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Chrodegang de Metz ou Godegrand

jeudi 13 juin 2019, par ljallamion

Chrodegang de Metz ou Godegrand (vers 712-766)

Évêque de Metz

Saint Chrodegang, vitrail de la chapelle Sainte-Glossinde, Metz.Né dans le diocèse de Liège [1], il est le fils de Sigramm et de Landrade de Hesbaye , cette dernière appartenant à la famille des Robertiens [2]. Il est l’un des acteurs de la renaissance carolingienne [3].

Il fait ses études à l’abbaye de Saint-Trond [4]. Il est élevé à la cour de Charles Martel où il exerce la charge de notaire. Il devient chancelier de Charles Martel en 737. Il poursuit sa carrière à la cour sous Pépin le Bref.

Il devient évêque de Metz, [5] alors capitale de l’Austrasie [6], le 1er octobre 742.

Il contribue à l’essor des monastères dans son diocèse. Il transforme le monastère de Saint-Hilaire [7] en monastère bénédictin et y fait déposer une relique de saint Nabor au monastère puis à la ville qui se construit autour le nom de Saint-Avold [8].

Il fonde l’abbaye de Gorze [9], sans doute entre 747 et 757, qu’il confie en 759 à son frère Gundeland. En 766, il ramena de Rome les reliques de saint Gorgon et les déposa à Gorze. Il prit également part à la création de l’abbaye de Lauresheim [10], fondée dans le diocèse de Worms [11] par un de ses cousins, Cancor de Hesbaye, et sa mère.

Dans son église cathédrale, il forme une communauté de chanoines qu’il accoutume à vivre dans un cloître, selon une règle en partie inspirée de la règle de saint Benoît [12], appelée “Regula vitae communi”s, plus connue sous le nom de “Regula canonicorum”.

En 753, il est choisi par Pépin le Bref et l’assemblée générale des États du royaume pour conduire le pape Étienne II durant son voyage en Austrasie.

Les Lombards envahissant les états pontificaux, il organise la fuite du pape vers Saint-Denis. Ce dernier, satisfait de ses services, lui accorde le pallium [13] et le titre d’archevêque en succession de Boniface de Mayence mort en 754, ce qui fit de lui le chef de l’Église franque.

C’est probablement à l’occasion de son voyage à Rome que Chrodegang découvrit le chant vieux-romain. Il élabore une synthèse de ce chant avec le chant gallican. Il en résulte le chant messin, l’ancêtre du chant grégorien. Il crée la “Scola cantorum” vers 754

Il convainc Pépin le Bref de faire adopter par le concile de Quierzy-sur-Oise [14] la liturgie romaine.

En 757, il participe au concile de Compiègne [15].

En 765, il préside le concile d’Attigny [16].

Il meurt peu après, après avoir gouverné le diocèse de Metz pendant 23 ans.

Ses reliques sont transférées à l’abbaye de Gorze puis à l’abbaye de Saint-Symphorien [17], pour des raisons de sécurité. Elles y furent conservées jusqu’à la Révolution, où elles furent dispersées.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Monique Goullet, Michel Parisse, Anne Wagner, Sources hagiographiques de l’histoire de Gorze (Xe siècle) : Vie de saint Chrodegang, Panégyrique et Miracles de saint Gorgon, Picard, Paris, 2010, (ISBN 978-2-7084-0882-1).

Notes

[1] La principauté épiscopale de Liège était un État du Saint Empire romain, compris dans le Cercle de Westphalie, ayant pour capitale la ville de Liège. C’est en l’an 985 que naît la principauté épiscopale. C’est à cette date que Notger, déjà évêque de Liège depuis 972, devient prince-évêque en recevant le comté de Huy. Cet État a existé pendant plus de 800 ans, jusqu’à la révolution liégeoise en 1789.

[2] La famille des Robertiens est une famille de la noblesse franque qui tire son nom du prénom Robert que portèrent un grand nombre de ses membres. La puissance des Robertiens, fortement implantés en Neustrie, s’explique moins par « leur carrière royale intermittente » que par leur « capacité à renoncer au trône pour affermir leur position » dans le royaume et le diriger de fait. Trois membres de la famille accédèrent au trône : Eudes en 888, son frère Robert 1er en 922 et le petit-fils de ce dernier Hugues Capet en 987. Les descendants de ce dernier sont nommés Capétiens et régnèrent sur la France sans interruption de 987 à 1792 (805 ans) puis de 1815 à 1848 (33 ans). Ainsi, de 888 à 1848, soit pendant environ 960 ans, la famille issue des Robertiens a joué un rôle politique de premier plan en France

