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Ezr 1er de Paraznakert

lundi 30 septembre 2019

Ezr 1er de Paraznakert (mort en 641)

Catholicos de l’Église apostolique arménienne de 630 à 641

Ezr est originaire de Paraznakert dans le canton de Nig et est appelé à succéder au catholicos Kristapor II, qui a été démis.

Selon Sébéos, c’est l’antithèse de son prédécesseur, c’est-à-dire « un homme humble doux qui ne voulait irriter personne et de la bouche duquel ne sortait aucune mauvaise parole ». Ezr est à l’origine de la reconstruction en 630 de l’église Sourp Gaiané [1] qui, fortement restaurée, subsiste encore aujourd’hui.

Après sa victoire totale sur les Sassanides [2], l’empereur Héraclius charge un nakharar [3] arménien, Mejèj II Gnouni , qui a servi dans son armée, de prendre possession des territoires rétrocédés par l’Iran.

Mejèj Gnouni invite le catholicos à se rendre auprès des autorités byzantines pour y faire allégeance.

L’empereur Héraclius a conçu le projet de réaliser l’union dogmatique entre l’Église officielle, constituée des partisans du symbole de Chalcédoine [4], et les monophysites [5]. Pour ce faire, il tente d’imposer à ces derniers les décrets de Chalcédoine, que l’Église grecque a reconnus après la condamnation des Trois Chapitres [6]. Cette nouvelle doctrine, base du monothélisme [7], soutient l’union des volontés en Christ, au lieu de l’union des natures.

Héraclius préside lui-même un concile de réconciliation avec l’Église apostolique arménienne [8], dirigée par le catholicos [9], à Théodosiopolis [10], qui semble avoir abouti en partie par des pressions politiques [11] et la corruption. Les discussions entre Grecs et Arméniens prennent fin par l’adhésion à une formule de foi, imposée par l’empereur. Cette formule est en tout conforme à la profession de foi des Arméniens, sauf qu’on y passe sous silence le concile de Chalcédoine.

La réconciliation est solennellement consacrée par la célébration d’une messe où les Grecs peuvent admettre le catholicos à la communion orthodoxe en 632.

Ezr retourne ensuite en Arménie où sa soumission à la volonté impériale a profondément irrité l’épiscopat et le peuple. Une vive animosité se déchaîne contre le catholicos. Elle est menée par un dignitaire religieux, l’intransigeant Hovhan Mayravanetsi, et son disciple Sargis, qui n’ont pas participé au concile et qui refusent de se présenter devant lui. Ils se retirent au Mayravanq d’abord, puis dans le Gardam, un territoire encore contrôlé par les Iraniens. Toutefois, malgré toutes leurs tentatives, ils ne réussissent pas à obtenir la déposition du catholicos du fait de la situation politique en Arménie.

Le pays est en effet déchiré par les rivalités des grands : Mejèj Gnouni, Varaz-Tiroç II Bagratouni et Théodoros Rechtouni. Après la destitution de Davith Saharouni, le dernier prince nommé par l’Empire byzantin en 638, l’Arménie reste sans chef dirigée par les nakharark [12] de 638 à 645. Ces derniers sont incapables de faire face à la première agression des Arabes musulmans qui occupent Dvin [13] en 641.

Après la mort du catholicos, la même année, Théodoros Rechtouni fait élire à sa place Nersès III le Bâtisseur .

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de René Grousset, Histoire de l’Arménie des origines à 1071, Paris, Payot,‎ 1947 (réimpr. 1973, 1984, 1995, 2008)

Notes

[1] L’église Sourp Gayané est une église du Saint-Siège d’Etchmiadzin. Elle a été construite en 630. Sur le site même aurait eu lieu le martyre de cette Gayané qui était une jeune fille romaine réfugiée en Arménie.

[2] Les Sassanides règnent sur le Grand Iran de 224 jusqu’à l’invasion musulmane des Arabes en 651. Cette période constitue un âge d’or pour la région, tant sur le plan artistique que politique et religieux. Avec l’Empire romano byzantin, cet empire a été l’une des grandes puissances en Asie occidentale pendant plus de quatre cents ans. Fondée par Ardashir (Ardéchir), qui met en déroute Artaban V, le dernier roi parthe (arsacide), elle prend fin lors de la défaite du dernier roi des rois (empereur) Yazdgard III. Ce dernier, après quatorze ans de lutte, ne parvient pas à enrayer la progression du califat arabe, le premier des empires islamiques. Le territoire de l’Empire sassanide englobe alors la totalité de l’Iran actuel, l’Irak, l’Arménie d’aujourd’hui ainsi que le Caucase sud (Transcaucasie), y compris le Daghestan du sud, l’Asie centrale du sud-ouest, l’Afghanistan occidental, des fragments de la Turquie (Anatolie) et de la Syrie d’aujourd’hui, une partie de la côte de la péninsule arabe, la région du golfe persique et des fragments du Pakistan occidental. Les Sassanides appelaient leur empire Eranshahr, « l’Empire iranien », ou Empire des Aryens.

