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Abū Ḫālid Yazīd ibn Muʿāwiya dit Yazīd 1er

mercredi 28 mars 2018

Abū Ḫālid Yazīd ibn Muʿāwiya dit Yazīd 1er (645-683)

Deuxième calife omeyyade

Il succède à son père Muʿāwiya 1er en 680. L’événement le plus important de son règne est la bataille de Kerbala [1], au cours de laquelle Al-Ḥusayn, fils de ʿAlī ibn ʾAbī Ṭalib et petit-fils du prophète Mahomet, est tué par l’armée omeyyade [2]. Nombreux sont les musulmans qui condamnent Yazīd 1er et le considèrent comme responsable direct de la mort d’Al-Ḥusayn.

Muʿāwiya en 668, ordonne aux habitants de Damas, puis à tout le Califat, de prêter serment de fidélité à Yazīd. Plusieurs musulmans, dont Al-Ḥusayn, fils de ʿAlī ibn ʾAbī Ṭalib, Abdullah ibn Omar ditʿAbd Allāh , fils de ʿUmar ibn Al-Kaṭṭāb, et ʿAbd Allāh ibn Az-Zubayr, refusent l’allégeance, qui va à l’encontre du principe de šūrā [3].

Après la mort de son père et son accession au pouvoir en 680, Yazīd 1er veut forcer les quatre récalcitrants à lui prêter serment d’allégeance et menace de les faire tuer s’ils refusent.

Après avoir essuyé plusieurs refus, il envoie un détachement armé à La Mecque [4], où les rebelles se retranchent. L’un d’eux, ʿAbd Allāh ibn Az-Zubayr, organise une armée qui fait prisonnier l’envoyé de Yazīd 1er et le tue.

Les opposants à Yazīd 1er résidant à Koufa [5] envoient des lettres à Al-Ḥusayn ibn ʿAlī lui offrant leur soutien s’il proclame son califat, et l’incitent à les rejoindre. Yazīd 1er envoie alors une armée pour réprimer la population de Koufa.

Al-Ḥusayn, ignorant les mises en garde de ses amis, qui lui demandent au moins de laisser femmes et enfants, quitte La Mecque pour Koufa. En chemin, il apprend la mort de son cousin Muslim ibn ʿAqīl des mains des hommes de Yazīd 1er, sous l’apathie et l’indifférence de la population de Koufa.

En effet, la ville, en rivalité avec Damas et voulant restaurer son pouvoir, décide de se joindre à Yazīd 1er dans sa lutte contre les rebelles. Al-Ḥusayn et sa suite, ainsi que des proches de Muslim ibn ʿAqīl, décident de continuer vers Koufa malgré les messages d’avertissement de Yazīd 1er. Ils n’étaient que quelques 120 personnes. Le 12 octobre 680, l’armée omeyyade, composée de 4 000 mille hommes les intercepte à Kerbala [6] et les tue tous.

Yazīd 1er donne à ʿ Ubayd Allāh ibn Ziyād le titre de gouverneur d’Irak, mais pas du Khorassan [7], que lui avait donné Muʿāwiya 1er. ʿUbayd Allāh en conçoit quelque amertume.

Lorsqu’il reçoit l’ordre d’attaquer ʿAbd Allāh ibn Az-Zubayr à La Mecque, il refuse d’obéir, se prétextant malade. Malgré tout, une armée omeyyade attaque Médine [8] à la bataille d’Al-Ḥarra qui est livrée au pillage pendant 3 jours. Aussi, de nombreux compagnons du Prophète moururent.

En 683, les troupes omeyyades assiègent La Mecque. À l’aide de mangonneaux [9], les Omeyyadess endommagent la Kaaba [10] et enflamment le voile la recouvrant.

Yazīd 1er meurt au cours du siège à l’âge de 38 ans et les combats cessent quelques jours plus tard, l’armée omeyyade retournant à Damas. Son fils Muʿāwiya II lui succède pendant 40 jours avant de mourir lui aussi.

Sous le court règne de Yazīd 1er, les Omeyyades essuient quelques revers en Afrique du Nord. ʿ Uqba ibn Nāfiʿ Al-Fihriyy , reconduit au poste de gouverneur de ʾIfrīqiyya [11] en 682, se dirige vers l’ouest, gagnant plusieurs batailles face à l’Empire byzantin, jusqu’à atteindre Tanger [12], avant de pénétrer dans les terres vers le Moyen Atlas, mais meurt avec ses hommes dans une embuscade berbère en 683. Les Omeyyades perdent alors temporairement plusieurs points côtiers, ce qui leur vaut la perte de la suprématie maritime et l’abandon de Rhodes  [13] et la Crète [14].