[3] La renaissance carolingienne est une période de renouveau de la culture et des études en Occident sous les empereurs carolingiens, aux 8ème et 9ème siècles. La renaissance carolingienne, première période de renouveau culturel majeur au Moyen Âge à l’échelle de l’Occident, est une période d’importants progrès intellectuels, notamment grâce à la redécouverte de la langue latine, à la sauvegarde de nombreux auteurs classiques, et à la promotion des arts libéraux. Cette renaissance carolingienne est cependant nuancée par les historiens actuels car elle présuppose qu’il y a eu effondrement de la culture entre l’époque romaine et l’époque carolingienne, le Haut Moyen Âge, qualifié d’« Âge sombre », étant en effet réhabilité.

[4] L’abbaye de Saint-Trond, située au cœur de la ville belge de Saint-Trond, fut un monastère de moines bénédictins. D’origine mérovingienne et fondé vers 657 par saint Trond sous la forme d’un prieuré, le monastère fut ravagé par les Normands puis relevé 50 ans plus tard. Il adopta la règle de saint Benoît en devenant abbaye au 9ème siècle. L’abbaye fut réputée pour les pèlerinages qu’elle permettait, et, devenue florissante, elle attira une population qui forma le bourg aujourd’hui appelé Saint-Trond.

[5] Fondé vers le 3ème siècle, l’évêché de Metz a longtemps été une entité à la fois politiquement puissante et riche. Opposé à la bourgeoisie messine puis soumis à l’influence du royaume de France, il va progressivement perdre son poids économique puis son influence politique. Aujourd’hui l’évêque de Metz a la particularité d’être l’un des deux seuls évêques catholiques au monde à ne pas être formellement nommés par le Pape, mais par un pouvoir temporel (le concordat en Alsace-Moselle confiant au président de la République française la nomination de l’évêque de Metz et de l’archevêque de Strasbourg).

[6] L’Austrasie désignait durant la période mérovingienne un royaume franc couvrant le nord-est de la France actuelle, les bassins de la Meuse et de la Moselle, jusqu’aux bassins moyen et inférieur du Rhin. La capitale en fut d’abord Reims, puis Metz. Les habitants de l’Austrasie étaient les Austrasiens. Ce royaume est apparu à la mort de Clovis en 511, lorsque le territoire de celui-ci est partagé entre ses fils. Berceau de la dynastie carolingienne, l’Austrasie disparaît en 751 avec le dernier roi mérovingien pour être intégrée dans le grand royaume franc que réunirent Pépin le Bref et Charlemagne.

[7] L’abbatiale Saint-Nabor se situe à Saint-Avold, en France. Seul vestige de l’ancien prieuré des Bénédictins, dont elle était l’église conventuelle, elle est classée monument historique depuis le 5 avril 1930. L’abbatiale est utilisée comme église paroissiale depuis 1792 et la désaffectation de l’ancienne église Saint-Pierre-et-Saint-Paul. Elle est une étape du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle en provenance de la Sarre et à destination de Metz.

[8] Saint-Avold est une commune française située dans le département de la Moselle, en Lorraine, chef-lieu de canton du département de la Moselle, sur la Rosselle, près de l’actuelle frontière franco-allemande, la commune de Saint-Avold est localisée dans la région naturelle du Warndt et dans le bassin de vie de la Moselle-Est. La ville fait partie d’une conurbation transfrontalière avec les villes de Forbach, Freyming-Merlebach, Sarreguemines côté français et Sarrebruck côté allemand connue sous le nom d’eurodistrict Saar-Moselle.

[9] L’abbaye Saint-Gorgon de Gorze est une abbaye bénédictine fondée à Gorze près de Metz, vers 747. À partir de 933, elle est à l’origine d’une réforme de la règle bénédictine qui va se diffuser à tout le Saint Empire.

[10] L’abbaye de Lorsch, fondée en 764, fut construite à la périphérie de la ville de Lorsch (Allemagne, Hesse) dans la plaine du Rhin et devint un important centre culturel au Moyen Âge. Seul subsiste son Torhalle (Porche-entrée) qui est l’un des plus importants vestiges de l’architecture préromane en Allemagne et date du milieu du 9ème siècle. Succursale de la cour carolingienne, elle a été fondée par le comte Cancor et sa tante Landrade de Hesbaye et a été occupée par des moines bénédictins venant de Gorze près de Metz. En 885, l’abbaye était nommée Lauressam, le nom actuel est apparu au cours du temps. L’église abbatiale et les bâtiments en bois d’origine étaient situés sur le terrain de l’actuelle cathédrale. La consécration de l’église fut faite par l’archevêque de Mayence Lull vers l’an 774 en présence de Charlemagne. Possédant l’une des plus grandes bibliothèques du Moyen Âge, l’abbaye avait des possessions dans la forêt d’Odenwald, la Bergstraße, la Hesse rhénane, l’Alsace et la Lorraine. L’abbaye devint une possession de l’électorat de Mayence en 1232 puis du Palatinat du Rhin à partir de 1461. L’abbaye fut dissoute en 1564 puis incendiée en 1621 lors de la retraite des Espagnols. Des documents précieux ont été produits ou conservés dans cette abbaye, en particulier l’évangéliaire, le codex, la pharmacopée et les Annales de Lorsch.

