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Dèmètrios Chomatenos ou Chomatianos

mardi 12 décembre 2017

Dèmètrios Chomatenos ou Chomatianos (après 1150-vers 1236)

Métropolite d’Ochrid de 1216 à 1236

Avec Jean Apokaukos, archevêque de Naupacte [1] et Georges Bardanès, métropolite [2] de Corfou [3], il fut l’âme dirigeante du mouvement visant à affirmer l’indépendance du despotat d’Épire [4] et de l’éphémère Empire de Thessalonique [5].

Sur le plan politique, il est surtout connu pour avoir couronné le despote d’Épire, Théodore Ange, comme empereur de Thessalonique, encourant ainsi le courroux à la fois de l’empereur Jean III Vatatzès et du patriarche de Constantinople exilé à Nicée [6]. Sur le plan juridique et littéraire, les quelque 150 écrits et lettres qu’il a laissés sont une source irremplaçable pour la connaissance de la politique intérieure du despotat, des relations de celui-ci avec les États voisins et l’importance que prit le droit au cours de la première moitié du 13ème siècle.

Dèmètrios Chomatenos fit ses études de droit à Constantinople avec Jean Apokaukos, avant d’entrer au service de l’Église autocéphale [7] de Bulgarie [8]. Il servit d’abord à titre d’apokrisarios [9] à Constantinople avant d’être nommé vers 1200 chartophylax [10] de l’Église bulgare.

Il fut promu en 1217 par Théodore Ange Doukas Comnène, alors despote d’Épire, au poste de métropolite d’Ochrid [11] et de toute la Bulgarie.

Chomatenos dut se rendre compte qu’une bonne partie de son territoire échappait à son contrôle effectif et que l’allégeance de nombre d’évêques serbes et bulgares allaient à leurs souverains nationaux plutôt qu’au despote d’Épire, alors que sa propre influence morale se faisait sentir davantage hors de son archidiocèse, c’est-à-dire en Épire, à Corfou et à Thessalonique.

Chomatenos devint alors avec Apokaukos le porte-parole de l’autonomie des Églises d’Europe face à celle de l’Église de Nicée [12]. C’est à ce titre et avec l’appui des autres évêques vivant dans le territoire occidental [13] qu’il couronna en 1225 ou 1227 Théodore Ange comme empereur de Thessalonique [14], s’attirant ainsi les foudres du patriarche Germain II de Constantinople , en exil à Nicée, puisque ce geste consacrait la division de l’Empire byzantin et contestait la prétention de l’archevêque de Nicée au titre de patriarche de Constantinople.

Pour Chomatenos, lors de la chute de Constantinople, un nombre à peu près égal d’évêques et de membres du sénat avait fui vers l’Est [15] et vers l’Ouest [16]. L’unité de l’empire avait fait place à deux États successeurs et si l’Empire de l’Est pouvait se suffire à lui-même, il n’était plus en mesure de venir au secours de l’Ouest.

Toutefois, la défaite de Théodore Ange aux mains du tsar bulgare Jean Asen à Klokonitsa [17] en 1230 devait mettre fin aux aspirations de l’Église d’Épire et les évêques de cette région se rallièrent progressivement à l’Église de Nicée.

Sur le plan théologique, Dèmètrios Chomatenos demeura toujours un ardent défenseur de l’orthodoxie face aux Latins. Dans la vie quotidienne toutefois, il était prêt à faire preuve d’oikonomia [18].

Consulté sur la question de savoir si un évêque orthodoxe pouvait aller dans une église latine et y recevoir les sacrements, il n’émit aucune objection, soulignant que, sauf en ce qui concernait le Filioque [19], il n’y avait guère de différence entre les usages et les enseignements latins et orthodoxes. Consulté également sur l’utilisation de pain azyme [20] pour la communion, tout en refusant cette coutume pour l’Église orthodoxe, il ne souleva aucun problème pour son utilisation dans l’Église latine, différentes Églises ayant différentes pratiques.

L’année même de la mort de Dèmètrios Chomatenos en 1235, un synode se réunit à Lampsaque sous la présidence du patriarche Germain II de Constantinople qui éleva l’Église de Bulgarie au rang de patriarcat.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Demetrios Chomatenos »

Notes

[1] Naupacte est une ancienne cité de Locride, en Grèce, situé sur la côte septentrionale du golfe de Corinthe. À l’époque moderne, elle s’appelle Lépante.

[2] Métropolite est un titre religieux porté par certains évêques des Églises d’Orient. À l’origine, le métropolite est l’évêque d’une capitale de province (métropole) romaine investi de la charge de présidence des conciles ou synodes provinciaux. Dans l’Église d’Occident, on prit l’habitude de dire « métropolitain » pour désigner un archevêque assurant un rôle de coordination entre les évêques titulaires des sièges qui composent la province ecclésiastique. En Orient on utilise le terme de métropolite qui, au cours de l’histoire, est souvent synonyme d’archevêque.

[3] Corfou ou Corcyre est une île grecque située en mer Ionienne, sur la façade occidentale de la Grèce, à proximité de sa frontière avec l’Albanie. Elle est la capitale de la périphérie des Îles Ioniennes.

