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L’histoire pour le plaisir

Thomas de Brotherton

mercredi 14 octobre 2020, par ljallamion

Thomas de Brotherton (1300-1338)

1er comte de Norfolk

Premier fils issu du mariage du roi Édouard 1er d’Angleterre et de sa seconde épouse Marguerite de France, fille du roi Philippe III le Hardi. Il est né au manoir de Brotherton, situé dans le Yorkshire [1], alors que sa mère se rend à Cawood pour y accoucher.   Informé de la naissance de son fils, le roi Édouard accourt auprès de son épouse et présente le nourrisson aux barons dans 2 berceaux. Un an plus tard naît un second fils, Edmond de Woodstock. Les 2 garçons sont immédiatement pris en charge par des nourrices jusqu’à l’âge de 6 ans. Comme leurs parents, ils apprennent à jouer aux échecs et à pratiquer l’équitation. Ils ont régulièrement droit aux visites, dont celles de leur demi-sœur Marie de Woodstock . Leur mère Marguerite accompagne souvent leur père Édouard 1er lors de ses campagnes militaires en Écosse mais s’informe de leur bien-être.   Il est l’un des demi-frères d’Édouard II. Avant sa mort en 1307, Édouard 1er a prévu d’accorder des terres à Thomas, mais ce n’est qu’en 1312 que ce dernier est créé comte de Norfolk [2] par Édouard II. Thomas reçoit par ailleurs le titre honorifique de comte-maréchal [3] en 1316.   À la suite de la mort de leur mère Marguerite le 14 février 1318, Thomas et son frère cadet Edmond sont désignés comme ses exécuteurs testamentaires. En août 1318, les deux frères agissent en tant que témoins au cours de la signature du traité de Leake [4], qui scelle la réconciliation entre leur demi-frère Édouard II et le comte de Lancastre. La même année, le roi les charge d’accueillir dans leur suite Édouard Balliol, prétendant au trône d’Écosse.   Lorsque son frère Édouard entame des préparatifs dans le nord pour une prochaine invasion de l’Écosse, le comte de Norfolk reçoit la garde du royaume et est nommé régent. À cette occasion, Thomas appelle le 24 mars 1319 le Lord-maire de Londres John de Wengrave, l’évêque de Winchester [5] John Sandale et le comte de Pembroke [6] à discuter au sujet de la tenue d’élections et de la nomination de nouveaux dignitaires au sein de la capitale. Il leur suggère de résoudre entre eux leur différend, sans quoi il tranchera lui-même le conflit au palais de Westminster [7]. Par la suite, les trois hommes parviennent à trouver un terrain d’entente.   Thomas de Brotherton épouse en premières noces, probablement aux alentours de 1319, Alice de Hales , fille de Roger de Hales, coroner de Norfolk [8], et d’Alice Skogan. Le mariage d’un membre de la famille royale anglaise avec une femme d’un rang franchement inférieur est alors inhabituel en ce début du 14ème siècle.   Alice de Hales meurt avant le 12 octobre 1330, date à laquelle une fondation est créée pour le salut de son âme à Bosham [9], dans le Sussex [10].   Il prend part à l’administration de son demi-frère, sert en tant que régent pendant ses absences et, en 1322, l’aide à écraser la rébellion des barons. Thomas entre pourtant à partir de cette date en conflit avec le roi, en raison des faveurs qu’accorde celui-ci à son favori Hugues le Despenser.   En août 1323, il est contraint de renoncer à son autorité sur la ville de Chepstow [11], située dans les Marches. Thomas est ensuite temporairement privé par Édouard II de son poste de comte-maréchal, après que des juges royaux aient appris que Norfolk avait délégué dans le Lancashire l’exercice de sa charge sans l’autorisation de son frère.   Toutefois, l’attitude d’Édouard à l’égard de son frère change lorsqu’il se met à redouter une invasion menée depuis la France par Roger Mortimer, évadé de Londres et fermement déterminé à annihiler les Despenser. En mai de la même année, Thomas est nommé capitaine royal du Norfolk et se voit confier la surveillance des côtes de l’est de l’Angleterre face à une éventuelle invasion. Il obtient en outre du roi l’administration de terres saisies aux rebelles qui se sont enfuis en France.   Globalement discret sous le nouveau régime, il appuie passivement une révolte avortée en 1329 mais ne s’attire pas les foudres des régents.   En novembre 1330, Édouard III atteint officiellement sa majorité et prend en main le gouvernement du royaume d’Angleterre. Son oncle Thomas de Brotherton devient l’un de ses principaux conseillers. Norfolk participe dès avril 1331 à des échanges diplomatiques au nom de son neveu avec le roi de France Philippe VI de Valois. En juin 1331, il prend part avec le roi à un important tournoi tenu à Stepney [12].   Édouard confie à Thomas plusieurs commandements, tout d’abord en Irlande, où il reçoit l’ordre de pacifier la population au sein de ses propres possessions, en particulier dans le comté de Carlow [13]. En sa capacité de comte-maréchal, Thomas commande l’aile gauche de l’armée anglaise au cours de l’invasion de l’Écosse à la fin de mars 1333 et bat les Écossais pendant la bataille de Halidon Hill [14] le 19 juillet suivant.   Thomas de Brotherton se remarie ensuite avant le 28 mars 1335 avec Mary de Brewes, veuve du baron Ralph de Cobham et fille de Peter de Brewes et de son épouse Agnès de Clifford.   Enfin, lors de ses dernières années, Norfolk reprend plusieurs commandements en Écosse, notamment à Perth en 1337. La même année, il lève des troupes galloises afin de servir son neveu en Écosse.   À partir de 1330, le comte de Norfolk acquiert une influence plus importante dans le gouvernement lorsque son neveu Édouard III atteint l’âge de gouverner seul. Par la suite, il le sert au cours de plusieurs ambassades et campagnes militaires. Mort prématurément en 1338 au château de Framlingham [15] et est inhumé dans l’abbaye de Bury St Edmunds [16], il a pour héritière sa fille aînée Marguerite de Norfolk .