[11] Worms est une ville et un arrondissement d’Allemagne, située dans le Land de Rhénanie-Palatinat, sur la rive gauche du Rhin et le sud-ouest du pays. Worms est bien connu comme Nibelungenstadt et Lutherstadt ainsi que pour son Dom ; elle est un de trois romanischen Kaiserdome avec ceux de Mayence et de Spire. Pour les Juifs, Worms est aussi connu comme un des anciens centres de la culture ashkénaze en Allemagne. Ville au passé prestigieux, Worms fut, avec Spire et Mayence, une résidence impériale des bords du Rhin. Worms aurait été la capitale des Burgondes. En 1074, la ville obtient une exemption des droits de douane et devient ainsi une ville libre d’Empire. En 1096, se déroule dans la ville un pogrom anti-juif mené par les croisés d’Emich de Flonheim. Après s’être réfugiés auprès de l’évêque, 800 juifs sont massacrés et certains sont obligés de se convertir au christianisme. Une diète d’Empire, réunie par Henri IV, a lieu à Worms en 1076 et proclame la déchéance du pape Grégoire VII. Une alliance défensive entre Philippe de Souabe et Philippe Auguste est signée à Worms en 1198. En 1122, y est signé un concordat qui met fin à la querelle des Investitures. En 1495, une nouvelle diète y a lieu, convoquée cette fois Maximilien, au cours de laquelle l’impôt d’Empire est introduit. Martin Luther y est convoqué par l’empereur Charles Quint, le 17 avril 1521, au cours d’une nouvelle diète.

[12] L’ordre de Saint-Benoît plus connu sous le nom d’ordre des Bénédictins, est une fédération de monastères ayant, au cours de leur histoire, adopté la règle de saint Benoît. Ainsi saint Benoît de Nursie en est-il considéré comme le fondateur en 529.

[13] Le pallium est un ornement liturgique catholique dont le port, sur la chasuble, est réservé au pape, aux primats, aux archevêques métropolitains et à quelques rares évêques, pendant la célébration de la messe. Il vient du latin pallium qui signifie manteau.

[14] Quierzy est une commune du département de l’Aisne. Située entre Noyon et Chauny, elle est traversée par la rivière Oise. La rivière Ailette rejoint l’Oise à Quierzy. Ancienne villa royale aux temps des Mérovingiens puis palatium impérial avec les Carolingiens, c’est maintenant un paisible village. En 236 Quierzy est alors connu sous le nom de Charisilittae. En 605 : décès à Quierzy de Protade, maire du palais de Thierry II. Le 22 octobre 741 : décès à Quierzy de Charles Martel, maire des palais d’Austrasie, de Neustrie et de Bourgogne. Le pouvoir est partagé entre ses deux fils Carloman et Pépin le Bref. En 754 : convaincu par Chrodegang, Pépin le Bref fait adopter par le concile de Quierzy la liturgie romaine et le chant grégorien. En Avril 754 : réception du pape Étienne II par Pépin le Bref à Quierzy et signature du traité de Quierzy créant les États pontificaux par la donation de l’exarchat de Ravenne. Le pape reconnaît en contrepartie la dynastie carolingienne. Cette donation est confirmée en 774, à Rome, par Charlemagne, fils de Pépin. En 762 : Pépin le Bref passe l’hiver à Quierzy. En Janvier 775 : assemblée des Grands à Quierzy : préparation de l’invasion de la Saxe. En 804 : le pape Léon III rencontre Charlemagne à Quierzy avant de se rendre à Aix-la-Chapelle.

[15] Le concile de Compiègne réuni en 757 s’est prononcé sur le mariage.

[16] une assemblée générale du haut clergé franc, où se retrouvent vingt-sept archevêques et évêques et dix-sept abbés

[17] Abbaye de Saint-Symphorien de Metz est une abbaye de l’Ordre de Saint-Benoît fondée par l’évêque de Metz saint Papoul en 609. C’est la première abbaye bénédictine pour hommes construite en Austrasie