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L’histoire pour le plaisir

Robert Harley

mardi 13 décembre 2016

Robert Harley (1661-1724)

1er comte d’Oxford et comte Mortimer-Homme politique anglais

D’abord élu du parti Whig [1], après avoir combattu aux côtés de Guillaume III d’Orange, lors de la Glorieuse Révolution [2], il devint ensuite un dirigeant du parti Tory [3].

De 1711 à 1714, il a occupé de fait la fonction de Premier ministre de la Reine Anne et fut responsable de la signature du Traité d’Utrecht [4] qui mit fin à la Guerre de Succession d’Espagne [5] contre la France.

Parvenu au pouvoir peu après les Émeutes de Sacheverell [6] de 1710, qui stigmatisèrent la Révolution financière britannique [7], il n’en a pas moins créé en 1711 la très spéculative Compagnie des mers du Sud [8].

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Brian W. Hill, Robert Harley : Speaker, Secretary of State and Premier Minister, New Haven : Yale University Press, 1988.

Notes

[1] Le parti Whig est un parti politique apparu au 17ème siècle en Angleterre qui, à compter de la fin du 17ème siècle, militait en faveur d’un parlement fort en s’opposant à l’absolutisme royal. Il s’opposait au parti Tory de l’époque.

[2] La Glorieuse Révolution d’Angleterre, aussi appelée Seconde Révolution anglaise, fut une révolution faussement décrite dans un premier temps comme « pacifique » (1688-1689). Terme à nuancer tout d’abord en raison des combats sévères qui opposèrent les partisans catholiques à l’armée néerlandaise de Guillaume III, ainsi qu’à cause de la sanglante contre-révolution qui s’ensuivit en Irlande peu de temps après. Elle eut pour conséquence de renverser le roi Jacques II (Jacques VII d’Écosse) et provoqua l’avènement de la fille de celui-ci, Marie II, et de son époux, Guillaume III prince d’Orange, à la suite de l’invasion néerlandaise de l’Angleterre menée par ce dernier. La révolution renforça la monarchie mixte et réaffirma le rôle du parlement face à la couronne.

[3] Le terme Tories désigne les partisans d’une philosophie politique traditionaliste anglo-saxonne. Au Royaume-Uni, les Tories constituaient l’un des deux groupes parlementaires britanniques à partir du 17ème siècle, ancêtres du Parti conservateur. Réputés proches de la dynastie Stuart, ils étaient favorables à un pouvoir royal fort et défendaient les intérêts de l’aristocratie foncière. Inspirant la méfiance de la Maison de Hanovre, qui les suspectait de collusion avec la dynastie précédente, les rois du 18ème siècle leur préféraient les Whigs.

[4] Les traités d’Utrecht sont deux traités de paix signés en 1713 qui mirent fin à la guerre de Succession d’Espagne. Le premier fut signé à Utrecht le 11 avril entre le royaume de France et le royaume de Grande-Bretagne, le second fut signé à Utrecht le 13 juillet entre l’Espagne et la Grande-Bretagne.

[5] La guerre de Succession d’Espagne est un conflit qui a opposé plusieurs puissances européennes de 1701 à 1714, dont l’enjeu était la succession au trône d’Espagne à la suite de la mort sans descendance du dernier Habsbourg espagnol Charles II et, à travers lui, la domination en Europe. Dernière grande guerre de Louis XIV, elle permit à la France d’installer un monarque français à Madrid : Philippe V, mais avec un pouvoir réduit, et le renoncement, pour lui et pour sa descendance, au trône de France, même dans le cas où les autres princes du sang français disparaîtraient. Ces conditions ne permettaient pas une union aussi étroite que celle qui était espérée par Louis XIV. La guerre de succession donna néanmoins naissance à la dynastie des Bourbons d’Espagne, qui règne toujours aujourd’hui.

[6] Les émeutes de Sacheverell, du nom du pasteur et docteur en théologie Henry Sacheverell, aux sermons particulièrement virulents, eurent lieu en Angleterre en 1710 et 1715 pour protester contre le procès intenté à ce pasteur et plus généralement contre l’alourdissement de la fiscalité apparu lors de la révolution financière britannique. Comme les passions politique de la population britannique sont au cours de cette période partagées entre les factions rivales des Whigs et des Tories, les propos de Sacheverell, au nom de l’Église, qui donnent aux Tories de nombreux arguments, font de lui leur idole. Le gouvernement whig était divisé sur l’opportunité d’engager des poursuites contre Sacheverell et la ligne dure obtient gain de cause. Le procès condamne Sacheverell en 1710 à une suspension de trois ans et à ce que ses sermons soient brûlés au Royal Exchange, ce qui fait de lui un martyr aux yeux de la population (en particulier aux yeux des londoniens écrasés de taxes) et conduisent à ce que l’on nomme les Sacheverell riots (émeutes de Sacheverell) cette même année à Londres et dans le reste du pays. Dans la nuit du 1er au 2 mars 1710, la foule se déchaîne et s’en prend aux lieux de culte presbytériens et dissidents, certains étant réduits en cendres, et seule l’arrivée de la garde montée évita la sac de la Banque d’Angleterre, « siège par excellence des gens de finance si haïs ». La condamnation d’Henry Sacheverell fut si légère qu’elle ressembla à une victoire pour l’intéressé.

[7] La révolution financière britannique marque un ensemble de créations et d’améliorations d’outils financiers en Angleterre au début du 18ème siècle. Elle est pour de nombreux historiens, dont François Crouzet ou Fernand Braudel, qui la fait commencer dès 1694, l’une des explications de la précocité de la révolution industrielle au Royaume-Uni, grâce à la multiplication de sources de financement destinées à des objectifs précis : Bourse, banques commerciales, assureurs, emprunts publics et maritimes. Favorisée par l’arrivée des Hollandais et des huguenots de la Glorieuse Révolution de 1688, elle est accélérée par les menaces de débarquement des jacobites, aidés par la France, trois fois plus peuplée. La première étape en est la création, en 1694, de la première vraie banque centrale au monde, la Banque d’Angleterre, socle d’un réseau de banques commerciales, et pivot d’une politique d’emprunts publics, contrôlée par le Parlement, avec des emprunts spécifiques à chaque usage, comme les Navy bills, qui permettent l’explosion du nombre de navires de la Royal Navy, ou l’aménagement sur fonds publics des voies navigables. C’est aussi le premier temps fort de l’histoire des bourses de valeurs.

[8] La Compagnie des mers du Sud était une société de commerce au long cours fondée en 1711 en Angleterre par le britannique Robert Harley alors chef du parti Tory. Spécialisée dans la guerre de course, elle succombe à la spéculation boursière et sa disparition prélude l’éclatement de la bulle financière de 1720.