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Lisa Hilton, Queens Consort, England’s Medieval Queens, London, Weidenfeld & Nicholson, 2008 (ISBN 978-0-7538-2611-9)

Notes

[1] Le Yorkshire de l’Est est une Autorité unitaire située dans le nord-est de l’Angleterre. Sa capitale est Beverley.

[2] Le titre de comte de Norfolk a été créé plusieurs fois dans la pairie d’Angleterre. Ce titre est associé au comté de Norfolk. La première dynastie à avoir porté ce titre est celle des Bigot au 12ème et 13ème siècles. Puis plus tard, il a été porté par les Mowbray qui furent aussi ducs de Norfolk. Comme les Bigot étaient descendants par une lignée féminine de Guillaume le Maréchal, ils héritèrent du titre de comte Marshal qui est toujours porté par les ducs de Norfolk aujourd’hui. À la mort de Roger, en 1306, n’ayant pas de descendance, le titre et les possessions revinrent à la couronne.

[3] Le comte-maréchal est l’un des plus importants hauts fonctionnaires honorifiques du Royaume-Uni. En tant que huitième grand officier d’État du Royaume-Uni, il est inférieur dans l’ordre de préséance au lord-grand-chambellan et supérieur au lord-grand-amiral.

[4] Le traité de Leake est un accord conclu le 9 août 1318 entre le roi Édouard II d’Angleterre et son cousin Thomas de Lancastre, 2e comte de Lancastre, chef de l’opposition baronniale. Il survient dans le contexte de la rivalité pour le contrôle du gouvernement qui oppose les deux cousins depuis l’avènement du roi en 1307. À la tête du gouvernement d’Angleterre entre 1314 et 1316, Thomas de Lancastre se retrouve depuis marginalisé des affaires du royaume et s’oppose graduellement aux favoris d’Édouard II, ce qui fait craindre l’éclatement de la guerre civile. L’incertitude politique et la menace écossaise poussent toutefois les deux camps à chercher à négocier un compromis. De ce fait, de multiples prélats et barons s’impliquent dans de longues et difficiles négociations entre le roi et son puissant vassal entre avril et juillet 1318, avant de déboucher sur un accord satisfaisant les deux hommes. Les conditions du traité de Leake soulignent la nécessité pour le roi de réformer son gouvernement et de se distancer de ses favoris, tandis que le comte est invité à s’impliquer davantage dans les affaires du royaume. Si le traité porte ses fruits pendant quelques mois, les relations entre les deux cousins s’aggravent rapidement et le duel entre Édouard II et Thomas de Lancastre s’achève finalement en 1322 lorsque ce dernier est exécuté après avoir conduit une rébellion infructueuse. Bien que les premiers historiens s’intéressant au traité de Leake pensent qu’il résulte de la volonté d’un « parti du Milieu », situé entre le parti de la cour influencé par le roi et ses favoris d’une part, et les barons extrêmes conduits par Lancastre d’autre part, le consensus adopté par les historiens modernes démontre que les négociations et la signature du traité sont plutôt le fruit de barons modérés et proches du roi ayant cherché la meilleure issue aux tensions entre les deux hommes.

