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Corse : Une île aussi tourmentée que belle

mardi 29 décembre 2020, par ljallamion

Corse : Une île aussi tourmentée que belle

La présence humaine en Corse remonte à 10 millénaires environ. Au néolithique tardif de 3000 à 1800 av. jc, une intéressante civilisation s’épanouit au sud de l’île autour du site de Filitosa [1].   Elle nous a légué de nombreux vestiges, plus de 600 menhirs, dont beaucoup sont sculptés, et plusieurs dizaines de dolmens.   Connue des Grecs sous le nom de Kyrnos, la Corse fait d’abord l’objet d’une colonisation par les Phocéens [2], ceux-là mêmes qui ont fondé Massilia [3] sur le continent. Ils fondent dans la plaine orientale la cité d’Alalia [4].   L’île passe sous la tutelle de Carthage [5] avant que les Romains ne s’en emparent à l’issue de la première guerre punique [6]. En 231 av. jc, réunie à la Sardaigne [7], elle constitue la deuxième province romaine après la Sicile [8].   Défrichée et assainie, la plaine orientale d’Aléria devient alors l’un des greniers à blé de Rome. En 105 av. jc est fondée une nouvelle capitale au nord de la plaine d’Aléria : Mariana [9], ainsi dénommée en l’honneur du général Marius.   Comparable en superficie (8 600 km²) à Chypre [10] et à la Crète, la Corse a une population de seulement 300 000 habitants mais l’on estime à 5 millions les descendants des émigrés sur le continent et dans le monde.

Notes

[1] Filitosa est un site préhistorique situé en Corse. Il fut occupé depuis le Néolithique jusqu’à l’Antiquité par les premiers Corses. Il est principalement représentatif de l’Âge du bronze de l’Île de beauté.

[2] Phocée est une ancienne cité grecque d’Ionie sur la côte de la mer Égée, dans le golfe de Smyrne (aujourd’hui İzmir, en Turquie). Son nom est repris dans celui de l’actuelle ville de Foça. Elle a été fondée entre le 10ème et le 8ème siècle av. J.-C. par des Grecs venus de Grèce continentale.

[3] aujourd’hui Marseille

[4] aujourd’hui Aléria

[5] Carthage est une ville tunisienne située au nord-est de la capitale Tunis. L’ancienne cité punique, détruite puis reconstruite par les Romains qui en font la capitale de la province d’Afrique proconsulaire, est aujourd’hui l’une des municipalités les plus huppées du Grand Tunis, résidence officielle du président de la République, regroupant de nombreuses résidences d’ambassadeurs ou de richissimes fortunes tunisiennes et expatriées. La ville possède encore de nombreux sites archéologiques, romains pour la plupart avec quelques éléments punique

[6] L’irruption de mercenaires campaniens en Sicile est à l’origine de la première guerre punique. Les mercenaires ayant pris Messine, alliée de Carthage, sont attaqués à leur tour en 264 avant JC par le tyran Hiéron de Syracuse, lui aussi allié de Carthage. Ils appellent Rome à leur secours. Les Romains, qui ont une bonne expérience de la guerre terrestre, sont victorieux en Sicile, à Mules et Ecnome. Ils tentent un débarquement en Afrique, près de Carthage, avec 40.000 hommes sous le commandement du consul Atilius Regulus. Mais la flotte romaine est détruite à Drepanum, près de la Sicile, tandis qu’en Afrique, Atilius Regulus est battu et fait prisonnier par les mercenaires carthaginois sous le commandement du Spartiate Xanthippe.

[7] La Corse-Sardaigne est une province romaine. Les Phéniciens sont les premiers à fonder des comptoirs commerciaux en Corse et en Sardaigne. Les Carthaginois aidés des Étrusques vainquent les Phocéens à Alalia en 535 av. jc. La Sardaigne, puis la Corse, passent sous le contrôle de Carthage. Lors de la première guerre punique, les Romains attaquent la Sardaigne dès 259 av. jc, mais ne s’en emparent pas. Après la défaite de Carthage en 241 av. jc, les mercenaires sardes au service de Carthage se révoltent en 238 av. jc et demandent l’aide des Romains. Ceux-ci déclarent à nouveau la guerre à Carthage et envoient leur flotte de guerre. En 229 av. jc, Carthage cède à Rome la Corse et la Sardaigne, perdant ainsi deux places stratégiques en mer Tyrrhénienne. Les Romains, maîtres des côtes et des plaines, mettent près d’un siècle à soumettre les populations indigènes de l’intérieur des îles. En 27 av. jc, la Sardaigne et la Corse, enfin largement pacifiées, deviennent une province sénatoriale, mais l’insécurité que fait régner le brigandage oblige à la transformer vers 66 en province impériale pour y envoyer des légions.

[8] La Sicile fut une province de la Rome antique depuis la chute de Syracuse en 211 av. jc jusqu’à l’invasion de l’île par les Vandales en 440 apr. jc, suivi de la reconquête byzantine en 533.

[9] Mariana fut une cité notable dans la province romaine de Corse, située sur le territoire de la commune actuelle de Lucciana (Haute-Corse), puis le siège d’un diocèse, avant sa ruine au 7ème siècle.

[10] L’île de Chypre, que les anciens Égyptiens nommaient « Alachia », les anciens Assyriens « Iatnana » et les Phéniciens « Enkomi », était dès l’Antiquité au carrefour d’importants courants commerciaux, assimilant au fil des siècles différentes cultures provenant de la Crète minoenne, de la Grèce mycénienne et de tout le pourtour du bassin Levantin ; son nom de « Kupros » signifie cuivre, en référence aux importants gisements de ce métal, qui assurèrent sa renommée et sa prospérité dans l’ensemble du bassin méditerranéen. Chypre était aussi connue pour ses nombreuses épices et plantations. L’histoire de Chypre fut très mouvementée et l’île subit de nombreuses tutelles : hellénistique, romaine, byzantine, arabe, franque, vénitienne, ottomane et enfin britannique.