses proches à la tête de l’Hétairie [14]. Dans un premier temps, le patriarche accepte mais il ne tarde guère à les congédier. De ce fait, Léon se tourne vers Romain Lécapène et lui propose une alliance par un mariage.   Lécapène accepte et conclut un pacte avec lui, lui permettant de revenir avec ses troupes à Chrysopolis [15]. Léon semble avoir confiance en Lécapène. En effet, du fait de ses origines modestes, il juge qu’il ne peut pas être un prétendant crédible au trône impérial. Les événements qui suivent démontrent que Léon Phocas a commis une grave erreur d’appréciation envers son nouvel allié.   Le 25 mars 919, Lécapène parvient à pénétrer dans le palais impérial, l’occupe et s’assure de son élévation à la dignité de magistros et de sa nomination à la tête de l’Hétairie. Quelques semaines plus tard, il marie sa fille Héléna au jeune empereur et assume la fonction de basiléopator [16], ce qui fait de lui le véritable dirigeant de l’Empire byzantin.   À la suite de cette prise de pouvoir, une lettre au nom de l’empereur est adressée à Léon pour lui intimer de ne pas réagir à ces événements.

Inévitablement, Léon qui a été pris de court se révolte. Toutefois, il ne parvient pas à s’assurer de la loyauté de ses troupes. Ses hommes commencent à déserter et à rejoindre le camp impérial, notamment après l’envoi d’une lettre du jeune empereur Constantin VII au camp des rebelles dans laquelle il acclame Romain Lécapène comme son protecteur et fustige la rébellion de Léon.   Finalement, Léon est contraint à la fuite mais il est capturé et aveuglé en Bithynie [17] par des hommes de l’empereur. Après qu’un complot fomenté par certains de ses amis fut mis au jour quelques mois plus tard, Léon Phocas est la victime d’une dernière humiliation en devant parader dans les rues de Constantinople sur une mule. Son sort ultérieur est inconnu.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Alexander Petrovich Kazhdan, The Oxford Dictionary of Byzantium, Oxford University Press, 1991 (ISBN 978-0-19-504652-6)

Notes

[1] La famille Phocas est une famille de Cappadoce qui avait donné à Byzance plusieurs généraux. Elle ne semble pas avoir eu de lien de parenté avec l’empereur Phocas. Après la chute de Constantinople en 1453, Emmanouíl Fokás et son frère Andrónikos se sont exilés dans le Péloponnèse puis installés à Céphalonie sous le nom latinisé de Foca. Leurs descendants existent toujours, et se sont illustrés comme navigateurs, patriotes grecs lors de la Guerre d’indépendance grecque ou médecins.

[2] le général en chef de l’armée byzantine

[3] Le Premier Empire bulgare désigne un État médiéval chrétien et multiethnique qui succéda au 9ème siècle, à la suite de la conversion au christianisme du Khan Boris, au Khanat bulgare du Danube (681-864), fondé dans le bassin du bas-Danube. Le Premier Empire bulgare disparut en 1018, son territoire au sud du Danube étant réintégré dans l’Empire byzantin. À son apogée, il s’étendait de l’actuelle Budapest à la mer Noire, et du Dniepr à l’Adriatique. Après sa disparition, un Second Empire bulgare renaquit en 1187.

[4] La troisième bataille d’Anchialos opposa le 20 août 917, les forces de l’armée byzantine commandées par Romain 1er Lécapène, Léon Phocas et Jean Bogas à celles de l’empereur Siméon 1er de Bulgarie sur les rivages de la mer Noire autour de cette ville (aujourd’hui Pomorie en Bulgarie). Elle se termina par une victoire bulgare au terme de laquelle Siméon se rendit à Constantinople où il fut couronné une deuxième fois comme « tsar ».

[5] La bataille de Katasyrtai a eu lieu à l’automne 917, peu de temps après le triomphe bulgare à Anchialos près du village du même nom près de la capitale byzantine Constantinople (aujourd’hui Istanbul). Le résultat a été une victoire bulgare.

[6] L’Empire byzantin ou Empire romain d’Orient désigne l’État apparu vers le 4ème siècle dans la partie orientale de l’Empire romain, au moment où celui-ci se divise progressivement en deux. L’Empire byzantin se caractérise par sa longévité. Il puise ses origines dans la fondation même de Rome, et la datation de ses débuts change selon les critères choisis par chaque historien. La fondation de Constantinople, sa capitale, par Constantin 1er en 330, autant que la division d’un Empire romain de plus en plus difficile à gouverner et qui devient définitive en 395, sont parfois citées. Quoi qu’il en soit, plus dynamique qu’un monde romain occidental brisé par les invasions barbares, l’Empire d’Orient s’affirme progressivement comme une construction politique originale. Indubitablement romain, cet Empire est aussi chrétien et de langue principalement grecque. À la frontière entre l’Orient et l’Occident, mêlant des éléments provenant directement de l’Antiquité avec des aspects innovants dans un Moyen Âge parfois décrit comme grec, il devient le siège d’une culture originale qui déborde bien au-delà de ses frontières, lesquelles sont constamment assaillies par des peuples nouveaux. Tenant d’un universalisme romain, il parvient à s’étendre sous Justinien (empereur de 527 à 565), retrouvant une partie des antiques frontières impériales, avant de connaître une profonde rétractation. C’est à partir du 7ème siècle que de profonds bouleversements frappent l’Empire byzantin. Contraint de s’adapter à un monde nouveau dans lequel son autorité universelle est contestée, il rénove ses structures et parvient, au terme d’une crise iconoclaste, à connaître une nouvelle vague d’expansion qui atteint son apogée sous Basile II (qui règne de 976 à 1025). Les guerres civiles autant que l’apparition de nouvelles menaces forcent l’Empire à se transformer à nouveau sous l’impulsion des Comnènes avant d’être disloqué par la quatrième croisade lorsque les croisés s’emparent de Constantinople en 1204. S’il renaît en 1261, c’est sous une forme affaiblie qui ne peut résister aux envahisseurs ottomans et à la concurrence économique des républiques italiennes (Gênes et Venise). La chute de Constantinople en 1453 marque sa fin.

