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L’histoire pour le plaisir

Elzéar de Sabran

mardi 7 janvier 2020, par ljallamion

Elzéar de Sabran (1285-1323)

Baron d’Ansouis-Comte d’Ariano

Le château d'Ansouis, résidence principale d'Elzéar et Delphine de SabranRégent du Royaume de Naples [1]. Il était l’époux de Delphine de Sabran et étaient tous deux tertiaires [2] de l’Ordre de saint François d’Assise [3].

Issu d’une des plus illustres familles de Provence, il était le fils d’Ermangaud de Sabran et de Laudune d’Albe dite la bonne comtesse de Roquemartine [4]. Il vit le jour au château de Roubians, près de Cabrières-d’Aigues [5], dans le Luberon [6].

Il fit ses études à Saint-Victor de Marseille [7] dont l’abbé était alors son parent Guillaume de Sabran.

À la mort de son père, Elzéar devint l’héritier de ses charges et seigneuries dont le comté d’Ariano [8]. Il se rendit avec son épouse Delphine à Naples, à la cour du roi Robert d’Anjou, qui lui fit faire, dès 1312, ses premières armes.

En compagnie de Hugues IV des Baux, comte de Soletto, le nouveau comte d’Ariano, prit le commandement des troupes guelfes [9]. Les deux nobles provençaux avaient pour mission d’aller attaquer l’armée de Henri VII du Saint Empire, lors de sa “calata” sur Rome, où le chef de file des Gibelins [10] désirait être couronné empereur du Saint Empire Romain Germanique.

Lors de ses déplacements en Provence ou auprès de la papauté d’Avignon, le roi Robert lui confia la régence de son royaume et le chargea de l’éducation de Charles, son fils aîné.

En 1323, il fut chargé de négocier à Paris le second mariage de Charles de Calabre, l’héritier du comté de Provence [11] et du royaume de Naples, avec Marie de Valois. Ce fut au cours de cette ambassade qu’il mourut le 27 septembre. Il fut inhumé dans l’église des franciscains de la ville d’Apt [12].

Elzéar et Delphine firent leur vœu de chasteté en 1316 sous l’influence du franciscain François de Meyronnes. Le comte d’Ariano passa toute sa vie dans la pratique des bonnes œuvres de la pénitence et des vertus chrétiennes. Il visitait souvent les hôpitaux, soignait les malades, distribuait d’abondantes aumônes aux pauvres, et, au milieu des exercices de sa charité, il ne négligeait aucun des devoirs qu’il avait à remplir envers ses vassaux.

Par deux fois sa canonisation fut demandée à Avignon, la première auprès de Jean XXII n’aboutit point. Non seulement Elzéar était soupçonné par le Souverain Pontife d’être sensible aux thèses déviantes des franciscains* (spirituels, fraticelles, etc.) mais Raymond de Bot, l’évêque d’Apt*, qui présenta son dossier était peu enthousiaste.

La seconde fut faite en 1351 sous le pontificat de Clément VI. Bertrand de Meissonier, évêque d’Apt, la fit présenter par son collègue, Georges Clariani, évêque de Sénez* et par Guiraud VII de Simiane, époux de Delphine de Sabran, petite-nièce d’Elzéar et filleule de son épouse.

Elzéar fut canonisé le 15 avril 1369, dans la Basilique Saint-Pierre de Rome, par le pape Urbain V qui était son filleul.

Mais les bulles de canonisation ne furent promulguées que le 5 janvier 1371 par Grégoire XI, son successeur. Dans celles-ci, le pape le citait comme le modèle des chevaliers chrétiens et insistait sur sa générosité envers les pauvres, sa vie mystique intense et son attachement indéfectible à l’Église.

Les reliques d’Elzéar sont conservées avec celle de sa virginale épouse dans l’église d’Ansouis et dans la cathédrale Sainte-Anne d’Apt*.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du livre de Suzanne Bernard, Les époux vierges : Delphine de Signe et Elzear de Sabran, Editions Perrin, 1994.

Notes

[1] Le royaume naquit de la scission de fait du royaume de Sicile, provoquée par les Vêpres siciliennes de 1282. Le roi Charles d’Anjou, chassé de l’île de Sicile par les troupes de Pierre III d’Aragon, ne se maintint que sur la partie continentale du royaume. Naples devint la capitale de ce nouveau royaume, ce qui provoqua une forte croissance de la ville qui était auparavant supplantée par Palerme. Sous le règne de Robert 1er, le royaume connaît une période de paix et de prospérité. Le roi fit de Naples l’un des centres culturels de l’Italie, invitant à sa cour Giotto, Pétrarque et Boccace. La seconde partie du 14ème siècle vit cependant s’amorcer une période de déclin due à la lutte fratricide entre deux branches adverses de la dynastie angevine pour régler la succession de Robert 1er puis celle de sa fille, la reine Jeanne 1ère. La maison d’Anjou-Duras finit par triompher, avec Charles III, duc de Duras, qui fit assassiner la reine Jeanne en 1382. Son fils, Ladislas 1er, étendit provisoirement le royaume sur une bonne partie de l’Italie centrale, caressant le rêve d’unifier la péninsule. À sa mort sans héritier en 1414 c’est sa sœur, Jeanne II, qui monta sur le trône.

[2] Le Tiers-Ordre franciscain est une association pieuse laïque fondée en 1222 dans la ville de Bologne, en Italie, par saint François d’Assise, à la demande de personnes mariées voulant vivre à l’exemple des frères franciscains sans entrer dans un ordre religieux. Cependant, au cours de l’histoire, de nombreux groupes issus du Tiers-Ordre franciscain se sont constitués en instituts de vie consacrée.