Yazīd 1er travaille surtout à renforcer les défenses de la Syrie, fief des Omeyyades, et à réformer le système financier du Califat.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Tabari, Chronique, vol. IV, tr. H. Zotenberg, Paris, Les Heures Claires/Maisonneuve et Larose,‎ 1980

Notes

[1] La bataille de Kerbala eut lieu le 10 octobre 680 en Irak. Dans le calendrier musulman c’est le 10 de muharram 61 A.H. La commémoration de cette bataille est le deuil chiite d’Achoura. Cette commémoration se célèbre tous les 10 muharram, c’est-à-dire, en suivant le calendrier lunaire et non pas le calendrier grégorien. La bataille opposa la puissante armée de Yazid Ibn Mu’awiyya (environ 30 000 hommes) à l’armée des partisans de Husayn, fils d’Ali et petit-fils du prophète Mahomet, qui se réduisait à 72 hommes.

[2] Les Omeyyades, ou Umayyades sont une dynastie arabe de califes qui gouvernent le monde musulman de 661 à 750. Ils tiennent leur nom de leur ancêtre Umayya ibn Abd Shams, grand-oncle de Mahomet. Ils sont originaires de la tribu de Quraych, qui domine La Mecque au temps de Mahomet. À la suite de la guerre civile ayant opposé principalement Muʿāwiyah ibn ʾAbī Sufyān, gouverneur de Syrie, au calife ʿAlī ibn ʾAbī Ṭalib, et après l’assassinat de ce dernier, Muʿāwiyah fonde le Califat omeyyade en prenant Damas comme capitale, faisant de la Syrie la base d’un Califat qui fait suite au Califat bien guidé et qui devient, au fil des conquêtes, le plus grand État musulman de l’Histoire.

[3] concertation entre les musulmans pour le choix du calife. Le terme choura ou shûrâ désigne notamment le parlement d’un État islamique, le conseil d’administration d’un parti ou d’une institution religieuse. Dans le cadre religieux musulman c’est un concile de juges musulmans.

[4] La Mecque est une ville de l’ouest de l’Arabie saoudite, non loin de la charnière séparant le Hedjaz de l’Asir, à 80 km de la mer Rouge, et capitale de la province de la Mecque. Lieu de naissance, selon la tradition islamique, du prophète de l’islam Mahomet à la fin du 6ème siècle, elle abrite la Kaaba au cœur de la mosquée Masjid Al-Haram (« La Mosquée sacrée ») et la tradition musulmane a lié sa fondation à Ibrahim (Abraham), ce qui en fait la ville sainte la plus sacrée de l’islam. L’accès est interdit aux personnes qui ne sont pas de confession musulmane ainsi qu’aux femmes seules, même musulmanes

[5] Koufa ou Kûfa est une ville d’Irak, environ 170 km au sud de Bagdad, et à 10 km au Nord-est de Nadjaf. Elle est située sur les rives du fleuve Euphrate. C’est la deuxième ville de la province de Nadjaf. Avec Kerbala, et Nadjaf, Koufa est une des trois villes irakiennes de grande importance pour les musulmans chiites. Sur une décision du calife `Omar, Koufa a été construite pour être un pôle d’immigration arabe dans le sud de la Mésopotamie, et de devenir la capitale. Les Arabes recherchaient un endroit où ils ne souffriraient pas de maladies. À l’emplacement de Koufa, il y avait une ville Sassanide qui faisait partie d’une province perse. Les quartiers arabes de la ville ont été construits en 638, à peu près au même moment qu’à Bassora, quand les armées arabes combattaient les Sassanides. La ville fut construite en briques cuites. On commença par construire la mosquée au centre de la ville à 1,5 km de l’Euphrate. On creusa un réservoir d’eau prévu pour 20 000 habitants. La population de Koufa était formée d’immigrants arabes venant soit de la région de La Mecque, soit du sud de l’Arabie, Yémen et Hadramaout, certains d’entre eux étaient chrétiens ou juifs. En 655, les habitants de Koufa soutiennent `Alî contre le calife `Uthman.

[6] Kerbala est une ville d’Irak, située à 100 km au sud-ouest de Bagdad. C’est la capitale de la province de Karbala. Les chiites la considèrent comme leur cinquième lieu saint après La Mecque, Médine, Jérusalem et Nadjaf. En 680, lors de la bataille de Kerbala, l’imam Hussein ben Ali a été décapité par les soldats de Yazid 1er parce qu’il venait de refuser de le reconnaître comme calife légitime. Les hommes de Yazid ont montré et fait voltiger sa tête avec joie. Les célébrations de l’Achoura et de l’Arbaïn commémorant la mort et la décapitation d’Hussein, s’y déroulent chaque année. Les chiites déposent leur front à l’endroit même où Hussein a été décapité.