[3] Le nakharar est un satrape héréditaire en Arménie. Ce titre est de premier ordre au sein de la noblesse arménienne antique et médiévale. Durant cette période, l’Arménie est divisée en larges domaines, propriétés d’une famille noble et gouvernés par l’un de ses membres, auquel les titres nahapet (« chef de famille ») ou tanuter (« maître de maison ») sont donnés. Les autres membres d’une famille de nakharar gouvernent à leur tour des portions plus petites du domaine familial. Les ’nakharark’ jouissant d’une grande autorité sont reconnus comme ishkhans (princes).

[4] Le concile de Chalcédoine est le quatrième concile œcuménique et a eu lieu du 8 octobre au 1er novembre 451 dans l’église Sainte-Euphémie de la ville éponyme, aujourd’hui Kadıköy, un quartier chic de la rive asiatique d’Istanbul. Convoqué par l’empereur byzantin Marcien et son épouse l’impératrice Pulchérie, à partir du 8 octobre 451, le concile réunit 343 évêques dont quatre seulement viennent d’Occident. Dans la continuité des conciles précédents, il s’intéresse à divers problèmes christologiques et condamne en particulier le monophysisme d’Eutychès sur la base de la lettre du pape Léon 1er intitulée Tome à Flavien (nom du patriarche de Constantinople, destinataire de la lettre du pape).

[5] Le monophysisme est une doctrine christologique apparue au 5ème siècle dans l’Empire byzantin en réaction au nestorianisme, et ardemment défendue par Eutychès et Dioscore d’Alexandrie.

[6] L’affaire dite des Trois Chapitres s’inscrit dans les efforts de Justinien 1er pour réconcilier sur le plan religieux les parties orientale et occidentale de son empire en les persuadant que les décisions du concile de Chalcédoine de 451 étaient conformes à la christologie de l’école d’Alexandrie. En 544, il publia un édit en trois chapitres, le premier condamnant Théodore de Mopsueste, les deux autres condamnant les écrits jugés pro-nestoriens de Théodoret de Cirrhe et la lettre adressée par l’évêque d’Édesse, Ibas, à Mari.

[7] Le monothélisme est un courant de pensée du christianisme, développé au 7ème siècle dans le but de réunifier l’Église chalcédonienne et les Églises des trois conciles, et condamné comme hérésie au troisième concile de Constantinople en 681.

[8] L’Église apostolique arménienne est une Église chrétienne autocéphale. C’est une des Églises des trois conciles dites aussi « Églises antéchalcédoniennes ». Elle revendique son titre d’« apostolique » en faisant remonter ses origines aux apôtres Thaddée et Barthélemy. Devenue religion officielle du royaume d’Arménie avec la conversion du roi Tiridate IV par saint Grégoire l’Illuminateur, elle développe son particularisme du 6ème au début du 8ème siècle, qui voit sa christologie se stabiliser selon la doctrine miaphysite.

[9] Le titre de catholicos est un titre équivalent à celui de patriarche porté par des dignitaires de plusieurs Églises orthodoxes orientales, notamment les Églises de la tradition nestorienne et les Églises monophysites, en particulier l’Église apostolique arménienne.

[10] l’actuelle Erzurum

[11] Ezr redoute en effet un nouveau schisme lié à la nomination d’un catholicos dans les zones de l’Arménie contrôlées par les Byzantins

[12] Le nakharar est un satrape héréditaire en Arménie. Ce titre est de premier ordre au sein de la noblesse arménienne antique et médiévale. Durant cette période, l’Arménie est divisée en larges domaines, propriétés d’une famille noble et gouvernés par l’un de ses membres, auquel les titres nahapet (« chef de famille ») ou tanuter (« maître de maison ») sont donnés. Les autres membres d’une famille de nakharar gouvernent à leur tour des portions plus petites du domaine familial. Les ’nakharark’ jouissant d’une grande autorité sont reconnus comme ishkhans (princes).

[13] Dvin ou Dwin est une ancienne capitale de l’Arménie. Elle est située sur le territoire de l’actuelle communauté rurale de Dvin, dans le marz d’Ararat.