[7] Parakimomène était un titre porté par un haut dignitaire du palais des empereurs byzantins. Il était conféré par édit impérial, c’est-à-dire que le titulaire était révocable au gré du souverain. C’était l’une des 10 charges palatiales par édit, et la plus haute, qui étaient tout spécialement réservées aux eunuques. C’était un responsable chargé tout particulièrement d’assurer la protection du souverain pendant la nuit (portant d’ailleurs une arme), et en qui celui-ci devait avoir toute confiance. À partir du 9ème siècle, plusieurs titulaires de cette charge jouèrent un rôle politique de premier plan.

[8] Le magister officiorum ou maître des offices est un haut fonctionnaire romain de l’époque du Bas-Empire. Sous l’Empire byzantin, il devient une dignité, le magistros, avant de disparaître au 12ème siècle.

[9] Les Petchénègues ou Petchenègues sont un peuple nomade d’origine turque qui apparaissent à la frontière sud-est de l’empire khazar au 8ème siècle. Ils s’installent au 10ème siècle au nord de la mer Caspienne. Selon la légende, ils constituent la tribu Peçenek des Oghouzes, issue de Dağ Han (« prince montagne »).

[10] Le Danube est le deuxième fleuve d’Europe par sa longueur (après la Volga qui coule entièrement en Russie). Il prend sa source dans la Forêt-Noire en Allemagne lorsque deux cours d’eau, la Brigach et la Breg, se rencontrent à Donaueschingen où le fleuve prend le nom de Danube. La longueur du Danube dépend du point de départ considéré : 2 852 km pour la confluence de Donaueschingen mais 3 019 km à partir de la source de la Breg. Il coule vers l’est et baigne plusieurs capitales de l’Europe centrale, orientale et méridionale

[11] Le mot tsar désigne un souverain de Russie (de 1547 à 1917), de Bulgarie (de 893 à 1422), et de Serbie (de 1346 à 1371).

[12] Constantinople est l’appellation ancienne et historique de l’actuelle ville d’Istanbul en Turquie (du 11 mai 330 au 28 mars 1930).

[13] Le Bosphore, est le détroit qui relie la mer Noire à la mer de Marmara et marque, avec les Dardanelles, la limite méridionale entre les continents asiatique et européen. Il est long de 32 kilomètres pour une largeur de 698 à 3 000 mètres. Il sépare les deux parties anatolienne (Asie) et rouméliote (Europe) de la province d’Istanbul.

[14] la garde impériale

[15] Üsküdar, autrefois connu sous le nom de Scutari, est un des trente-neuf districts de la ville d’Istanbul, en Turquie. Il est situé sur la rive asiatique du Bosphore et jouxte le district de Kadiköy. Un de ses emblèmes est la tour de Léandre, Kız kulesi.

[16] Basiléopatôr, littéralement le père de l’empereur, est l’une des titres séculiers les plus élevés de l’Empire byzantin. C’est un poste exceptionnel car il n’a été occupé qu’à deux reprises dans l’histoire byzantine. Son détenteur n’est pas le père biologique de l’empereur et bien que les fonctions exactes associées à ce poste restent obscures, il est généralement considéré qu’il équivaut à la fonction de régent en tant que gardien et tuteur du jeune empereur

[17] La Bithynie est un ancien royaume au nord-ouest de l’Asie Mineure, actuellement situé en Turquie. Située au bord du Pont-Euxin, elle était limitée par la Paphlagonie à l’est, la Galatie et la Phrygie au sud, la Propontide et la Mysie à l’ouest. Les Bithyniens sont, selon Hérodote et Xénophon, d’origine thrace. Ils forment d’abord un État indépendant avant d’être annexés par Crésus, qui ajoute leur territoire à la Lydie. Ils passent ensuite sous domination perse, où la Bithynie est incluse dans la satrapie de Phrygie. Mais dès avant Alexandre le Grand, la Bithynie retrouve son indépendance. Nicomède 1er est le premier à se proclamer roi. Durant son long règne de 278 à 243av jc, le royaume connaît la prospérité et jouit d’une position respectée parmi les petits royaumes d’Asie Mineure. Cependant, le dernier roi, Nicomède IV, échoue à contenir le roi Mithridate VI du Pont. Restauré sur le trône par l’Empire romain, il lègue par testament son royaume à Rome en 74 av jc. La Bithynie devient alors province romaine. Sous Auguste elle devient province sénatoriale en 27av jc puis province impériale en 135.