[5] L’évêque de Winchester est à la tête du diocèse anglican de Winchester, dans la province de Cantorbéry. Il s’agit d’un des sièges épiscopaux les plus anciens et les plus prestigieux d’Angleterre, et son titulaire est automatiquement membre de la Chambre des Lords. Il est aussi prélat de l’Ordre de la Jarretière.

[6] Le titre de comte de Pembroke, associé au château de Pembroke dans le Pays de Galles, fut créé par le roi Étienne d’Angleterre probablement en 1138. Le titre a été recréé neuf fois ensuite, toujours dans la pairie d’Angleterre.

[7] Le palais de Westminster, également désigné sous le nom de Chambres du Parlement, est le lieu où siège le Parlement du Royaume-Uni : la Chambre des communes et la Chambre des lords. Le palais borde la rive nord de la Tamise et se situe au centre de la ville, dans l’arrondissement londonien de la cité de Westminster. La section la plus ancienne du palais, Westminster Hall, remonte à l’an 1097. Le palais de Westminster servait à l’origine de résidence royale, mais aucun monarque anglais ou britannique n’y a plus vécu depuis le 16ème siècle, suite à un important incendie survenu en 1512. Cependant, la plus grande partie du bâtiment date du 19ème siècle car le palais fut presque entièrement détruit par un nouvel incendie, encore plus dévastateur, survenu le 16 octobre 1834. L’architecte responsable de la reconstruction, Sir Charles Barry, inscrivit le nouveau bâtiment dans le plus pur style néogothique, en référence à l’époque des Tudor. L’une des attractions les plus célèbres du palais de Westminster est sa tour de l’Horloge, qui abrite Big Ben.

[8] chargé de percevoir et de protéger les impôts du roi

[9] Bosham est un petit village côtier et une commune du district de Chichester, dans le West Sussex. Il est distant d’environ 3 miles de Chichester depuis l’ouest.

[10] Le Sussex est un comté situé au sud de Londres, au bord de la Manche en Angleterre. Historiquement, le royaume des Saxons du sud, ou Sussex, fut fondé au 5ème siècle. Il devint vassal de l’ancien royaume des Saxons de l’ouest, ou Wessex, au 9ème siècle. À partir du 12ème siècle, il se divisait en deux parties : l’une appelée Sussex de l’Ouest (West Sussex), dont la ville principale est Chichester, l’autre Sussex de l’Est (East Sussex), dont la ville principale est Lewes.

[11] Chepstow est une ville du pays de Galles située au sud du pays dans le comté du Monmouthshire. La ville, qui est toujours en partie entourée de murailles, descend en pente raide de la grande porte jusqu’à l’ancien passage sur la Wye où John Rennie construisit un pont en fer en 1816.

[12] Stepney est un quartier de Londres localisé dans le district de Tower Hamlets.

[13] Le comté de Carlow est une circonscription administrative de la République d’Irlande, situé au Sud-Est de l’Irlande dans la province du Leinster. Le comté porte le nom de sa ville la plus importante : Carlow.

[14] Au cours des guerres d’indépendance de l’Écosse, la couronne d’Écosse est disputée entre Édouard Balliol, allié des Anglais, et David II d’Écosse. Édouard Balliol ayant dû fuir l’Écosse, le jeune roi Édouard III d’Angleterre intervient et défait les Écossais à Halidon Hill le 19 juillet 1333 à proximité de la ville de Berwick-upon-Tweed.

[15] Le château de Framlingham est situé dans le bourg du même nom dans le comté du Suffolk, en Angleterre. À l’origine, il s’agissait d’un château normand avec ou sans motte castrale, construit en 1148 sur le site de Framlingham, mais il fut détruit par Henri II d’Angleterre à la suite de la révolte de 1173-1174. Roger Bigot, alors comte de Norfolk, en construisit un autre pour le remplacer mais sa structure était peu commune pour l’époque : au lieu du traditionnel donjon placé au milieu, on trouvait une courtine reliant treize tours murales utilisées pour défendre la partie centrale du château. Mais malgré cela, le roi Jean d’Angleterre réussit à prendre le château en 1216 après un siège de courte durée. À la fin du 13ème siècle, le château de Framlingham était devenu un endroit luxueux, entouré d’un vaste parc dans lequel on faisait venir de nombreux daims pour ensuite y faire des parties de chasse.

[16] Bury St Edmunds est un bourg traditionnel du comté de Suffolk, chef-lieu de la circonscription (borough) de St Edmundsbury. Cette ville est renommée pour son abbaye en ruines près du centre-ville.