[3] Les Cordeliers est le nom que prirent les franciscains établis en France. Leur nom leur aurait été attribué par Jean de Beauffort lors de la septième croisade. Cette appellation remonte à saint Louis. Pendant la croisade de 1250, le roi ayant remarqué des religieux très combatifs envers les Sarrasins, demanda leur nom. On lui répondit qu’ils étaient « de cordes liés » (cordeliers). En effet, ces moines portaient sur leur robe de bure brune ou grise, une grosse corde, armée de nœuds de distance en distance, qui tombait presque jusqu’à leurs pieds et d’un capuchon court et arrondi. Ils appartenaient à l’Ordre des Frères mineurs, appelés encore Franciscains, fondé par saint François d’Assise, et confirmé par le pape Honorius III en 1223.

[4] Roquemartine est le nom d’un ancien castrum situé sur la commune d’Eyguières (Bouches-du-Rhône). Son château en ruine, appelé « castellas de Roquemartine » ou « château de la Reine Jeanne », date des 12ème et 13ème siècles. Il appartenait à la famille d’Albe ou d’Aube. D’aspect extérieur, le château de Roquemartine rappelle le château des Baux. Il se dresse au sommet de hautes falaises dénudées dont les pentes herbeuses sont fréquentées par des troupeaux de moutons. En contrebas du château se trouve l’église Saint-Sauveur, qui fut autrefois l’église paroissiale du bourg de Roquemartine.

[5] Cabrières-d’Aigues est une commune française située dans le département de Vaucluse. Le fief de Cabrières relevait du comté de Forcalquier au 12ème siècle. Lorsque ce comté perd son indépendance en 1209, à la mort de Guillaume II, un de ses neveux, Guillaume de Sabran tente de le relever. Après une lutte de dix ans, il passe un accord à Meyrargues le 29 juin 1220 avec Raimond Bérenger IV, comte de Provence et lui aussi héritier du comté de Forcalquier. Par cet accord, la moitié sud du comté, dont Cabrières, lui est donnée. Guillaume de Sabran conserve sa moitié de comté jusqu’à sa mort, vers 1250

[6] Le massif du Luberon est un massif montagneux peu élevé qui s’étend d’est en ouest entre les Alpes-de-Haute-Provence et le département de Vaucluse, en France. La première mention du massif est antérieure au début de l’ère chrétienne

[7] L’abbaye Saint-Victor de Marseille a été fondée au ve siècle par Jean Cassien, à proximité des tombes de martyrs de Marseille, parmi lesquels saint Victor de Marseille, qui lui donna son nom. L’abbaye prit une importance considérable au tournant du premier millénaire par son rayonnement dans toute la Provence.

[8] Ariano Irpino est une commune de la province d’Avellino dans la région Campanie en Italie. La ville est le principal centre de la province après le chef-lieu duquel elle est distante 50 km environ. Ses 186,74 km² de territoire en font la commune la plus étendue de la Campanie.

[9] Les guelfes et les gibelins sont deux factions (parti ou, plus souvent, brigate ou sette) médiévales qui s’opposèrent militairement, politiquement et culturellement dans l’Italie des Duecento et Trecento. À l’origine, elles soutenaient respectivement deux dynasties qui se disputaient le trône du Saint Empire : la pars Guelfa appuyait les prétentions de la dynastie des « Welf » et de la papauté, puis de la maison d’Anjou, la pars Gebellina, celles des Hohenstaufen, et au-delà celles du Saint Empire. Conflit en apparence limité au Saint Empire, l’opposition entre Guelfes et Gibelins va se transporter dans diverses parties d’Europe, principalement dans les villes de la péninsule italienne. Dans cette bipolarisation, parfois surestimée, les allégeances dynastiques sont parfois secondaires, les adhésions fluctuantes, et il faut attendre le règne de Frédéric II pour que papauté et empire deviennent des symboles forts de ralliement et que se construise une véritable division antithétique. Ce clivage trouve des manifestations dans le domaine civique et religieux et cristallise les tensions entre les villes italiennes, au sein de leurs élites et parfois entre la ville et son contado. L’écho du conflit se manifeste à des époques ultérieures, en revêtant de nouveaux caractères et en stigmatisant des oppositions idéologiques nouvelles.

[10] Les gibelins (la pars gebellina), soutiennent la dynastie des Hohenstaufen, au-delà, celles du Saint Empire romain germanique.

[11] Le Comté de Provence est une ancienne principauté territoriale située à l’est du delta du Rhône. Il ne doit pas être confondu avec le marquisat ou le Duché de Provence. En 1019, Emma, comtesse de Provence, se maria avec Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, transmettant les droits de la lignée de Roubaud à la maison de Toulouse. Le titre de marquis de Provence passa définitivement à cette maison à compter de 1093. En 1112, Douce de Provence, héritière des droits de la ligne de Guilhem, épousa Raimond Bérenger III, comte de Barcelone, qui devient Raimond Bérenger 1er de Provence. Les maisons de Toulouse et de Barcelone entrèrent alors en conflit pour le marquisat. Un traité fut conclu, en 1125, entre Raymond Bérenger et Alphonse Jourdain de Toulouse : par celui-ci, le comté de Provence fut divisé en un marquisat au nord de la Durance - attribué aux Toulouse - et un comté au sud, attribué à Barcelone. En 1193, Alphonse II de Provence épouse Gersande de Forcalquier, ce qui donne naissance au comté de Provence Forcalquier.

[12] Apt est une commune française, sous-préfecture du département de Vaucluse. La ville se dote de fortifications dès le Haut Moyen Âge. Mais est néanmoins pillée par les Sarrasins vers 895. Du 10ème au 12ème siècle, c’est une co-seigneurie des évêques et des seigneurs d’Agoult-Simiane, puis jouira d’une administration consulaire jusqu’au milieu du 13ème siècle.