[7] Le Khorassan est une région située dans le nord-est de l’Iran. Le nom vient du persan et signifie « d’où vient le soleil ». Il a été donné à la partie orientale de l’empire sassanide. Le Khorassan est également considéré comme le nom médiéval de l’Afghanistan par les Afghans. En effet, le territoire appelé ainsi englobait en réalité l’Afghanistan actuel, le sud du Turkménistan, de l’Ouzbékistan et du Tadjikistan, ainsi que le nord-est de l’Iran. Dans sa longue histoire le Khorassan a connu de nombreux conquérants : Grecs, Arabes, Turcs, Mongols, etc.

[8] Médine est une ville d’Arabie saoudite, capitale de la province de Médine, située dans le Hedjaz. C’est là que vint s’installer en 622 à l’hégire le prophète de l’islam, Mahomet, après qu’il eut, selon le Coran, reçu l’ordre de Dieu de quitter La Mecque, ville distante de plus de 430 km. C’est aussi là qu’il mourut et fut enterré en 632. La ville abrite son tombeau dans la Masjid An Nabawi (mosquée du Prophète) ainsi que les premiers califes Abou Bakr et Omar, les autres personnes importantes de l’islam restant au cimetière Al-Baqi.

[9] Le terme mangonneau désigne un engin militaire offensif à contrepoids fixe de l’époque médiévale, une sorte de catapulte, un engin de siège utilisé pour lancer des projectiles contre les murs des châteaux forts, très proche du trébuchet.

[10] La Kaaba, Ka’ba ou Ka’aba est une grande construction cuboïde au sein de la masjid al-Haram (« La Mosquée sacrée ») à La Mecque. C’est avant tout vers elle que les musulmans se tournent pour faire leurs prières quotidiennes. La symbolique de la Kaaba vide signifie qu’il ne peut y avoir d’objet d’adoration pour le croyant. Elle symbolise l’unité des musulmans qui adorent un Dieu unique, et représente le lieu vers lequel se dirige la prière. C’est autour de la Kaaba que les pèlerins effectuent les sept tours du tawaf, également appelé la circumambulation.

[11] L’Ifriqiya représente une partie du territoire d’Afrique du Nord de la période du Moyen Âge occidental, qui correspond à la province d’Afrique dans l’Antiquité tardive. Le territoire de l’Ifriqiya correspond aujourd’hui à la Tunisie, à l’Est du Constantinois (Est de l’Algérie) et à la Tripolitaine (Ouest de la Libye). C’est sous ce nom que ce territoire est connu au moment de l’arrivée des Arabes musulmans et de la résistance qui leur est opposée par les populations berbères partisanes des religions libyque, chrétienne ou juive. Le continent, qui était auparavant nommé « Libye » par Hérodote tire son nom de cette dénomination que les Romains imposèrent par leur conquête.

[12] Tanger est une ville du Nord du Maroc, dans le Rif occidental. Située à l’extrémité du nord-ouest du pays sur le détroit de Gibraltar, la ville se trouve à 24 kilomètres de la côte espagnole. Le général musulman Moussa Ibn Noçaïr, gouverneur du Maghreb au service des Omeyyades de Damas, s’intéresse à Tanger pour sa position stratégique et c’est donc de là qu’en 711, commence la conquête de l’Espagne par les troupes de Tariq ibn Ziyad un lieutenant d’Ibn Noçaïr, à qui Gibraltar doit son nom (Djebel Tarik, la « montagne de Tarik »). Pendant les 5 siècles qui suivent, des dynasties différentes se disputent la souveraineté de Tanger. Les Idrisides de Fès, les Omeyyades de Cordoue, s’affrontent pour sa domination pendant plus d’un siècle. Au milieu du 10ème siècle, les Ifrénides, Maghraouas, Fatimides et Zirides y étendent leur autorité. En 1075, les Almoravides en deviennent maîtres jusqu’en 1149, date à laquelle la ville passe aux Almohades. Elle s’inféode aux Hafsides de Tunis avant de devenir Mérinide en 1274.

[13] Rhodes est une île grecque, la plus grande île du Dodécanèse. Elle est située au sud-est de la mer Égée, à 17,7 km de la Turquie, entre la Grèce et l’île de Chypre. Le colosse de Rhodes, l’une des sept merveilles du monde, était une statue gigantesque, traditionnellement située à l’entrée du port de la ville de Rhodes.

[14] La Crète, est une île grecque, autrefois appelée « île de Candie ». Cinquième île de la mer Méditerranée en superficie, elle est rattachée en 1913 à la Grèce