[4] Le Despotat d’Épire fut l’un des États successeurs de l’Empire byzantin après la conquête de Constantinople et la mise en place de l’Empire latin d’Orient sur les terres principales de l’Empire Byzantin par la quatrième croisade en 1204. Fondé par Michel Comnène Doukas, le nouvel État se voulut, à l’instar de l’Empire de Nicée et de l’Empire de Trébizonde, le successeur légitime de l’Empire byzantin. Centre de résistance et havre pour les réfugiés grecs contre les envahisseurs latins après la défaite, il ne réintégra l’empire restauré qu’en 1323. Grec par ses origines, puis italien, serbe et albanais par conquête, il tenta de maintenir son identité jusqu’à sa chute aux mains des Ottomans en 1479. Centré sur la province d’Épire et l’Acarnanie, au nord-ouest de la Grèce, et sur la partie occidentale de la Macédoine grecque, il s’étendait également en une mince bande sur la Thessalie et de la Grèce occidentale jusqu’à Naupacte (aujourd’hui Lépante) au sud. Sous Théodore Comnène Doukas et l’éphémère Empire de Thessalonique, le despotat s’étendit pour incorporer brièvement la partie centrale de la Macédoine ainsi que la Thrace jusqu’à Didymotique et Andrinople (aujourd’hui Edirne).

[5] Le royaume de Thessalonique est l’un des États latins qui apparurent après la conquête de Constantinople par les Croisés en 1204. Érigé autour de Thessalonique, qui avait été la deuxième ville en importance de l’empire byzantin, vassal de l’empire latin de Constantinople, son existence fut éphémère, se terminant vingt ans après sa création par la prise de la ville par le despote d’Épire, Théodore 1er l’Ange, et la création d’un « empire de Thessalonique » encore plus éphémère.

[6] Nicée est une cité fondée vers 300 av. jc, tour à tour grecque, byzantine et ottomane du nord-ouest de l’Anatolie. Elle est surtout connue comme ayant été le siège des premier et deuxième concile de Nicée (les premier et septième conciles des débuts de l’Église chrétienne), le lieu où fut rédigé le symbole de Nicée (datant du premier concile), et la capitale de l’Empire de Nicée après la conquête de Constantinople par les croisés en 1204 jusqu’à ce qu’elle soit reprise par les Byzantins en 1261.

[7] Une Église autocéphale est une Église chrétienne, relevant du christianisme dit oriental, dont la théologie comme l’ecclésiologie est réglée en fonction de son adhésion à deux, trois ou sept des conciles christologiques et qui jouit d’une indépendance totale, sur le plan juridique comme sur le plan spirituel, par rapport à une quelconque autorité.

[8] Le Patriarcat de Bulgarie est le nom officiel de l’Église orthodoxe de Bulgarie. Elle appartient à la communion orthodoxe où elle occupe le huitième rang honorifique parmi les Églises autocéphales. Le primat de l’Église porte le titre de Métropolite de Sofia et Patriarche de toute la Bulgarie, avec résidence à Sofia

[9] représentant du métropolite

[10] secrétaire

[11] Ochrid appartenait au 13ème siècle au despotat d’Épire. La ville d’Ohrid est née pendant l’Antiquité, elle s’appelait alors Lychnidos et possédait un théâtre antique et une acropole. Après les invasions slaves du début du Moyen Âge, la ville devient au 9ème siècle un grand centre religieux et culturel. Saint Clément d’Ohrid y fonde alors un grand monastère et participe à l’établissement de l’alphabet cyrillique et de la culture bulgaro macédonienne. Un siècle plus tard, Samuel 1er de Bulgarie fait d’Ohrid la capitale de son empire. Conquise par les Ottomans, Ohrid connaît un certain déclin avant de devenir au 19ème siècle un foyer de développement du nationalisme macédonien.

[12] entendre d’Asie

[13] c’est-à-dire en Europe

[14] Le royaume de Thessalonique est l’un des États latins qui apparurent après la conquête de Constantinople par les Croisés en 1204. Érigé autour de Thessalonique, qui avait été la deuxième ville en importance de l’empire byzantin, vassal de l’empire latin de Constantinople, son existence fut éphémère, se terminant vingt ans après sa création par la prise de la ville par le despote d’Épire, Théodore 1er l’Ange, et la création d’un « empire de Thessalonique » encore plus éphémère.

[15] entendre anciens territoires d’Asie, l’Empire de Nicée

[16] les territoires grecs d’Europe

[17] Klokotnica est un village de Bulgarie, oblast de Khaskovo, obchtina de Khaskovo, près d’Haskovo, Là, le 9 mars 1230, eut lieu la bataille de Klokotnica qui vit la victoire décisive du Deuxième État bulgare sur le Despotat d’Épire.

[18] terme qui, à l’instar de la gestion divine, tempère la rigueur de la loi de façon à faciliter à l’homme le chemin qui mène à Dieu

[19] La querelle du Filioque est le différend théologique qui, à partir du 8ème siècle, oppose l’Église romaine et l’Église grecque, à propos du dogme de la Trinité. Elle contribuera à la séparation des Églises d’Orient et d’Occident, qui fait naître deux églises : l’Église catholique romaine et l’Église orthodoxe.

[20] Le pain azyme est un pain ancien confectionné de céréales comme d’autres, mais il est non levé (il n’a pas gonflé sous l’effet du levain ou de la levure) car il est uniquement constitué d’eau et de farine pétries ensemble. Quand il est sous forme de feuille, on parle de papier azyme ou de papier hostie.